‹ Bourgeois de ParisChapitre 51 sur 122 · MADAME BOUCHÉ, MONSIEUR TOMBA · texte numérisé non relu

MADAME BOUCHÉ, MONSIEUR TOMBA

MADAME BOUCHÉ

Monsieur Toiulia, vous dînez avec nous ?

MOiVSIEUR TOMBA.

Impossible, niailame, impossible ; je ne puis avoir cet honneur.

MADAME BOUGUÉ.

Vous avez \)eav de faire un mauvais dîner f

MONSIEUR TOMBA

Je serais sur, au contraire, d'en faire un excellent, mais Je ne puis réellement accepter.

MADAME BOUCHÉ

Et |X)ur4Uoi?

MOKSlEUn TOMBA.

J'ai plusieurs visites à rendre tantôt, dont je serais bien aise de me débarrasser.

MADAME BOUCHÉ

Vous serez ]ibre après dîner.

MONSIEUR TOMBA

Mille fois trop bonne! mais je n'ose...

M . Bouché serait si heureux de vous roir !

MONSIEUR TOMBA

Je le serais bien aussi.

MADAME BOUCHÉ

Ainsi, c'est une affaire arrangée, n'est-ce pas?

MONSIEUR TOMBA

Le moyen de vous refuser !

MADAME BOUCHÉ

Vous VOUS trouverez avec M. Cornet. .

MONSIEUR TOMBA

Il va bien 1

MADAME BOUCHÉ

Comme un charme à présent ! car cet hiver il a eu une toux qui nous a donné bien de Tinquiétude.

MONSIEUR, TOMBA

C'est un de vos fidèles?

MADAME BOUCHÉ

C'esl-à-dire que, lorsqu'il est un jour sans venir, nous ne savons à quel saint nous vouer ; non pas qu'il soit devenu plus aimable, au contraire; mais vous savez « monsieur Tomba* ce que c'est que l'habitude.

MONSIEUR TOMBA

Oui, madame, une seconde nature. Il commence à ne plus se faire jeune, M. Cornet?

Mais hou : il n'est plus la fleur des pois !

MONSIEUR TOMBA

Quel âge peut-il ben avoir?

MADAME BOUCHA

L'âge de ma belle-mère.

MONSIEUR TOMBA

Elle va bien ?

MADAME BOUCHÉ

A merveille ! Si ce n*étaieQt ses jambes, elle a un coft're excellent ; jamais la moindre indisposition, rien ne lui fait mal : elle digérerait du fer. Je dis souvent, en riant, à mon mari : «r Ta mère nous enterrera tous ! » Mais elle ne peut plus faire un pas, il faut constamment être auprès d'elle : c*est une grande siigession. Ajoutez à cela qu'elle devient de plus en plus exigeante : c'est une grande charge, monsieur Tomba, que nous avons prise là.

MONSIEUR TOMBA

Et vos jolis en&nts?

MADAME BOUCHÉ

Encore à leur école : vous les verrez à dîner.

MONSIEUR TOMBA

Adolphe doit être grand comme père et mère ?

Très-grand, très-intelligent : il apprend comme un ange ! Il y a longtemps qud vous ue l'avez vu ?

HONSIEUB TOMBA.

Pas depuis la dernière fois.

MADAME BOUCHÉ

Vous le trouverez bien changé : c'est à ne pas le reconnaître.

MONSIEUR TOMBA

Ah ! oui da !

MADAME BOVQHÉ.

n est en force ce que son frère est en taille.

MONSIEUR TOMBA

Quel âge a-t-il ?

MADAME BOUGHé.

Il aura neuf ans cet été.

MONSIEUR TOMBA

Déjà neuf ans ! Je Tai vu bien petit.

MADAME BOUCHA

Vous Tavez vu venir au monde.

MONSIEUR TOMBA

A peu près.

Les enfants donnent bien du mal, monsieur Tomba !

MONSIEUR TOMBA

Certains.

MADAME BOUCHÉ

Tous en général. Si Ton savait ce qui en est, non vraiment, je vous jure, on ne se marierait pas. Ce serait à recommencer, que j'y regarderais à deux fois, c'est comme j'ai rhonneur de vous dire ; mon mari, h cet égard, pense bien comme moi.

MONSIEUR TOIIBA.

Vous croyez ?

u MADAME BOUCHÉ.

J'en suis sûre. Il disait, Tautre jour, au petit Pâté, qui était venu lui demander conseil : a Ne vous mariez ])as, mon cber, ne vous mariez pas. » Je trouve qu'il avait parfaitement raison.

MONSIEUR TOMBA

H n'était pas sincère. •

MADAME BOUCHÉ

Vous êtes bien un peu de son avis, ronvenez-en 1

MONSIEUR TOMBA

Moi ? madame !

MADAME BOUCHÉ

Ija preuve, c'est que vous restez garçon.

DK LA TABLE iOl

MOMSIBUR TOMBA.

A mou corps liéiendanl.

MADAME BOCGHé.

Plaignez-vous ; vous vous levez quand bon vous semble, vous allez et venez sans que persoime y trouve à redire.

MONSIEUR TOMBA

Personne. Je doute, néanmoins, que M. Bouché en soil aux regrets.

MADAME BOUCHÉ

Pourquoi alors toujours se plaindre?

MONSIEUR TOMBA

Pour se rendre intéressant. Au reste, de ma vie, je iw lui ai entendu articuler un mot qui eût trait à cela.

MADAME BOUCHÉ

Il s'en serait bien gardé.

MONSIEUR TOMBA

Et pourquoi ? Aux termes où nous en sommes, il aurait tort. Je Tai toujours trouvé, au contraire, d une humeur charmante, d'une verve, d'un entrain... intarissables; impossible d'élre, à la fois, plus gai et pins aimable que ne Test M. Bouché.

MADAME BOUCHÉ

' Chez les autres, possible; chez lui un vrai bonnet de nuit.

MONSIEUR TOMBA

Voilà qui m'étonne l

Il est certain que, devant le monde, il ne se laissera jamais aller à ses humeurs : il s'en gardera bien; mais ici, dans son ménage, où il n'a pas à se gêner, il ne prend pas de mitaines : il va franchement son petit bonhomme de chemin. Cela n'est pas gai, tant s'en faut.

MONSIEUR TOMBA

J'étais loin de m'attendre à cela.

MADAME BOUCHÉ

Règle générale : méfiez-vous de ces gens si ehanaatits dehors : avec eux on dst toujours mis dedans. A part ça, (**est bien le meilleur homme du monde.

M0N9TeUR TOMBA.

Excellent î

MADAME BOUCHB.

Qui vous aime beaucoup.

M0H8IBIJR TOMBA.

Je le lui rends bien.

MADAME BOUCHÉ

Il était Taulre jour furieux contre vous.

NONSIEUB TOMBA.

Et pourquoi, s'il vous plaît?

MADAME BOCCHÉ.

îl ne voulait plus vous voir, plus seulement entendre prononcer votre nom .

MONSIEUR TOMBA

Et pourquoi? grand Dieu!

MADAME BOCCHÉ.

Parce que vous ne veniez plus »\ la maison .

MONSIEUR TOMBA

Je ne suis pas sorti de Fhiver.

MADAME BOUCHÉ

Je ne sais ce qu'il vous eût fait s'il vous eût rencontré .

MONSIEUR TOMBA

Croyez-vous qu'aujourd'hui...

MADAME BOUCHÉ

11 if y pensera phis; il sera enchanté, au contraire.

1)Ë LA TABLK lOS

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