‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 5 sur 291 · I. La famille et l'enfance de Brantôme · texte numérisé non relu

I. La famille et l'enfance de Brantôme

« Si nous donnons créance à l'ancienneté des pancartes qui se trouvent en la maison de Bourde ille, nous luy accorderons un des premiers rangs parmy celles qui se vantent d'être descendues des roys, puisqu'elle rapporte son origine à Marcomer, roy de France, et à Tiloa Bour délia, fille d'un roy d'Angleterre. Les mêmes vieux titres racontent que Nicanor, fils de ce Marcomer, appelle par les Aquitanois, afin de les aider pour secouer le joug de la servitude romaine, étant venu près de Bourdeaux avec une armée navale, fut contraint de reculer, poussé de la violence des Romains plus forte que luy et d'une horrible tempête qui s'éleva tout à coup sur mer. Il mouilla l'ancre en une isle inhabitée, à cause des divers animaux sauvages dont elle étoit peuplée et singulièrement de certains griffons, animaux à quatre pieds, ayant la tête et les ailes comme des aigles. Il n'eut plutôt mis pied à terre avec ses gens qu'il leur fallut combattre ces monstres. Enfin après avoir longuement battaillé, non sans beaucoup de perte de ses soldats, il en vint à bout. Il tua de sa main le plus grand et le plus furieux de tous auquel il coupa

les serres. Cette victoire resjouyt grandement tout le pays du voisinage, qui avoit reçu beaucoup de dommages de ces bestes ; à cause de cela, du depuis Nicanor fut surnommé le griffon et honoré d'un chacun, comme le fut des gentils Hercules pour avoir exterminé les oiseaux symphalides, vivans de chair humaine. Voilà l'origine des armes que portent aujourd'hui les seigneurs de Bourdeille, sçavoir est : d'or, à deux pattes de griffon de gueules , onglées d'azur, posées en contrebande. »

Tel est le beau récit que , dans son Théâtre de la noblesse françoise 1 , le R. P. Dinet nous a donné d'un exploit bien digne de figurer à côté du glorieux combat livré par le chevalier de Gozon et ses deux chiens à l'épouvantable dragon de Rhodes, combat raconté avec tant de détails terrifiants par l'abbé de Vertot 2 ; et l'on peut s'étonner qu'en 1740, dans l'édition de Brantôme publiée sous les auspices de la famille, on ait cru devoir reproduire un pareil conte et le placer en tête du quinzième 'Volume, consacré tout entier à un extrait de la généalogie des Bourdeille dressée par Glairambault 3 . Brantôme, qui certainement le connaissait, n'a point osé y faire la moindre allusion dans les divers passages où il parle de l'ancienneté de sa race ; toutefois, comme n'était pas fort éloigné

le temps où nos vieilles romances, Ouvrant leurs ailes d'or sur leur monde enchanté,

1. Le Théâtre de la noblesse françoise, par le P. François Dinet, de Tordre des frères mineurs récollects. La Rochelle, 1648, in-fol.

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