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LA PRÉDICATION A PABIS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

mettre en doute le succès de sa parole qui serait l'œuvre d'une coterie.

Les lecteurs sérieux du P. Bourdaloue sont loin de soupçonner de pareilles accusations ; il est bon cependant qu'ils les connaissent, ne fût-ce que pour les mépriser.

Boui'daloue n'est pas seulement un prédicateur zélé, un. moraliste profond, il est encore littérateur habile et, à ce titre, il prend place dans notre histoire littéraire.

Les écrivains qui se sont occupés des origines et du développement de la langue française, conviennent que la formation définitive de notre langue écrite et parlée ne remonte qu'à la moitié du dix-septième siècle. Ils dressent la généalogie des prosateurs et des poètes auxquels la France est redevable de sa belle littérature ; mais, à notre avis, ils ne tiennent pas assez compte des services rendus par la chau'e sacrée ; ils oublient que le clergé était alors maître à peu près absolu de la tribune et de la presse. C'est donc justice que d'attribuer aux deux grands orateurs du temps, Bossuet et Bourdaloue, une large part au développement et au perfectionnement de l'art d'écrire et de l'art de parler.

Remontons aux premières années du siècle: à cette époque agitée, plusieurs prédicateurs avaient acquis une grande réputation, plus encore par la controverse que par la prédication catholique. Les ministres de la réforme, pauvres de raisons, suivaient le goût du temps et se perdaient dans le champ de l'érudition, avec des citations interminables : leurs adversaires, jaloux de leur tenir tête sur ce point, se laissèrent entraîner dans la même voie, et c'est à cette nécessité du moment que cédèrent trop volontiers des orateurs jésuites, comme les PP. Emond Auger, Coton, Gontier ou Gontery, Garasse et autres, que signalent les mémoires. Dès que la controverse publique disparut, l'enseignement de la doctrine

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chrétieane, dans sa simplicité et sa pureté, suffit au zèle des prédicateurs; dès lors se fit sentir une amélioration réelle du goût et du langage. Inaugurée par les discours et les écrits gracieux, intelligibles et imagés de saint François de Sales (1), mise en vogue par les spirituels entretiens de l'hôtel de Rambouillet, la nouvelle langue, toute formée, prit son essor avec Corneille, Pascal, Molière, Bossuet, Racine, ajoutons Bourdaloue.

Tous les écrivains s'accordent à dire que le P. Senault, supérieur de l'Oratoire Saint-Honoré , fut le premier prédicateur "qui purgea l'éloquence de la chaire de cet amas confus d'érudition indigeste, dont les prédicateurs chargeaient leurs sermons avant lui (2); il mourut en 1671, au moment où le P. Bourdaloue montait en chaire.

Le P. Senault avait eu pour rival le P. Claude de Lingendes. Jésuite, plus âgé que lui de quelques années et mort avant lui, l'année 1660. L'abbé Albert reproduit son éloge, qu'il a recueilli dans les Réflexions sur l'Éloquence du P. Rapin (3). Nous en donnons les traits principaux : « Le P. de Lingendes était né orateur; il était bien fait de sa personne, modeste et grave; il avait le visage agréable et tout l'extérieur grand ; sa voix n'était pas éclatante, mais elle avait du corps, de l'étendue, de la fermeté. Les qualités de l'esprit répondaient à celles du dehors ; il était doué d'une grande intelligence, d'un jugement droit, d'une imagination vive; il était profond théo-

(1) Le P. Tournemine, savant critique attaché à la rédaction des Mémoires de Trévoux dès leur apparition, homme d'un goût littéraire très sûr, disait que l'Académie française, dans le dessein de prendre pour modèle les meilleurs écrivains, joignait saint François de Sales à Malherbe. [Traité de l'amour de Dieu, par saint François de Sales. Avis de l'éditeur, p. 7, éd. 1813, 1. 1-)

(2) Hist. de Paris de Félibien, t. Il, p. 1288. Goujet, Bihl. franc., t. II, p. 291.

(3) Edit. 1671, p. 166.

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