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Quinze jours après le massacre de Paris, le 8 septembre, Catherine de Médicis écrivait à Strozzi : c Mon cousin, il fault servir son maistre à sa guise. Il vous avoit permis dresser une armée de mer et sortir. Vous vous estes constitué en très grande despensse pour le faire, et, comme vous estiez pressez à faire voile, il est intervenu une occasion par laquelle il est contrainct, non seullement révocquer ledict voïage, maiz se servir de vous à choses qui lui touchent de plus près et luy sont de plus grande importance; à quoy il se fault résouldre, comme je suis certaine que ferez très sagement. Au regard des frais que vous avez faicts et du peu de moyens que vous avez de changer vostre esquipage, le roy, mon seigneur et fils, vous faict présentement secourir d'argent et ne vous peult rien manquer, car je vois comtne il désire faire pour vous ; au moyen de quoy fault luy faire le service qu'il vous demande, et croiez luy en ferez jamais ung plus à propos, comme j'ay donné charge au capitaine Brault vous dire 1 . »
Quel était ce service ? Une lettre du duc d'Anjou à Strozzi va nous l'apprendre : c Le roy, mon seigneur et frère, vous prie de deux choses : la première, est de remettre vostre voïage de mer à une autre foys; l'autre, de maintenir cette compagnie ensemble pour le service es occasions qui se présentent, qui luy sera de très grande importance. Je seroys le premier à requérir le roy, mondict seigneur et frère, de ne révocquer vostre voïage de mer, comme j'ai esté à vous le faire permettre, si je ne cognoissois que vous luy estes tous si nécessaires aujourd'huy qu'il ne s'en peut aulcune-
i. Lettres de Catherine de Médicis, t. IV, p. 119.
ment passer; au moyen de quoy, mon cousin, je vous prie vous résouldre, selon vostre prudence accoustumée, à l'intention du roy, mon dict seigneur et frère, et nous vouloir tous ayder à recepvoir le fruict des occasions que Dieu nous a mises dans les mains pour le bien de ce royaume, et emploier tout vostre crédit et moyen pour retenir cette compaignie. Le sieur de Biron part présentement et vous porte de l'argent . Nous le ferons suivre bientost après d'une autre bonne somme, et espère que vous aurez de quoy changer vostre équipage ; puis, comme nous aurons pacifyé toutes choses en ce royaume, il fauldra faire servir vos vaisseaux à quelque bon effect, comme j'espère que vous pourrez lors ; et cependant ne les faictes désarmer, pour qu'ils soient toujours prestz et esquipez pour sortir au besoin. Au moyen de quoy, vous luy ferez le service qu'il vous demande 1 . >
Biron, en effet, ne tarda pas à arriver à Brouage, où c il nous apporta ce commandement du roy de luy assister si les Rochellois ne se vouloient remettre 2 , » dit Brantôme, qui ne parle pas de l'argent que le duc d'Anjou avait annoncé. Ainsi avorta ce projet d'expédition sur laquelle on avait fondé de grandes espérances de richesses. Les navires rassemblés à Brouage furent évidemment réunis à la flotte royale, lors du siège de la Rochelle, mais, après la guerre, Strozzi n'en continua pas moins à avoir de bons et beaux
1. Lettres de Catherine de Médicis, t. IV, p. 119, note. — Ce changement d'équipage, dont parlent les deux lettres de la mère et du fils, indique que Strozzi avait recruté une partie, sinon la totalité, de ses marins parmi les huguenots de la Rochelle.
vaisseaux qui lui rapportèrent quelques profits * ; quant à son fidèle compagnon, il ne parait point avoir pris désormais la moindre part à ses entreprises.