‹ Bourgeois de ParisChapitre 102 sur 122 · COLLINET, MONSIEUR GOUJET · texte numérisé non relu

COLLINET, MONSIEUR GOUJET

MONSIËUi; GOUJET.

De tout mon cœur.

COLUNET.

Tiens! tiens! tiens! Ah, ben, par exemple! quand on parle du loup...

MONSIEUR GOUJET

On en voit les rayons... Comment va. petit pcre?

COLLINET

Quanta moi, très-bien, mais malheureusement je ne suis pas seul. . .

MONSIEUR GOUJET

Votre fille encore, qui vous donne du fd à retordre, ça ne m'étonne pas. Ah çà ! décidément, elle ne veut pas de mon neveu?

COLLINET

Ah ben, oui !

MONSIEUR GOUJET

Elle ne le trouve pas assez grand seigneur ?

COLLINET

C'est une créature bien singulière, allez l

288 LOCATAIKKS KT PKOl»lUÉTAIRt

MONSIEUR GOUJET

Elle a de qui tenir. Collinet, mon ami, vous avez toujours été trop bon.

COLLINET

Quand vous me direz cent fois la même chose; c'est comme si vous trouviez mon nez trop long et mes dents mal rangées, est-ce ma faute, à moi? A mon âge, on ne se refait pas : faut me plaindre et non pas me blâmer.

Je voudrais être un jour à votre place, un seul, je n'en demande pas davantage.

COLLINET

Je ne vous le souhaite pas.

MONSIEUR GOUJET

Les affaires prendraient bientôt luie autre tournure; ça, je vous en réponds.

COLLINET

Vous croyez?

MONSIEUR GOUJET

Âvez-vous jamais connu madame Goujet?

COLLINET

Si je l'ai connue! Âh çà!... vous plaisantez, pas vrai? Ce n*est pas pour vous faire un compUment...

MONSIEUR GOUJET

Je ne Taccepterais pas.

COLLINET

Mais elle valait mieux que vous.

MONSIEUR GOUJET

Vous croyez?

COLLINET

Si je le crois ? j'en suis sûr î

Eh bien, cher ami, jamais vous n'avez rencontré , ni de votre vie, ni de vos jours, uue femme plus difficile A

maiiier, lorsque je l'épousai. Un fagot d'épines I un bâton des plus embarrassés 1 La vôtre et sa demoiselle, deux saintes, comparées à ce qu'elle était alors! Au bout de huit jours, changement notable; à la fin du mois, ce qu'elle a toujours été, un ange, un mouton, qui n'avait d'yeux que pour son mari, qu'elle a toujours eu en adoration.

COLLINET

Je n'ai pas connu ce bonheur-là.

lIONStEUR GOUJEt.

J'aurais eu une fille, c'eût été la même chose. Le tout, voyez-vous, est, dans les commencements, de ne pas laisser prendre un mauvais pli; il n'aurait pas fallu, par exemple, que madame ma femme se fût jamais avisée de dire ton Goujet , en parlant d'un ami, qu'elle enlevât le sucrier au moment où j'allais y puiser, qu'elle me laissât droguer une éternité à sa porte quand elle savait que c'était moi qui m'y présentais; qu'on autorisât la bonne à verser le jus d'un gigot sur l'habit bleu de roi et à boutons d'or d'un convive qui i\' avait pas le bonheur de lui plaire ; qu'on défendît à la même bonne d'allumer le poêle dé la salle à manger trois heures avant de se mettre à table ou de jeter à terre les chapeaux des invités, quand il leur arrivait de les poser sur le piano ! Ce sont deux choses qu'on ne se serait pas permises deux fois chez moi, ça, je vous le promets, monsieur GoUinet, jamais ! jamais !

COLLINET

Parce que vous avez du caractère.

MONSIEUR GOUJET

Que ne prenez-vous sur vous d'en avoir?

Vhigl fois j'en ai eu l'intention, puis, au moment où il aurait fallu en montrer...

MONSIEUR GOtJJET.

Le tx)urage vous manquait?

COLLINET

Posilivemeiil.

MU^SIËUH GOUJËT.

Vaut cependant encore mieux tuer le diable..,

COLLINET

Que le diable vous tue /. . C'est bien aussi mou avis... Au reste, puisque je suis en train de vous faire mes conlidences, savez-vous ce que je voudrais?

MONSIEUR 60UJET.

Quand vous me Taurez dit.

COLLINET

Que ma Qlle trouvât un mari.

MONSIEUR GOUJEÏ.

Prenez mon neveu.

COLLINET

Tant que vous voudi^ez ; mais votre neveu, de vous à moi, quel genre d'homme est-ce?

Vous le coimaissez ?

COLLINET

Je le connais... non, je ne le connais pas... Si fait, de réputation.

MONSIEUR (îOUJET.

Kli bien ?

COLLINET

Et encore, est-ce vous qui m'en hxgz parlé I

MONSIEUR GOUJET

Quand je vous dis un charmant garçon, un second moimême.

COLLINET

Aussi gai?

MONSIEUR GOUJET

Plus encore, si c'est possible.

COLLINBT.

Tant pis !

MONSIEUR G0U.1KT

Comment, tant pis?

Oui, je ne sais... tous ces gens si gais chez les autres...

MONSIEUR GOUJET

Chez eux ne valent pas le diable; est-ce là ce que vous voulez dire?

COLLINET

Pas moi.

MONSIEUR 60UJIT.

Votre demoiselle?

COLLINET

Ma femme.

MONSIEUR GOUJET

Et vous regardez encore, comme parole d'Evangile, toutes les balivernes que la chère dame débitait sur mon compte, sur celui de tout le monde?

COLLINET

Écoutez, elle m*a souvent dit des choses...

MONSIEUR GÛUJET. .

Collinet, voulez-vous que je vous dise...

COLLINET

Comment donc! mais je vous en prie. ..

MONSIEUR GOUJET

Vous êtes un pauvre homme.

COLLINET

C'est encore l'opinion qu'elle avait de moi.

Ce soir, je viens chercher votre dernier mot ; d'ici là , voyez à décider votre demoiselle, et, au nom du ciel, menons les choses rondement. Sur ce, je vous tire ma révérence.

COLLINET

Un mot, monsieur Goujet, un senl.

MONSIEUR GOUJET

A ce soir.

GOLLINET.

Monsieur Goujet, je vous en prie.

MONSIEUR GOUJET

Battons le fer pendant qu'il est chaud. Adieu, au plaisir de vous voir.

COLIINET.

Votre serviteur,

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