LES BONNES GENS DE CAMPAGNE
LE PÈRE MICHAl.
Laquelle?
THÉOPHILE
Clarisse, la feninie au chéroii*.
LE PÈRE MICIIAU.
Comben qui y a d*lemps?
THÉOPHILE
Bentôt quatre ans. Vous étiez point ici quand a s'a marié?
J'pensais même n y jamais revenir.
THÉOPHILE
Y a gros à parier qu'on vous aurait point revu, si volTemme a Tétiont point morte.
LE PÈRE MICHAU
Comben qu'elle a d*enfants, Clarisse?
THÉOPHILE
Bentôt quatre.
LE PÈRE MICHAU
Si elle en pond autant comme en a pondu sa mère, elle est point au bout. Comben qu'elle eu a évu ?
THÉOPHILE
Dix-sept en me comptant*
LE PÈRE MICHAl.
Comben qui y en reste?
THÉOPHILK.
Quatorze^ tous grouillants.
LE PÈRE NICHAUi
Excusez. Tu vas t'y point te marier aussi?
THÉOPHILE
A- vous eune femme qu'a des écus? j'I'épousdns drès demain.
* Charron;
LE PÈRK MICHAU.
T'as pas besoin d'argent, v'Iii ton vieux père tailleur qui va te faire riche. .
THÉOPHILE
Je l'aurons point volé.
LE PÈRE MICHAU
Comment que vous vous êtes arrangés?
THÉOPHILE
Nous nous sommes arrangés, x[ue le vieux tailleur me lègue tout son bien après li, moyennant que j'en prendrons bé soin et de sa fenune itou.
LE PÈRE MICHAU
Sa femme, elle est-y point morte?
THÉOPHILE
Et enterrée.
LE PERE MICHAU
Eh ben ?
THÉOPHILE
Je Tons t'y jwint soignée trois mois?
LE PÈRE MICHAU
Sans doute qui leux sont donné au dernier vivant?
THÉOPHILE
oh ! mais oui.
Comme ça, faut que t'y reste avec ton vieux taillcui' '
THÉOPHILE
Pour avoir mon argenté
LE PÈRE NICHAlé
Il a donc point de parents?
THÉOPHILE
fl en manquent ben, il en ont des masses.
LE PÈRE MICHAU
D'où ça qui sont?
DE CAMPAGNt: 135
THÉOPHILE
D'béloiii.
LE PÈBE MICHAi;.
Et François Morel, il esl-y point son cousin ?
THÉOPHILE
Son frcre ; s'entend point son frère, son biau-iVère, le frère à sa femme, son prop' frère à sa femme.
LE PÈRE MIGHAU.
Faut croire qu'ils n'étaient point ben curieux de l'avoir cheux eux, pis qu'ils ne l'ont point pris.
THÉOPHILE
Faut croire.
LE l'ÈKE MlGUAi;.
. Au reste, tu ne l'auras point longtemps.
THÉOPHILE
JTspérons ben itou.
LE PÈRE MICilAU.
11 est aux trois quarts descendu daus son trou ; u'est-y point entrepris d'un côté?
THÉOPHILE
Tout Tcoté droit, y pouviont pas plus s'en sarvii* comme si qu'il étiont mort. L'bras, la jambe, la langue itou, on n'est point fichu d'I'entend' parler quand y parle.
LE PERE MIGHAU.
Comment qu'toi tu l'entends ?
THÉOPHILE
Je l'entendons point.
LE PÈRE MlCHAU.
Faut tout de même qui te paye gros pour être toujours auprès d'ii.
THÉOPHILE
Sans ça !.. .
154 LblS BONNES GENS
LK PÈR£ MIGIIAU.
Oui, mais ses héritiers vont-y point te chercher chicane, sitôt qu'il aura tourné l'œil?
THÉOPHILE
J'en ons point peur, marchez ; j'ons t'y point sine Tcontrat cheux Tnotaire de Bucourt, comme quoi j'en héritons? J'm'en moque des hériquiers! ] ons bé fait nos affaires.
LE PKRE MIGHAU.
T'as bé fuit, si tu les as bé faites.
THÉOPHILE
Sans ça !.. .
LE PÈRE MIGHAU.
Va sans dire que tu vas avoir tout son bien, Tplus bon et Tplus fin.
THÉOPHILE
La maison itou.
LE PÈRE NICHAU.
L'as-lu point d^à achetée, sa maison?
THÉOPHILE
Son pressoir que j 'ons acheté.
LE pèRE MIGHAU,
Tu Tas point payé cher?
THÉOPHILE
Qui vous Ta dit?
LE PERE MIGUAIJi
Oà ça que l'aurais été prendre l'argent, pis que tu n'en as point?
THÉOPHILE
Fallait bon que j'en eus.
LE PÈRE MIGHAU.
G'est-y ta mère^ avec ses dix-sept eilfants, qui t'en a laissé ?
DE CAMPAGNK 155
THÉOPHILE
Et ma marraine?
LE PÈRE MICHAU
C'est vrai, j'y pensais plus ; c'est core un pareil commerce que t'as fait avec.
THÉOPHILE
Ben sûr que je l'avons point gardée pour rien.
LE PÈRE MICHAU
Combien de temps que tu Tas gardée?
THÉOPHILE
Quatre ans tout d'une filée.
Combien qu't*as gagné dessus t
THÉOPHILE
J^ons point gagné moitié de ce que j'ons dépensé,
LE PÈRE MICHAU
Queu qu t'as dépensé ? t'avais pas le premier sou.
THÉOPHILE
Et ma peine?
LE PÈRE MICHAU
Queu peine? T'en avais approchant comme avec ton tailleur ; depuis que je suis là à relever le mur à Thurot, v'ià d'çà près de huit jours, je ne vois quÉ toi sur Tchemin.
THÉOPHILE
Faut y point que j 'plantions nos pommes ed' taire ?
LE PÈRE MICHAU
Quoi qui fait ton vieux tailleur durant que t'es point là?
THÉOPHILE
Y se repose.
LE PÈRE MIOHAU.
Sois ben tranquille, si jamais je viens à être pris d'un côté, c'est point core toi que je dérangerai pour avoir soin de moi.
im LES BONNES GENS
THÉOPHILE
Vous en aurais d'aut's.
LE PÈRE MICHAT.
J'en aurons point.
THÉOPHILE
Faiira ben, pis qu'vous n'avez point à*afants.
LE PÈRE HIGUAU.
Sans compter que la vietiiUe (emme au cordonnier, elle en a, des enfants qu'en ont ben pris du mal après, pas vrai ! depuis qu'elle a fait ses partages, c'est à qui n'en voudra point, ni d'ses garçons ni d'ses filles.
THÉOPHILE
Qui ça qui dit qui n'en voulont point? Doit-elle point aller passer quat' mois cheux chacun, sa vie durant?
LE PÈRE MIGHAU.
Y l'y ont promis.
THÉOPHILE
Eh ben?
LE PÈRE MIGHAU.
Comment qui les ont tenues leux promesses I V'Ià bentôt six mois qu'elle est cheux la Morotte.
THÉOPHILE
Queuqu'ça prouve, si la Morine a paye la Morotte pour la décrotter? d'quoi qu'as' plaint, c'te vieuille cordognière ilà?
LE PÈRE MIGHAU.
A s'plaint point, pis qu'elle est comme ton vieux tailleur, qu'a peut point parler.
THÉOPHILE
C'étiontdonc quasiment comme une souche?
LE PÈRE MIGHAU.
Ne pu ne moins, a bouge plus ; ous-ce qu'on la met, faut qu'a reste.
THÉOPHILE
Ah ! qu'a ferait bé mieux d' s'en ratourner d'où qu'a vient! Quoi qu'a fait d'ouvrage sur tarre?a tourmenté ses afants, pas aut' chose, d'autant qu'aile a d'bons biens.
LE PÈRE MICHAU
A les a plus, pis qu'elle les a donnés.
THÉOPHILE
Et c'te belle pièce ilà, coutTclos à Véronique?
LE PÈRE MICHAU
G'est-y point n'au maréchal?
THÉOPHILE
Et le bois du Roquet et ses aunais ?
LE PÈRE MICHAU
A Thomas Bêtu.
THÉOPHILE
El la pièce qu'aile y mettiont ses vaches ?
A Thomas Bêtu.
THÉOPHILE
C'est fichu! T'nais, c'étiont des bêtises que d'viv' si vieux ; à quoi qu'ça leux sert? à embêter ]eux z'afants.
LE PÈRE MICHAU
Je sais ben que quand j'pourrai pu travailler, je demande à m'en aller, je ne veux pu tourmenter personne.
THÉOPHILE
Vous dit's ça.
LE PÈRE MICHAU
Aussi vrai comme je m'appelle Hichau de mon nom.
THÉOPHILE
' Vous ferez comme les aut's, marchez.
LE PÈRE MICHAU
Tiens ! tiens ! les poules h ton vieux tailleur dans la filasse h la Gillotte !
THÉOPHILE
Sans comptais qu'a peuvent ben y aller, les sieni>es à la Gillotte u'démarront point d'son avoine : pourquoi qu' les celles à père tailleur n'iriont point dans sa filasse? N*a r-
VOir. (Il s'éloigne.)
LE PÈRE MICHAU, LE MANŒUVRE, puis LA GILLOTTE.
LE PÈBE NIGHAU.
Gomment que ça se fait ? La Gillotte n'est donc point cheux elle, qu'a voit point les poules dans sa pièce?
LE MANŒUVRE
Faut craire que non.
LA GILLOTTE, sortant de sa maison.
A chat ! à chat !
LE MANŒUVRE
T'nais, la v*là qui s'éveille.
LA GILLOTTE, sortant de sa maison armée d'un bâton, courant après los poules. '
A chat ! à chat ! v'ià encore les satanées poules à père tailleur qui venont tout brésiller cbeux nous.
• LE f>èRB MICHAU.
Y dit à ça que les vôtres vont ben cheux li.
LA GILLOTTE.
Il en a menti, le vieux brigand! Y n'mourra donc point, c'vieux carcan ilà? J'allons t'y. tuer ses poules, tu vas voir comment qu'j'allons m'y prend*.
LE PÈRE MICHAU
QueuquVii li fait, si vous y payez?
LA GILLOTTE.
J'allons y payer aussi, aie point peur.
DE GAMPACNE 139
LE PERE MIGHAU.
11 VOUS fera assiner*,
LA GILLOTTK.
Je m'en moque, d'son assination comme d'ii ; y pouvont ni parler, ni marcher^ Tvieux filou.
LE* PÈRE MICHAT.
EtTophile?
LA GILLOTTE.
J'm'en moque d'ton Tophile, el d'ton père tailleur et dHout.
LE PERE MIGHAU.
C/est-y point son héritier ?
LA GILLOTÏK.
Qui t'a conté ça ?
LE PÈRE MIGHAU.
C'est li qui sort di là.
LA GILLOTTE.
Il la tient point core son héritage.
LE PÈRE MIGHAU.
Ça va point tarder, marchez.
LA GILLOTTE.
Aveucq ça qu la semaine prochaine y démarre d'chez Tophile, y s'en va cheux François MoreK
LE PÈRE MIGHAU.
Le père tailleur?
L*A GILLOTTE.
P't'èt' ben àc'te remontée**.
LE PÈRE MIGHAU.
Où ça dites-vous qui va ?
• > LA GILLOTTE.
Cheux François Morel, leux biau-frère.
* Assigner.
•• T/après-midi.
LE PÈRE MICHAU
Pourquoi qu'ils l'ont point pris cheux eux quand sa femme est morte?
LA GILLOTTE.
Est-ce qu'il avont jamais su c'cjui fesioni, tant qu'il étiont bête, c'vieux tailleur ilà, sans compter qui y ont ben demandé, les biaux-frères ! ça n'empêche qui leux z'en en va.
LE PÈRE MICHAU
Ça va leux donner du mal.
LA GILLOTJE.
Queu mal ! y seront tout comme l'aut', tout comme Tophile, qui dit qu'durant sa journée, qu'il étiont dehors, y n'a point soin d'h.
LE PÈRE MICHAU
Le v'iàqui devient d'cheux sa sœur, Tophile.
LA GILLOTTE.
Ein feignant, ton Tophile, ein prop'ii rien î
LE PÈRE MICHAU
Y n'est point à moi, j'en veux point.
LA GILLOTTE.
C'étiont pourtant ein malin sujet. Pas plutôt arrivé, que l'v'là parti.
LE PÈRE MICHAU
Y s'en va planter des pommes de terre.
LA GILLOTTE.
A c'qui dit.
LE PÈRE MICHAU
Sans compter qu'follait qui marchiont dret aveucq li, qufollait pas qui bronche, l' vieux tailleur.
LA GILLOTTE.
J'crois ben. L'aut'jonr, il y disiont, l'père tailleur, je n'savons déjà pus quoi, c'est qu'si j'étiont point v'nne y t'y
DE CAMPAGNE Ui
Hchiont à la tête c'qu'il aviout dans les mains, ton Tophile, oh ! mais oni !
LE PÈRE NICHAIJ.
Y n'ibnt donc point bon ménage?
LA GILLOtIe.
Ah ! mais non : ein mauvais gas, ton Tophile ; ein vieux brigand, ton vieux père tailleur ! Ben avant qu*sa femme a meure, n'disiont-y point partout l'pays : Qid qu'en veuty d!ina femme ? fia cédons pour cinquante écasl » G'étiont-y bé propre, pour ein homme? T'étiont point n'ici, quand ça s'a passé, père Michau, t'as pas vu ça.
LE PÈRE MICHAU
C'était pour la r'marcier, sa femme, d'y avoir tout donné.
LA GILLOTTE.
Quand y leux sont mariés.
LE PÈRE MIGHAU.
M'est avis qui sera déjà point tant mal, l'vieux père tailleur, cheux François Morel : il a des écus François Morel, et d'bons biens.
LA GILLOTTE.
Y fr'a d'Ii, ton François Morel, c'qu'il avont fait d'père Romain.
LE PÈRE MIGHAU.
Quoi qu il en a fait, d'père Romain? il l'a point tué?.. .
LA GILLOTTE.
A peu près, il ont profité qu'il étiont gromand comme euue vieille cane, l'père Romain, pour le faire mager et des gâtiaux et des galettes et du fricot, qu'il en aviout crevé. Ton vieux père tailleur, ein vieux sus sa bouche itou, il l'auront bêtot troussé, tu voiras.
LE PÈRE MICHAU
Ça le regarde.
LÀ GILLOTTE.
C'est qu'il eu aviont point soin du tout, ton Tophile; il y donniont point n'a magersonsou à. père tailleur. Et tout sou r'vnu à père tailleur, ses blaudes d'ai^ient, son gobelet, qui y a fricassé, safls y eu rend' compte. Comment qu'y va faire pour y en rend', des comptes? Qui va y avoir ein procès, bé sûr.
LE PÈRE MICHAU
Qui leux z'arrang^t. Ah ça ! elle est donc mariée, sa sœur à Tophile?
LA GILLOTTE.
Son homme itou, il étiont chérou.
LÉ PÈAE MICHAU.
G*est-y point n'un Besnard?
LA GILLOTTE.
Cadet Besnard, Tgarçon à la vieille Besnard; tu Tas beu connu et ton père itou?
LE PÈRE MICHAU
Cadet Besnard, j'crois ben! N'est-y point mort?
LA GILLOTTE.
Et sa femme itou. Ein vieux bracognier, ein gueux fmi, ein vieux godaud qui toujou godaillons, jour et nuit, toujousou.
LE PÈRE MICHAU
Ah ! c'est l'fils Besnard que la Clarisse a été épouser?
LA GILLOTTE.
Il l'a ben follu. Sans compter qu'a Ta assez pleuré, mais qui s'est agi d's'en aller, à quand li, à Flamécourt.
LE MANŒUVRE
N'a t'y point été aux armées, le fils Besnard ?
LA GILLOTTE.
Qu'il auriont bé mieux fait d*y rester, il auriont point v*nu Aiire d'z*afants qui pourriont point nourri?
DE CAMPAGNE i43
LE MiN(KUVRE.
Queu qu*vous dites des atants qui pourriont poiiil nourri?
LA GILLOTTK.
(Jueu qui T parle, à toi?
LE NÂNŒLVRK.
L*garçon à défuut la Besnard. ii aviont d'bons biens et sa mère itou, à Flamécourt.
LA GILLOTTK.
Queux biens qui z ont?
LE MANŒDVRK.
Dam! au vu et su d'tout Tmonde.
LE PÈRE MIGHAU.
Queu qui te Ta dit?
LA GILLOTTK.
J'sommes t'y point d*Cagny, tout coût' Flamécourt, qu'mon oncle, il étiont berger cheux eux dpis quarante ans?
LE MANŒUVRE
Voyons, tâchez de vous entendre. Esl-y riche? l'est-y point ?
LA GILLOTTK.
II rétiont point !
Le manœuvkk.
Il rétiont !
LA GILLOTTK.
Pourquoi, puisqu'il Tétiont, qu'sa mère, à tOu vieux Besnard, a devions vingt-deux sous à not' nièce quand a l'est morte, y avait quatre ans? pourquoi qu'a y a jamais donné ses vingt-deux sous ?
LE PÈRE MICHAU
Pourquoi qu'a y a pas demandés avant qu'a sut morte?
LA GILLOTTE;
Quand jMevons, j'ôns-t'y besoin qu'on m'tanne ? j'sa- Vons ben que je devons. G'etiont tous des vaniteux, tes
144 LES BONNKS GENS
Besaard, et des rien-du-tout ; niéfie-t'eii, pcre Michau, c*étiont tous des gueux.
LE MANŒUVRE
Les v'ià habillés, y n*oiit pus rein à désirer.
LA GILLOTTE.
Présent qu'tu les connais, travaille point pur eux, y n'te payeraient point. Tous des profiteux; leux père, s'entend leux grand-père, il aviont volé pus d*dix arpents d'tarr et d'ia fine tarre, au seigneur d'Flamécourt, à défunt Fmarquis dTlaniécourt, Fpère des pauv*s.
LE MANŒUVRE
Qu'défunt vot'honime avions pas moins aidé à abatl* la grille du châtiau, dans la première révolution.
LA GILLOTTE.
C'est point vrai.
LE PÈRE MICHAU4
Mon défunt grand-père Ta vu qu'abattiont la grille et l'avenue, quand j'vous dis qu'il Ta vu.
LE MANŒUVRE
Quoi qu'il a vu, bourru?
LE PÈRE MICHAU
Tachez de vous arranger, l'a t'y vu, l'a t'y point vu?
LA GILLOTTE.
J'ons point besoin d'ni'arranger avec c méchant niorvieux ilà.
LE MANŒUVRE
Dites donc, la Gillotte?
LA GILLOTTE.
Quoi qu'ti veux à la Gillotte? quoi qu'a le doit? Celions t'y pour y demander si c'est que ton vieux gi^andpère il étiont ein vieux filou?
LE MANŒUVRE
Pourquoi qui disiont tous à Cagny, d'où qu'il étionl, vot' homme, qu'il étiont point core si délicat?
DE GÂMPAGNIi: 145
LA GILtOITE.
Des menteries! L' pus honnête homme du pays, Y pauv' cher ami I T\k c qu'il étiont réputais.
LE HANŒUVRE.
N*étiont*y point nun brin bracognier? n'mettiont'y point des collets * ?
LA GILLOTTE.
Défunt mou pauvre homme?
LE MANŒUVRE
Avec père tailleur?
LA GILLOTTE.
Jamais d'sa vie, pauv'cher ami il aviont bracogiié ni mis des collets; ein vieux brigand, ton grand-père, qui t'aviont conté ça, qui voliont, la nuit, des gerbées à défunt mosieu Moizy, Ffarmier des Épinettes, qu'on a dit qui t'y avait flanqué ein coup de fusil dans les reins, défunt mosieu Hôizy, à ton vieux grand-père, qu'il en aviont gardé t'Iitsix semaines.
LE MANŒUVRE
Vous z'y diriez point ça, à son garçon qu'étiont Tmien ?
LA GILLOTTE.
J'ons tout autant peur d'Ion père comme d'toi.
LE MANŒUVRE
JViendrons dimanche à la messe ici, à quant li, \cus z'y direz.
LA GILLOTTE.
Pour ça oui, qu j'y dirons.
LE MANŒUVRE
Vous z'y direz point !
LA GILLOTTE.
Aussi vrai comme l'soleil étiont là qui m'écoute, lu voiras si j'y dis point.
* Des pièges pour le gibier.
la
LE PÈKE NICHAU.
En v'ià d* I*ouvrage !
LE MANŒUVRE
Quand on vous dit qu*a l'étionl folle.
LA GILLOTTE.
Déjà pas si tant, et ta sœur qu'étiont à Paris, et qui portiont chapiau, c'étiont t'y nitou eune fille d'vartu?
LE MANŒUVRE
Et la vot' qu'a jamais pu trouver d*parrain pour et' niaiTaiiie, c'étiont-t'y eune fille d'sagesse ?
LA GILLOTTE.
Tu nés qu'ein gamin, un mauvais gamin, v'ià ce que tes.
LE MANŒUVRE
Et vous > quoi qu' vous êtes ?
LE MANŒUVRE
J'sommes c que j*sommes ; je m'en allons, vu quj'ons point dégoût d'rester aveucq des bétes ; y m'ennuie bé
trop. (Elle rentre chez elle.)
LE PÈRE NIGMAU.
Quoi qu'y vous faut, pour vot* peine?
Le ^ÈKE MiOHAU, LE MANŒUVIlt,
LE MANŒUVRE
C'étiont point vrai^ dà ! cequ^a Taviont dit sus acompte d'ia mère Besnard, c'te vieuille bique d'Gillotte-ilà?
LE PÈRE MICHAU
Elle a jamais passé pour une bonne pièce non plus ] ils ont dit que si son bomme était mort, elle y était ben pour queut' chose, ta mère Besnard.
LE MANŒUVRE
Gétiont tout d'inéme point u'à elle à dire Çta. D*tout temps, n'a-t'on point jasé?
LE PÈRE HICHAU.
De tout temps, c'est bé vrai.
LE MANŒUVRE
C'est comme durant qu vous étiez point n'ici ; pu souvent qu'on vous a point n'habillais d'ia tête aux pieds I
LE PÈRE MICHAU
Qui ça, les ceux qui m*ont habillé?
LE MANŒUVRE
Approchant tout le monde, vot' biau-frère en tête.
LE PÈRE MICHAU
Si j'y avais laissé tout mon bien, p't'êt' ben qu'il en aurait dit tout autant : mais ni li ni les aut's n'en verront rien, quand je d'vrais 1' manger.
LE MANŒUVRE
Y disiont qu'vous preféreriais Tboire.
LE PÈRE MICHAir.
J 'ferons comme je l'entendrons.
LE MANŒ.UVRE.
Et ben qu'vous frais.
Oh I mais oui.
LE MANŒUVRE
T'nais, père Michau, v'ià François Morel qui monte la vieuille rue ; l'voyais-vous point ?
LE PÈRE MICHAU
Où ça qu'il est ?
LE MANŒUVRE
LVbas, cont' les peupes*, 5 la Michotte.
* Peupliers.
i\x LES BONNES GENS
LE PÈRE mCHAU.
Peut-être qui s'en vient chercher son vieui tailleur.
LE MANŒUVRE-
Bé sûr ! A preuve qu*il a pris son panier.
LE PÈRE MICHAU
Hegarde-le donc comme y file le long de la grange à Geimain Pilard. Y pense point, tant seulement, d*dter son bonnet en passant devant la croix.
LE MANŒUVRE
Poui*quoi donc qui rôteriont, pis qu'il étiont brouillé aveucq Tbon Dieu.
LE PÈRE MICHAU
Quoi qu'y a fait, Thon Dieu, y a-t-il fait des sottises?
LE MANŒUVRE
Pourquoi que Tcuré y a point donné son dû pour avoir sonné Tbaptéme au pH\t à la Rouquette? aussi qu'il aviont quitté Tchœur, François Morel, où qui cliantiont d'père en fils; j'disons à ça qu'il a bé fait.
LE PÈRE MICHAU
Y n'a point dit qu'il avait appelé le curé vieux corbiau et vieux vendeux de messes?
LE MANŒUVRE
Pourquoi qui y a r'tin son dû ?
LE PÈRE MICHAU
C'est donc ben gentil de dire des choses pareilles à un prêtre !
LE MANŒUVRE
Pourquoi qui y a r tin son dû?
LES MÊMES, GERMAIN PiTARD.
GERMAIN PITARD
A VOUS VU François More), qu*a passé d'vant not' porte?
LE PÈRE MICHAU
A moins d'être aveugle.
LE MANŒrJVRË,
Va-t'y point sarcher, Tpère tailleur?
GEBMAIN PITARO.
J crais bé qu'oui.
Dam î autant 1i qu'un autre, après tout, pis qui leux sont parents.
GERMAIN PITARD
Caserait moi, que j'irions point m'en embarrasser, pis qui laissont l'-pus bon et l'pus clair de son bien n'a Topbile.
LE PÈRE MICHAU
Moyennant que Tophile en aurait soin, mais Topbile n'en prenant point soin... bernique! sans compter qu'c'était ben !
GERHAIM PITARD.
• Mais qu'on a sine cbeux ein notaire, c'étiont-y point tout comme si qu'on eût passé n'ein contrat ? Doit-on point l'ieni 7 C'étiont-y sa faute à Topbile, si c'étiont une vieuilie lK)urrique, V vieux père tailleur, qui saviont pu connaître sa gauche d'sa drette? J'disons qu'c'étiont point sa faute.
LE MANŒUVRE
Mais sa paine, à Tophile, queu qui la payera ? qui va la payer ?
GERMAIN PITARD
Queu paine? l/a-t'y point ben payée, pis qu* Tant', Faut*, il aviont touché son r'venu au tailleur.
LE PÈRE MICHAU
Faudra tout de même qu'il rende dest^omptes à sa succession.
GERMAIN PITARO.
Queux comptes? Queue succession? .l'serions n'a sa
place à Tophile, que je n'rendrions point décomptes. Des comptes ! .. . allais ! marchais !
LE MANŒUVRE
T'uais, père Michau, tout Tmonde sus les portes ; on dirait quasiment la procession qui va passer.