LES MÊMES, MADAME NAJOT
MADAME LAMOUROUX
Bonjour, madame Najot! comment vous portez-vous?
MADAME NAJOT.
Eh ! bonjour, que je vous embrasse ! Et Mélanie?
MADAME LAMOUROUX
Elle prend sa leçon.
MADAME NAJOT.
Je vais quitter mon chapeau, si vous le permettez.
MADAME LAMOUROUX
Hais, je vous en prie, mettez-vous à votre aise.
MADAME NAJOT.
Gomment le trouvez-vous, mon petit chapeau ?
Très-joli.
MADAME NAJOT.
Ce n'est pas le chapeau de tout le monde. Et M. Lamouroux, comment le trouve-t-il ? Est-il de son goût?
MADAME LAHOUROUX.
Comme tout ce que vous faites.
MADAME NAJOT.
J'ai tenu à ce quMl ne fût pas surchargé. Rien ne me déplaît comme ces grosses touffes de fleurs qu'on a la rage de camper aujourd'hui dans les chapeaux.
MADAME LAMOUROUX
Je ne les aime pas non plus.
MONSIEUR LAMOUROUX
Prenez done la peine de vous asseoir.
MADAME NAJOT.
Je ne demande pas mieux; il fait un gras à marcher...
MONSIEUR LAMOUROUX
Et ce petit tabouret sous vos pieds.
MADAME NAJOT.
Monsieur Lamouroux, vous me gâtez.
MONSIEUR LAMOUROUX
Jamais autant que je le voudrais.
Voyons, ne perdons pas de temps, et causons un peu de vos affaires. Vous savez, ma bonne madame Lamouroux, rintérêt que j'ai toujours porté à votre maison.
MADAME LAMOUROUX
Je le sais et vous en remercie.
MADAME NAJOT.
Je n'accepterai, chère amie, ces remercîments que lorsque je les aurai complètement mérités. Nous nous sommes donc occupés de cette chère enfant, et je viens vous annoncer ofRciellement que nous lui avons trouvé un parti.
MADAME LAMOUROUX
Monsieur Lamouroux m'en a parlé.
MADAME NAJOT.
11 a dû vous dire ce qu'il en étiit.
MADAME LAMOUROUX
A peu près.
MADAME NAJOT,
Un jeune homme charmant, de bohnes manières, joli ton, un peu musicien: il est parfait. Mélanie serait ici, je ne le dirais pas, elle en ra (Tolérât.
MADAME LAMOUROUX
Vous rafïoliez aussi de M. Marbot, s*il vous en souvient. Et Dieu sait !
MONSIEUR LAMOUROUX
Son beau-père sort d*ici.
MADAME NAJOT.
Est-ce un si grand malheur, après tout, d'avoir marié M. Marbot?
MADAME LAMOUROUX
C'est égal, convenez-en, vous n'avez pas eu la main heureuse ce jour-là.
MADAME NAJOT.
Voyons, soyons justes et de bon compte. Que pouvait on espérer de mieux ? La petite Thirard était bonne personne, tant que vous voudrez; mais, entre nous, étaitelle d'une grande défaite? Sans tournure, toute de côté, sans distinction, un vrai manche à balai ; avec ça pas de santé, l'événement Ta prouvé. Je vous jure, quant à moi, que j'ai été ravie d'en débarrasser ses père et mère' : vouliez-vous qu'elle mourût chez eux ? D'abord il y avait deux ans que ce mariage-là traînait.
MADAME LAMOUROUX.'
Ce n'est pas ce que disait son papa il n'y a pas cinq minutes.
MADAME NAJOT.
Le cher homme n'a plus de mémoire, j'en suis fâchée pour lui. Ça u^a pas été sans peine si j'en suis venue à mes fins; mais ici la position est toute différente.
MADAME LAMOUROUX
J'aime à ie croire.
MADAME NAJOT.
Au surplus, monsieur Lamouroux le connaît, le jeune homme que je veux dire, il Ta vu.
MONSIEUR LAMOUROUX
Une fois, une seule fois.