A ALFRED POIZAT IX
V héroïsme de nos soldats, aussi souvent que cet héroïsme peut être sans danger porté à la connaissance du public. Les démocraties sont jalouses, dit-on. Non pas elles, mais ceux qui en vivent. N'est-il pas extravagant que ce soit par un message du tzar que nous ayons appris le nom du général Balfourier et les prouesses du XXe corps devant Verdun? Comment s'écrira un jour V histoire de la guerre et à quels conflits de réclamations, à quels antagonismes inextricables se verra exposé l'historien quand on se souvient qu'à une époque où la guerre se faisait au grand soleil, où l'arrière et le front n'étaient séparés par aucune cloison étanche, Bauff remont et Galliffet n'ont jamais pu s'entendre sur la charge de Sedan et qu'il s'est trouvé deux commandants Lambert pour revendiquer l'honneur d'avoir défendu la Maison des dernières cartouches? Et, comme j'alléguais quel' œil a besoin d'un certain recul, vous me rappeliez que Thucydide n'avait pas attendu la fin de la guerre du Pélopo-
A ALFRED KUZAT
nèse pour en commencer V histoire et qu'il ne paraissait pas que son autorité d'historien eût souffert de la proximité des événements, ni de sa sympathie pour la eu athénienne.
— IL est vrai, vous disais- je, mais c'était Thucydide.
— Sans doute, rèpliquâtes-vous. Mais, s'il est malaisé de lui prendre son génie, il n'est pas interdit de lui emprunter ses directions, et la manière dont il a parlé des généraux athéniens , même de Cléon, quil n aimait point, le tact et la mesure qu'il a gardés envers les plus malheureux, sa déférence pour les autres, peuvent être proposés en exemple à nos historiens, voire à quelques-uns de nos hommes politiques. Encore Thucydide était-il un soldat. Il avait commandé lui-même en Thrace, et non sans éclat. La leçon de retenue qu'il nous donne n'en tombe que de plus haut sur les simples civils que nous sommes. Elle nous montre comme on doit s'exprimer sur les chefs. Et , quand la conscience de notre in-