Expression de Marot
retirée dans son château de Matha 4 et menacée par le prince de Gondé ; voici à quelle occasion :
c Durant ces dernières guerres de la Ligue, dit-il, feu M. le prince de Gondé, dernier mort 2 , estant à Sainct-Jean, envoya demander à Madame de Bourdeille six ou sept des gens de sa terre, des plus riches et qui s'estoyent retirez en son château de Matha s, près elle. Elle les luy refusa tout à trac, et que jamais elle ne trahirait ny ne livrerait ces pauvres gens qui s'estoyent allez couvrir et sauver sous sa foy. Il luy manda pour la dernière fois que, si elle ne les luy envoyoit, qu'il luy apprendrait de luy obéyr. Elle luy fit response (car j' est ois avec elle pour l'assister) que, puisqu'il ne sçavoit obéir, qu'elle trouvoit fort estrange de vouloir faire obéir les autres, et lorsqu'il aurait obéy à son roy, elle luy obéirait; au reste que, pour toutes ses menaces, elle ne craignoit ny son canon ny son siège, et qu'elle estoit descendue de la comtesse de Montfort, de laquelle les siens avoyent hérité de cette place, et elle tout et de son courage; et qu'elle estoit résolue de la garder si bien qu'il ne la prendrait point ; et qu'elle ferait autant parler d'elle céant que son ayeule, ladite comtesse, avoit fait dans Annebon 3 . M. le Prince songea longtemps sur cette response et temporisa quelques jours sans la plus menacer. Pourtant, s'il ne fust mort, il l'eust assiégée; mais elle s'estoit bien préparée de cœur, de résolution, d'hommes