‹ Boutades et rêveriesChapitre 5 sur 47 · LE MUET · texte numérisé non relu

LE MUET

Un marchand de son en démence Sa marchandise remuait :

Il cherchait l'air d'une romance Pour un ténor sourd et muet ; Devant une rime en souffrance, Son front pâlissait et muait ; Cette rime, étant le mot France, Se terminait par l'e muet.

Précisément, cette finale Juste sous ma note émue est, Dit-il, ô syllabe infernale.

Lettre que mon cœur ému hait

Jadis, la charmante Elodie, Quand je chantais. Je faime^ huait Le chanteur et sa mélodie.

Moi je faisais un nez .... muet.

Elle avait bien raison, dit Suite.

Euh ! Vous n'aimiez donc qu'à regret ? Je t'aime, euh, euh ! c'est une insulte, Euh ! euh ! Vous étiez indiscret.

Euh, euh ! J'en ai la chair de poule. Pourquoi votre gosier fluet, Pond-il tous ces euhs pour la foule En ^prolongeant un nez muet ?

L'e muet, répond Lavallée, Est la trémolo des amours :

On l'a fermé dans la vallée Où la Garonne suit son cours ; Je t'aimé se dit à Toulouse ; En Gascogne, sans e muet, La jeune fille, au rang d'épouse Aspire, et souvent promue est.

l'e muet 53

L'e fermé, ferme de la sorte La bouche aux tendre jouvenceaux Que la fureur des euhs transporte Au point qu'ils font peur aux oiseaux, Laissons les hôtes des bocages Nous fabriquer des œufs parfaits Et transformons sur cent visages Cent trompettes en nez muets.

Montréal, 24 j anvier 1890.

PARODIE

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PARODIE

Air : 8i vous étiez.

Si vous aviez les envolées De l'aigle dans l'azur des cieux,.

Moi, vers les sphères étoilées Je lèverais souvent les yeux ; Mais votre Muse, une portière, Ne sait qu'alourdir votre vol, Et votre goût pour la matière Vous rive constamment au sol.

58 PARODIE

Si vous aviez les grands coups d'aile, Mais non les serres du vautour, Vous pourriez, en parfait modèle.

Voler sans crainte et sans détour.

Quand, l'aile inerte et la main leste, S'agitent les êtres déchus.

Volez vers la plage céleste, Sans le secours des doigts crochus.

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PATRIOTISME PRATlOyE

La politique a du bon, Me disait un vieux barbon. Foin du censeur trop austère, Orand dévoileur de mystère.

Qui s'insurge obstinément Contre le gouvernement.

C'ESÏ BLIIHCHE

c'est blanche

Qui donc vient ici, sans façon, Pour vous chanter une chanson ?

C'est Blanche.

Qui mêle aux amoureux accents De doux regards bien languissants ?

C'est Blanche.

Qui chante, partout et toujours, Les Jeux, les Ris et les Amours ?

C'est Blanche.

^Qui ne demande qu'à chanter.

Pourvu qu'on vienne l'écouter ?.

C'est Blanche.

Celle qui s'incarne souvent Dans la peau d'un rôle émouvant,

C'est Blanche.

La soubrette au rire argentin, L'héroïne au regard mutin,

C'est Blanche ; Celle qui vous fait éprouver Des choses qui vous font rêver,

C'est Blanche.

Celle dont le regard vainqueur Arrache les larmes du cœur.

C'est Blanche.

Celle qui peut, sans s'étourdir,.

Entendre la foule applaudir,

C'est Blanche.

Qui réchaufferait un glaçon Tout en lui donnant le frisson,

C'est Blanche.

Celle qui veut, que chaque soir,, Devant elle on vienne s'asseoir,.

C'est Blanche.

Celle qui se fait un plaisir D'allumer le tendre désir, C'est Blanche.

Gages de succès enivrants,

Les accents vrais, émus, vibrants,

De Blanche Font tressaillir les spectateurs.

Le nombre des admirateurs

De Blanche Va s'accroissant de jour en jour.

"Quelques-uns riment pour l'amour

De Blanche.

Moi, pour elle je chante ici, ^i vous m'applaudissez, merci

Pour Blanche.

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LA

LA

Gentille est ma concitoyenne, Fleur de nos climats rigom-eux, Blonde ou brune, la Canadienne Sait captiver les amoureux.

Ornement de toutes les fêtes.

Avec ses petits airs vainqueurs, Elle fait tourner bien des tôtes ; Mais elle enchaîne tous les cœurs.

REFRAIN

Célibataires qui cherchez Une moitié qui vous convienne, Si vous prenez femme, tâchez Que ce soit une Canadienne.

Dès le printemps de son jeune âge, Elle est sensible aux tendres mots, Plus tard, reine de son ménage, Elle régente dix marmots.

Ouvrière, elle tient l'usine Sous le charme de sa beauté ; Au salon comme à la cuisine, Elle trône avec majesté.

(Célibataires, etc.)

La voyez-vous, lorsque nos rues Regorgent de fiers citadins.

Arpenter les mieux parcourues,. Faisant retourner les gandins ?

Allègrement elle trottine, •

Avec la grâce d'un lutin, Tandis qne sa lèvre mutine Ebauche un sourire mutin.

(Célibataires, etc-)

Cœur généreux, nature aimantCj Ouverte à tous les dévoûments, Sœur aimable, épouse charmante.

Toujours fidèle aux doux serments.-

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