XIX. Les dernières années de Brantôme
Nous avons quitté Brantôme au moment où il fut arrêté dans ses projets contre sa patrie par une chute de cheval qui le tint près de quatre ans cloué sur son lit, et lui donna « plus de mal, plus de douleurs et tourmans que ne receut jamais ung pauvre criminel
1. Je ne parle pas de cet espoir chimérique, qu'il avait caressé un instant, d'obtenir une dispense pour épouser la veuve de son frère, belle je ne sais, mais riche, dont il se disait fort amoureux. Il a exhalé sa plainte dans le sonnet suivant adressé à Ronsard
« Hélas 1 faut-il, Ronsard, qu'un langoureux amant, Pour estre ainsi parent, n'aime point sa parente ! Qui a mis le premier cette loy si meschante, Puisque Dieu n'en a fait exprès commandement ?
Moyse, qui assoit le premier fondement De sa foy qui nous fayt nostre âme si vivante, De cet amour si beau personne n'en exempte, Et n'en a jamais mis de loy ny de tourment.
Tant s'en faut qu'il permit beaucoup plus d'avantage Que le frère pouvoit se joindre en mariage Avec sa belle-sœur ; aussi telle est ma foy.
Autrement je serois un amant misérable
Qui craindroit, pour aimer, un enfer détestable.
Aussi faut-il qu'Amour commande sur la Loy. •
estandu à la gêne 1 ; > et c'est , je crois , à ces souffrances qu'il fait allusion dans un de ses sonnets 8 .
Il ne nous donne aucune date pour cette malheureuse chute. En juillet 1582, il ne put rejoindre à temps, à Bordeaux , l'expédition de Strozzi* ; Tannée suivante, il revenait du Périgord quand il apprit à Étampes la mort de son ami Vitteaux (août 4 583) 4 . C'est donc au plus tôt dans les derniers mois de cette année qu'il faut faire remonter son accident; et ce fut au plus tôt en 1 587 que le pauvre malade put enfin « saluer le gentil réveil de la force endormie 5 . » Il est probable qu'il retourna à la cour aussitôt que ses forces le lui permirent; mais il y trouva bien du changement. Catholiques, ligueurs, protestants étaient en guerre de tous côtés, et ses compagnons d'armes morts ou dispersés dans des camps ennemis. En tout cas, il n'y séjourna pas longtemps, il fut rappelé auprès de la veuve de son frère,
1. Voy. plus haut, p. 233-234. — Son frère avait fait une chute de cheval, et il en mourut au bout de plusieurs années.