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prenant l’initiative d'une œuvre chère à tous : la restauration du tombeau de saint Yves, et c’est à la fin du mois consacré à ce grand saint, que Dieu l’appela au ciel. N’ayant pas eu le temps de parcourir le manuscrit que nous lui avions soumis, quelques mois auparavant, il nous écrivit avec une confiance qui nous a profondément touché : « C'est avec bonheur que je vous autorise à le faire imprimer, persuadé que vous avez bien écrit de notre grand saint national . d
Le monument que l’on admire aujourd’hui était presque achevé, et les préparatifs de son inauguration déjà commencés. A un autre évêque, son successeur, et comme lui dévot à saint Yves, était réservé l’honneur de terminer cette consécration du magnifique Ex-Voto de la Bretagne à saint Yves, et Monseigneur Fallières fa fait avec tout
l’éclat dû à ce grand saint. 1
Ce tombeau, véritable monument expiatoire de la profanation du dernier siècle, peut n’être pas à
l’abri de la critique, mais il est d’une beauté ravissante, tant par le travail que par les souvenirs qu’on y a réunis. I n scrupule, discutable, j’en conviens, fa fait placer à l’endroit où s’élevait, croit-on, le mausolée de la pieuse générosité j
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de Jean V. Il eût été d’un plus bel effet encore dans la chapelle du Duc.
Tel qu’il est, après un travail de trois ans et une dépense de près de cent mille francs, le nouveau tombeau de saint Yves, en pierres blanches comme le premier, se compose d’un oolVre tumulaire ou sarcophage posé sur une base du plus beau granit breton. La statue du saint, que tous admirent comme un chef-d’œuvre^ est en marbre blanc. 11 y est représenté couché, près de rendre le dernier soupir. Ses yeux sont fixés sur le ciel ; deux anges soutiennent la pierre sur laquelle repose sa tète, et le lion du courage et de la force est étendu à ses pieds. Autour se déroule la suite des personnes avec lesquelles notre saint a été en plus intimes relations. D'abord le père et la mère du Bienheureux, Rivoalon le ménétrier et sa femme, que saint Yves avait comme adoptés avec leurs enfants ; puis Philippe de Valois, Clément VI, Charles de Blois avec l’archidiacre Maurice, Guy Morel son confesseur, et Gatel Autret la jeune miraculée de Pleslin; enfin Jean V et Monseigneur Bouché, fondateurs des deux monuments de notre saint.
Le couronnement est un édicule dans le si vie
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du xyi 6 siècle, merveilleusement fouillé. Parmi les Heurs et la faune bretonne qui l animent, sont représentés à la tombée des arcades ogivales, d’abord les deux premiers martyrs de la Bretagne, les illustres enfants nantais, Donatien et Rogalien ; puis les fondateurs des sept évêchés bretons, qu’on appelait au moyen-âge les sept saints de lîretagne,
savoir: Sain! Samson, de Dol, terrassant un lion ; saint Pol de Léon avec sa cloche ; saint Corentin péchant un poisson ; saint Tugdual avec son dragon ; saint Melaine , fendant une tour d’où s’é-
chappent deux voleurs convertis ; saint Paterne portant une église ; saint Malo avec son navire, cl saint Bricuc salué par deux loups.
fies statues sont accompagnées d’autres qui leur forment comme une cour d’honneur : Saint Salomon, patron de l'église de la Martyre et roi de la petite Bretagne au ix e siècle, habillé en costume du xiv c ; saint Gildas, le Jérémie breton et noire pre-
mier historien, il tient en mains un livre célèbre : Les malheurs de la Bretagne ! Judicaël, autre roi
de notre pays, l’ami de saint Eloi, avec lequel il signa un traité de paix au nom de Dagobert, roi
de France.
Pour couronner le tout,
six anges aux
ailes dé-
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ployées font retentir, à son de trompes ou olifants, la gloire de saint Yves, üntre ces anges est la statue du bon pasteur babillé d’une peau de mouton, puis la Vierge à V oiseau de F ancienne église de Coatcolvézou devant laquelle a prié saint Yves, et aux deux extrémités, saint Michel à l’épée flamboyante, et un autre ange portant la bourse de la charité.
M. de la Borderie, membre de rinstitut, qui a pris chaudement en main la cause du tombeau de saint Yves, en a fait une très belle description. C’est sur ses données que M. Dèvrès, architecte de Notre-Dame, en a conçu le plan et dirigé les travaux. M. Valentin, le pieux et distingué sculpteur breton, est Fauteur de la statue qui méritait plus qu’une mention honorable, et notre compatriote Ucrnot a fourni et poli le granit bleu qui se marie si bien avec la belle pierre blanche de Conflans. Le tout forme un ensemble harmonieux qui fera honneur à notre siècle, et attestera hautement la dévotion des Bretons pour leur saint compatriote.
L’inauguration s’en est faite avec un éclat dont on n'avait pas encore été témoin au pays de Tréguier. Monseigneur Fallières a annoncé cette fête par une lettre pastorale où il résume la vie merveilleuse du thaumaturge breton. Cette lettre, lue dans
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toutes les églises du diocèse, a ranimé le culte du bienheureux dans la moindre paroisse, et chacun se promettait de prendre part à la grande manifestation du vin septembre. La fête devait durer trois jours, et un Triduum de prières et de procession était ordonné pour préparer à la solennité.
De tous cotés on s'arrêtait des voitures et des places dans les hôtels. L'empressement même fut tel, que l’on prêta trop facilement l'oreille à ceux qui prétendaient que l’on ne trouverait pas où se loger ! Le Petit-Séminaire ouvrit ses portes au large et avec générosité aux cinq cents ecclésiastiques qui y trouvèrent un accueil parfait et une hospitalité bien ordonnée. Dès le premier jour, la circulation dans les rues devenait difficile. La messe fut chantée par Monseigneur Gonindard, archevêque de Sébasle, le sympathique et distingué coadjuteur de Son Eminence le cardinal Place archevêque de Rennes.
Au chœur avaient pris place autour de Son Eminence, Monseigneur Faîtières, évêque de Saint- Biieuc, cl Monseigneur Potron, évêque de Jéricho, de l'ordre de saint François. Puis venaient les vicaires généraux de Quimper, le R. Père Abbé de Thymadeuc et d’autres dignitaires représentant
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différents diocèses de France, puis le chapitre de la Cathédrale tout entier.
Le soir, après les vêpres, M. l’abbé Morelle, vicaire général de Monseigneur Laitières, l’éminent orateur qu’on était pressé d’entendre, a retracé d’une façon magistrale, avec sa parole gracieuse et le talent merveilleux qui le distingue, la vie de saint Yves enfant dans ce pays de Tréguier, dont il fait une si élégante description; cl étudiant dans rUniversité de Paris dont il retrace aussi les grandes lignes avec une science parfaite. Après ce discours qui restera peut-être comme la plus belle perle de ces joutes oratoires, se donne un solennel salut du Saint-Sacrement. Les plus i»cllcs voix du pays, sans compter un prince laisse de passage en Bretagne, s’v font entendre et sont justement admirées. À l’entrée de la nuit, la ville a été splendidement
illuminée et les rcllets des feux de Bengale ont fait rêver aux descriptions des fêtes orientales.
Le lendemain, fête de la Nativité, Monseigneur l’Evêque a chanté la grand’messe. La belle musique du collège a fait entendre les plus beaux morceaux de son riche répertoire, et le soir, à l’issue *
des vêpres, Monseigneur Gonindard a pris la parole à son tour pour célébrer saint Yves. Sa parole
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harmonieuse et vibrante a ému jusqu’aux larmes, par les accents d’une éloquence majestueuse, les mères présentes, auxquelles il a proposé comme
éducation
exemple le foyer de Kermartin, pour chrétienne des enfants dans laquelle on doit se proposer de faire des saints : Vivez de manière à
devenir un saint ! Rien n’effacera des souvenirs de la Bretagne l’impression de ce discours si éloquent et si pratique à la fois !
La ville s’est de nouveau illuminée vers le soir, et tous les coteaux voisins ont répondu en brillantes lumières à cette fête de nuit à laquelle a daigné prendre part notre éminent évêque. Monté sur l’estrade de la place, il a dit en breton, aux habitants qui l'applaudissaient : Me ho car a greis ma chalon ; Je vous aime de tout mon cœur !
Le troisième jour devait être plus solennel encore : c’était la clôture. Les processions s’étaient rendues à Tréguier de toutes les paroisses et villes voisines. Celle de Lannion était en première ligne, avec sa croix monumentale et sa belle musique qui précéda les processions le reste de la journée. La g*and’messe fui chantée avec un éclat tout parti-
culier par son Eminence le Cardinal de Rennes. C’est la première fois depuis Eveil de Bégaignon,
arj.
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qu’on voyait un prince de l’Eglise chanter dans la cathédrale de saint Tugdual ! Après la grand messe son Eminence a béni le tombeau de saint Yves, puis la procession s’est déroulée belle et immense, dans les rues trop étroites de l’ancienne ville épiscopale, pour venir se grouper autour des Prélats sur l’estrade de la grande place. Quelques discours y ont encore été prononcés, même en tangue bretonne, et les coryphées, au milieu des vivats, ont acclamé saint Yves, le cardinal, les évêques et tous ceux qui avaient contribué à l’éclat de celle fêle. Puis la foule s’est agenouillée pour recevoir la bénédiction papale donnée par les évêques à toute la Bretagne.
Le soir la cathédrale était littéralement bondée. Outre les dignitaires dont nous avons déjà parlé, les regards se portaient sur Monseigneur Bécel, le sympathique évêque de Vannes, le doyen de nos prélats, et le grand évêque d’Angers Monseigneur Freppel, qui allait prendre la parole. On remarquait aussi quelques prélats de la maison de Sa Sainteté Léon XIII, dont le costume efface presque en éclat celui des évêques, Monseigneur Maupied, notre distingué compatriote, Monseigneur Maricourt, recteur de l’Université d’Angers, et Monsei-
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gneur du Marhallac’h, le vicaire général de Quimper, ancien député du Finistère.
Quand l’évêque d’Angers est monté en chaire, ce fut un beau spectacle pour l’ancienne cathédrale de saint Tugdual. Au milieu d’un recueillement profond qui faillit plus d’une fois faire place à des applaudissements enthousiastes, le grand orateur qu’on était si heureux d’entendre a retracé, avec son incomparab le talent, la vie de saint Yves comme prêtre et homme de loi. <r Conservez, s’est-il écrié, conservez à notre grand saint, devant le trône de Dieu, comme vous le garderez dans l’histoire, conservez à saint Yves le beau titre d’ Avocat des Bretons ; ce sera pour eux un titre de gloire et un gage de bonheur ! »
Puissent n’être jamais oubliés parmi nous ces derniers vœux, ces derniers accents d’une voix qui allait s’éteindre, mais dont l’écho redira à jamais l’éloquence et le courage d’un des plus grands défenseurs de l’Eglise et de ses droits inviolables.
Les trois discours qui ont fait le charme des belles fêtes de saint Yves, ont été conservés heureusement, et contribueront, avec le récit de ces fêtes, à en conserver la douce et suave impression dans le cœur et la mémoire des compatriotes du
grand saint qui en a etc Y objet, i ne médaille a été frappée comme dans les circonstances les plus solennelles de l’histoire d’un peuple. Elle contribuera à perpétuer le souvenir de ces fêles qui ne se renouvelleront plus, et une longue inscription conservera sur le marbre, dans la vieille cathédrale, les noms de ceux qui y ont contribué, particulièrement celui de notre bien aimé Evêque Monseigneur Eallières à qui en revient particulièrement l’honneur. Que Dieu et saint Yves nous le conservent longtemps : Conservet et vivificct eum et beatum faciat eum in terra !
Nous devions clore ici ce travail qui est loin d’avoir la prétention d’être complet. Nous voulons cependant ajouter encore quelque chose sur la dévotion à saint Yves.
§ XXIV. — Manière de prier saint Yves au pays de
Tréguier,
Quand nous entrons dans une de nos églises, quelque modeste qu’elle soit, nous voyons sur l’autel ou contre un pilier, ou bien encore «sur un piédestal le long de la muraille, une statue de notre saint Yves. Quelquefois elle date de deux ou trois
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siècles, quand l’intérieur de l’édifice n’a pas été remanié ; quelquefois elle est fraîchement sortie d’un de nos ateliers de statues religieuses. Partout on a cherché à représenter, le mieux possible, le grand saint de la Bretagne. Les tableaux sont plus rares, mais on en trouve encore qui ne manquent pas de mérite. A ceux que nous avons déjà mentionnés dans ce travail, nous devons ajouter les tableaux de Tressignaux et de Plufur, dans deux petites chapelles du xvn® siècle, situées sur les cimetières de ces deux paroisses. Sous ces statues ou près de ces tableaux, est appendu un petit carton imprimé : ce sont les litanies de saint Yves. On les récite avec une piété profonde. Rien de plus touchant d’ailleurs que cette suite d'invocations accumulées qui contiennent aussi, eu quelques mots, toute la vie du saint.
[.es litanies ou supplications sont bien anciennes dans l’Eglise. Elles ont été imitées de la prière liturgique qui commence la messe, puisque le Kyrie eleison n’est iui-mème qu’une litanie abrégée, une
supplication à Dieu. Aussi toutes les litanies, soit des saints, de la Sain te- Vierge on du Saint Nom de Jésus, commencent par ces trois invocations à Notre Seigneur Jésus-Christ. Il n’y a guère de saint qui
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n’ail sa litanie. Cos sortes de prières, men que ne faisant pas partie de la liturgie, peuvent être autorisées pour l’usage des lidèles qui y trouvent un aliment à leur dévotion et un allégement à leur douleur : on est tout consolé quand on a pleuré, qu’on a exposé ses besoins à Dieu, qu’on a prié les saints du ciel, et surtout ceux qui ont vécu dans notre pays et sont chargés par Dieu, comme nos protecteurs et nos patrons, de lui transmettre nos prières et nos vœux. Nous donnerons en français les deux litanies que nous connaissons de saint Yves. L’une est extraite de l’opuscule de la dévotion des habitants de Trégider à leur saint patron. C’est celle que nous voyons dans toutes les églises. L’autre a été découverte par M. Arthur de la Borderie, le grand écrivain de saint Yves, dans un - manuscrit du xvii 0 siècle, à la bibliothèque nationale et éditée par la Revue de Bretagne et de Vendée dans le n° de mai 1888. 11 en existe d’autres, sans doute, et celui qui sera assez heureux pour les découvrir s’empressera de les faire connaître, pour honorer saint Yves.