MADAME BOUCHÉ, MONSIEUR TOMBA
MADAME BOUCHÉ
Monsieur Toiulia, vous dînez avec nous ?
MOiVSIEUR TOMBA.
Impossible, niailame, impossible ; je ne puis avoir cet honneur.
MADAME BOUGUÉ.
Vous avez \)eav de faire un mauvais dîner f
MONSIEUR TOMBA
Je serais sur, au contraire, d'en faire un excellent, mais Je ne puis réellement accepter.
MADAME BOUCHÉ
Et |X)ur4Uoi?
MOKSlEUn TOMBA.
J'ai plusieurs visites à rendre tantôt, dont je serais bien aise de me débarrasser.
MADAME BOUCHÉ
Vous serez ]ibre après dîner.
MONSIEUR TOMBA
Mille fois trop bonne! mais je n'ose...
M . Bouché serait si heureux de vous roir !
MONSIEUR TOMBA
Je le serais bien aussi.
MADAME BOUCHÉ
Ainsi, c'est une affaire arrangée, n'est-ce pas?
MONSIEUR TOMBA
Le moyen de vous refuser !
MADAME BOUCHÉ
Vous VOUS trouverez avec M. Cornet. .
MONSIEUR TOMBA
Il va bien 1
MADAME BOUCHÉ
Comme un charme à présent ! car cet hiver il a eu une toux qui nous a donné bien de Tinquiétude.
MONSIEUR, TOMBA
C'est un de vos fidèles?
MADAME BOUCHÉ
C'esl-à-dire que, lorsqu'il est un jour sans venir, nous ne savons à quel saint nous vouer ; non pas qu'il soit devenu plus aimable, au contraire; mais vous savez « monsieur Tomba* ce que c'est que l'habitude.
MONSIEUR TOMBA
Oui, madame, une seconde nature. Il commence à ne plus se faire jeune, M. Cornet?
Mais hou : il n'est plus la fleur des pois !
MONSIEUR TOMBA
Quel âge peut-il ben avoir?
MADAME BOUCHA
L'âge de ma belle-mère.
MONSIEUR TOMBA
Elle va bien ?
MADAME BOUCHÉ
A merveille ! Si ce n*étaieQt ses jambes, elle a un coft're excellent ; jamais la moindre indisposition, rien ne lui fait mal : elle digérerait du fer. Je dis souvent, en riant, à mon mari : «r Ta mère nous enterrera tous ! » Mais elle ne peut plus faire un pas, il faut constamment être auprès d'elle : c*est une grande siigession. Ajoutez à cela qu'elle devient de plus en plus exigeante : c'est une grande charge, monsieur Tomba, que nous avons prise là.
MONSIEUR TOMBA
Et vos jolis en&nts?
MADAME BOUCHÉ
Encore à leur école : vous les verrez à dîner.
MONSIEUR TOMBA
Adolphe doit être grand comme père et mère ?
Très-grand, très-intelligent : il apprend comme un ange ! Il y a longtemps qud vous ue l'avez vu ?
HONSIEUB TOMBA.
Pas depuis la dernière fois.
MADAME BOUCHÉ
Vous le trouverez bien changé : c'est à ne pas le reconnaître.
MONSIEUR TOMBA
Ah ! oui da !
MADAME BOVQHÉ.
n est en force ce que son frère est en taille.
MONSIEUR TOMBA
Quel âge a-t-il ?
MADAME BOUGHé.
Il aura neuf ans cet été.
MONSIEUR TOMBA
Déjà neuf ans ! Je Tai vu bien petit.
MADAME BOUCHA
Vous Tavez vu venir au monde.
MONSIEUR TOMBA
A peu près.
Les enfants donnent bien du mal, monsieur Tomba !
MONSIEUR TOMBA
Certains.
MADAME BOUCHÉ
Tous en général. Si Ton savait ce qui en est, non vraiment, je vous jure, on ne se marierait pas. Ce serait à recommencer, que j'y regarderais à deux fois, c'est comme j'ai rhonneur de vous dire ; mon mari, h cet égard, pense bien comme moi.
MONSIEUR TOIIBA.
Vous croyez ?
u MADAME BOUCHÉ.
J'en suis sûre. Il disait, Tautre jour, au petit Pâté, qui était venu lui demander conseil : a Ne vous mariez ])as, mon cber, ne vous mariez pas. » Je trouve qu'il avait parfaitement raison.
MONSIEUR TOMBA
H n'était pas sincère. •
MADAME BOUCHÉ
Vous êtes bien un peu de son avis, ronvenez-en 1
MONSIEUR TOMBA
Moi ? madame !
MADAME BOUCHÉ
Ija preuve, c'est que vous restez garçon.
DK LA TABLE iOl
MOMSIBUR TOMBA.
A mou corps liéiendanl.
MADAME BOCGHé.
Plaignez-vous ; vous vous levez quand bon vous semble, vous allez et venez sans que persoime y trouve à redire.
MONSIEUR TOMBA
Personne. Je doute, néanmoins, que M. Bouché en soil aux regrets.
MADAME BOUCHÉ
Pourquoi alors toujours se plaindre?
MONSIEUR TOMBA
Pour se rendre intéressant. Au reste, de ma vie, je iw lui ai entendu articuler un mot qui eût trait à cela.
MADAME BOUCHÉ
Il s'en serait bien gardé.
MONSIEUR TOMBA
Et pourquoi ? Aux termes où nous en sommes, il aurait tort. Je Tai toujours trouvé, au contraire, d une humeur charmante, d'une verve, d'un entrain... intarissables; impossible d'élre, à la fois, plus gai et pins aimable que ne Test M. Bouché.
MADAME BOUCHÉ
' Chez les autres, possible; chez lui un vrai bonnet de nuit.
MONSIEUR TOMBA
Voilà qui m'étonne l
Il est certain que, devant le monde, il ne se laissera jamais aller à ses humeurs : il s'en gardera bien; mais ici, dans son ménage, où il n'a pas à se gêner, il ne prend pas de mitaines : il va franchement son petit bonhomme de chemin. Cela n'est pas gai, tant s'en faut.
MONSIEUR TOMBA
J'étais loin de m'attendre à cela.
MADAME BOUCHÉ
Règle générale : méfiez-vous de ces gens si ehanaatits dehors : avec eux on dst toujours mis dedans. A part ça, (**est bien le meilleur homme du monde.
M0N9TeUR TOMBA.
Excellent î
MADAME BOUCHB.
Qui vous aime beaucoup.
M0H8IBIJR TOMBA.
Je le lui rends bien.
MADAME BOUCHÉ
Il était Taulre jour furieux contre vous.
NONSIEUB TOMBA.
Et pourquoi, s'il vous plaît?
MADAME BOCCHÉ.
îl ne voulait plus vous voir, plus seulement entendre prononcer votre nom .
MONSIEUR TOMBA
Et pourquoi? grand Dieu!
MADAME BOCCHÉ.
Parce que vous ne veniez plus »\ la maison .
MONSIEUR TOMBA
Je ne suis pas sorti de Fhiver.
MADAME BOUCHÉ
Je ne sais ce qu'il vous eût fait s'il vous eût rencontré .
MONSIEUR TOMBA
Croyez-vous qu'aujourd'hui...
MADAME BOUCHÉ
11 if y pensera phis; il sera enchanté, au contraire.
1)Ë LA TABLK lOS