‹ Braddon Mary Elizabeth – La Trace du Serpent (tome 1 et 2)Chapitre 24 sur 30 · UN VERRE DE VIN · texte numérisé non relu

UN VERRE DE VIN

Sur une petite table, dans le boudoir du pavillon, est une lettre. C’est la première chose que Valérie de Lancy aperçoit à son entrée dans la pièce avec Raymond de Marolles, une demi-heure après avoir quitté l’appartement de M. Blurosset. Cette lettre est de la main de son époux et porte le timbre de la poste de Calais.

Le visage de Valérie dit à son compagnon de qui vient la lettre, avant qu’elle l’ait prise dans sa main.

« Lisez, dit-il froidement, elle contient ses excuses, sans aucun doute. Voyons quelle jolie histoire il a inventée. Dans sa première carrière, ses camarades l’avaient surnommé le baron de Munchausen. »

Sa main tremble en brisant le cachet ; mais elle lit la lettre jusqu’à la fin, puis dit, en se tournant vers Raymond :

« Vous avez raison, son excuse est excellente, seulement un peu trop transparente ; écoutez :

« La raison de mon absence de Paris et de ma présence cette nuit au Bois de Boulogne, est très extraordinaire. À la fin de l’opéra, à la dernière représentation, je fus demandé à la porte du théâtre, où je trouvai un messager qui m'attendait et qui me dit arriver en poste de Calais, où ma mère était dangereusement malade, pour me supplier, si je

voulais la voir, de partir immédiatement pour cette ville. Même mon amour pour vous, que vous savez bien, Valérie, être la passion absorbante de ma vie, fut oublié dans un tel moment. Je n’avais aucuns moyens de communiquer avec vous sans compromettre notre secret ; imaginez ma surprise à mon arrivée à Calais, en trouvant ma mère en parfaite santé, et qui naturellement ne m'avait envoyé aucun messager. J’appréhende dans ce mystère quelque complot qui menace la sûreté de notre secret. Je serai à Paris ce soir, à temps pour jouer Don Juan et demain, à la brune, je me trouverai à ce cher petit pavillon, pour jouir une fois de plus du sourire des seuls yeux que j’aime.

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