MONSIEUR CORNET, MONSIEUR TOMBA
MONSIEUR CORNET
Ah! VOUS avez été enrhumé?
Comme un loup.
MONSIEUR CORNET
Et qu'avez-vous fait pour ça?
MONSIEUR TOMBA
Pas grand' chose.
MONSIEUR CORNET
Je n'ai rien voulu faire : ça c'est passé comme ça.
MONSIEUR TOMBA
Peut-être avez-vous eu tort.
DE LA TABLE i05
MONSIEUR CORNET
Vous voyez bien que non, puisque nous avons obtenu le même résultat.
MONSIEUR TOMBA
Je ne sais si je me trompe, je trouve ce nouvel appartement bien joli.
MONSIEUR CORNET
Vous ne le connaissiez pas?
MONSIEUR TOMBA
Pas encore.
Le fait est qu'il y a une éternité que vous n'étiez venu. . . oui, très -joli, parfaitement distribué : des placards partout, (u ouvre les armoires.) Il est de beaucoup préférable à l'autre : pas de comparaison. Un grenier, des caves magnifiques, chambres de domestiques, ce qui n'existait pas dans l'autre; puis ceci... (ii ouvre une porte.) Vous n'avez qu'à pousser ce bouton; vous voyez, cest fort conuuodo et sous la même clef. . . sans sortir de chez soi .
MONSIEUR TOMBA
Qui le leur a indiqué?
MONSIEUR CORNET
(yest moi qui le leur ai trouvé. Il y avait longlemps que je méditais cela. C'était vraiment déplorable de les voir relégués dans ce maudit quartier, là-bas, à tous les diables! Je voulais à toute force les rapprocher, et, ma foi, à force de chercher, j'ai réussi.
MONSIEUR TOMBA
Parfaitement. Il est de fait que c'était bien loin.
MONSIEUR CORNET
Et le soir, pour m'en revenir, je n'étais pas tranquille , bien qu'il ne me soit jamais rien arrivé ; mais, vous S3vez, il ne faut souvent qu'un moment.
i06 LE TYRAN
MONSIEUR TOMBA
Vous tenez à votre quartier?
MONSIEUR CORNET
L'habitude! Voilà tout à l'heure trente-deux aus que j'y suis.
11 est bien bruyant.
MONSIEUR CORNET
Ne croyez pas cela, oasTy fait. Quand j'ai pris cet appartement, notez bien ceci, c'était à qui me dirait : Ne le prenez donc pas, c'est un bruit à ne pas entendre^ vous ne dormirez pas de quinze jours.. .
MONSIEUR TOMBA
J'eusse été de cet avis*là .
MONSIEUR CORNET
Je suis allé passer ces quinze jours à la cifflapague, ea revenant, je dormais comme un $abot.
MONSIEUR TOMBA
Vous m'en direz tant ...
MONSIEUR CORNET
Et j'espère bien n'en sortir que lorsque je ne poun*ai plus faire autrement.
MONSIEUR TOMB A
11 ne faut pas penser à cela .
MONSIEUR CORNE T
Faut pourtant bien y penser. Pour en revenir à ce que je vous disais, monsieur Tomba, j'aime Paris, je l'adore, s'il faut vous le dire, et jamais je ne le quitterais, si ce n'était pour faire plaisir à madame Bouché, qui, touslesans, exige que j'aille passer la belle saison avec elle à la campagne. Au fond, je n'en suis pas fâché.
MONSIEUR TOMBA
Je le crois.
DE LA TABLE iifj
MONSIEUR CORNET
Eh bien ! j'ai beau être là comme chez moi, c'est le diable pour m'y décider. Je n'y suis pas plutôt que je mange comme un ogre.
MONSIEUR TOMBA
C'est le grand air.
MONSIEUR CORNET
Je bois comme un trou et dors comme une marmotte. Faut faire en sorte d*y venir un jour, monsieur Tomba !
MONSIEUR TOMBA
Le tout est de trouver un joint.
MONSIEUR CORNET
Qui vous retient?
MONSIEUR TOMRA.
Persoime.
MONSIEUR CORNET
Eh bien?
MONSIEUR TOMBA
Je finirai par là. .
MONSIEUR CORNET
Vou$ promettez toujours et ne tenez jamais.
Je tiendrai.
MONSIEUR CORNET
Nous verrons. Gomme disait encore Tautre jour M. Bouché, tous ces Parisiens, impossible de les sortir de leurs habitudes ; et il vous citait, à cette occasion.
HONStRUR TOMBA.
C'est un joli pays?
MONSIEUR CORNET
Charmant! Pas d'eau ; ce n'est pas un mal, il n'ôil est que plus sain. J'ai installé là une serre> comme vous n'en Verrez nulle parti J'ai jeté bas tout ce qu'il y avait, j'ai
laillé eu plein drap, avec la peiiuissiou des aulorilés, bien cidendu.
MOMSIEUr. TOMBA.
Vous avez toujours eu beaucoup de goût.
MONSIEUR CORNET
(Jue voidez-vous? faut bien s'occuper ; je u'ai rien à faire ilu matin au soir, c'est pour cela que je me crée des oxu- ])a lions.
MONSIELU TOMBA.
Vous avez une très-beureuse organisation.
MONSIEtn COHKET.
Vous êtes bien bon.
MONSIEUK 10. M HA.
^Certainement .
)IUNS1EUH COUNK T.
(Test moi qui ai choisi ce papier; comment le trouvezvous?
MONSIËIHI TOMUA.
Fort joli, bien distingué.
MONSlEL'lt CORNET.
J'ai tout lait peindre à Thuile, comme vous voyez. Mais ([uel mal, monsieur Tomba, j'ai eu avec ces maudits ouvriers! M. et madame Bouché étaient à la Ccimpagne, je tenais à ce que tout fut prêt pour leur retour. Je t'en mo- ([ue, c'est tout an phis si, dans la matinée du 15, ils pouvaient cunnéuagcr. Ah ç^iî vous dînez avec nous?
MONSIEUR TOMBA
Il m'a é le impossible de refuser.
MONSIEUR CORNET
A la bonne heure ! Je vous demanderai la |Mjrmission de 1110 inetlre sur la tcHc ce petit bonnet que j'ai là dans ma po.ho.
MUNblKL'H TO)IUA.
Je vous en prie.
MOr^SlËCP. CORNET.
Je serais bien aise de ne pas m'enrhumer une seconde fois .
MONSIEUR TOMBA
C'est fort inutile.
On a laissé s'éteindre le feu, ça va être le diable pour le rallumer. (U sonne.)