‹ Bouton d'Orient en TunisieChapitre 21 sur 25 · PRE UES · texte numérisé non relu

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papules initiales, raclages d'uleères, frottis de bourgeons excisés, mouchetures de la zone œdématiée), mais ils ne montrent que les bactéries banales de la suppuration ; microcoques, diplocoques, streptocoques , bâtonnets variés.

En février 1905, C. Nicolle et L. Cathoire examinent un nodule satellite d’un clou encore en évolution ; ils font des frottis pratiqués avec ce nodule et opèrent des coupes du même élément.

Sur quelques frottis colorés par Le procédé de Laveran, ils trouvent de très rares éléments de 4 u sur 4 a 1/2 environ, ovalaires, très clairs, pourvus à leurs extrémités d'un petit point ayant une affinité très grande pour le colorant basique et affectant tantôt la forme sphérique, tantôt celle d’un bâtonnet.

Dans les coupes colorées à la thionine, la lésion est constituée par des amas de lymphocytes et de mononucléaires englobant quelques capillaires dilatés ; les polynucléaires sont rares. Entre les cellules, Nicolle et Cathoire retrouvent, en abondance, des éléments semblables à ceux qu'ils ont constatés sur les frottis, mais plus petits (T à 4 u de diamètre).

Ils sont ovoïdes et présentent presque tous deux points colorables que l’on peut considérer comme un grand et un petit karyosome.

Le petit karvosome, arrondi ou avant la forme d'un bâtonnet, se colore toujours plus nettement; il est souvent comme accolé à la paroi de l’élément.

Le grand karyosome, adossé généralement à la paroi opposée, est très faiblement coloré. Il se présente tantôt sous l'aspect d’un noyau confondu en forme de croissant avec le protoplasma qui l'entoure, tantôt et assez brusquement sous celui d'une zone hémisphérique, à peine

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leintée, hmilée par une sorte de cloison plus foncée : cette cloison paraît quelquefois incomplète. Enfin certains corpuscules ne montrent aucun détail, bien que, par leur volume et par leur forme, ils ne paraisse pas douteux qu'on puisse les rattacher aux précédents.

Ces divers éléments, disent Nicolle et Cathoire en 1905, sont semblables à ceux décrits par Wright dans le bouton d'Alep, mais s'en distinguent par ce fait que tous paraissent extra-cellulaires ; l’âge de lélément examiné en est peut-être la cause.

C. Nicolle, en 1907, examine à nouveau dix-huit boutons, d'ancienneté variable, prélevés sur cinq malades atteints de clous de Gafsa. La technique qu'il emploie est la suivante : il utilise de préférence la vésico-pustule du début, à l’aide de laquelle il fait des frottis qu'il colore d'après la méthode de Giemsa. S'il s'adresse à une ulcération récemment formée, 1l la nettoie soigneusement et recueille seulement le produit de grattage du fond de l'ulcère. Il observe, en dehors des corps de Wright, de grosses cellules polynucléaires dans lesquelles il trouve inclus ou non les parasites. Les dimensions de ces cellules varient de S à 20 y et quelquefois davantage. Quand elles sont arrivées à leur complet développement, elles contiennent de 5 à 6 noyaux en général, qui sont situés presque toujours à la périphérie de l'élément et s’y aplaüssent en s'incurvant. Le protoplasma est clair lorsqu'il ne contient pas de parasites.

La plupart de ces cellules sont vides. En cas d'’infection bactérienne surajoutée, elles jouent le rôle de phagocytes ; on les trouve alors bourrées de microbes. Il semble que ces cellules dérivent des leucocytes mononucléaires dont le noyau se fragmente sous l’action du parasite ou de ses produits.

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Les corps de Wright sont presque exclusivement intra-cellulaires. IIS sont ovales ou arrondis ; dans le premier cas, le plus fréquent, ils mesurent {4 sur 3. Le grand karyosome, généralement ovale, a de 1 5à 2u5 surO 8 à { wo ;1l est coloré en violet rougeàtre par la méthode de Giemsa. Le petit karvosome fixe la couleur d'une façon très intense et apparaît en violet foncé; il affecte ordinairement la forme d’un bâtonnet situé en face du grand karvosome et dirigé le plus souvent suivant le plus petit axe de l'élément ; il mesure O0 & 8 à 1 v de long sur 0 #2 de large au plus; parlois il est très court et même punctiforme.

Nicolle examinant, dans cette série de cinq cas, le sang après coloration, trouve en movenne 49 °/, de mononucléaires et de lymphocytes réunis, 41°/, de polynucléaires, {°/, d'éosinophiles.

Dans un dernier cas, Nicolle examine les boutons d'un chamelier nègre de Tozeur (Djerid), avant contracté son affection à Tébessa (Algérie) et atteint depuis trois mois.

Ils sont saillants, fermes, non ulcéreux, non squameux. Nicolle pratique l'étude de la partie superficielle des éléments, enlevés par décapage; le tissu étant exsangue, les frottis sont constitués uniquement par les éléments du clou. Ils se montrent particulièrement riches en corps de Wright.

Les corps de Wright, en nombre considérable dans ces préparations, se présentent sous trois acpects : isolés, intracellulaires, groupés dans une sorle de qganque.

Les corps isolés, rares, voisinent le plus souvent avec une grande cellule mononucléée ; les gangues, de même, se rencontrent à une très fæble distance des masses nucléaires. L'aspect est identique à celui constaté par Ni-

colle sur les préparations d'organes recueillis à lautopsie d'un cas de Kala-Azar infantile. Les corps de Wright, comme ceux de Leishman, sont des parasites intracellulaires: les corps isolés viennent très certainement de la rupture des cellules parasitées déterminée par le frottis, et les gangues sont les débris du protoplasma leucocytaire. La cellule renfermant les corps de Wright est presque toujours un globule blanc mononueléaire d'autant plus grand qu'il en renferme davantage. On peut compter dans certains macrophages jusqu'à 80 et 100 protozoaires.

On rencontre, mais rarement, les corps de Leishman dans des lymphocytes où dans des polynucléaires : on n'en voit jamais dans les globules rouges. Les parasites sont arrondis, ou plus souvent ovalaires. Ils présentent l'aspect d’une vésicule transparente contenant dans son intérieur deux corps nucléaires : le noyau et le centrosome.

Le noyau, excentrique, adossé le plus souvent à l’une des extrémités, est arrondi ou ovalaire. Il se colore en violet par la méthode de Giemsa. Quelquefois il présente un aspect semi-lunaire et limite par son bord convexe l'élément parasitaire, son bord concave étant tourné vers le centre.

Le centrosome est un petit bâlonnet coloré en rouge violet par la méthode de Giemsa. Généralement disposé perpendiculairement au grand axe du noyau ou obliquement par rapport à lui, il lui est quelquefois parallèle. Il est situé ordinairement sur le bout opposé de l'élément.

C. Nicolle, en 1908, réussit pour la première fois la culture du microorganisme du elou de Gafsa. Cette culture est faite par ponction des trois boutons présentés par le chamelier dont il a été question plus haut, Nicolle avant

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préalablement désinfecté la peau à l'aide d'une solution de teinture d'iode et utilisé une seringue stérile. Il ensemence deux tubes contenant, l’un le milieu de Novy- Neal, l’autre le même milieu, simplifié par lui. Cette simplification consiste dans la suppression de la viande et de la peptone.

Le milieu employé par Nicolle a la formule suivante : gélose 14 gr., sel marin 6 gr., eau 900 gr. Il est réparti dans des tubes à essai et stérilisé, puis les tubes liquéfiés à 59° sont additionnés chacun d'un tiers de sang de lapin prélevé par ponction aseptique du cœur. On incline les tubes pendant douze heures, pour les porter ensuite pendant cinq jours à l’étuve à 37°, puis ils sont conservés à la température ordinaire.

Nicolle obtient sur son milieu des cultures sensiblement plus abondantes.

La culture est faite, en raison des circonstances, dans une étuve improvisée (veilleuse dans une boîte métallique avec matelas de sable) et réglée entre 19° et 23°. L'examen pratiqué à Gafsa même, le neuvième jour, montre un développement très abondant du parasite.

Voyons quels sont les caractères principaux de la culture. À 22°, dans des conditions identiques à celles de la culture du parasite du Kala-Azar, le protozoaire de Wright se développe lentement mais un peu plus vite que celui-ci. Vers le quatrième jour, les formes de division apparaissent; elles sont très nombreuses à partr du huitième jour et à ce moment la culture offre un aspect luxuriant. La richesse de la culture est toujours plus grande que pour une culture de Leishmania infantum du même âge. Les parasites, mobiles pendant la première phase de leur vie, présentent à partir du vingtième Jour un ralentissement dans leurs mouvements et une ten-

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dance à l’agglutination ; ils se groupent alors en rosaces plus ou moins volumineuses.

Les déplacements du protozoaire e ont lieu le flagelle en avant.

Avec la méthode de Giemsa, l'élément jeune est à peu près semblable aux corps intra-cellulaires observés dans le bouton de l’homme, mais il est d'un volume plus considérable.

Ces éléments parasitaires, ovalaires ou piriformes, possèdent dans les cultures un flagelle de longueur variable, flexueux et très fréquemment double, auquel cas les deux fouets sont le plus souvent inégaux. Peu à peu le protozoaire s’allonge et tend vers la forme définitive de flagellé typique. De la forme ovalaire et trapue qu'il présentait primitivement, le corps passe à la forme allongée et étroite. Il atteint alors, avec le flagelle, 40 à 45 de longueur sur 2 à 4x de largeur; le flagelle, à lui seul, mesure en moyenne 20 v. Jamais le parasite ne présente de membrane ondulante. L’extrémité postérieure du parasite, quoique effilée parfois, ne présente jamais l'aspect d'un flagelle.

Les formes allongées el pointues paraissent être celles de la période d'état, aspect vers lequel tend le parasite au cours de son développement.

Le parasite, en culture, présente, comme les infusoires flagellés, un noyau et un centrosome.

Le noyau ovalaire, coloré en violet Las la méthode de Giemsa, mesure en moyenne de 1#5 à 24 de long sur lHàlu5 de large ; il est ne rapproché de l'extrémité antérieure du parasite.

Le centrosome, qui a la forme d'un petit bâtonnet ou d'un point, se colore en violet rougeâtre par le Giemsa : il

est situé au voisinage de l'extrémité antérieure du parasite près du flagelle auquel il donne insertion.

Le flagellé se colore en violet rouge par le Giemsa.

Le protoplasma se téinte par cette méthode de deux manières différentes. Il est réticulé, vacuolaire ou coloré, uniformément en violet pâle.

On constate fréquemment dans les cultures des formes de multiplication qui se font dans l’ordre suivant :

1° Division du flagelle ; elle est précoce et donne naissance à deux flagelles égaux ou, le plus souvent, inégaux.

2° Division successive ou simultanée des deux masses chromatiques semblant commencer en général par le centrosome.

Quant aux repiquages, Nicolle les pratique sur Île milieu de Novy-Neal simplifié par lui.

Ils sont faciles à obtenir ; les cultures sont repiquables à partir du 5° jour et leur vitalité atteint deux mois. Les cultures de Leishmania tropica sont toujours plus rapides et plus abondantes que celles des corps de Leishman du Kala-Azar.

Dans les lésions, les parasites du Kala-Azar et du bouton d'Orient sont identiques. Toutefois, en culture, 1l y a entre les deux espèces des différences sensibles. Chez Leishmania tropica on observe une division précoce du flagelle qui, en outre, est plus long et plus flexueux que dans le Kala-Azar.

Il semble donc que, malgré leur parenté incontestable, l'on doive séparer morphologiquement les deux parasites. d'autant plus qu'ils produisent chez l’homme des lésions tout à fait différentes.

Marzinowsky, le premier, en 1907, a réussi à s’inoculer à lui-même le bouton d'Orient, car les cas publiés antérieurement par Depéret et Boinet paraissent douteux.

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Marzinowsky a obtenu des boutons en introduisant sous la peau un fragment de tissu de granulation et en inoculant de la sécrétion d'un bouton d'Orient dans la vésicule produite sur la peau par brûlure à l’aide d'une allumette enflammée. Les boutons ont apparu 70 Jours après l'inoculation ; leur examen pratiqué plus tard a montré de nombreux parasites.

C. Nicolle, en 1908, inocule un singe bonnet chinois avec le virus d’un clou de Gafsa au niveau des paupières supérieures et de la racine du nez dans le derme et des arcades sourcilières par scarification. Il inocule 5 Jours plus tardle même virus sous la peau au-devant des deux oreilles. Les clous ont débuté 24 jours après l’inoculation ; ils sont caractéristiques. Leur examen montre de nombreux corps de Wright qu'on ne retrouve pas dans le sang périphérique. Nicolle réussit la culture des boutons du singe qui montrent, au bout d'un mois, les corps flagellés caractéristiques et les rosaces des cultures.

Dans de nouvelles expériences, C. Nicolle et A. Sicre ont réussi la reproduction du bouton d'Orient sur le Macacus sinicus (bonnet chinois) avec des cultures en milieu Novy-Neal simplifié de deuxième passage. Sur deux singes inoculés sous la peau, un seul a présenté des lésions après 38 jours d'incubation sous forme d'un petit nodule, dur, allongé, bien limité, mesurant 5 millimètres sur 5, très profond, ne s'accompagnant ni de rougeur, ni d'æœdème des téguments. Ce nodule a été excisé après trente Jours et, sur les frottis, la présence du parasite a été décélée.

Par contre, des inoculations de la culture pratiquées chez le chien, le chat et le lapin (inoculation intradermique, cornéenne et oculaire) n'ont rien donné.

En résumé, l'étude expérimentale du clou de Gafsa a

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permis de démontrer son identité avec le bouton d'Orient. De plus, c’est avec un cas étudié en Tunisie, qu'ont été réalisés plusieurs progrès de nos connaissances sur cette affection ; culture de Leishmania tropica, reproduction expérimentale de la maladie chez le singe, avec le virus et la culture.

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