DÉCOUVERTE DES MINES D'OR
Bartholometj Buenno. L'histoire de la découverte présente un fait assez curieux. On ne sait trop vers quelle époque un Pauliste , nommé Manuel Correa , s'avança des plaines de Piratininga jusque" dans ce désert. Il en rapporta de l'or qu'il avait tiré des sables au moyen d'un plat d'étain ; c'était sur les bords du Rio dos Aracis. Cet or fut employé plus pieusement peut-être que n'en agissaient d'ordinaire les Paulistes à cette époque. Il contribua à orner le diadème de Notre-Dame da Penha, au bourg de Sorocaba.
Nous passerions sous silence ce fait assez peu notable en lui-même, s'il n'avait pas les résultats les plus importants pour les découvertes ultérieures.
De l'or a été trouvé dans le désert par un Pauliste ; un autre Pauliste part surle-champ sur ses traces pour chercher aventure. Cette fois c'est Bartholomeu Buenno, lehardi certanista, qui se met en marche. Il emmène avec lui son fils, un enfant de douze ans ; et au bout de quelque temps les deux voyageurs arrivent à l'endroit où s'est élevée depuis Villa Boa : ils y trouvent établis les Indiens de la nation goya. Les femmes
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portaient des pépites d'or comme ornement; mais, moins industrieuses que les Guaycourous, elles en faisaient usage telles qu'on les avait tirées du torrent.
Nos aventuriers retournent à Saint- Paul ; et , pendant longtemps, ils semblent avoir oublié la nation goya, ainsi que les ornements de leurs femmes , comme chose de trop faible valeur. Le père meurt, c'était l'époque où l'on venait de découvrir les mines de Cuyaba; le goût des explorations aventureuses se renouvelle chez le fils par l'appât d'un gain immense. Bariholomeu Buenno s'enfonce dans le désert ; il se met en quête de la nation goya; mais, pendant trois ans, ii la cherche en vain, et cependant il lui a fallu souffrir des fatigues inouïes ; il ksi a fallu endurer toutes les misères du désert. Au bout de ce temps, il arrive à Saint-Paul, ayant cherché inutilement le pays enchanté; et ce qu'il y a de pis , c'est qu'il a perdu la plus grande partie de son monde.
Si l'on fait attention que Bartholomeu Buenno n'avait pas moins de cinquante ans alors, et qu'une quarantaine d'années s'étaient écoulées depuis qu'il avait accompagné son père, on sera moins surpris du peu de succès de sa course aventureuse. C'était un homme d'une probité reconnue, dit la chronique. Le gouverneur n'hésita pas à l'envoyer de nouveau dans le sertâo ; et , chose merveilleuse , cette fois , après avoir surmonté des obstacles plus grands peut-être que ceux qu'il avait rencontrés dans son premier voyage, il arriva à deux lieues de l'endroit où s'est élevée depuis la capitale. Là, deux vieux Indiens sont faits prisonniers : on les a reconnus comme appartenant à la nation goya; cela suffit au certanista. Interrogés sur l'endroit où ont dû camper jadis les hommes blancs, les deux vieiilards s'offrent à servir de guide aux étrangers; et, au bout de quelques heures, Buenno peut reconnaître les lieux qu'il a visités jadis avec son père. La découverte n'est plus douteuse; les essais que l'on fait sur les lieux prouvent son importance.
Buenno retourne à Saint-Paul; mais c'est cette fois , c'est pour recevoir les félicitations générales, et revenir à la petite colonie avec le titre de capitâo mor régent,
Bartnolomeu Buenno, que les Indiens avaient surnommé Anhangadeira, ou Je vieux diable, me paraît offrir le type parfait de ces Paulistes rusés et infatigables , auxquels aucun trésor ne restait caché dans le désert. Il n'hésite jamais dans ses résolutions, et il invente chaque jour de nouveaux stratagèmes pour en assurer le succès. Craint-il quelque trahison des Indiens, comme cela arrive presque toujours dans les nouvelles colonies, il va au-devant du danger, aussi fautil convenir qu'une observation bien stricte du droit des gens ne lui sert pas toujours de guide dans sa conduite. Les femmes d'une tribu sont enlevées , et non-seulement les Indiens abandonnent leurs projets de révolte , mais ils indiquent de nouveaux sables aurifères plus abondants que les anciens. Ces richesses lui paraissent-elles insuffisantes ; soupçonne - t - il l'existence"de mines qu'on lui veut cacher, une ruse plus innocente que la première les lui fait bientôt découvrir.
A l'imitation d'un aventurier français, M. de Tissonet, qui voyageait à Saint- Domingue, il se contente de faire brûler un peu de tafia dans un plat d'étain ; et il déclare aux sauvages épouvantés que, s'ils persistent dans leur silence , une flamme bleuâtre, mais dévorante , va bientôt parcourir leurs fleuves , et qu'après les avoir taris , on lui verra incendier les forêts. Il est bon de le dire néanmoins, quels que soient les moyens qu'il emploie, on ne* cite pas de sa part d'actes vraiment cruels; et telle est bientôt la réputation acquise par les mines de Goyaz, qu'une foule de Paulistes ne veulent plus s'exposer aux périls de la route qui Conduit dans le Mato-Grosso, et viennent se fixer dans la province qui l'avoisine.
Cherté prodigieuse des denrées. L'affluence devint telle au bout de deux ans, qu'une espèce de famine
se déclara, et que les vivres envoyés de Saint-Paul furent insuffisants. On vit se renouveler alors ce qui a eu lieu, en Amérique, dans tous les pays où les mines sont exploitées. Les colons , qui avaient pris en apparence le chemin le plus lent pour s'enrichir, furent précisément ceux qui marchèrent d'une manière directe à la fortune. Vers cette époque, toutes les denrées obtenues par l'agriculture se vendaient, dans l'étendue du mot, au poids de l'or. Un aîqueire de maïs coûtait de six à sept octaves en valeur métallique. La même mesure de farine de manioc trouvait des acheteurs à dix octaves. Une vache laitière, qui arriva une des premières dans ce pays où tant de bestiaux se sont multipliés , coûta deux livres de pépites; un porc se vendit dans la même proportion.TJne livre de sucre était cotée à deux octaves. Il résulta de cet état de choses que les commerçants et les agriculteurs eurent bientôt à* leur disposition des capitaux beaucoup plus considérables que ceux dont pouvaient disposer les mineurs eux-mêmes.
Produits des mines. Comme dans tous Ses pays de mines qui font partie du Brésil, l'or de Goyaz est répandu à la surface de la terre, et s'obtient par le lavage des terrains aurifères. Selon Cazal, plusieurs mineurs, frappés de la diminution trop évidente des richesses métalliques de !a province, pensent que les vraies mines sont encore intactes, et qu'il suffira, pour les découvrir, de mettre les montagnes en exploitation. C'est une observation , sans aucun doute, qui n'échappera pas à la société anglo-brésilienne fondée depuis peu ; et le pays de Goyaz doit conquérir de nouveau , en fort peu d'années, son ancienne réputation.
Depuis quelque temps, du reste, la province de Goyaz attiresingulièrement l'attention des spéculateurs étrangers.
La beauté des diamants qui se trouvent dans le Rio-Cayapos et le Rio- Claro , ses cristaux et même ses pierres fines , les mines d'or inexploitées qu'on suppose exister dans ses déserts , l'abondance du minerai de fer, et peutêtre même des autres métaux, tout
fait présumer que des richesses incalculables pourraient être déversées de cette province dans le reste du Brésil.
Cependant, comme dans tous les pays de mines qui appartiennent à l'empire, les premiers travaux d'exploitation ont été plus considérables qu'ils ne le sont aujourd'hui. Peut-être seulement la contrebande était -elle moins active qu'elle l'est de nos jours. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'impôt connu sous le nom de quint n'a jamais été plus considérable qu'en 1753 ; il se monta à cent soixante - neuf mille quatre - vingts octaves. Il est vrai qu'à cette époque l'or se ramassait encore abondamment à la superficie de la terre , et sans exiger de grands travaux. Dixneuf ans auparavant , lors des grandes découvertes de Manoel Rodrigues, on trouva, entre autres richesses, un lingot qui pesait quarante-trois livres portugaises de seize onces, et qui fut offert en présent à don Joao V. Il disparut du cabinet d'histoire naturelle de Lisbonne lors de l'entrée des Français. Depuis, d'autres découvertes importantes du même genre ont été faites ; mais les habitants n'en ont pas moins senti la nécessité de se livrer à l'agriculture , et surtout à l'éducation des bestiaux.
Quand on pense à l'immensité de ce territoire, à sa faible population , aux communications que peuvent ouvrir l'Araguaya, le Piloens, le Rio-Claro et le Cayapos , on n'hésite pas à reconnaître que cette immense province devrait être , avec Mato-Grosso , le but des expéditions coloniales que méditent la plupart des États européens.
Il suffirait peut-être, pour les rendre avantageuses, de s'entendre avec le Brésil.
Description du pays: Goyaz est peu mont ueux ; la face du pays est cependant inégale. Quelques grandes forêts vierges s'élèvent sur les rives des fleuves ; mais , en général , la plus grande partie de la province est couverte de cette végétation peu élevée, que l'on désigne sous le nom de carasquenos et de catingas , et qui caracté-
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lise si bien diverses portions du sertâo de Minas.
Pasteurs. La facilité que présente le territoire de Goyaz pour l'éducation des bêtes à cornes est cause de la direction particulière que prennent les habitants , dans la portion voisine de Minas surtout. Ils sont vaqueiros, et leur industrie principale consiste à enlacer un bœuf, ou à réunir de temps à autre dans le coral les immenses troupeaux du désert, afin de les marquer de l'empreinte qui doit les faire reconnaître. Ils doivent également donner quelques soins, mais dans les enclos , aux vaches qui viennent de mettre bas.
Les pasteurs de Goyaz ne scwit pas moins célèbres par leur habileté que les autres habitants du sertâo; et ce que nous savons de leurs coutumes et de leurs habitudes prouve assez qu'ils ne leur sont point inférieurs en courage. On doit aisément se figurer ce que peut être , sous le rapport moral et intellectuel, cette population d'une province si reculée, qu'on la considère, au Brésil même, comme un immense désert.
Une seule phrase du voyageur le plus exact qui ait écrit sur l'intérieur du Brésil fera comprendre suffisamment de quels efforts bienveillants de la part du gouvernement brésilien les habitants de Goyaz ont besoin aujourd'hui. « II est dans cette province , dit M. Auguste de Saint-Hilaire, des descendants de Portugais, qui, réfugiés dans les déserts, y perdent jusqu'aux^ éléments de la civilisation, les idées religieuses, l'habitude de contracter des unions légitimes, la connaissance de la monnaie et l'usage du sel. » C'est bien de ces hommes dont on peut répéter ce que dit le savant écrivain à propos du sertâo de Minas : « J'ai vu une grossière incrédulité se glisser jusque dans le désert; si l'on n'y prend garde, elle achèvera d'abrutir des hommes qui ont un si grand besoin de morale et de civilisation, et ils finiront par tomber dans un état pire que celui des Indiens. »
Il i aurait néanmoins peu d'exactitude à appliquer ce portrait , dont plu-
sieurs autres écrivains reconnaissent la fidélité, aux bourgades. Quelques efforts ont été faits pour répandre l'instruction dans la capitale , qui offre une population fort différente de celle dont nous avons essayé de faire comprendre les habitudes errantes et les mœurs agrestes.
Capitale du pays Goyaz. Villa Boa, connue jadis sous le nom d'Arrayal de Santa-Anna, gît par les 16° 20' de latitude australe, et le 329° 10' .50" de longitude du méridien de l'île de Fer; elle se trouve placée par conséquent au centre de l'empire. Elle fut fondée en 1739; c'est la résidence du gouverneur et d'un é\ëq\\e,inpartibus, de même que celle de l'ouvidor de la comarca. Elle est située dans un lieu bas, sur les bords du Rio-Vermelho, qui la divise en deux faubourgs à peu près égaux. Ses édifices sont grands, mais ils n'ont ni élégance ni "beaucoup de solidité; outre la cathédrale, il y a cinq églises. Il y a une fonderie pour l'or. On remarque à Villa Boa une promenade publique ; ce qui n'existe pas dans toutes les villes de l'intérieur du Brésil. La population entière est évaluée à huit mille habitants.
En 1818, précisément à l'époque où Mato-Grosso et Villa Real de Cuayba étaient élevés à cette dignité, on conférait le titre de cidade à Villa Boa. Outre San-Joao das duas Barras, qui est le chef-lieu d'une comarca, il y a dans le pays de Goyaz une vingtaine de bourgades ou de villas. Mais, après la capitale, Meia-Ponte est l'établissement le plus considérable du pays; c'est une villa fondée en 1731 , et qui renferme quelques édifices d'utilité publique. Les espèces de caravanes qui viennent de Villa Boa ou de Cuyaba, et qui se dirigent vers Rio, San-Paulet Bahia, font une station à Meia-Ponte, et poursuivent ensuite leur voyage.
Divisions actuelles et divisions naturelles. Depuis un décret de 1809, et nous ne pensons pas que les choses aient changé, toute la province de Goyaz est divisée en deux comarcas : celle de San-Joao das duas Barras , dont San-Joao da Palma est
le chef-lieu , et celle de Villa Boa , qui dépend de la capitale. Ceci, comme le dit un habile géographe, est proprement la division civile. Pour se former une idée de la grande division naturelle que présente le pays , il faut tirer une ligne partant de l'embouchure du Paranahyba, et suivant son lit jusqu'au confluent du Rio-Anicuns; ensuite, et en remontant le Rio dos Bois jusqu'à sa naissance, on coupera le Rio das Pedras, et on le prolongera jusqu'au Rio das Aimas, qui continue son cours avec le Maranham et le Tucantins. Alors on aura deux portions territoriales, divisées un peu inégalement il est vrai, (celle de l'est et celle du couchant), mais que l'on admet déjà dans quelques descriptions. Quoique la partie occidentale soit plus considérable, ces divisions pourront être subdivisées elles-mêmes en trois grands districts. La partie orientale comprendra les pays du Rio das Velhas, du Parannan et du Tocantins ; la partie occidentale aura en partage Goyaz, Cayapoina et la Nova-Beira. On pense qu'un jour la politique intérieure adoptera ce projet soumis à l'administration.
Minas-Geraes. En 1573, nous le rappelons ici , à peu près vers l'époque où les Aymorès portaient la désolation dans tous les établissements du littoral , et où on ignorait encore quelles étaient les nations qui existaient dans les vastes forêts dont on ne connaissait que la lisière, un homme d'une rare intrépidité, Sebastiâo Fernandez ïourinho, partit de Porto- Seguro. Il osa remonter le Rio-Doce, visita quelques régions de l'intérieur, et gagna enfin le Jiquitinhonha , par lequel il descendit vers l'Océan (*). Dès le jour où ce voyage étonnant se trouva accompli, le pays de Minas fut découvert ; mais cela ne veut pas dire que l'existence de ses immenses richesses" métalliques fut seulement soupçonnée.
En ces temps aventureux, un premier voyage était toujours le signal de plusieurs autres expéditions : on vôu-
(*j Prononcez Jiqnouitignogr.?.
lait voir les déserts qu'un autre avait parcourus ; et il faut convenir que les lieux habités par les Européens n'en différaient pas assez essentiellement pour qu'on redoutât beaucoup de semblables incursions. Fernandez ïourinho avait, dit-on, découvert une mine d'émeraude. Dès le seizième siècle, un autre aventurier, Antonio Dias Adorno, résolut d'aller s'assurer de ce fait important : il rassembla cent cinquante blancs et quatre cents Indiens, remonta le Rio-Cricaré , et s'en revint sur le bord de la mer, par le chemin qu'avait suivi son prédécesseur. Plus tard, un certain Marcos d'Azevedo l'imita, et il pénétra jusqu'à lalagoa Vupabassu, dans ce pays que les Indiens nommaient le Grand Lac, espèce de terre enchantée qu'on a vainement cherchée depuis , et qu'on suppose être située dans la partie occidentale de Porto-Seguro. Ajoutons quelques faits. Ce qui paraît certain dans l'histoire si curieuse des premières explorations, c'est que Marcos d'Azevedo rapporta réellement des émeraudes et de l'argent, et qu'il périt dans une prison pour s'être refusé à faire connaître les lieux qui renfermaient de tel les richesses. Quelques années plus tard, un homme d'une prodigieuse énergie , Fernando Dias Paes, obtenait la permission de faire des recherches à ses frais ; et , malgré son âge avancé, il explorait la plus grande partie de cette vaste contrée , il y traçait les premiers chemins. Puis, abandonné par les siens au milieu des grandes forêts, il y périssait à 80 ans, sans avoir découvert les richesses qu'il y cherchait , mais ayant plus fait pour les Brésiliens, par son infatigable courage, que ceux, peut-être , qui devaient recueillir le fruit de ses immenses travaux (*).
(*) Nous avons essayé de faire coïncider ici deux récits différents, adoptés cependant tour à tour par des écrivains dignes de confiance : Southey et Pizarro admettent l'expédition d'Azevedo comme étant la première ; Ayres de Cazal n'en dit qu'un mot, et il fait honneur du premier voyage à ïourinho. On peut fort bien supposer que
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A cette époque, les riches émeraudes du Pérou étaient, parmi les trésors de l'Amérique du Sud, ce qui préoccupait les esprits. Tous les aventuriers qui se mettaient en marche dans le désert, s'en allaient à la recherche de la serra das esmeraldas ; c'était comme cette pierre de promission que cherchaient les philosophes hermétiques, qu'on ne voyait jamais, et qui faisait accomplir néanmoins en chimie les plus étonnantes découvertes. On ne retrouva pas les mines d'émeraudes, en quête desquelles on s'était mis en courant tant de risques. Mais en 1693, un Pauiiste de Thaubaté, Antonio Rodriguez, pénétra dans le sertào de Cuyaté avec cinquante hommes; et, bien qu'on ignore quel était son projet en s'avançant si loin dans le désert, on sait qu'il gagna l'Océan après avoir traversé la capitainerie de Porto-Seguro , et qu'il présenta à la chambre municipale de cette ville trois octaves de poudre d'or :
c'étaient les premières valeurs métalliques qui attestassent la richesse du désert, ou, si on l'aime mieux, de ce vaste pays intérieur, auquel on n'avait pas encore imposé un nom.
Peu de temps après avoir accompli sa découverte, Antonio P..odriguez mourut dans son pays ; mais il avait un parent auquel il pouvait léguer sans crainte ses renseignements, et par conséquent l'accomplissement de ses projets. Ce successeur, c'était le père du célèbre Bartholomeu Buenno, que ses excursions lointaines et ses entreprises audacieuses avaient réduit, diton, à la pauvreté. Aussitôt son cousin mort, et se sentant muni d'excellentes instructions, le hardi Pauiiste se mit en marche, accompagné seulement de quelques aventuriers qu'il était parvenu à réunir. Ceci se passait en 1694.
Un vague récit des richesses du sertào circulait sans doute habituellement dès cette époque à Saint-Paul ; car, tandis que notre chef de bandeira était
les deux voyages ont été entrepris à deux époques qui ne seraient pas extrêmement éloignées l'une de l'autre.
déjà dans les forêts, le capitaine Manuel Garcia, accompagné du colonel Salvador Fernandez et de quelques handeirantes , prenait la résolution d'entreprendre les mêmes recherches.
Il rencontra Buenno et sa troupe dans la montagne d'itaberava, à huit lieues au sud de Villa Rica, et il revint le premier dans son pays, après avoir recueilli huit octaves d'or seulement.
Cette dernière découverte néanmoins détermina le gouvernement à établir par anticipation une fonderie à Villa de Thaubaté, en raison probablement de l'espoir qu'inspiraient les découvert tes a venir. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à partir de cette époque , une prodigieuse impulsion se fait sentir parmi les certamstas, et qu'elle entraîne au pays des mines tous les hommes doués (le quelque énergie. Ce ne sont plus des esclaves, des hordes indiennes qu'ils vont chercher , c'est de l'or, et le pays de Minas est nommé.
Guerres des fobasteros et des Paultstes. On ne s'attend pas sans doute à ce que nous fassions ici le récit des expéditions plus ou moins heureuses qui se succédèrent à Mjnas, des projets plus ou moîns'gigantesques qui entraînaient vers les portions ignorées du sertào quelques nouveaux aventuriers; nous nous contenterons de dire que, dès 1699, 1700 et 1701 , les mines d1 ' Ouro-Preto étaient découvertes, et que ces importantes exploitations , mises en pleine activité, furent bientôt suivies d'une foule d'autres
Durant cette première période de l'histoire de Minas , une lutte sanglante commence , et elle a lieu pour la possession exclusive de tant de trésors. Regardés, avec juste raison, comme les premiers explorateurs du pays , les Paulistes s'en croyaient les maîtres; et en effet les nombreuses caravanes qui se dirigeaient sans cesse vers Saint -Paul, ou qui conduisaient des nouveaux explorateurs dans les mines, se composaient exclusivement d'habitants de Piratininga.
Dans la nouvelle division territoriale qui avait été établie, on regardait les mines comme une simple
comarca de Saint-Paul. Vil!a Rica , Mariana, Sabara, Caete, San-Joâodel Rey , San-Jozé s'élevèrent successivement, et ils eurent des Pau listes pour fondateurs. Un jour cependant, on vit arriver, des campagnes qu'arrosent le Rio-Preto et le Parahyba, de nouveaux bandeirantes qui prétendaient exploiter à leur tour ce riche territoire.
Conduits par un Européen d'une singulière énergie, les forasteros (les étrangers), c'est le nom qu'on leur donna d'abord, eurent à lutter contre les prétentions de ceux qui les avaient précédés, ils se contentèrent d'abord de répondre par une dénomination ironique aux termes dédaigneux dont on se servait en les interpellant ; et répiîhète à'embuabas, qui répond s peu près au surnom de bas de cuir, dont un romancier moderne a créé le type avec tant de bonheur, la dénomination d'embuabas, disons-nous, servit à désigner parmi eux les Paulistes. Deux partis se formèrent cependant. Les forasteros et leurs rivaux en vinrent aux mains, et le fleuve sur lequel se livra ia bataille mérita deux fois le surnom de Rio cias Mortes qu'il a toujours conservé depuis (*).
Ce fut le chef des forasteros, Manoel Nunez Viana, qui remporta la victoire. Les Paulistes furent mis en fuite, et le titre de gouverneur de la province fut pris par celui qui en avait chassé les premiers explorateurs. Sa prospérité fut de courte durée. Après avoir résisté au capitaine général de Rio de Janeiro , don Fernandez Martins Mascarenhas, qui marcha contre lui , et qui fut contraint de se retirer, il trouva dans le gouverneur de San- Salvador un homme énergique et habile, qui mit fin à la lutte. Après bien
(*) Un écrivain qui recherche curieusement les origines pense que le Rio das Mortes avait déjà reçu le nom qu'il porte, à la suite d'un combat livré aux Indiens, qui laissèrent beaucoup de monde sur le champ de bataille. Beauchamp , don!, il est vrai, on ne peut guère invoquer le témoignage , pense que le nom de Rio das Mortes ne fut imposé au fleuve qu'à l'issue de la grande bataille.
des efforts, Antonio d'Albuquerque parvint à pacifier le pays des Mines.
Les rebelles obtinrent néanmoins leur pardon , et ils contribuèrent à augmenter la population de cette capitainerie encore déserte. Viana , qui s'était vu un moment le maître absolu du plus riche territoire de ces contrées, fut jeté dans les prisons de Rahia , et ce fut là qu'il mourut.
Minas reconnu comme capitainerie. On commençait à comprendre l'importance dont pouvait être ce pays fertile pour la métropole. Ce ne fut toutefois qu'en 1721 qu'il forma une capitainerie à part. Don Lourenço d'Almeïda fut son premier capitaine général.
Troubles a Minas. Mais le temps des courses aventureuses était passé , les mines étaient en pleine exploitation. Les habitants , que l'on connaissait dès cette époque sous le nom de Mineiros, payaient loyalement au roi la cinquième partie ou le quint des trésors qu'ils découvraient. De temps à autre, de nouvelles mines étaient ouvertes , d'anciens lavages étaient abandonnés, des villas s'élevaient, de grandes cultures commençaient même à se former aux lieux où l'on ne pouvait plus se livrer uniquement au lavage des sables aurifères ; les capitaines généraux gouvernaient paisiblement une population qui grandissait peu à peu, et dont nul événement politique ne venait troubler l'heureuse tranquillité. Qui croirait que la révolution française dût avoir quelque retentissement dans ces régions éloignées. En 1793, ce besoin vague d'indépendance , qui s'est manifesté depuis parmi toutes les populations du nouveau monde, se faisait sentir à Minas-Geraes, et excitait au plus haut degré les craintes du gouvernement.
' Avant la fin du dix-huitième siècle , on buvait déjà dans un festin à la liberté future du Brésil; et, si le chef d'un prétendu complot payait de sa tête quelques paroles généreuses mais prématurées , si un poëte rempli de charme mourait dans l'exil pour avoir partagé ses vœux, c'est peut-être de ce
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temps qu'on a surnommé Vinconfîdencia (*) das Minas, qu'il faudra dater un jour pour ce pays l'aurore de sa liberté.
Depuis cette époque mémorable, dont le souvenir dure encore à Minas, nul événement de quelque importance politiquene vint troubler la tranquillité de l'intérieur jusqu'en l'année 1820.
Séparé du littoral par des campagnes encore désertes, beaucoup moins en contact que Rio de Janeiro, San-Salvador et Pernambuco , avec certains éléments politiques, on aurait pu supposer que le pays de Minas , après avoir pris part au mouvement d'indépendance générale, rentrerait dans son état de tranquillité habituelle; il n'en fut pas ainsi, et il y eut un moment où cette belle province fut sur le point de séparer ses intérêts de ceux du reste de l'empire. G race à l'activité prodigieuse que don Pedro développa dans cette circonstance, ce mouvement panîél se trouva immédiatement réprimé. Aujourd'hui , forte des principes d'une administration plus rationnelle, heureuse d'avoir conquis l'abolition de certains droits, ou tout au moins de les avoir vu modifier, la belle province de Minas sent en elle-même d'immenses éléments de prospérité, et elle les met à profit. Ses intérêts particuliers d'ailleurs ne sauraient être mieux représentés qu'ils ne le sont à la chambre législative. Le député qu'on a surnommé l'Adams et le Franklin du Brésil, Vasconcellos, porte la parole en son nom, et détend ses prérogatives.
Situation actuelle du pays. Caractère des Mineiros. Issus pour la plupart de ces anciens Paulistes si renommés par leur courage, moins mélangés en général avec la race noire que la plupart des populations du lit-
(*) On imposa ce nom iïinconfidencia en raison des soupçons qu'excitèrent alors à Rio et dans la métropole les idées des Mineiros, chez lesquels on put reconnaître dès celte époque la transmission de certaines idées indépendantes qu'ils avaient reçues des Paulistes.
toral, soumis à un climat plus tempéré que celui du bord de la mer, favorisés par l'abondance du sol et par la richesse de ses productions , les Mmeiros forment pour ainsi dire une population à part dans la population brésilienne. Non-seulement elle se distingue par sa sagacité naturelle, par sa franchise, par ses habitudes d'hospitalité, mais, après Riode Janeiro, nulle contrée dans ce vaste empire' ne présenteréunis, mieux que Minas, tantd'élémentspropresàdévelopper un mouvement industriel favorable, et cela grâce à un sens droit, à une perspicacité peu commune. Les lavages d'or sont abandonnés aujourd'hui à l'industrie étrangère ; mais l'agriculture nationale fait, .dit -on, quelques progrès. Le contact avec les étrangers qui accourent de toutes parts dans l'intérieur, ne peut manquer d'à voir d'excellents résultats, et l'établissement spontané des mines de fer signale , sans aucun doute, une ère nouvelle pour l'amélioration de certains arts. Toutefois, si une plus favorable situation matérielle influe comparaiivement sur le moral des Mineiros, si d'heureuses dispositions naturelles ont suppléé jusqu'à présent au manque d'efforts vraiment actifs, il reste aujourd'hui encore bien des progrès à faire, bien des abus à extirper. Le voyageur qui a visité cette province avec le plus de fruit pour les étrangers et pour les nationaux euxmêmes, celui qui a mis dans ses remarques tout à la fois le plus de tolérance affectueuse et de sérieuses observations, M. de Saint-Hilaire , se plaint amèrement d'un relâchement extrême dans la conduite du clergé, et, par contre-coup peut-être , dans celle de la population. Selon lui, on est devenu indifférent sur les devoirs les plus essentiels : les fautes contre les mœurs sont à peme aujourd'hui des fautes.
La religion est restée sans morale , et l'on n'a conservé d'elle que les pratiques extérieures (*). Spix et Marti us,
(*) Voyage au Brésil, t. I, p. 179 de la première relation. Nous aimons d'autant mieux invoquer dans ces sortes de matières
Walsh même, ne se mollirent pas moins sévères ; et , tout en regardant les Mineiros comme appelés à jouer un rôie important dans l'empire, ils sont frappés du degré d'ignorance, de l'insouciant abandon, disons plus, de la corruption générale qui gâte leurs plus belles qualités, Quant à nous , à qui les bornes de ce livre ne permettent pas de traiter avec toute l'étendue qu'elles le mériteraient, de semblables questions, nous nous contenterons de les signaler au moraliste et à l'historien ; et nous allons nous hâter d'étudier la situation matérielle du pays, afin de reconnaître , s'il se peut , dans son état actuel, les causes futures de sa prospérité.
Description géographique de la province. La province de Minas- ■
le témoignage de l'auteur que nous citons ici , que ses opinions morales et religieuses ne sauraient être l'objet d'un doute lorsqu'il parle du clergé brésilien ; il est évident que ses expressions s'adressent aux hommes et non au ministère. Non-seulement à Minas, mais encore dans toute l'étendue de l'empire, la réforme morale ne pourra s'opérer pendant longtemps que par le concours du clergé. Mais qu'attendre sous ce rapport d'un pays dont on peut dire : « Etre prêtre, c'est une sorte de métier, et les ecclésiastiques euxmêmes trouvent tout naturel de considérer ainsi le sacerdoce dont ils sont revêtus. » Après avoir rappelé les efforts d'un ancien évêque de Mariana pour établir la pureté du culte et pour multiplier les moyens d'instruction, le même écrivain ajoute que sans doute les éléments d'une utile réforme ne sont pas tout à fait anéantis , mais qu'il faudrait , pour amener cette réforme complète , du temps et une extrême prudence. « Aucun peuple n'a plus de penchant que les Mineiros à devenir religieux, continue M. de Saint-Hilaire , et même à l'être sans fanatisme. Tout à la fois spirituels et réfléchis, i's sont naturellement portés aux 'pensées graves. Leur vie , peu occupée , favorise encore cette propension , et leur caractère aimant les dispose à une piété douce. En général les Mineiros ont été heureusement doués par la Providence; qu'on leur donne de bonnes institutions, et l'on pourra tout attendre d'eux. » (loc. cit.)
Geraes présente à peu près la forme d'un carré; elle est située entre les 1 3e et 23e degrés 27' de latitude sud , et entre les 328e et 336e degrés de longitude. On lui donne cent douze lieues brésiliennes du nord au sud , sur environ quatre-vingts de largeur de l'est 5 l'ouest. Au nord , elle confine avec les provinces de Bahia et de Pernambuco; au levant, le pays d'Espirito- Santo forme ses limites, et lui permet de communiquer avec la côte orientale ; au sud, Rio de Janeiro et Saint-Paul présentent encore un débouché pour ses productions, et enfin , vers l'occident, elle s'unit avec la province si peu connue de Goyaz. Comme le dit Ayres de Gazai , auquel nous n'empruntons pas ici néanmoins tous nos renseignements géographiques , aucune province ne présente des eaux d'irrigation aussi abondantes. Une grande partie des rivières qui arrosent Minas- Geraes prennent naissance dans Fa la chaîne dâ Mantiqueira, puis elles vont grossir l'Océan par quatre canaux naturels : leRio-Doce et le Jiquitinhonha qui reçoivent plusieurs affluents, et vont se perdre sur la côte orientale; le Rio San -Francisco qui coule au nord , et enfin le Rio-Grande qu'on voit se diriger vers l'occident. Il y a peu d'années encore, les quatre grands fleuves arrosaient autant de comarcas séparées. Aujourd'hui on en compte cinq; ce sont Rio das Mortes et Villa Rica vers le sud; à l'est, le Serro do Frio; au centre, Sahara; et enfin, à l'ouest, Paracatu.
Population. Peoductton. Ageicultuee. Après ces données géographiques assez arides, mais indispensables, nous le dirons volontiers avec un savant voyageur : « S'il existe un pays qui jamais puisse se passer du reste du monde, ce sera certainement la province des Mines. » Nous ajouterons cependant avec M. de Saint- Hilaire, que, pour parvenir à cet heureux résultat, il faudra nécessairement « que ses ressources innombrables soient mises à profit par une population moins faible. » Elle ne comptait, il y a quelques années, vers 1817,
L'UNIVERS
guère que six cent mille habitants.
Mais il était prouvé aussi qu'elle avait presque doublé dans l'espace des quarante-quatre dernières années.
On l'a dit avec raison: « la province de Minas-Geraes n'est pas riche seulement de ses métaux et (les diamants, elle l'est encore de ses gras pâturages, de ses belles forêts et de son territoire fertile, qui, suivant les lieux et les hauteurs, peut produire la vigne, le sucre et le café, le chanvre et le coton, le manioc, le froment et le seigle, la mangue, la pêche, la figue et la banane. »
Rien n'est plus varié, comme on le voit par cette seule phrase , que l'agriculture de la belle province dont nous avons réservé la description pour clore cette notice. Cependant ne craignons pas de le dire, un vice radical et profond s'oppose encore chez les Mineiros aux progrès de cet art, le plus indispensable de tous, et il a produit pour l'avenir les résultats les plus déplorables. Comme dans le reste du Brésil, les plantations nouvelles se font toujours aux dépens des forêts ; les cendres des nouveaux défrichés sont le seul moyen que l'on emploie pour fertiliser la terre : l'usage des engrais est à peu près inconnu. 11 résulte de cette manière de procéder, que dans quelques districts la pénurie des bois se fait vivement sentir, et que, lorsque la terre a été épuisée par quelques moissons, il faut abattre de nouvelles forêts.
Prix des terres. Une lieue carrée de terrain sur les bords du San-Francisco ne vaut que 100,000 ou 200,000 reis, 625 ou 1,250 fr. ; un quart de lieue de bonne terre, situé dans certains cantons de Minas, se vendait, il y a dix ans, 500,000 reis, 3,125 fr.
Ces prix augmentaient, on le suppose bien, dans les endroits très-fertiles ou très-peuplés au bord de la mer. JNous regrettons de ne pas avoir pu rassembler de plus nombreux documents sur cet objet; mais nous croyons faire plaisir au lecteur en citant une note de M. de Saint-Hilaire, où ce voyageur compare les prix des terres de l'inté-
rieur avec ceux de quelques-unes de nos terres en France. « On peut évaluer à 60 fr. l'hectare des plus mauvaises terres de la Sologne , pays renommé par sa stérilité; par conséquent, il suffirait de cinquante-deux hectares de ces terres pour acquérir un quart de lieue carrée à Salgatlo , le pays le plus cultivé peut-être de la province des Mines; et pour ces cinquante-deux hectares on aurait environ de trois à cinq lieues carrées sur les bords du San-Franeisco. En vendant un seul arpent des bonnes terres de la Beauce, évalué à environ 1,200 fr. , on pourrait devenir propriétaire d'une ou deux lieues sur les bords du San-Franeisco.
Enlin l'on acquerrait plus de deux à quatre lieues sur le même fleuve, avec un hectare planté en muscat dans le canton de Lunel ou celui de Frontignan. »
Cessions de terrains. Pour encourager la culture des parties désertes, le gouvernement accorde une exemption d'impôt à ceux qui entrent dans les forêts afin -d'y former des défrichés. Jadis la terre était au premier occupant : « Plus d'une fois le premier qui a voulu former quelque établissement, est monté, m'a-t-on dit, sur une colline, rapporte M. de Saint- Hilaire. ïl s'est écrié : La terre que je découvre m'appartient ! et ces proprietés gigantesques ont été en quelque sorte consacrées par le temps. » On appelle sesmaria, du mot sesmar, partager, les terres qui n'ont point de propriétaires, et que le gouvernement peut concéder à qui bon lui semble.
On n'accorde plus guère à la fois qu'une étendue de terrain d'une demi-lieue de longueur, surtout dans les Mines; mais il y a des sesmarias infiniment plus considérables. Les frais indispensables pour les obtenir peuvent s'élever à 100,000 reis, 625 fr. On doit commencer la culture d'une sesmaria qu'on a obtenue, dans l'année même où elle a été concédée; sinon elle retourne au gouvernement. Il ne faut pas croire, dit le voyageur déjà cité, que la possession d'une sesmaria donne d'autres droits que celui de la cultiver ; pour
pouvoir tirer l'or de la terre, il est nécessaire d'obtenir un titre particulier que délivre l'officier public désigné sous le nom de guarda-mor. On pouvait naguère, et l'on peut peut-être encore obtenir de ces permissions pour chercher des métaux précieux sur le terrain cultivé par un autre. Le cultivateur doit être indemnisé.
L'étendue de terrain cédée par le guarda-mor porte le nom de data; cet ofiicier civil accorde la date sur une simple requête , et le titre qu'il délivre n'a pas besoin d'être confirmé par le gouvernement.
Obstacles qui s'opposent aux progrès de l'agriculture. Cesobstacles sont faciles à détruire, puisqu'ils viennent surtout de l'exubérance de la végétation ou de certains préjugés dont l'expérience finira par triompher.
Au premier rang, il faut mettre cette idée si fausse, et qui a exercé une influence si déplorable en Europe , que la terre a besoin de repos. En général, les cultivateurs brésiliens' imaginent que la cendre des bois vierges est le seul engrais convenable ; qu'après cinq à six récoltes, la terre la plus fertile est épuisée, et ils vont brûler de nou- * Veaux bois pour obtenir de nouvelles moissons. On parviendra aussi trèsdifficilement à introduire l'usage de nouveaux instruments aratoires. Dans beaucoup de terrains de l'intérieur, un nouvel obstacle est venu depuis une cinquantaine d'années s'opposer aux progrès de l'agriculture : une graminée , désignée sous le nom de capim gordura [tristcgis glutinosa ] , envahit d'immenses portions de terrain, et s'oppose en apparence à toute culture ; cependant M. de Saint-Hilairea prouvé, par des exemples certains, qu'un peu d'activité ou de persévérance pouvait vaincre cet obstacle. La capim gordura ne peut malheureusement pas être employée comme fourrage; elle engraissé les bestiaux , mais ella les affaiblit. On pense que c'est un religieux , nommé Frey Luiz, qui l'introduisit dans les Mines avec l'intention d'être utile à ses compatriotes ; d'autres personnes affirment qu'un muletier, qui
en avait chargé momentanément ses bêtes de somme sur le bord de mer, l'a ensuite répandue dans l'intérieur, où son incroyable multiplication est devenue un véritable fléau. Au nombre des obstacles qui s'opposent à la prospérité de l'agriculture, on peut, dans certains cantons, compter les fourmis, comme on compte les sauterelles au Paraguay, et leur mode de destruction pourrait devenir l'objet do quelques recherches du plus haut intérêt.
LÉGISLATION DES MINES. Ce fut
en 1695 que les Paulistes envoyèrent au roi don Pedro II les premiers échantillons de minerais d'or trouvés à Minas-Geraes ; il ne paraît pas qu'à cette époque on ait donné d'autre soin à l'extraction du métal, que de nommer un provedor du quint (directeur de l'impôt). L'exploitation fut laissée libre aux explorateurs. Ce fut six ans après qu'on forma une administration, et qu'on ouvrit des routes , afin que l'impôt fût plus complètement payé à la couronne. Déjà, en 1713, la population s'était engagée à payer au fisc royal un impôt annuel de 30 arrobas d'or. Ce règlement fut en vigueur jusqu'en 1716. La population^de Minas s'étant singulièrement accrue, il fut décidé, en 1719, qu'une fonderie royale serait établie pour que tout l'or trouvé à Minas y fût fondu , et qu'on prélevât exactement le quint. En 1735, un gouverneur changea la forme de l'impôt, et établit la capitation ; ce qui amenait infailliblement la ruine de tous ceux qui ne recueillaient pas d'or. Cette capitation ne fut abolie qu'en 1751. M. d'Escîrwege admet, comme cause de décadence /deux points principaux, savoir : l'abandon illimité aux habitants des mines d'or, sans inspection de leurs travaux; puis, l'absence absolue de lois sur ces mines.
Le quint royal monta pour l'or, à Minas-Geraes, jusqu'à 118 arrobas, et cela en 1753. Malgré l'augmentation de la population , ce rapport a été tellement en diminuant, que, vers 1815, l'es mines ne rendaient au gouvernement guère plus de 20 arrobas.
L'UNIVERS
Du reste, la législation des mines est trop compliquée pour recevoir ici tous les éclaircissements nécessaires.
Procédés employés pour recueillir l'or. JNul voyageur n'a mieux expliqué les divers procédés de minération adoptés au Brésil que M. Auguste de Saint-Hilaire ; nul n'a mieux fait connaître la manière imparfaite dont ils se sont pratiqués de tous temps chez les descendants des colons brésiliens ; c'est donc à lui que nous empruntons les détails que l'on va lire, parce qu'il nous eût été impossible de le résumer sans altérer des faits positifs, et presque partout mal reproduits.
« Ce que les Mineiros entendent le mieux , c'est la manière d'amener l'eau dans les lieux où le lavage de l'or la rend nécessaire. D'ailleurs, l'art d'exploiter les mines n'est cbez eux qu'une routine imparfaite et aveugle Sans
prévoyance pour l'avenir, ils jettent dans les vallées la terre des montagnes; ils recouvrent avec les débris des lavages des terrains qui n'ont point été encore exploités, et qui eux-mêmes contiennent une grande quantité d'or ; ils encombrent le lit des rivières de sable et de cailloux , et souvent ils compromettent l'existence de leurs esclaves.
« On distingue en général au Brésil deux modes principaux de minération, mot qui indique l'exploitation des mines d'or, considérée d'après la nature de leur gisement. Ces deux modes sont la minération des montagnes {mineraçào de morro) et la minération de cascalhao {mineraçâo de cascalhao).
Toute minière en exploitation se désigne sous le nom de lavra; et l'on peut distinguer les lavras d'après leur mode de minération.
« Quand il s'agit de la minération des montagnes, c'est-à-dire, lorsque l'or n'est pas sorti de son gisement naturel (Eschwege), les mineurs, dans leur langage , reconnaissent deux sortes de formation : celle de sable {formaçâo de area) et celle de pierre (formaçào de pedra), suivant que le métal précieux se trouve renfermé
dans des matières divisées ou compactes, quelle que soit d'ailleurs la nature de ces matières.
« L'or se rencontre , soit à la surface, soit dans l'intérieur des mornes, tantôt en poudre, en grains ou en paillettes, tantôt en lames peu épaisses et plus ou moins grandes , très-rarement en morceaux d'un volume considérable ; l'or est ou disséminé dans sa matrice, ou disposé en veines ou filons. Cette matrice est très-ordinairement du fer, et la poudre fine à laquelle celui-ci se trouve souvent réduit porte le nom à'esmeril. Les veines ou liions reposent sur un lit appelé piçarra, qui quelquefois contient lui-même une poudre d'or extrêmement fine aisément emportée par l'eau.
« Deux méthodes sont mises en usage pour extraire des montagnes les substances aurifères : l'une, que l'on appelle la minération de talho aberlo (travail à ciel ouvert) , consiste à couper les mornes perpendiculairement au sol , jusqu'à ce que l'on, arrive à l'or qu'ils contiennent dans leur sein ; ouvrir des galerie?, afin de suivre les filons dans l'intérieur des montagnes, constitue la seconde méthode, appelée mineraçâo de mina. On pourrait être tenté de faire aux mineurs brésiliens un reproche d'employer le travail à ciel ouvert; mais on doit considérer que, dans certaines localités, le manque de bois ne leur permet pas de creuser des voûtes souterraines , qu'il faudrait, pour la sûreté des travailleurs, soutenir avec des étais.
« Lorsque les matières qui renferment de l'or ont été extraites de la minière , il est nécessaire de les briser avant d'exécuter l'opération du lavage.
J'ai vu employer à cet effet deux procédés différents, dont l'un consiste à faire écraser le minerai par des esclaves armés de masses de ter, et l'autre à le soumettre à des bocards analogues à ceux qui sont en usage chez les Européens.
« Les mineurs se servent de trois outils principaux, Yalavanca, le cavadeira et Valmocafre. Valavanca est une barre de fer d'environ trois à
quatrepiedsde longueur, terminée d'un côté par un coin, et de l'autre par un pic en pyramide quadrangulaire ; l'extrémité "en forme de corn sert à détacher le minerai, et l'autre s'emploie quand il est dur. Le cavadeira est une langue de fer droite, tranchante à l'extrémité, et d'environ trois ou quatre pouces de large ; on en fait usage pour creuser la terre à la partie supérieure des galeries , et la préparer à recevoir les revêtements à mesure qu'on avance dans la mine.
Enfin on désigne sous le nom à'almocafre une pioche aplatie et courbée , dont la largeur diminue de la base à l'extrémité, qui est arrondie ; les mineurs s'en servent pour rassembler le minerai et le mettre dans les sébiles {carumbé) destinées à le transporter :
on ne connaît pas la pelle, avec laquelle on se donnerait moins de peine en perdant moins de temps. »
Les grandes exploitations des environs de Villa Rica , le lavage d'un minerai d'or près de la montagne d'Itacolumi , représentés ici d'après des vues prises sur les lieux mêmes, aideront, mieux que nous ne le pourrions faire sans doute, à la complète intelligence de ces renseignements précieux.
Compagnie anglaise des mines.
Depuis que le savant voyageur a eu occasion d'exposer les procédés si simples que nous venons de citer d'après lui, on peut le dire, une ère nouvelle a commencé pour les mines d'or du Brésil. Grâce à un décret de l'empereur don Pedro, maintenu par le nouveau gouvernement, une compagnie anglo-brésilienne s'est établie à Minas-Geraes pour l'exploitation des sables aurifères. Si l'on s'en rapporte à quelques voyageurs anglais , rien ne serait plus étrange que les contes bizarres qu'on entendit circuler parmi le peuple à l'arrivée de cette compagnie. Ne pouvant croire sans doute à Fa possibilité d'employer des moyens mécaniques plus efficaces que ceux dont on avait fait usage, les bons lavradores aimaient mieux attribuer aux nouveaux mineurs un pouvoir surnaturel , que d'examiner rationnellement
22e Livraison. (Brésil.)
leur manière de procéder : les uns crurent un moment que l'optique perfectionnée leur avait fourni les moyens de découvrir les filons métalliques jusque dans les entrailles de la terre ; les autres affirmaient qu'on avait en Europe le pouvoir de transporter en quelques instants les fleuves au sommet des collines, et que tout était simplifié alors dans certaines exploitations réputées impossibles. Ce qu'il y a de certain , c'est que la compagnie s'est établie d'abord à San-.Tozé , près du Rio das Mortes , sur un territoire travaillé depuis l'origine des mines, et que , grâce à l'avantage de ses procédés, elle s'est trouvée immédiatement en bénéfice. Aujourd'hui l'établissement principal de la compagnie des mines est à Congo Soco; et, sous l'administration d'un des plus célèbres voyageurs de cette époque, le capitaine Lyons , il marche vers un tel état de prospérité, que l'on peut prévoir un changement complet dans Je système d'exploitation adopté même par les nationaux.
Congo Soco. C'est à environ quarante lieues au nord de Villa Rica que l'on rencontre le district de Congo Soco, destiné à devenir plus célèbre peut-être qu'aucun des établissements fondés jadis à Minas-Geraes. Il est situé dans une belle vallée, pouvant avoir quatre milles de long et deux de large. Sur un des côtés se développe une chaîne de collines aurifères couvertes de forêts; de l'autre, ce sont encore des collines, des vallées et des pâturages. Dans le lointain, on aperçoit des montagnes plus élevées, qui semblent l'entourer d'une barrière circulaire. Au centre de la vallée coule un ruisseau. C'est seulement dans le sol que baigne ce torrent qu'on s'avisa primitivement de chercher de l'or : les rives de ce cours d'eau portent les traces d'anciennes exploitations.
Il paraît que le premier mineur qui s'établit dans ce district fut un Portugais nommé Bethencourt. Il commença, vers l'année 1740, à creuser le sol de ses propres mains; en peu de temps il amassa une fortune considé-
L'UNIVERS
rable , qu'il laissa à son neveu , Manoel Camara. Celui-ci transmit sa propriété à ses enfants : mais, par des habitudes d'indolence et de dissipation fort communes aux Mineiros , Congo Soco cessa d'être productif entre leurs mains ; si bien que la propriété entière fut achetée, il y a vingt-cinq ans environ, par un capïtâo mor, nommé José Alvez, qui ne la paya que la très-modique somme de neuf mille cruzades.
Le nouveau propriétaire était plus actif et surtout plus industrieux que ses prédécesseurs. A la première inspection , il lui parut probable que l'on n'avait pas été encore à la source réelle des richesses , que le bruit public disait épuisées. Il chercha à la base des collines, et un jour, après diverses perquisitions, il trouva un gros fragment d'or enchâssé dans une pierre micacée ferrugineuse. Dès cet instant, il acquit la pleine certitude que ses prévisions ne l'avaient point trompé; et, dans ce district même, en déblayant la surface, il découvrit une grande quantité de riche minerai.
La colline fut mise en exploitation; et telle fut l'abondance des produits, qu'un village se forma immédiatement sur l'emplacement désert de Congo Soco. Il ne se composa d'abord que de pauvres gens qui venaient laver le minerai rejeté par le propriétaire ; ils y trouvaient encore un profit raisonnable, si bien que l'établissement présenta bientôt un aspect de réelle prospérité.
En 1818, les travaux commencèrent à être poussés d'après un système mieux entendu ; les produits arrivèrent à un chiffre jusqu'alors imprévu; si bien que l'on affirme qu'en 1824 le capitaine Jozé Alvez ne recueillit pas moins de 480 livres d'or. La compagnie impériale des mines du Brésil, formée en Angleterre, entendit nécessairement parler des magnifiques résultats de cette exploitation. En conséquence, elle n'hésita pas à envoyer M. Edward Oxenford avec plusieurs mineurs habiles pour les examiner. Ceci se passait en 1825, et le rapport fut des plus favorables ; on put même y consigner
q;ue les mines de Congo Soco avaient été exploitées avec plus d'habileté qu'on n'en met d'ordinaire dans les travaux de minération au Brésil. Outre cela, les expériences faites en présence de M. Tregoning , excellent mineur pratique, avaient donné des résultats plus surprenants peut-être qu'on n'eût osé d'abord l'espérer. Il n'en fallut pas davantage pour provoquer une décision.
Ainsi que nous venons de le dire, les personnes déléguées par la compagnie ayant été à même de faire leur rapport , et cela d'après un examen de visu y des propositions furent faites sur-le-champ au propriétaire. Les prétentions du capitaine Alvez parurent un peu exagérées ; car il ne demandait pas moins de quatre-vingt-dix mille livres sterling, ou, si on l'aime mieux, un million de cruzades. Après quelques débats, on conclut enfin à soixante-dix mille livres sterling. Une pétition fut alors présentée à 1 empereur pour qu'il sanctionnât de nouveau, par son agrément, la licence obtenue en 1824. Ce fut à cette époque que la compagnie prit le titre à' Association impériale des mines du Brésil.
Éboulement immense.Tbadition des mineubs. pbofits de la compagnie anglaise. le métal sauva- GE. La nouvelle société ne s'en est pas tenue uniquement au district de Congo Soco; elle a dirigé ses entreprises sur plusieurs points, tels que Inficionado , Catas-Altas et Antonio- Pereira. La dernière de ces localités est située à huit milles de Villa Rica, dans la montagne do Ouro-Preto, et une histoire fort tragique se lie à son ancienne exploitation. Il y a vingtcinq à trente ans , l'ancien propriétaire , Antonio Pereira, avait fait ouvrir une galerie dans la montagne ; mais il avait malheureusement négligé de faire disposer des étais pour la soutenir. Au bout de quelque temps, les ouvriers tombèrent sur une veine si riche que l'or qu'on put en extraire en une heure montait déjà à des sommes considérables. Par les ordres du maître, ses
nombreux esclaves continuèrent les travaux toute la nuit ; mais , au lever du jour , lorsque Antonio Pereira vint sur les lieux inspecter la nouvelle excavation , il ne trouva plus de traces ni des esclaves ni des trésors : un éboulement, facile à prévenir, avait tout englouti. De nombreux efforts ont été faits depuis, et des sommes considérables ont été dépensées pour découvrir le gisement du filon auquel se rattache cette tradition malheureuse; mais toutes les dépenses ont été inutiles , et c'est peut-être à l'association anglaise qu'est réservée la découverte de ce trésor enfoui sous des monceaux de cadavres.
Les travaux des mines de Congo Soco sont loin d'avoir trompé l'espoir de la compagnie, Le dernier rapport qui nous soit parvenu faisait monter, pour les six premiers mois de 1829, les résultats de l'extraction à 2,037 liv., 4 onces 15 grains; et les nouvelles adressées en Angleterre , ne laissent pas de doutes sur l'amélioration croissante des diverses exploitations. Ceci est d'autant plus remarquable que, dans toutes les autres régions de l'Amérique du Sud, la compagnie est, dit-on, en perte. A ces détails, puisés aux meilleures sources, nous ajouterons seulement que l'or de Congo Soco n'est pas aussi pur que celui de San- Jozé , il ne dépasse point en effet dixneuf carats , et celui du premier établissement s'élève jusqu'à vingt-trois, pour ne pas dire davantage.
Nous n'entrerons pas^ici dans de plus longs détails sur la nature de l'or des mines du Brésil, sur ses teintes diverses, sur son mélange assez fréquent avec le platine ou avec d'autres minéraux. Nous renverrons , pour une foule d'anecdotes racontées à ce sujet, au mémoire que M. Ménèzes de Drummond a fait insérer, il y a quelques années, dans le Journal cles Voyages, et qui se basait en partie sur des renseignements fournis par le savant Andrada. C'est là, entre autres choses curieuses, que l'on peut voir comment un fondeur inhabile du gouvernement, ne pouvant parvenir à former en lingot
une certaine poudre grisâtre qui lui était apportée par un paysan, lui déclara fort sérieusement que son minerai était un métal sauvage; lelavrador désappointé répétait avec amertume qu'il était fort triste de renoncer à ses espérances , qu'il avait découvert une quantité prodigieuse de ce métal grisâtre, et de quoi enrichir, disait-il, une foule de pauvres diables comme lui.
Plus tard, et quand un essayeur habile eut fondu la prétendue poudre inattaquable au feu , il se trouva que c'était de l'or mêlé à du platine ; mais le propriétaire ne se montra plus.
Nous n'ajouterons plus qu'un mot.
On a beaucoup écrit dernièrement sur les mines du Brésil , et un savant mémoire a été publié même à ce sujet par l'académie de Lisbonne. Disons-le bien, comme moyen d'industrie particulière, la recherche de l'or est un fléau réel pour les classes les plus laborieuses ; et ce n'est pas sans une surprise douloureuse qu'on peut lire l'histoire de ces pauvres bateadores, qui rêvent toujours leur fortune au bord d'un torrent, et qui doivent se contenter cependant chaque jour de la modique somme de quinze a vingt sous.
Il serait bon sans doute de joindre à tous ces détails des faits positifs sur les produits généraux des diverses exploitations. Tout en renvoyant pour cet article aux ouvrages spéciaux , nous dirons que des recherches de MM-Ward, Eschwege, Moilien , et de celles de quelques autres voyageurs , il résulte que l'Amérique n'a produit, de 1809 à 1829 inclusivement, que 2,018,419,200 f., et qu'à ce chiffre il faudrait ajouter pour le Brésil 4,110,000 f. Aux personnes curieuses de semblables recherches, du reste, nous nous contenterons d'indiquer le livre de M. W. Jacob, sur la consommation des métaux précieux.
Prévision d'améliobation industbielle. L'établissement de la compagnie des mines dans l'intérieur du Brésil n'aura pas pour unique avantage de faire connaître un meilleur mode d'exploitation des richesses métalliques : peu à peu un village , composé presque uniquement d'Anglais,
L'Univers.
s'est formé à Congo Soco. Les préjugés religieux qui existaient contre des étrangers d'une communion différente diminuent chaque jour : avec la génération nouvelle iis auront disparu complètement. Il est impossible qu'un contact immédiat avec des hommes instruits et industrieux n'exerce pas à la longue son influence. On peut tout attendre de l'imagination prompte, de l'esprit actif qui caractérise les Mineiros; et pour cela, il suffit de lire les détails que nous offre le Voyage de Walsh.
District des diamants. C'est un préjugé assez généralement répandu en Europe, que le diamant ne se trouve au Brésil que dans la province de Minas-Geraes ; il en existe à Minas-Novas , à Goyaz et au Mato- Grosso, où ils sont d'un poids fort peu élevé , mais où ils se font remarquer parla pureté de leur eau. Il est probable aussi que plusieurs districts inexplorés de ces provinces renferment des gisements inconnus; et il pourrait se faire même que ces gisements fussent plus abondants que ceux qui ont été découverts. Alors, grâce au nouvel ordre de choses établi , il y aurait diminution dans les prix auxquels montent encore aujourd'hui ces pierres en Europe. Il y a quelques années, M. Ménèzes de Drummond faisait monter la totalité des superficies déclarées diamantines à trente-cinq lieues carrées. Jusqu'à présent, l'exploitation la plus considérable de ce genre, celle dont le gouvernement a tiré les bénéfices les plus réels, est confinée dans le Serro do Frio, que l'on désigne aussi , à Minas, sous le nom tfarrayal DiamantinOy ou de district Diamantin.
On l'a dit avec raison, le district des Diamants forme , en quelque sorte , un État séparé au milieu de l'empire.
Non -seulement la nature l'a entouré de bornes gigantesques, et, en l'environnant de roches presque inaccessibles , elle l'a caché longtemps aux premiers explorateurs; mais des règlements, tracés de la main même de Pombal , lui ont donné, vers le milieu du dix-huitième siècle , une législation
bien différente de celle qui régit les autres comarcas (*). Deux clauses seulement en feront connaître le caractère, et en diront plus au lecteur que toutes les explications. Le directeur des mines , dès qu'il entrait en fonction, recevait, par ces règlements, des pouvoirs tellement absolus, que le gouverneur de la province lui-même ne pouvait se rendre dans le district soumis à son administration sans un consentement positif. En même temps, et d'après le rapport du directeur, tout homme libre qui était convaincu d'avoir fait la contrebande, non-seulement voyait ses biens confisqués au profit de l'État , mais encore était envoyé, pour dix ans, à la côte d'Afrique. Pour quelques individus, c'était une peine équivalente à la peine de mort.
Aspect de l'arrayal Diamantin.
Climat. Étymologie indienne du nom de Tuuco. Description de l'arrayal. Vierge noire, commerce alimenté par là contrebande. Le district Diamantin est un des plus élevés de la province des Mines, et il n'occupe pas tout le territoire du Serro do Frio, dont il n'est, à proprement parler, qu'une enclave.
Selon l'observateur qui nous inspire le plus de confiance , l'arrayal comprend un espace à peu près circulaire, d'environ douze lieues de circonférence (**).
(*) Il s'agit ici des règlements encore en usage, il y a une vingtaine d'années : ceux qui émanaient directement de Pombal avaient été déjà modifiés. C'est ainsi qu'autrefois la population du Serro do Frio était limitée à un certain nombre d'individus , et qu'un noir rencontré avec un Almocafre pouvait être envoyé aux galères. Le nombre des marchands était également borné , et l'on ne pouvait point creuser les fondations d'une maison nouvelle sans la présence de certains officiers civils.
(**) Manoel Ayres de Cazal donne au district Diamantin une étendue de seize lieues carrées du nord au sud , sur huit de large de l'est à l'ouest. Un voyageur Anglais lui en accorde vingt de longueur sur neuf de large; mais ces contradictions proviennent en partie de la différence qui existe entre la îegoa et la lieue marine, et elles sont dues aussi au peu de certitude dos anciens rapports.
13 R ÉSIL.
On n'aurait qu'une idée bien fausse de ce riche territoire , si on s'attendait à y rencontrer la végétation abondante que l'on admire dans le reste de la province. Des pics gigantesques , affectant souvent une forme pyramidale , des rochers sourcilleux, que sillonnent une foule de ruisseaux ; presque partout des terrains sablonneux et stériles; au lieu d'imposantes forêts , une végétation curieuse et variée, et qui atteste d'ailleurs, par son aspect chétif, la pauvreté du sol, voila, en quelques mots , les traits distinctifs du paysage.
Le nom qui a été imposé aux montagnes environnantes rappelle assez que sa température est moins chaude que celle des régions voisines. Des rafales humides et froides s'y font souvent sentir; et, si l'horticulture avait fait jusqu'à présent plus d'efforts , la plupart des fruits d'Europe pourraient prospérer aux alentours de la capitale.
En nommant Tijuco, nous avons nommé la capitale du district ; le nom indien qui désigne encore aujourd'hui cet arrayal, a une signification tout analogue à l'ancienne dénomination de Lutèce, en dépit de l'extrême différence du climat et des localités. Tijuco, dans la lingoa gérai, signifiait un lieu fangeux. Depuis sa fondation néanmoins , le terrain marécageux des alentours s'est desséché , et c'est une des bourgades les plus propres de l'intérieur. Malgré l'importance du district où il s'est élevé, nonobstant même sa population croissante , qui monte déjà à cinq ou six mille âmes , cet établissement n'a que le titre de village ou d'arrayal (*). Les rues en sont larges, très-propres, assez mal pavées; mais les jardins se sont multipliés à tel point, qu'il n'y a guère d'habitation particulière qui n'ait le sien. On y cul-
(*) Tijuco est situé par le i3° 14' 3" Lit. sud, et esl élevé à 371 5 pieds au-dessus du niveau de la mer ; l'air qu'on y respire est extrêmement pur. Le terme moyen de la chaleur est de 21 à 220. La capitale du district Diamanlin est à huit lieues au nord-est de Marianna , à trente-deux lieues deSabarâ, à trente lieues au sud-est de Fanado , et à huit lieues nord-ouest de Villa do Principe.
tive plusieurs arbres des tropiques et quelques fruits d'Europe. Tel est l'effet charmant que produisent, sur les teintes grisâtres et austères des montagnes, ces jardins plantés en amphithéâtre, que les voyageurs rappellent tous avec admiration la première impression queieura causée l'ensemble de la bourgade. On remarque plusieurs églises à Tijuco ; mais , comme dans les autres villes de l'intérieur , il n'a été permis à aucun ordre religieux de s'établir, et les couvents y sont ignorés. Une des églises présente une circonstance assez curieuse , dont nous avons été témoins , du reste , dans plusieurs autres endroits du Brésil. La Vierge qui se voit sur le maître- autel de Notre-Dame du Rosaire , est noire , et sur les autels latéraux on a placé des saints nègres.
Les Indiens (que nous le sachions du moins) n'ont pas encore obtenu un semblable privilège , ou peut-être ne l'ont-ils pas réclamé.
L'arrayal de Tijuco est richement approvisionné de marchandises d'Europe; et, ce qui paraîtra sans doute étrange, les objets provenant des manufactures anglaises et françaises , y sont à un tout aussi bon marché que dans les villes maritimes. Une circonstance fort simple explique ce fait. Les contrebandiers qui passent en fraude du diamant trouvent un bénéfice trop réel dans les échanges qu'ils font journellement, pour ne pas céder, au prix le plus raisonnable, les marchandises qu'ils rapportent du littoral. C'est à cet avantage , ou , pour mieux dire , à ces échanges illicites, que se borne le commerce intérieur de Tijuco. Comme le territoire des environs est stérile , ou que l'on ne s'occupe point de sa culture, la bourgade est approvisionnée par les pays circonvoisins, dans un rayon de dix à douze lieues , et la vie y est beaucoup plus chère que dans les autres villes de Minas-Geraes.
Directeur des mines. Son administration INTÉRIEURE. TlJUCO est le séjour habituel du directeur général des mines et des principaux officiers qui composent l'administration ; il résulte de la réunion de ces hommes
instruits une politesse sans affectation, un ton de bonne compagnie que remarquent tous les voyageurs qui arrivent à l'arrayal. L'instruction commence à y être fort répandue ; et , parmi les jeunes étudiants que le Brésil envoie chaque année en France pour y suivre nos cours , il y en a plusieurs qui appartiennent à cette ville centrale , et qui s'y sont fait remarquer. L'intendant général , M. Manoel Ferreira da Camara Bethencourt e Sa , jouit , comme minéralogiste, d'une réputation vraiment européenne ; et c'est à lui que l'on doit la plupart des améliorations qui se sont manifestées, depuis quelques années , dans le régime intérieur de Tijuco.
Des diamants et de leur exploitation. Quand on a lu les divers voyageurs qui signalent l'existence du diamant au Brésil , on s'aperçoit qu'il en est de cette importante découverte comme de presque toutes celles qui ont eu quelque renommée. Son origine est environnée d'un certain vague qui ne se dissipera jamais complètement , et néanmoins elle ne remonte pas au delà des premières années du dix-huitième siècle. Méconnut-on longtemps la valeur réelle des premières pierres qui avaient été découvertes , par des mineurs , dans les petits ruisseaux de Milho Verde et de Saint- Gonçales (*)? S'en servit -on, comme on le dit , en guise de jetons pour marquer les points au jeu du voltarete? Un ouvidor, qui avait résidé longtemps à Goa , vint-il au Serro do Frio à cette époque, et fut-il le premier à reconnaître la valeur de ces diamants, dont il fit passer une certaine quantité en Hollande ? Ce sont autant de questions que l'on se fait journellement dans le pays même; autant de faits que raconte la tradition , mais qu'elle ne peut affirmer. Ce qu'il y a de certain , c'est que , selon les écrivains les plus dignes de confiance, Bernardo Fonseca Lobo fut le premier qui découvrit des diamants dans le
(*) Voy. un article du Temps , publié en 1832,
Serro do Frio (*). Le titre assez mince de capitao-mor de Villa do Principe, et la propriété de l'office de notaire dans cette bourgade , voilà toutes les récompenses cpie l'on jugea convenable d'accorder à celui qui venait de jeter tant de millions dans les coffres du roi de Portugal. Selon Ayres de Cazal , cette grande découverte aurait eu lieu en 1729. Cependant une circonstance rapportée par un voyageur dont nous avons déjà invoqué le témoignage, expliquerait cette ingratitude apparente.
On ignora d'abord quelle était la véritable nature des diamants trouvés paie Lobo. L'ouvidor, dont nous avons déjà parlé fut le premier qui signala leur prix. Lorsqu'en l'année 1729 le gouverneur de Minas -Geraes, don Lourenço d'Almeida , fit un premier envoi de ces cailloux transparents , qu'il considérait, disait-il, comme des diamants, on le confirma dans ses conjectures , en lui apprenant toutefois que deux envois semblables avaient été faits à Lisbonne depuis quelques années, et qu'ils provenaient des contrées soumises à son administration. Ce ne fut qu'à partir du 8 février 1730, que les diamants du Brésil furent considérés comme propriété royale; avec cette réserve, cependant, qu'il fut permis à tout le monde de s'occuper de leur recherche, moyennant un droit de capitation , qui devait être payé par chaque nègre employé à ce travail. Sans multiplier ici des détails arides qui fatigueraient le lecteur, nous dirons qu'en 1735 l'extraction du diamant fut affermée , et qu'elle ne rapporta d'abord que huit cent soixante-deux mille cinq cents francs au gouvernement. Lorsque Pombal prit les rênes du gouvernement, il comprit rapidement de quelle ressource pouvait être pour la couronne une exploitation qui avait reçu encore si peu de développement.
Comme nous l'avons déjà dit , il traça de sa propre main les règlements rigides qui devaient gouverner à l'avenir le district Diamantin ; et sa vo-
(*) Aug. de Saint-Hilaire ; Soulhey, Nutory of Brazil,
lonté inflexible entoura ce pays d'une ligne d'obstacles plus insurmontable encore que les barrières naturelles dont il se trouve environné : c'est à partir de cette époque seulement que l'on commença à encourir les peines les plus graves en essayant de frauder les droits.
Abondance décroissante du diamant. Contrebande dont il est l'objet. Son extraction. Vers le milieu du XVIIIe siècle, telle était encore l'abondance du diamant, qu'onle trouvait , sans exécuter de grands travaux , sur le revers des montagnes, ou dans le lit des moindres ruisseaux. A cette époque, des hommes aventureux , auxquels on donnait le nom de Garimpeiros, ou de Grimpeurs , ne craignaient pas de gravir journellement les montagnes presque inaccessibles qui entourent le Serro do Frio. En franchissant mille obstacles, en s'exposant ainsi à toute la rigueur des lois , ils parvenaient quelquefois à se procurer des pierres d'une immense valeur, qui pouvaient les dédommager de la vie errante et des privations de toute espèce auxquelles nécessairement ils se condamnaient durant plusieurs mois.
A cette époque , le gouvernement luimême se procurait les valeurs les plus précieuses sans bouleverser tout le sol. Aujourd'hui, il n'y aurait plus aucun bénéfice à chercher dans les montagnes à Garimpar, comme on disait alors; la race des Garimpeiros a disparu, ou elle s'est réfugiée dans les contrées désertes de Cuyaba et de Mato- Grosso; il n'existe plus que des contrebandiers, et encore est-il assez rare qu'ils fassent une vraie fortune.
L'extraction du diamant exige donc de grands travaux. Les différentes parties du sol où l'on opère sont désignées sous le nom de Serviços. Mais , comme on l'a dit, l'exploitation des terres diamantines devient chaque jour plus difficile; et, comme le fait très-bien observer M. Auguste de Saint- Hilaire, « on peut attribuer cette rareté des pierres tout à la fois à la négligence et à l'activité des fermiers. Tandis qu'ils étaient maîtres de l'exploita-
tion, ils ont fait des recherches dans les terrains et les ruisseaux les plus riches , dans ceux qui présentaient le moins de difficulté; comme les mineurs des environs de Villa Rica , ils ont encombré le lit des ruisseaux du résidu des lavages; et, pour trouver le cascalhao , il faut souvent aujourd'hui enlever une couche épaisse de sable et de rochers. »
Si le travail des mines de diamants est pénible , il est assez simple ; il consiste en deux opérations fort distinctes, l'accumulation du cascalhao et le lavage. La première de ces opérations se fait généralement durant là saison chaude, a l'époque où le lit des rivières et des torrents est à sec , et où le sable diamantin peut s'extraire aisément. De temps à autre , et au moyen de barrages considérables , le Jiquitinhonha (*) est détourné de son lit, et on en tire une quantité énorme de cascalhao, dont on forme des masses pyramidales destinées au lavage de plusieurs mois.
D'autres fois, on se contente d'extraire le caillou diamantin des gupiaras , c'est-à-dire, des pentes qui s'étendent sur le bord des ruisseaux , ou des ruisseaux eux-mêmes. Le travail des gupiaras peut se faire dans tous les temps et durant toutes les saisons.
Quand l'époque des pluies est arrivée, commence l'opération du lavage.
Elle s'exécute de deux manières différentes : en plein air, quand l'extraction doit être de courte durée; sous des hangars, lorsque le travail doit se prolonger, et que l'action du soleil pourrait compromettre la santé des noirs. Ces hangars ont, selon les uns, de quarante - huit à cinquante palmes de longueur; selon d'autres, on leur donne une centaine de pieds ,
(*) Les procédés usités dans cette circonstance, ont été décrits d'une manière détaillée par John Mawe, voyageur anglais, qui parcourait rintérieur du Brésil vers 1812 , mais que l'on accuse à juste raison d'avoir commis de grandes inexactitudes.
Indépendamment de son voyage en 1 vol.
in-4, il a publié un livre spécial sur le diamant.
L'UNIVERS
sur une largeur de cinquante. Mawe leur accorde un tiers de pius; ces légères contradictions sont sans importance réelle; d'ailleurs ces constructions éphémères ont pu varier selon la valeur des exploitations. Voici comment un voyageur qui donnait ces détails il y a environ trois ans , décrit la disposition des lieux, et la manière dont se doivent pratiquer les recherches. «.Audessous du hangar coule un petit conduit d'eau qui occupe un des côtés , et de l'autre se trouve un parquet dont les planches, longues de seize
()ieds , atteignent aux deux bouts du îangar. Ces planches sont légèrement inclinées, et au bout de chacune d'elles se trouvent des baquets au fond desquels on jette le cascalhao qui doit être exploité. » Nous l'avouerons néanmoins , ce récit très-succinct, diffère un peu de la description donnée par John Mawe , il y a une vingtaine d'années (*). Des baquets auraient été substitués aux compartiments, formant des espèces de caisses, où l'eau était introduite par la partie supérieure.
Dans tous les cas , il est indispensable de rappeler que des sièges , élevés et sans dos , sont disposés le long du hangar, de manière à ce que des officiers ' subalternes , auxquels on donne le nom de feitores , puissent surveiller les nègres du service. Ces rigides inspecteurs se sont-ils installés à leur place, un nègre entre dans chaque canal , ou ,
(*) M. Aug. de Saint-Hilaire, qui voyageait dans le district Diamantin en 1817 , dit que sous chaque hangar sont vingt-quatre canaux placés à côté les uns des autres , et qu'une même planche sert à deux canaux différents. Ces canaux sont légèrement inclinés; chacun d'eux a deux palmes de large à sa partie la plus haute, et va en s'élargissant un peu depuis celte partie jusqu'à l'extrémité inférieure. Un conduit en bois où l'eau coule sans cesse , se trouve placé perpendiculairement à l'extrémité supérieure des vingt-quatre canaux , et il est assez rapproché d'eux pour que l'un de ses côtés ferme cette même extrémité. L'eau passe par un trou du conduit dans chaque canal, et, à l'aide d'un bondon , on ferme cette ouverture quand on le juge convenable.
si on l'aime mieux , dans chaque caisson. Il est muni de son alavenca, le corps penché en avant; il remue fortement le cascalhao ; puis , quand la terre mêlée au caillou est complètement délayée , il enlève à la main les pierres les plus grosses , et c'est alors seulement qu'il cherche le diamant. John Mawe niait que les noirs fussent contraints d'entrer nus sous le hangar; et il aflirmait que de son temps on leur permettait de se revêtir d'un caleçon et d'une chemise. Nous ignorons si les règlements ont pris depuis une rigueui inaccoutumée; mais un voyageur français qui nous inspire uné tout autre' confiance , affirme que les noirs travailleurs sont complètement nus , et qu'on leur permet tout au plus l'usage d'un gilet sans poche et sans doublure, dans les temps les plus froids. Les vols de diamants n'en sont pas moins fréquents ; et telle est , sous ce rapport , l'habileté des noirs , qu'un directeur qui voulut s'assurer de la manière dont les diamants bruts pouvaient être soustraits , promit la liberté à celui qui en détournerait un devant lui. Il ne quitta plus des regards le travailleur, et il put s'assurer, par sa
})ropre expérience, que la surveillance a plus attentive échouait devant une telle dextérité. Le devoir le plus indispensable d'un feitor est de ne pas détourner un seul moment les yeux des huit noirs qui sont désignés pour être l'objet de sa surveillance. Si on l'interroge , il peut répondre , mais ce doit être sans tourner la tête. Aussitôt qu'un noir a découvert un diamant, il frappe dans ses mains , le montre au feitor, et va le déposer dans une grande sébile, ou batea, suspendue au milieu du hangar. Le noir qui est assez heureux pour rencontrer une pierre du poids de dix-sept carats , est acheté par le gouvernement à son maître, et il reçoit [sa liberté, en conservant toutefois le privilégede travailler pour l'administration. C'est également l'administration qui se charge alors de lui payer directement le prix de son labeur. La découverte d'une pierre moins considérable entraîne aussi après elle le don de li-
berté, mais c'est avec certaines restrictions. Diverses primes enfin sont distribuées progressivement., selon la valeur des pierres, jusqu'à la plus mince des récompenses, qui consiste dans une prise de tabac. Malgré ces privilèges , malgré les précautions bizarres que l'on emploie à l'égard de certains noirs soupçonnés de recéîer des diamants, une fraude active se fait continuellement parmi les noirs employés au service (*). Ces ouvriers infidèles vendent à vil prix aux contrabandistas les diamants qu'ils ont pu dérober; et, ce qu'il y a de plus bizarre sans doute, c'est qu'en babiles voleurs ils trouvent moyen de tromper ceux des contrebandiers eux-mêmes qui ne sont pas encore assez rusés pour découvrir leur fraude. Des morceaux de cristal usés d'une certaine manière , et secoués parmi des grains de plomb , acquièrent, grâce à cette opération si simple , un tel aspect , qu'on les prendrait pour des diamants bruts. Une fois munis des pierres qu'ils ont acbetées en fraude , et qu'ils se procurent ordinairement dans les cabarets , les contrabandistas, ui ont remplacé la race audacieuse esGarimpeiros, sont bien loin d'avoir échappé à tous les risques qu'ils savent devoir courir en entreprenant un semblable trafic; mais souvent les noirs qui leur ont vendu des diamants les cachent dans leurs propres cabanes ; et la fraude devient plus facile encore, lorsque c'est aux feitores eux-mêmes qu'ils n'ont pas craint de s'adresser. Les récits qui nous ont été faits au Brésil , sur les stratagèmes employés par les Garimpeiros ou par les contrabandistas, afin d'échapper aux surveillants du district Diamantin, formeraient à eux seuls un long chapitre. Tantôt c'est un cavalier jouissant d'une certaine réputation d'opulence , qui cache habi-
(*) Telle est celle enlre autres, qui consiste à enfermer un nègre et à le soumettre à cette réclusion , jusqu'à ce qu'il ait restitué trois cailloux qu'on lui a fait avaler. Si nous rapportions ici tous les récits qui circulent à ce sujet, le chapitre deviendrait un livre.
lement des pierres d'un poids considérabledansla cuisse du pauvre animal, dont il se sert comme monture, et qui se voit prié poliment de céder la bête, pour ne point donner lieu à un esclandre désagréable; une autre fois, c'est un noir stylé par son maître, qui , au moment de passer les dernières barrières de l'arrayal , allume son cigare avec le tison enflammé qui recèle la pierre précieuse; une autre fois encore, ce sont des pigeons messagers qui passent par-dessus les montagnes. Il est probable qu'il y eut de tout temps, dans ces récits, une part laissée à l'imagination. On aimait à animer, par des circonstances curieuses, la vie déjà fort aventureuse des Garimpeiros. Aujourd'hui l'existence du contrabandista offre beaucoup moins d'événements.
« Le contrebandier qui s'est hasardé à aller acheter des diamants dans les services, dit M. de Saint -Hilaire, trouve principalement le débit de ces pierres chez les boutiquiers de Tijuco et de Villa do Principe. Souvent aussi des marchands viennent de Rio de Janeiro avec des étoffes , de la mercerie, et d'autres objets , afin d'avoir un motif plausible ; mais leur but véritable est d'acheter des diamants. A Tijuco, le contrebandier ne revend que sur le pied de vingt francs les petits diamants qu'il a été acheter directement des nègres ; mais , à Villa do Principe , on lui donne déjà vingt-cinq francs de ces pierres, parce qu'il n'a pu sortir du district sans courir de plus grands risques. Comme les nègres vendent indistinctement tous les diamants qu'ils dérobent , sans faire auemie différence pour la grosseur, c'est sur ceux qui ont le plus de volume que le contrebandier fait ses principaux bénéfices. »
On aura , du reste , une idée de la diminution qui s'est opérée dans les produits du lavage, en se rappelant qu'on a employé jadis 3,000 nègres à ce genre d'exploitation, et qu'il y a une vingtaine d'années on n'en admettait plus que le tiers. Selon le savant Freyress , dont les travaux ne sont guère connus qu'en Allemagne, il faudrait
L'UjNIVERS.
Eorter encore à 2,000 esclaves le notarié de noirs qui sont employés à l'extraction des pierres fines et des diamants.
L'administration intérieure est assez compliquée : outre l'intendant général, il y a Vouvidor, ou fiscal, qui vient immédiatement. Les officiers de l'administration diamantine {ojficiaesda contadoria),\es deux trésoriers {caixas), les teneurs de livres {guarda livroï) et sept commis composent le reste de la hiérarchie bureaucratique. Les affaires de haute importance sont soumises à un conseil qui prenait, naguère encore, le titre de junte royale des diamants, et qui était présidé par l'intendant (*).
Les administrateurs envoient tous les diamants qui ont été trouvés dans les divers services, à Tijuco. Il y a trois clefs au trésor; l'une reste entre les mains de l'intendant, les deux autres sont remises à des employés supérieurs. Un ordre extrême préside au pèsement des pierres , à la manière dont on les inscrit sur les registres officiels, en indiquant les services d'où elles proviennent. Chaque mois, les administrateurs particuliers font leur envoi au trésor général. On n'expédie annuellement pour Rio de Janeiro que les diamants qui ont été réunis dans le courant de l'année précédente. « Voici, dit M. de Saint-Hilaire , ce qui se passe à cet égard. On a douze tamis percés de trous dont la grandeur va en diminuant depuis le premier jusqu'au dernier, et l'on passe successivement tous les diamants à travers ces tamis. Les plus gros diamants restent sur le tamis percé des trous les plus larges, et ainsi de suite jusqu'aux plus petits, qui restent sur le tamis le plus lin. De cette manière on a douze lots de diamants, que l'on enveloppe de papier, et que l'on met ensuite dans des sacs. On dépose ces sacs dans une caisse, sur laquelle l'intendant , le fiscal et le premier trésorier mettent leur cachet. La caisse part accompagnée d'un employé choisi par l'intendant, de deux soldats
(*) Second voyage au Brésil, 1. 1, p. 24.
du régiment de cavalerie de la province, et de quatre hommes à pied {pédestres). Arrivée à Villa Rica, elle est présentée au général, qui, sans l'ouvrir, y appose également son cachet; et, lorsque cette formalité est remplie, leconVoi se remet en marche pour la capitale (*).»Une de nos gravures indique quel est l'aspect de la caravane lorsqu'elle se dirige sur Rio.
Selon M. Freyress, qui a fait un long séjour dans l'intérieur, le revenu annuel des terres diamantines monte aujourd'hui à cent vingt-cinq onces.
D'après un autre voyageur, de 1807 à 1817, le district des Diamants fournit, année moyenne, dix-huit mille carats , en admettant toutefois , comme le fait remarquer M. Auguste de Saint-Hilaire, que le carat portugais est de cinq pour cent moins fort que le carat français. D'après d'autres documents, il faudrait estimer le revenu général de ces mines de vingt-cinq à trente mille carats. Aujourd'hui l'estimation de M. de Saint-Hilaire nous paraît la plus probable. Dans cette hypothèse, ce serait de Pépoque de la découverte qu'il faudrait baser son appréciation ; et sans doute que, dans ce calcul, le produit des années antérieures devrait compenser la faiblesse du revenu des temps qui vinrent ensuite.
Le diamant de l'Abaëté. Le plus gros diamant de l'univers, celui que Rome de l'Isie estimait à la somme prodigieuse de sept milliards cinq cents millions, a été obtenu des mines du Brésil; mais ce ne fut pas l'administration qui le trouva, et des circonstances assez curieuses se rattachent à l'histoire de sa découverte.
Trois Brésiliens avaient été condamnés , on ignore pour quel délit , à un exil perpétuel dans la portion la plus reculée du Sertâo de Minas. Antonio de Souza, Jozé-Félix Gomez et Thomas de Souza, car la tradition nous a conservé leurs noms , errèrent longtemps dans l'intérieur, sur les confins de Goyaz, cherchantsans cesse, au fond des vallées ou dans le lit des
(*) Second voyage au Brésil, t. I, p. i5.
torrents, quelque trésor ignoré qui les mît à même de demander leur grâce.
Se berçaient-ils, comme on l'a dit souvent, 'de l'espérance qu'ils parviendraient à découvrir un jour quelque riche mine d'or, entreprirent-ils quelques travaux, ou le hasard eut-ii seul part à leur bonne fortune, c'est ce qu'on n'a jamais pu complètement écîaircir. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'après avoir erre durant six ans sans rien découvrir, nos exilés arrivèrent dans le nord-ouest, sur les bords d'une petite rivière qu'on nomme l'Abaëté, et qui est située à quatre-vingt-dix lieues environ du Serro do Frio. La tradition raconte qu'ils ne cherchaient que de l'or dans le lit desséché de ce ruisseau, lorsqu'ils trouvèrent un diamant qui pesait près d'une once. Malgré l'incertitude qu'ils conservaient sur la valeur réelle de cette pierre , précisément à cause de sa grosseur, ils éprouvèrent une joie facile à comprendre. Ils se confièrent d'abord à un curé, qui les accompagna sur-le-champ à Villa Rica,etqui remit le diamant de l'Abaëté au gouverneur général des mines. Là, tous les doutes que l'on avait manifestés d'abord se renouvelèrent; mais ils furent promptement dissipés. Par les ordres du gouverneur, une commission spéciale s'assembla; et, après un sérieux examen, il fut décidé que cette pierre était le plus riche présent que le Brésil eût encore fait à la couronne de Portugal. Les trois malfaiteurs reçurent alors des lettres de grâce provisoires, et le curé partit immédiatement pour Lisbonne avec le riche dépôt qu'il avait reçu aux frontières de Goyaz. Là, le fameux diamant de l'Abaëté excita une admiration plus vive encore peutêtre que celle qu'on avait ressentie à Minas : les points de comparaison existaient pour les joailliers. C'était décidément le plus gros diamant qui existât dans aucun trésor royal. L'ecclésiastique en recueillit, dit-on, plus d'un privilège. Quant à Félix Gomez et à ses compagnons , l'histoire ne dit pas qu'on leur ait accordé la moindre récompense. On sait seulement que les lettres de grâce du gouverneur de Yilia
Rica furent ratifiées. On envoya surle-champ un destacamento (un poste) sur les bords de l'Abaëté, et cette rivière fut mise immédiatement en exploitation; mais, jusqu'à présent, on n'en a obtenu que des pierres d'une grosseur fort ordinaire , ou d'une eau qui n'a rien de remarquable.
Quelque magnifique qu-e puisse être un diamant tel que celui dont nous parlons ici, on sent combien il est difficile de l'utiliser d'une manière convenable, même dans un costume d'apparat. Jean VI, qui avait la passion des pierres précieuses, l'avait fait percer, et il le portait suspendu à son cou dans les jours de cérémonie.
Pierbes de couleub. La recherche des autres pierres précieuses du Brésil n'est nullement soumise au régime rigoureux qui frappe le district Diamantin. Tout le monde peut se livrer librement à ce genre d'exploitation; et, selon M. Freyress , l'extraction de la topaze jaune rapporterait à elle seule une valeur de trente mille florins (*). Ce qu'il y a d'assuré, c'est que le prix que les mineurs attribuent sur les lieux mêmes aux pierres de couleur qu'ils viennent de découvrir, est en général fort exagéré. Quand ils se rendent dans les grands marchés du littoral, tels que Rio de Janeiro, Pernambuco et San- Salvador, ils éprouvent souvent un désappointement complet en voyant qu'on leur offre a acheter des pierres brutes, dont le prix est fort inférieur à celui qu'ils se croyaient en droit d'exiger sur les lieux mêmes d'exploitation. Il y a, dans le commerce des cristaux colorés et des pierres fines , un encombrement qui se fait sentir jusqu'en Europe. Si l'on en croit quelques rapports, un genre de fraude, inconnu jusqu'alors, se serait introduit dans le commerce des pierres précieuses du Brésil :
(*) Le savant M. Warden cite un ouvrage manuscrit de Lastarria , qui évalue à plus de 700,000 pesos fuertes ou dollars, le revenu des mines de diamants, chrysolithes, topazes, rubis, améthystes et hyacinthes, découvertes, depuis 1730, dans le Rio das Caravellas et le Scrro do Frio.
L'UNIVERS
des topazes blanches auraient été taillées dans l'intérieur même par un lapidaire français; et tel est l'éclat de la pierre et l'biabiieté de la mise en œuvre, que ces topazes auraient été mises dans le commerce comme de véritables diamants.
Autant les pierres de valeur secondaire, telles que les topazes jaunes, les améthystes, les aigues-marines, sont abondantes au Brésil , puisqu'il y a des lots qui ne se vendent guère plus de deux francs la livre, autant les pierres d'un haut prix sont vraiment rares.Cependant M. Ménèzes deDrummond(*)afûrme,danssescurieuxdétails sur les mines du Brésil, que, dans la rivière Ita-Marandimba, que l'on voit couler en grande partie sur le territoire de Minas-Novas, il y a abondance d'émeraudes; et, d'après la même autorité, le Rio-Ita-Miju roulerait dans ses eaux des topazes blanches et des saphirs (**.). On sent qu'ici les noms des localités pourraient être singulièrement multipliés, puisque les géographies brésiliennes contiennent à ce sujet de nombreuses nomenclatures. L'espèce d'Eldorado que nous avons entendu désigner tour à tour sous les noms d\4mericanos et de Rio das très America- ?ias, jouissait naguèred'unegrandecélébrité, grâce à l'abondance de ses pierres précieuses. Mais, outre que ce lieu est encore exposé aux incursions des sauvages , et que ses solitudes sont complètement dénuées de ressources, il s'en faut bien qu'on puisse s'y procurer aujourd'hui des richesses capables de dédommager de leurs fatigues ceux qui osent y pénétrer. Les mineurs eux-
(*) Voy. l'ancien Journal des voyages , t. 33, 34 et 36. Nous le répétons, ces articles intéressants se basent en partie sur les observations de deux savants minéralogistes brésiliens, les frères Andrada.
(**) On comprend aisément que la collection de pierres précieuses appartenant à la couronne de Portugal , pouvait être une des plus belles qui existassent au monde , si ce n'était la première. Dans sa description du Brésii , M. Henderson ne craint pas de l'évaluer à deux millions de livres sterling.
mêmes ont presque abandonné son exploitation.
Parmi les pierres d'un prix élevé qui ont été trouvées à Minas dans ces dernières années, on cite une aigue-marine d'une teinte admirable. Elle fut offerte au roi Jean VI par un habitant nommé Vieira; et, à cette époque , on ne l'évalua pas à moins de cent mille francs.
Nouveaux bétails sur les mines de fep . Voici en quelques pages, et réunis d'une manière aussi rapide qu'il nous a été possible de le faire , ce qu'on a écrit de plus positif, durant ces derniers temps, sur les richesses minéralogiques du Brésil; mais ce qui, bien plus que les métaux précieux, doit être une source inépuisable de prospérité pour le pays, ce sont ces mines de fer, qui n'ont pas leurs pareilles dans le monde, et dont la métropole jalouse ne défendit l'exploitation que parce qu'elle y voyait un de ces moyens décisifs d'indépendance qui font conquérir tous les autres. Ici, l'opinion des plus habiles minéralogistes pratiques est sans réplique. Selon un rapport presque officiel de M. Von Eschwege , des chaînes de montagnes entières sont couvertes de fer micacé magnétique, spéculaire et rouge. Aussi est-on moins surpris, quand on a lu les descriptions données par ce savant, de voir dans les meilleurs Voyages, tels que ceux des Saint-Hilaire,"des Spix et Martius, que le minerai rend de quatre-vingthuit à quatre-vingt-dix pour cent dans les usines de Minas-Geraes. On l'a déjà dit, le monde entier pourrait être approvisionné de fer par cette province centrale, sans qu'une diminution sensible se fit remarquer dans la quantité déminerai dont elle pourrait alimenter les fonderies. Il en est de même de la province de Saint-Paul ; et l'esprit aime à se reporter vers cette époque où les mines immenses de Gaspar Soares, de Bomfim, de Sorocaba, étant en pleine exploitation, toutes les prévisions des économistes commenceront à se réaliser. Des constructions immenses s'élèveront, des routes en fer traverseront des lieux aujourd'hui
inhabités, d'immenses solitudes se peupleront, et l'on comprendra seulement alors ce qu'il y a de vrai dans ces paroles un peu enthousiastes d'un publiciste brésilien : « L'exploitation du fer, disait , il y a quelques années , un desrédacteurs de Y Investigador, forme une ère de gloire et de prospérité pour le Brésil ; et c'est quand cette exploitation aura reçu tout son développement qu'on le verra s'avancer au rang des grandes nations. » Selon le même écrivain, la liberté d'ouvrir enfin les mines de fer, était sans contredit le plus grand avantage que l'on eut tiré de l'arrivée du roi dans ces contrées, et il aurait voulu qu'une pyramide gigantesque, formée du premier métal qu'auraient livré les usines à l'industrie, s'élevât sur la montagne d'où on l'aurait tiré. Ce monument devait attester non-seulement au Brésil, mais aux âges les plus lointains, l'époque mémorable où commencèrent les premiers travaux d'exploitation. On n'a pas mis à exécution ce projet tout patriotique; mais une croix immense , faite uniquement en fer, a été élevée solennellement au sommet du Garassoava, pour constater l'origine d'une industrie nouvelle. Malgré sa simplicité, c'est bien certainement aujourd'hui un des monuments du Brésil auxquels se rattachent les souvenirs les plus précieux.
Bien qu'il soit question déjà du minerai de fer dans le précieux Roteiro du Brésil , que j'attribue à Francisco d'Acunha, et qui remonte à 1587, si l'on s'en rapporte à la tradition, ce seraient des noirs du pays de Mina, en Afrique, qui les premiers auraient reconnu l'existence de ce minéral , et auraient fait penser à son extraction.
Ce qui parait plus positif, et ce que nous avons déjà eu occasion de rappeler dans un de nos ouvrages sur le Brésil, c'est que c'est à M. da Camara qu'appartient la gloire d'avoir mis le premier le fer en exploitation à Minas- Geraes. En 1818, Jean VI appela quelques mineurs suédois, sous la direction du colonel Frédéric Yarnagem.
Les travaux de cet homme habile furent
couronnés d'un plein succès; de nombreux mineurs vinrent plus tard du nord de l'Europe pour s'établir en différentes parties du Brésil; et, dans quelques localités, les Anglais eux-mêmes ont été forcés de convenir que le métal extrait des contrées centrales égalait en bonté celui qu'on pouvait obtenir des mines d'Angleterre. L'époque sans doute n'est pas éloignée où l'on refusera de croire que les" peines les plus fortes aient pu frapper, à l'abri de lois , ceux qui se livraient, même secrètement, a l'extraction du fer.
C'était le temps où les plus simples ustensiles nécessaires au travail des mines d'or, arrivaient à grands frais de Lisbonne. Malheureusement les pages qui attestent de semblables actes d'ineptie ne sont que trop fréquentes dans l'histoire de l'Amérique; et, lorsqu'on pourra donner enfin le récit des causes qui ont amené la liberté générale , il faudra voir, en dépit de la futilité de certains détails, les causes réelles d'indépendance dans ces misérables tracasseries. Grâce à l'histoire contemporaine, elles seront là comme d'irrécusables documents de l'esprit de vertige qui dominait la métropole.
Mœurs et costumes. Malgré l'intérêt qui s'attache naturellement aux riches produits de l'intérieur , et qui nous a engagé à donner quelque développement à cette portion de notre livre, le pays de Minas offre au voyageur et à l'historien bien d'autres sujets d'observation. Placé au centre de l'empire, et, par cela même, en contact moins immédiat avec les Européens, les vieilles mœurs portugaises s'y sont conservées, en partie du moins , dans leur naïveté primitive ; ceci est rêmarquahle surtout dans le costume et dans certaines habitudes locales. Tandis que les gens riches de Rio et de San -Salvador suivent les modes de Paris ou de Londres, à Villa Rica , à Sabara , à Marianna , il n'est pas rare de voir des vieillards qui rappellent, par quelques portions de leur costume du moins , les modes du dixseptième siècle; le chapeau à larges bords, le grand manteau, les guêtres
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de cuir; et, s'il est à cheval , la selle et les éperons moresques : tout cela donne encore au Mineiro un aspect particulier , qui le distingue des autres habitants du Brésil. Il en est de même des femmes : comme à Saint-Paul , elles portent le chapeau de feutre ; écuyères habiles , elles ne redoutent ni l'allure d'un cheval ombrageux, qu'elles montent souvent à la manière des hommes , ni les ravins nombreux ou les catingas, dont Minas est entrecoupé.
La seja, qui roule assez rapidement dans les rues de Rio de Janeiro, la cadeira qui transporte , à San-Salvador et à Pernambuco, les élégantes d'un quartier dans un autre; le hamac suspendu qui forme la litière habituelle d'une habitante de Maranham , tout cela n'est pas complètement inconnu à Minas sans doute; mais ces divers moyens de transport seraient d'un usage prodigieusement difficile dans des vallées interrompues sans cesse par le travail des diverses exploitations, ou sur des routes prétendues royales, telles que celle d'îtambé à Villa do Principe, par exemple, qui porte cette pompeuse dénomination, et dont on a peine quelquefois à retrouver les traces; fut-ce donc sur cette estrada real qui conduit de Villa Rica d'Ouro Preto à Tijuco , on va généralement à cheval , ou bien à dos de mulet. Dans les habitations reculées, l'antique char aux roues massives et au bruit formidable, tel qu'on en rencontre encore à Rio , fait l' office de char-à-banc ; il n'est pas rare d'atteler des bœufs à cette voiture toute patriarcale; et, le dimanche, c'est souvent de cette façon que des familles entières se rendent à la villa, voire même à l'arrayal , où le service divin est célébré.
- Villes et bourgades de l'intérieur. Malgré une population encore assez faible, comparée à son étendue , la province deTVlinas-Geraes renferme plusieurs villes, qui sont loin d'être sans intérêt pour le voyageur, quand bien même il aurait visité les plus belles cités du littoral ; au besoin, et outre la capitale, il suffirait de
citer San-Jozé du Rio das Mortes, qui , bien qu'elle n'ait été bâtie qu'en 1718, est une des villes les plus anciennes de la province ; déjà on pourrait presque dire que l'établissement des mineurs anglais, dirigé par M. Milward, lui a donné une physionomie nouvelle. Toujours en suivant la route qui conduit de la province de Rio de Janeiro dans l'intérieur, San-Joào del Rey nous apparaîtra , bâtie à la base de la montagne du Bûcheron {Serra do Lenheiro) , et traversée par le Rio- Limpo, qui a emprunté le nom qu'il porte à la pureté de ses eaux; à quelques lieues de San-Joâo del Rey, la viiie propre et opulente, toujours dans la comarca du Rio das Mortes, ce seraient Queluz , San-Carlos de Jacuhy , Santa-Maria de Baependy, Campanna , Barbacena, Tamandua, toutes bourgades plus ou moins florissantes , et qui prendront un jour de l'importance. Si c'était le district Diamantin que nous visitions, après avoir jeté un coup d'œil sur Tijuco, avec ses jardins verdoyants et ses grands rochers à pic , ce serait Villa do Principe qui devrait nous arrêter quelques moments.
Villa do Principe, en etfet, est la capitale de la comarca, et l'on ne compte pas moins de cent six legoas de la à Rio de Janeiro. Forcés de visiter un moment la comarca de Sabarà , la ville de Sabarà elle-même mériterait , plus que toute autre peut-être, d'exciter notre intérêt. Située près de la rive droite du Rio das Velhas, dans l'endroit où il reçoit la petite rivière de Sabarà (la rivière des Chèvres, en langue guarani), cette ville est assez grande, et ne manque pas d'opulence.
On l'a bâtie dans une vallée environnée de montagnes; et , comme tant de villes de Minas-Geraes, sa première splendeur s'est évanouie avec l'épuisement de ses mines. Cependant c'est encore une cité populeuseetflorissante; et ses habitants se distinguent autant par leur instruction que par leur exquise politesse. Dans notre excursion rapide, Caeté, l'ancienne Villa-Nova da Rainha, ne saurait être omise. En effet sa célébrité a commencé avec
l'histoire du pays des Mines ; et ce fut là que s'alluma la guerre civile entre les Paulistes et les forasteros. Caeté, si remarquable par ses rues spacieuses, mais désertes, puisque ses habitants ont fui dès qu'ils n'ont plus trouvé de l'or, Caeté ou Cahyté, qui ne compte plus guère que 3 a 4 mille âmes, s'enorgueillit d'une église plus belle et plus vaste peut-être qu'aucune de celles du Brésil. Pitangui , Paracatu , ont eu une destinée analogue à celle de cette ville déchue ; mais ce qu'il y a de plus triste à dire, sans doute, c'est que c'est le sort , en partie du moins, qu'a subi la ville la plus célèbre de la province.
ClDADE IMPÉRIAL DE VlLLA RICA
d'Ouro Pbeto , capitale des Mines , est située à 80 lieues de Rio de Janeiro, par les 20° 25' 30" de latitude , et les 334° 2' 12'- de long. Les mines à'ouro preto ( or noir ) ,"qui lui donnèrent naissance, furent découvertes en 1699, 1700 et 1701 ; mais elle ne fut érigée en ville qu'en 1711. Villa Rica est bâtie dans une position bien défavorable, si l'on examine son éloignement de toute rivière navigable et la stérilité de son territoire ; c'est ce qui fait que cette ville, si florissante au temps des mines , n'offre plus que l'aspect de la décadence. M. de Saint-Hilaire dit qu'il est extrêmement difficile de donner une idée très-exacte de cette capitale , à cause de son peu de régularité ; elle est bâtie sur une suite de mornes qui bordentleRiod'Ouro Preto. On compte à Villa Rica environ deux mille maisons, quinze ou seize chapelles, deux églises paroissiales : celle de Nossa- Senhora da Conceiçâo, connue généralement sous le °nom d'église do Rio de Ouro Preto , est ancienne , et a une longueur d'environ cinquantecinq pas ; on y voit quelques tableaux supportables. L'hôtel du gouverneur , connu sous le nom de Palacio , est l'édifice le plus considérable ; ce n'est qu'une masse de bâtiments lourds et de mauvais goût. L'hôtel de ville (casa da .camara) n'est point d'une meilleure architecture. L'hôtel du trésor {casa da fazenda) est remarquable par son étendue ; c'est là
que se trouvent les caisses publiques et que s'assemble la junte du trésor.
Il y a à Villa Rica deux hospices:
l'hospice civil est fort mal entretenu ; l'hospice militaire se fait remarquer au contraire par sa propreté et par sa bonne administration. Au dire de Walsh , le quartier de l'aristocratie , celui des fonctionnaires publics , est réellement fort beau. Avec ses églises qui se détachent sur la verdure des montagnes, ses fontaines ornées de sculptures, ses jardins plantés en éminence , elle offre encore sans doute l'aspect d'une cité opulente, mais près de cinq cents maisons inhabitées font assez comprendre sa misère. On ne voit dans cette capitale aucune promenade publique , aucun cabinet littéraire, aucun café supportable; on y trouve néanmoins une salle de spectacle qui passe, je crois, pour le plus ancien théâtre du Brésil. Si l'on en excepte , dit M. de Saint- Hilaire, la manufacture de poudre, qui appartient au gouvernement, et une fabrique de faïence, qui a été établie depuis un petit nombre d'années à peu de distance de Villa Rica , il n'existe, dans cette ville et dans son voisinage , aucune espèce de manufacture. Nous pensons cependant qu'il a dû s'opérer dans l'industrie de cette ville quelques améliorations. Le commerce qui existe entre Villa Rica et Rio de J aneiro se fait à dos de mulets: la route qui établit des communications entre ces deux villes passe pour la meilleure du Brésil. La capitale de Minas renfermait jadis vingt mille âmes ; on ne lui en accorde maintenant guère plus de sept ou huit mille : car les voyageurs , d'accord sur la déchéance de cette ville , ne le sont point sur sa population. C'est la résidence d'une administration assez nombreuse; outre la garde nationale établie aujourd'hui dans toutes les villes du Brésil , Villa Rica entretient un régiment à ses frais.
Le dernier voyageur accrédité qui ait fait un court séjour à Villa Rica , Walsh, dit qu'il y a une imprimerie, et que l'on y publie un journal intitulé Y Unioersal ; mais là s'arrête ce qui
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peut propager l'instruction publique, et il n'existe pas encore de bibliothèque.
Au dire du même écrivain , à l'époque où commença à se manifester l'épuisement des mines, Villa Rica offrit la preuve déplorable du danger qu'il y a à épuiser le sol par des exploitations mal entendues. Percées pour ainsi dire à jour, comme une ruche d'abeilles, les collines du voisinage n'offraient plus à leur superficie de terre végétale, tandis que de leur côté les lavages ne rendaient plus rien. La culture ne pouvait plus s'opérer sur l'emplacement de ces mines délaissées. Villa Rica devint alors l'asile d'une foule de spéculateurs ruinés et de gens sans aveu.
Les vols et les assassinats se multiplièrent d'une manière effrayante. On va jusqu'à affirmer que tous les crimes révélés dans le cours d'un an , par les journaux de telle ou telle contrée européenne , ne pourraient se comparer en aucune manière à ceux dont les rues ténébreuses de Villa Rica étaient témoins. Peu à peu cependant une police active s'établit , les mœurs s'améliorèrent , et Villa Rica est renommée aujourd'hui par l'urbanité de ses habitants.
Siège de l'évêché. A quinze lieues environ de là, Marianna, la ville épiscopale , Mariannopolis , comme l'appelle un peu pompeusement le patriarchede la géographie brési lienne, s'étend sur la rive droite du Ribeirào do Carmo. Cette petite ville, qui a pris son nom de la femme de Jean V, et qui peut avoir quatre ou cinq mille âmes de population , est le centre d'un mouvement intellectuel malheureusement déjà fort ralenti. Le séminaire, si peuplé autrefois, tombe, dit-on, en ruine; et, bien que Marianna porte le titre de cidade, il n'est que trop évident que la crise funeste qui se fait sentir sur presque toute l'étendue de Minas ne l'a point non plus épargnée.
Clergé du pays de Minas. Observations SUR LA DÎME AU BRESIL.
A Marianna, chef-lieu d'une justice, en même temps que c'est un évêché, M. Auguste de Saint-Hilaire a eu occasion de faire des observations sur le
clergé de Minas ; et , après avoir remarqué que le gouvernement avait interdit l'entrée de cette province aux corporations religieuses , il ne peut s'empêcher de signaler une foule d'abus qu'on remarque dans le clergé séculier. Là , comme dans toute l'étendue du Brésil, les prêtres ne perçoivent plus la dîme, qu'ils ont cédée jadis au gouvernement moyennant un revenu annuel d'environ douze cent cinquante francs, payable à chaque curé. Grâce à l'accroissement de la population et de l'industrie, le gouvernement, au bout d'un certain nombre d'années , obtint d'énormes bénéfices; mais le traitement des curés ne suffisait plus, parce qu'ils se voyaient contraints à faire desservir certaines succursales.
Bientôt un arrangement, connu sous le nom de constitution de Bahia , accorda aux pasteurs quarante reis (vingtcinq centimes) pour chaque propriétaire et pour sa femme, et vingt reis (douze centimes et demi), pour chaque tête d'esclave ; cet impôt avait été volontaire. Le clergé néanmoins ne tarda pas à élever d'autres prétentions. « Sous prétexte, dit notre auteur, d'être indemnisé de la confession pascale , prétexte que les catholiques européens auront heureusement quelque peine à concevoir, les curés parvinrent a introduire l'usage de se faire payer trois cents reis(unfrancquatre-vingt-quinze centimes) par chaque communiant. Un ecclésiastique charitable n'exigera rien des indigents; mais on a vu des curés, on ose à peine le dire, qui, au moment de donner la communion dans le temps de Pâques , suspendaient cet acte solennel pour demander à des hommes pauvres la rétribution accoutumée.
C'est sans doute de cette manière que certaines cures rapportent jusqu'à neuf mille cruzades. »
On le voit, on ne saurait trop féliciter l'auteur du Voyage à Minas de ce qu'en ne s'éloignant pas un seul instant d'un ton de modération qui donne une nouvelle autorité à ses paroles , il a signalé de monstrueux abus, qui s'opposent, comme il le prouve, à la prospérité du pays.
«La confession, continue-t-il , est celle de toutes les fonctions sacerdotales qui prend aux prêtres le plus de temps , et j'ai vu cinq nègres expédiés en un quart d'heure. Si les ecclésiastiques disent leur bréviaire, il faut que ce soit bien secrètement; car il ne m'est arrivé qu'une seule fois d'en surprendre un remplissant ce devoir. Être
f>rêtre, c'est une sorte de métier, et es ecclésiastiques eux-mêmes trouvent tout naturel de considérer ainsi le sacerdoce. »
M. de Saint-Hilaire, dans lequel cependant l'esprit religieux semble dominer, ajoute les derniers traits à ce tableau de l'état moral du clergé des Mines, en disant qu'il n'est pas sans exemple de voir des ecclésiastiques s'adonner (à la lettre) au commerce, et même vendre en boutique. « Au reste, si les prêtres sont loin d'être exempts de torts, on doit se plaire à reconnaître qu'ils n'y ajoutent point celui de l'hypocrisie. Ils se montrent tels qu'ils sont , et ne cherchent nullement à en imposer par de graves discours ou par un extérieur austère. Hors des villes, leur costume ne diffère nullement de celui des laïques, et personne n'est étonné de voir un curé avec des bottes , une culotte de nankin et une veste d'indienne verte ou rose. »
Nous ajouterons à ce tableau bizarre que nous avons vu nous-même , aux environs de San-Salvador, un curé faisant danser ses paroissiens au son de la guitare, sans que personne en fût scandalisé. M. de Saint-Hilaire, en provoquant des réformes importantes, veut qu'elles soient faites avec une extrême prudence.
Tebmo de Minas - Novas. Une seule phrase fait assez comprendre l'importance qui s'attache à cette vaste contrée, encore inconnue il y a un siècle, et sur laquelle on n'a possédé, durant longtemps, que les renseignements les plus incomplets et surtout les plus vagues. « Le pays de Minas-No vas , comme le dit M. de Saint-Hilaire, diffère, par son aspect et par sa végétation , de tout ce qu'a pu observer l'explorateur qui vient de
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parcourir une partie du littoral et le pays des Mines. » Nous ajouterons que, par sa position centrale, ses grandes forêts désertes , sa population encore rare, ce termo est devenu l'asile de plusieurs tribus, qui cherchent à conserver leur indépendance , et que sous ce rapport , de même que sous celui de, l'importance agricole , il mérite le plus sérieux examen. Si quelques essais fructueux de civilisation peuvent être tentés sur les nations indiennes , c'est bien dans ce pays qui , par ses moyens de communication, se trouve en relation directe avec la côte orientale et Rio de Janeiro , qu'on doit les mettre à exécution. Malheureusement ces efforts, toujours louables, ne sauraient plus porter que sur des hordes à moitié détruites, appartenant pour la plupart à la race des Tapuyas, et se montrant par conséquent plus rebelles et plus sauvages que les nations descendant des Tupis.
Le termo de Minas-Novas , qui forme aujourd'hui une comarca , n'a pas moins de cent cinquante lieues de longueur sur quatre-vingt-six de large.
Mais , ce que l'on aura peine à croire, c'est que ce vaste territoire ne renferme qu'une faible population de soixante mille âmes , que les géographes se trouveraient encore avoir beaucoup exagérée , si l'on s'en rapportait au consciencieux Pizarro. Il y a dix ans environ , l'auteur de la statistique la plus complète du Brésil ne faisait monter qu'à vingt-sept mille âmes le total des habitants disséminés dans cette vaste solitude.
Comme cela est arrivé pour toutes les contrées de l'intérieur, ce fut la recherche de l'or qui fit découvrir Minas-Novas. Cet événement arriva en 1726 ou 1727, et ce fut encore à des Paulistes, conduits par Sebastiâo Leme do Prado , que l'on dut ce nouvel accroissement de territoire. Trois ans après, on bâtissait sur les bords du Rio - Fanado, ou plutôt Falhado, une petite ville qui allait devenir la capitale, et on lui imposait la dénomination un peu pompeuse de Villa de Nosso-Senhor de Boni Succès so das
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Minas-Novas do Àrassuahy. L'établissement prospéra, la ville s^accrut; mais , par bonheur pour ceux qui ont à écrire l'histoire de ces contrées, on réserva pour le style de chancellerie, le premier nom imposé par les fondateurs, et l'on se contenta d'appeler la nouvelle capitale Villa do Fanado. C'est même sous ce nom qu'elle commence à acquérir une certaine célébrité en raison de la fertilité extrême du territoire qui l'environne, et de son entrepôt de coton.
Villa do Fanado n'est encore qu'une petite ville assez riante, pouvant contenir deux ou trois milie habitants; mais il est difficile de dire où s'arrêtera sa prospérité croissante : car plusieurs écrivains , et entre autres M. de Saint-Hilaire, regardent le termo de Minas-Novas comme un des plus favorablement situés pour le commerce qui existent, depuis que la route par eau sur le Jiquitihonha a été ouverte, et qu'elle permet une assez prompte communication avec la côte orientale.
Quoique le territoire de Minas-Novas soit riche en lavages d'or, que l'on puisse s'y procurer des pierres de couleur en plus grande abondance peut-être que dans les autres provinces, et qu'il y ait même des diamants dont il serait "difficile au gouvernement dese réserver exclusivement l'exploitation, les habitants ont eu le bon esprit de se livrer ardemment à l'agriculture; et aujourd'hui leurs cotons ont acquis une assez grande célébrité dans les différents ports de l'Europe, pour qu'on les compare à ceux des Alagoas et du Maranham. La multitude des plantations de cotonniers et l'abondance de leurs produits ont développé même un genre d'industrie qu'on ne trouve que dans un bien petit nombre de localités au Brésil, et qui cependant, depuis l'abolition des privilèges, devrait avoir reçu un grand développement dans la plupart des grandes villes. Depuis plusieurs années, on fabrique à Villa do Fanado des tissus grossiers, et principalement des couvertures , qui sont expédiés pour Rio de Janeiro et pour Bahia. Fidèle à
notre habitude de rappeler, en parlant d'un lieu, le genre de culture qui assure sa prospérité , nous allons entretenir le lecteur du cotonnier et de ses produits.
Culture du cotonnier sur le littoral et dans mlnas novas (*).' Nous l'avons déjà dit au commencement de cette notice, le coton estcuith é depuis le nord du Brésil jusqu'aux délicieux plateaux de Campos-Geraes, à la base de la Serra das Fumas, et cette culture s'étend dans le sud , jusqu'au 30e degré; mais il paraît que c'est dans la région non pluvieuse que le coton se plaît le mieux, et qu'il atteint l'âgé de dix à quatorze ans. Dans les régions plus rapprochées de la côte , il acquiert unevégétation trop vive, une constitution pléthorique qui l'épuisé plus promptement.
Pour planter le cotonnier, il faut commencer par bien nettoyer le terrain, c'est-à-dire, par abattre les arbres sans arracher les racines (**), détruire et brûler les broussailles; cela se fait de septembre à décembre. Une fois le terrain nettoyé, quatre nègres font des trous de quatre pouces tout au plus; des femmes qui les suivent y mettent la graine , et la recouvrent légèrement avec la main ou le pied.
Au bout de huit à dix jours , le jeune arbuste paraît, et il faut sarcler; car les lois de la végétation sont aussi favorables aux plantes que nous n'utilisons pas qu'à ceiles dont nous faisons usage,-
Aussitôt que le cotonnier a atteint deux pieds à deux pieds et demi , on coupe les bourgeons qui sont à l'extrémité de ses branches , et l'on enlève surtout celui de la branche principale.
Cette opération a pour but de faire refluer la séve et de faire étaler la plante , et l'on évite une croissance de quinze à dix-huit pieds , qui serait fort incommode pour la récolte. Cette opération, faite dans un âge si tendre , ne suffi-
(*) Ces détails agricoles sont en partie extraits des Notes dominicales.
(**) Si on les laisse en terre, ce n'est que pour se donner moins de travail.
rait pas ; il faut la répéter deux à trois fois , à mesure que l'arbuste s'élève.
Il y a , au reste , là-dessus des controverses sur lesquelles la seule expérience peut éclairer.
Lorsque les cotonniers ont produit pendant trois ou quatre années consécutives, leurs branchages sont débilités , et ne donnent que des fruits rares et petits. Il faut les receper, c'est-àdire en couper le tronc, et renouveler l'arbuste pour ainsi dire ; c'est ce qu'on appelle la descotacao : l'arbre pousse de nouvelles branches plus vigoureuses , qui rapportent autant que"des plants nouveaux. Je crois que cette opération se fait vers le mois de juin.
Je n'ai pas besoin de dire que les sarclages doivent être répétés d'autant plus fréquemment, que les pîuies ont donné plus d'activité à la végétation : sarcler est l'ouvrage habituel des esclaves; on ne sarcle jamais assez. On recommande spécialement aussi de détruire les reptiles dangereux qui se multiplieraient dans les broussailles, et qui feraient périr les esclaves au moment de la récolte. Il n'est pas rare, dans un seul sarclage de douze à quinze arpents , de tuer une douzaine de serpents à sonnettes. Les nègres veillent à n'être pas surpris par le reptile; et, aussitôt qu'ils l'aperçoivent, ils lui cassent les vertèbres avec une simple baguette/
Dans nos pays boréaux , la végétation suit rigoureusement les lois de la température, et l'ordredes saisons, fondées sur celles-ci , permet de connaître l'époque des récoltes à quelques semaines près. Dans cette région équatoriale, la température est en tout temps propre à 4a végétation : on citera , pour exemple, le raisin dont il se fait au Brésil deux à trois récoltes dans une année. Chaque mois est donc à peu près également propre à semer et à recueillir. Les pluies seules engagent à planter dans un temps plutôt que dans un autre.
Ce serait donc eu égard au temps des pluies qu'on pourrait à peu près juger de la récolte du coton. Mais elles sont inconstantes; tous les cantons
ne les reçoivent pas en même temps.
Quoiqu'ilVen soit pas de même dans l'intérieur et à Minas-No vas , on peut presque dire que , dans la province de Pernambuco, on récolte du coton toute l'année. Le fruit du cotonnier pousse toujours, mais il ne mûrit que quand il n'y a pas de pluie ; aussi voit-on des cotonniers , qui ont donné une récolte en décembre et janvier, en produire encore une nouvelle en mai , pour peu que la saison ait été sèche après les premières pluies de janvier.
Telle est la difficulté des communications dans l'intérieur , que la majeure partie des cotons ne peut être transportée que sur des chevaux ou en descendant les fleuves. En employant ce dernier moyen , ils subissent de nombreuses avaries; aussi préfère-t-on la voie des caravanes. Malheureusement, et cela ne saurait être autrement dans un pays privé de routes , les arrivages se font avec une extrême lenteur, et il n'est pas rare de voir des convois qui ont mis plusieurs mois à se rendre au bord de la mer. Sur le littoral, et grâce à la permanence de récoltes, les entrées se succèdent pendant toute l'année.
Un des grands bienfaits de la culture du cotonnier est que tous ses fruits ne mûrissent pas à la fois ; on voit sur l'arbre le bouton , la fleur et la capsule. Le cultivateur, visitant son champ, aperçoit-il des capsules qui commencent a s'ouvrir, il y envoie immédiatement ses nègres; chacun de ceux-ci est muni d'une corbeille qui peut contenir une arroba (*) de capsules ; trois doigts seulement doivent être employés à faire cette cueillette, et il doit veiller surtout à briser la tige sans trop ébranler l'arbre. Le commandeur, armé d'un fouet, surveille cette opération, et punit les négligences. Aussitôt que le champ a commencé ainsi à blanchir, on peut y envoyer les nègres tous les matins ; de nouvelles capsules se sont ouvertes , et l'on recueille ainsi à peu près plusieurs jours pendant plusieurs mois. La quantité à recueillir devient si régulière, qu'il y a des planteurs
(*) Quatorze kilogrammes et demi.
qui fixent une tâche à chaque esclave , punissant d'une férule le pauvre diable, pour chaque livre apportée de moins que le tarif, et lui donnant une légère bonification quand ce tarif est excédé.
Il y a des nègres libres qui cueillent le coton à dix reis (cinq liards par arroba) ; ils y gagnent peu , mais ils se retirent, dit-on , sur les vols qu'ils peuvent commettre.
Quand les capsules sont recueillies , on les fait sécher au soleil. Si on les emmagasinait avant qu'elles fussent bien sèches , il se produirait une petite fermentation qui ferait jaunir le coton.
Une fois sèches et emmagasinées , les capsules , avant d'être nettoyées , ont beaucoup à craindre des rats , qui sont très-friands de la graine, et qui , pour l'atteindre, déchirent les fibres du coton. Le meilleur moyen de prévenir ce dommage, est de les couvrir d'une toile, sur laquelle on étend de vieilles graines. Les rats s'en tiennent alors à la provision qui leur est réservée.
A Minas-Novas , le semis du cotonnier se fait ordinairement en octobre ; et, ce qu'il y a d'assez remarquable, c'est qu'on est dans l'usage de jeter des grains de maïs dans le trou où l'on n'a déposé qu'une semence de cotonnier.
La croissance de l'un ne nuit pas au développement de l'autre, tant s'en faut. Dans cette région , les cotonniers ne persistent guère que cinq ou six ans. On évalue à trois mois le temps que dure la récolte: elle commence à partir du mois de mai , et c'est au mois d'août qu'elle finit dans l'intérieur. Le coton a plus d'un ennemi ; mais c'est surtout une certaine chenille arpenteuse qui dévore ses feuilles , et qui lui fait le plus de tort.
Il s'agit maintenant d'indiquer comment on débarrasse le coton de sa graine et de son enveloppe: c'est ce que les cultivateurs appellent descaroçar. Autrefois cette opération se faisait à la main , avec une perte de temps infinie. Aujourd'hui on fait passer le coton entre deux baguettes d'un pied de long, sur environ six lignes de dia-
mètre. Un nègre leur donne un mouvement giratoire opposé, au moyen d'une roue d'abatage; un autre présente le coton en graines, qui livre sa laine aux cylindres, tandis que sa graine tombe à terre.
Cette machine ne nettoie par jour que deux arrobas, vingt -neuf à trente kilogrammes de coton en graines, d'où provient le quart en coton net.
La lenteur de ce travail a nécessité l'invention de machines plus expéditives : dans les grands ateliers , on en a qui sont mues par des animaux , et qui nettoient cent vingt-huit arrobas de matière , d'où proviennent trente et un de coton net.
Sur le littoral , le coton nettoyé est mis dans des sacs de quatre et demi à cinq et six arrobas ; l'usage veut que l'on n'emploie que trois varas d'emballage pour chaque sac , de sorte que le poids dépend de l'ensacheur. A Minas-Novas , dit M. de Saint - Hilaire , le coton en laine et les couvertures s'emballent dans des espèces de sacs ou de boîtes (boroacas ou bruacas), faites avec des cuirs de bœuf écrus.
On emploie un ou deux cuirs pour fabriquer ces boîtes. On fait les coutures avec des lanières qui sont également de cuir, et l'on met toujours les poils en dehors. Ces boîtes sont carrées sur leurs faces, et ont quatre palmes de large, avec autant de hauteur; mais leur épaisseur n'est que de deux palmes. Elles se ferment avec un couvercle qui retombe comme un portefeuille.
Les uns ensachent à la main , en foulant le coton avec leurs bras et un pilon, les autres en suspendant les sacs à quatre cordes, et pressant avec le pilon et leur propre poids ; c'est ce que nous appelons en France balles en pelotes : mais un homme ne peut guère faire de cette manière qu'un sac par jour.
Population de Minas -Novas.
Nous avons dit qu'à Minas-Novas on manufacturait une partie des cotons sur les lieux ; ce qui peut faire croire à l'augmentation rapide de cette industrie naissante, c'est l'accroissement progressif que l'on voit s'effectuer
dans la population. Tandis que , dans l'excellent Voyage autour du monde, de M. de Freycinet, un observateur constate le peu de fécondité des femmes de Rio de Janeiro , tous les explorateurs qui pénètrent dans le sertâo de Minas sont frappés du cas contraire.
Il est très-commun de rencontrer, dans les Campos-Geraes et dans Minas-Novas, des femmes qui ont douze ou quinze enfants. On affirma même , il y a une vingtaine d'années , à un voyageur, qu'il existait, à Villa do Fanado, trois maisons qui formaient à elles seules un total de cent individus. Il semble donc que, dans ces contrées reculées et désertes, l'augmentation de la population s'élève en raison du besoin politique et social. C'est une grande loi providentielle , qui n'est pas restée inaperçue des observateurs; et l'accroissement rapide des habitants de l'Amérique du Nord se présente à la pensée comme un exemple remarquable du fait que nous signalons.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur la position géographique de ce district , et de se rappeler combien doivent être rares encore les communications avec la capitale (Villa do Fanado n'est pas à moins de deux cents lieues de Rio), pour se figurer ce que peut être en général la faible population de Minas-Novas. Elle se compose presque entièrement de gens de couleur, ou de colons nouvellement établis, qui viennent tenter la fortune sur ce territoire encore peu exploité. Bien que ces hommes laborieux se fassent remarquer par leur caractère hospitalier , affectueux , ennemi des querelles , il y a en eux une sorte de rusticité grossière, qui les rend bien différents des habitants de Minas-Geraes ; on les représente du reste comme étant fort disposés à faire tous les sacrifices pécuniaires nécessaires à la prospérité publique, et il est probable qu'avant peu d'années des moyens plus faciles d'instruction auront remédié à un état de choses que signalent tous les voyageurs. Déjà la population indienne de ce district se mêle plus fréquemment avec les colons qui
habitent la lisière des forêts , et s'il y a amélioration dans l'état moral des habitants de Minas, ces hordes errantes doivent nécessairement y participer.
Or de Minas-Novas. Pierres précieuses. Faibles avantages que présente leur recherche. il paraît qu'à l'époque où les habitants de Minas-Novas se livraient à l'exploitation des sables aurifères , l'or qu'ils recueillaient était remarquable par son extrême pureté. Il est probable que cette circonstance n'échappera pas à la Compagnie anglaise , qui a établi le siège de ses principales opérations à Congo Soco. On doit souhaiter que cette population, toute agricole, abandonne les chances de la minération à des étrangers qui tiennent à leur disposition les ressources de l'industrie européenne, et qu'elle persiste dans la voie qu'elle semble avoir adoptée.
Le sol de Minas-Novas est tellement varié; il présente, selon les directions diverses, une telle succession de forêts, de pâturages et de terrains propres aux cultures les plus différentes (*) , qu'on doit faire des vœux pour que des travaux agricoles, si bien commencés, ne soient plus interrompus pour la vaine recherche des filons métalliques et des pierres précieuses. Sans doute la découverte fortuite d'une ma-
(*) «Ce pays peut être divisé, d'après sa végétation naturelle et l'élévation de ses différentes parties, en quatre régions fort inégales, mais très-distinctes: à l'orient, celle des forêts s'étend sur la frontière, du sudouest au nord-est ; après elle vient la région des Carrascos , qui est fort élevée, et où le froid se fait senlir dans les mois de juin et de juillet ; la région des Catingas , beaucoup plus chaude et si propre à la culture des cotonniers, est située sur les bords de l'Arassuahy , et entre cette rivière et le Jiquitinhonha; enfin la région des Campos, peutêtre plus chaude encore, se trouve comprise entre le Jiquitinhonha et le San-Francisco. Cette dernière est très - propre à l'éducation des bestiaux , et fait partie de l'immense contrée que l'on appelle, à cause de sa faible population , le sertâo ou désert.» Aug. de Saint-Hilaire , Voyage au Brésil , première relation, t. II, p. 3,
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gnifîque émeraude , d'une chrysolithe, ou même d'une aigue-marine qui dépasse les dimensions ordinaires , peut enrichir tout à coup celui qui l'a faite. Mais, dans ces contrées désertes, l'espoir de rencontrer un semblable trésor est tout à fait semblable à celui qu'inspiraient à la population laborieuse nos jeux de hasard , avoués naguère encore par le gouvernement; c'est le quine à la loterie, qui a ruiné tant d'individus. Il ne faut pas oublier qu'à Minas, les chercheurs de topazes et d'améthystes sont souvent les hommes 'les plus pauvres , et qu'un homme qui passe misérablement sa journée à laver le sable aurifère d'un ruisseau , doit se trouver heureux quand il a gagné une somme équivalente à vingt-cinq sous.
Il n'en est pas de même des agriculteurs; et, si leur fortune est médiocre, ils vivent au moins dans une sorte d'abondance.
Plantes utiles. Par la disposition du sol et la diversité de son exposition , le district de Minas-Novas présente une variété de plantes médicinales, plus grande peut-être que dans aucune autre province. Les vertus , plus ou moins énergiques de quelques - unes d'entre elles, ont été révélées aux colons par les indigènes eux-mêmes; mais souvent aussi ces vertus ont été exagérées , ou bien leurs effets ont été observés sous l'empire de certains préjugés qu'il importe aujourd'hui de détruire. C'était donc un vœu fort sage que celui qui était émis dernièrement par un de nos voyageurs les plus accrédités , et qui consistait à ce que des botanistes éclairés fussent envoyés sur les lieux mêmes, nonseulement pour observer les végétaux signalés à l'intérêt public, mais pour constater leur action comme médicaments, et pour recueillir les traditions qui en ont fait adopter l'usage.
C'est le seul moyen d'obtenir une matière médicale complète du Brésil , à laquelle les naturalistes français et allemands ont si activement travaillé dans ces dernières années. Tout le monde sait d'ailleurs que dans ces forêts désertes un champ immense est
laissé à l'observation en cette circonstance. Ce ne sont pas seulement les Indiens qui ont enseigné les colons , et il est de tradition constante aujourd'hui , que c'est au guara , au loup du Brésil, que l'on doit la connaissance des vertus curatives de l'ipécacuana.
Sauvages de Minas-Novas. Parmi les débris de nations indiennes qui errent encore dans les grandes forêts de l'Est, ou que l'on a commencé à réunir en villages, il faut compter surtout, avec lesBotocoudos, lesMacunis et les Malalis. Les premiers nous ont déjà occupé lorsque nous avons décrit la côte orientale; les deux autres offrent quelques traits caractéristiques vraiment curieux à observer.
Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ces deux peuples n'appartiennent pas à la grande nation des Tupis, qui dominaient la côte. Bien qu'ils se soient fait la guerre jadis , et qu'ils parlent un idiome différent, comme cela arrive si souvent aujourd'hui, sous l'influence brésilienne, ils ont formé une sorte de confédération, où l'on distinguait naguère quelques restes des Panhames , des Copoxos et des Monoxos. Ils avaient d'abord formé un village florissant à Porto de Santa -Cruz , lorsqu'il y a une vingtaine d'années une maladie épidémique enleva une partie de cette population naissante. Aujourd'hui la tribu des Macunis habite un lieu qu'on nomme Alto dos Bois, et elle est toujours en guerre avec les Botocoudos. Lorsque ces Indiens se présentèrent, en 1787, dans l'aidée qu'ils occupent maintenant, et où il n'existait que trois colons, ils allaient complètement nus, et n'avaient aucune idée de la civilisation européenne. Depuis, ils sont entrés en de fréquents rapports avec les habitants de Minas , et ils ont été baptisés; mais le respect vraiment religieux qu'ils conservent pour leurs ancêtres est sans doute la cause du peu de progrès qu'ils ont fait dans l'état social. Leur grossièreté frappe tous les voyageurs ; et , bien qu'ils répètent machinalement, soir et matin, leurs prières en portugais , on ne saurait dire qu'ils
aient la moindre idée des devoirs qu'impose la religion chrétienne. Bien différents de ce que sont aujourd'hui les Botocoudos, dont on a fréquemment occasion de signaler la prohité, ils sont fort enclins au vol , et l'adultère leur paraît une faute assez légère, pour que, moyennant le moindre présent, un mari laisse partager ses droits aux étrangers. Ce que ces Indiens ont emprunté aux colons, c'est l'usage de se vêtir. Les hommes portent un caleçon et une chemise; les femmes ont remplacé par une jupe de coton la simple corde dont elles se ceignaient les reins ; quelquefois elles joignent à ce vêtement si exigu une chemise. M. de Saint-Hilaire , qui a hien observé ces Indiens, vante leur industrie, et rappelle qu'ils mettent leur amour-propre à surpasser les Portugais dans ce qu'ils entreprennent. Mais, comme il le dit aussi, ils sont inconstants, mobiles, paresseux, et ils n'ont rien perdu de l'imprévoyance qui caractérise les hommes des forêts. « Ils n'amassent jamais d'argent; souvent ils mangent leur maïs avant qu'il soit mûr, ou ils consomment en peu de mois la provision qui aurait pu leur servir pour une année entière. Plusieurs élèvent des poules, et il leur arrive de les tuer toutes à la fois, ou bien, s'ils ont des cochons, ils n'attendent pas que la femelle mette bas, mais ils l'éventrent pour dévorer les petits. Manger et se livrer aux plaisirs de l'amour, c'est à peu près là ce qui occupe toute leur pensée. »
£h bien, qui le croirait? ces hommes qui semblent si complètement dominés par les plaisirs sensuels , ces pauvres Indiens dégénérés, dont la race va s'éteindre, ont une sensibilité ardente, et qu'on ne trouve pas toujours chez les peuples les plus civilisés. On a vu chez les Macunis des pères mourir de douleur après la mort de leurs enfants. Et ce fait rappelle ce qui arriva à Salvador Gilii sur les bords de l'Orénoque, où il remarqua un Indien qui avait planté un bosquet de bananiers sur la tombe de sa fille , et qui chaque jour allait y pleurer. Chez les Macunis , lorsque
la tribu est assemblée, et que l'on vient à rappeler l'histoire des ancêtres, des larmes abondantes témoignent du souvenir de tendresse qui se rattache à leur mémoire. Tel est le respect que l'on a , chez cette peuplade, pour tout ce qui vient des temps anciens , qu'on a vu naguère encore les guerriers qui la composent refuser de faire à leurs armes de chasse un changement qui les eût améliorées, parce qu'ils craignaient d'offenser en agissant ainsi la mémoire de leurs pères. Mais que dire d'une horde qui ne comptait déjà plus qu'une centaine d'individus il y a environ vingt ans , et dont la population a dû aller toujours en diminuant? le seul vœu que l'on puisse émettre à leur égard, c'est celui qui a été déjà fait tant de fois. Trop peu nombreux pour former un corps de nation dont on s'occupe spécialement, il est vivement à désirer, pour les Macunis , qu'ils sentent la nécessité de former des alliances avec les hommes et les femmes de couleur. Cela ne s'applique pas uniquement à ces Indiens. Sur bien des points de Minas- No vas, c'est le seul moyen de faire passer dans la population active les restes de tant de nations qui menacent aujourd'hui de s'éteindre , et cela peutêtre avant la fin du siècle.
Malalis. Il en est à peu près des Malalis comme de leurs anciens alliés, ils sont aujourd'hui bien peu nombreux. Poursuivis par les Botocoudos, ils vinrent chercher un asile près des Portugais, et ils commencèrent à se livrer à l'agriculture; l'épidémie de 1814 en enleva un grand nombre, et ceux qui y résistèrent n'échappèrent à cette cruelle maladie qu'en abandonnant le village qu'ils avaient fondé avec les Panhames et surtout les Monoxos, dont ils se disent les descendants. Ces pauvres Indiens ont conservé dans leur aidée la maison du conseil , en souvenir de leur ancienne indépendance. Néanmoins ils dépendent complètement des Brésiliens, dont ils se trouvent environnés. Catéchisés depuis quelques années, comme lesMachacalis et tant d'autres tribus, on les
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dit chrétiens , et ils vont à confesse ; mais leurs idées sur la religion sont bien étranges sans doute , et elles donnent une opinion bien triste de ce que peuvent être , chez la plupart des nations indiennes, les prétendus principes qu'on est parvenu à leur inculquer. Interrogés par un voyageur sur le nom de Dieu, ils le désignèrent sous le nom de Tupan; puis, quand on vint à leur faire également quelques questions sur saint Antoine, le patron de leur village, ils ne surent pas trouver une autre dénomination pour le désigner et probablement aussi pour caractériser son pouvoir.
Nouveaux détails sur le bicho da taquara considere comme ali- MENT. On se rappelle probablement ce que nous avons dit, au commencement de cette notice , du bicho da taquara qui procure aux Malalis un sommeil extatique. Il paraît que l'usage immodéré de cet insecte produit, sur la constitution des sauvages, les effets les plus délétères , et que l'excès des boissons enivrantes lui serait moins fatal que celui de cette étrange substance. C'est probablement par un tremblement nerveux général , et par l'engourdissement de tous les sens, que les Malalis payent l'ivresse prolongée que leur procure cet insecte. Aux détails que nous avons déjà donnés nous ajouterons que le bicho da taquara ne sert pas uniquement à l'usage auquel l'emploient les Indiens de Minas; quand on a eu le soin d'arracher la tête et le tube intestinal, il fournit une graisse très-line, que l'on recueille dans des vases, et dont on se sert pour l'assaisonnement de certains mets. Lorsqu'on peut surmonter une répugnance fort naturelle, et qu'on se décide à le manger cru, il a, dit-on, le goût de la crème la plus délicate; et, sous ce rapport , on peut le comparer à certaines larves du murichi dont, au rapport de Leblond, les Guaraons de l'Orénoque font leur nourriture la plus recherchée. Séché et réduit en poudre , le bicho da taquara acquiert des qualités curatives, vraiment précieuses, et l'on s'en sert alors pour guérir les
plaies , qui se cicatrisent avec une extrême promptitude.
Panhame. Nous ne quitterons pas les Indiens de cette partie de Minas- Novas sans rappeler un fait curieux , c'est que, dans le voisinage des Malalis, M. de Saint-Hilaire rencontra un homme de la race des Panhames, qui ne portait sur sa physionomie aucun des traits de la race indienne , et dont la figure au contraire semblait offrir ce caractère de bonne foi naïve qui appartient à quelques paysans français.
Il est fâcheux qu'un plus grand nombre d'individus appartenant à la même horde, n'aient pas permis de multiplier les observations, et de savoir s'il n'y avait pas là un type à part, qui se reproduit chez toute la nation.
Sertao de Minas, Campos-Geraes.
C'est ce dernier pays que l'on appelle proverbialement le jardin du Brésil; mais, pour qu'il paraisse mériter ce nom au voyageur européen, il ne faut pas que celui-ci le parcoure durant la saison des sécheresses ; c'est à l'époque où l'hivernage vient de rendre sa première fraîcheur à la terre , c'est au temps où des graminées abondantes couvrent les riantes élévations qui font onduler la campagne , et lorsque de beaux arbres isolés surgissent de loin en loin pour se parer de fleurs et de fruits , que les campos peuvent mériter ce nom. Dans l'autre saison, et lorsque le soleil a brûlé la terre, ce sont des pâturages désolés, dont rien n'interrompt la mélancolie. On l'a dit avec une grande vérité d'expression : « C'est toute la tristesse de nos hivers avec un ciel brillant et les feux de l'été. »
Qu'est-ce donc en réalité que cette région qu'on appelle le désert, dans un pays qui offre encore lui-même de si vastes solitudes. Le sertao de Minas ( car chaque province a le sien ) forme à peu près la moitié de cette grande contrée. Quoique ses limites soient assez vagues, il s'étend environ depuis le 13° jusque vers le 21° de latitude. Après avoir embrassé, au midi, une faible portion de la comarca du Rio das Mortes , à l'orient il englobe une partie considérable des districts
de Sabara et du Serro do Frio; à l'ouest, toute la comarca de Paracatu, située au couchant du fleuve San-Francisco , peut être regardée comme faisant partie au sertao. « Aussi , comme le dit un voyageur , il ne faut pas croire que le sertao soit borné à la seule province de Minas-Geraes, il se prolonge dans celle de Bahia. »
Qu'on lise le prince de Neuwied, Spix et Martius , M. Auguste de Saint- Hilaire, tous les auteurs enfin qui, dans ces derniers temps, ont visité l'intérieur du Brésil , ils sont unanimes dans leur opinion sur le sertao et sur ses habitants. Cette vaste contrée, entourée de montagnes, mais qui n'offre, dans son étendue, que des élévations peu considérables , présente presque partout la même physionomie. Ce n'est guère qu'en s'avançant vers le Rio San-Francisco qu'elle change un peu de caractère. De pauvres villages, établis de loin en loin, et fort peu peuplés, quelques rares fazendas , où l'on s'occupe de l'agriculture, un assez grand nombre de coraes, espèces d'enclos grossiers où l'on réunit les bestiaux lorsqu'on veut les marquer du fer chaud qui porte le chiffre du propriétaire, ou bien lorsqu'on veut les abattre ; voilà à peu près tout ce qui atteste le travail des nommes. Des pâturages sans fin, couverts d'une assez belle espèce de bestiaux, dont on prend soin à peine, quelques animaux sauvages parcourant le désert, voilà ce que le voyageur rencontre , pendant des semaines entières, durant une marche monotone.
Habitants du sertao. Au milieu des populations de l'intérieur,. les sertanejos, les pasteurs du désert, ont essentiellement une physionomie à part, et qui rappelle celle des habitants de l'intérieur de Pernambuco , que déjà nous avons fait connaître. On s'accorde à les peindre comme étant généralement hospitaliers, généreux, on parle même de leurs mœurs bienveillantes; mais aussi tous les voyageurs qui les visitent sont frappés en arrivant chez eux d'une paresse qui paralyse les plus heureuses qualités. Nulle
instruction ne les vient chercher dans leurs déserts, et ils finissent par se trouver étrangers aux plus simples notions de la morale et de la religion; en un mot , une profonde indifférence pour tout ce qui existe au delà de leur solitude est le trait distinctif de leur caractère. Discuter serait pour eux une fatigue, et cette fatigue de la simple conversation , ils ne sauraient la prendre. Aussi un voyageur qui les a visités a-t-il dit éloquemment, « qu'il avait vu, avec une sorte d'effroi, une grossière incrédulité se glisser parmi ces pasteurs du désert.» Le manque de croyance religieuse , chez ces hommes ignorants, ne les garantit point des superstitions les plus bizarres ; et, si le sertao de Minas n'est point le pays des pratiques minutieuses du culte, comme certaines parties du Brésil , c'est le pays des devins et des sorciers. Il y a une vingtaine d'années , c'était un noir qui était, dans ces contrées, le prophète en crédit, et sa ruse savait mettre à profit , pour s'enrichir, tout le pouvoir imaginaire que lui prêtaient ses grossiers voisins. En dépit de cet esprit de fainéantise, et même de la corruption qui l'accompagne , les sertanejos ont les facultés les plus remarquables ; et , avec quelques soins, il serait aisé détourner leur intelligence vers les travaux industriels, ou même vers ceux qui exigent une sérieuse contention d'esprit.
Espérons que le gouvernement, qui s'occupe en ce moment, d'une manière active , de l'établissement des écoles primaires , n'oubliera pas le sertao de Minas, et qu'on ne trouvera plus, dans ces solitudes , des hommes qui , par leur ignorance absolue des choses les plus simples , feraient douter s'ils descendent primitivement d'une souche européenne. En effet , il est des sertanejos qui pourraient être , au besoin, confondus avec les hordes les plus grossières.
Il n'y a plus néanmoins d'Indiens dans le désert. Le manque presque^ absolu de forêts les a repoussés vers d'autres lieux. On remarque peu de noirs; ici , comme dans le sertao de
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Pernambuco , l'insouciance inhérente à leur race , fait craindre en général de leur confier les troupeaux. Les blancs de race pure sont également fort rares; qu'iraient-ils faire dans ces lieux reculés? Les sertanejos se composent pour la plupart de gens de couleur, parmi lesquels sans doute il serait facile de reconnaître quelques-uns de ces rnarnalucos,qui accompagnèrent les premiers Paulistes , et qui se sont mêlés depuis à d'autres métis. Ce qu'il y a de positif, c'est que ces hommes qui descendent de races si différentes , et qui durent accueillir dans l'origine une foule d'aventuriers que leurs délits avaient entraînés dans le désert, se sont adoucis peu à peu. Jadis les crimes étaient si fréquents , et ils étaient si rarement punis, que les sertanejos avaient une réputation redoutable parmi toutes les populations de l'intérieur. Aujourd'hui les meurtres sont d'une rareté extrême. Si, comme tous les pasteurs de l'Amérique méridionale, le sertanejo ne sort de son habitation qu'à cheval et toujours armé, c'est plutôt afin de poursuivre le gibier qui erre dans ses campos, que pour se défendre. En effet, il existe peu de contrées dans le Brésil aussi abondantes que le sertào en oiseaux rares et en mammifères.
Chasse au cerf. Préparation singulière des peaux. Ici , les cerfs de la grande espèce sont communs, et les sertanejos ont dans tout l'intérieur une renommée de chasseurs au veado (c'est le nom brésilien de cet animal), que ne dément jamais leur habileté; tantôt ils le forcent avec le secours de leurs chiens ; d'autres fois, mettant en usage une ruse empruntée sans doute aux Indiens , ils marchent à quatre pattes le long d'un ruisseau , en se couvrant de feuillage, et ils parviennent ainsi près de leur proie, qu'ils peuvent ajuster à loisir. On l'a déjà vu, les peaux de cerf sont devenus un objet de première nécessité dans le sertào ; c'est avec elles que les pasteurs cavaliers font ce vêtement de cuir qui leur donne un aspect si original, et qui les garantit si bien des blessures dange-
reuses qu'ils se feraient dans les haïliers, sans cette espèce d'armure complète. Pour donner aux peaux la souplesse nécessaire , ils se servent d'un moyen qui n'est guère employé dans nos mégisseries d'Europe : ils les frottent à plusieurs reprises avec de la cervelle , et elles finissent par acquérir, au moyen de cette opération , une douceur au toucher, qui les ferait singulièrement rechercher dans nos villes si elles étaient mieux connues. L'expérience néanmoins ayant appris, dans le sertào, que les peaux préparées de cette manière ne duraient guère plus d'un an, on leur donne un bain de suif, avant de les préparer, d'après le procédé que nous venons de faire connaître.
Après qu'il a donné quelques soins à ses troupeaux, qu'il les a marqués d'une marque particulière dans le coral, qu'il s'est emparé, au moyen du laço, des jeunes chevaux destinés au commerce, la grande occupation du sertanejo , c'est donc la chasse , c'est l'art de se procurer de belles peaux , qu'il emploie pour lui-même, ou dont il trouve un débit assuré dans les pays environnants. Aussi près de chaque habitation, voit-on de grands cuirs de bœuf, attachés de manière à remplacer les cuves dans lesquelles on commence chez nous les opérations de la mégisserie. Là on voit préparer indistinctement, et par des procèdes fort grossiers, les peaux appartenant aux animaux les plus différents. C'est du sertào que viennent quelquefois ces belles peaux de serpent sucuriu, dont on fait des bottes ou des selles , et qui conservent, malgré l'opération du tannage, la trace en relief des écailles symétriquement rangées.
Manière de vivre des habitants du sertao. Malgré la fertilité de la terre , il ne faut jamais s'attendre à trouver près de l'habitation du sertanejo un jardin où il pourrait faire croître la plupart des légumes qui viennent dans l'intérieur du Brésil.
Dans plusieurs localités ,1a nourriture générale se compose uniquement de farine de manioc trempée dans du lait, car on est convaincu que le maïs pro-
duit des maladies de peau ; dans d'autres, les bestiaux sont assez abondants pour qu'on se nourrisse uniquement ne viande, en y joignant les petits haricots noirs qui jouent un rôle si important dans l'économie intérieure du Brésil. Partout le sertào fournit en abondance des fruits sauvages , parmi lesquels il faut compter celui du palmier bority; et il arrive plus d'une fois que, dans les lieux isolés, ce soit à peu près l'unique ressource du pasteur.
On a si souvent rapporté avec quelle adresse les Guauchos et les Peons des Pampas savaient faire usage du laço ou des bolas pour s'emparer des bestiaux; on les a si fréquemment représentes comme soumettant sans efforts les chevaux de leurs vastes déserts .
au moyen d'une course forcée qui les dompte infailliblement, que nous omettons ici ce qui a été dit autre part sur ce sujet avec tous les détails désirables. Nous nous contenterons de rappeler que, si les sertanejos sont d'une habileté peu commune a jeter le laço, ils ne font pas usage des bolas; d'autre part, la configuration du sol et l'abondance de la végétation les obligent à une garde plus active et souvent'plus difficile que celle à laquelle sont contraints les Guauchos. Armés de la longue lance dont nous avons parlé en décrivant le pays de Goyaz, ils risquent quelquefois leur vie en poursuivant les bestiaux au milieu des Catingas ou même parmi les bois isolés des Campos.
Comme les pasteurs du Pérou , comme ceux du Chili et des Pampas , les sertanejos du Brésil ont leurs yarabis, leurs tristes, leurs chants d'amour, qu'ils répètent dans la solitude ; ces modinhas mélancoliques que pourraient leur envier les habitants de Saint-Paul , ils les ont empruntées sans doute aux heureux habitants des vallées de Piratininga. Ils ont aussi leurs chants des pâturages; et nous l'avouerons, une fois qu'on les a entendus, il nous semble difficile d'oublier cette poésie sauvage, rêvée dans le désert. C'est parce que nous avons
écouté avec une émotion profonde un de ces pasteurs exilés , que nous avons essayé de peindre déjà dans un autre ouvrage une poésie que nul ne s'occupe de recueillir, et qui est marquée cependant par une inspiration puissante (*).
Les Campos - Geraes touchent au sertào, ou, pour mieux dire, ils en font partie ; et nous ne quitterons pas l'intérieur du Brésil sans en dire encore quelques mots. Mais ici un voyageur qui excelle à peindre en traits rapides l'aspect du paysage nous servira de guide.
« Le terrain s'abaisse de plus en plus jusqu'à Iiha, dit le prince de Keuwied, et les arbrisseaux diminuent aussi de hauteur dans la même proportion , jusqu'à ce que l'on arrive à la vue des Campos-Geraes, qui se présentent comme un monde nouveau.
Des plaines immenses, entièrement dénuées de forêts, ou bien des collines à pente douce , qui se prolongent en chaînes, et qui sont couvertes d'herbe sèche et haute et d'arbrisseaux épars, se développent à perte de vue. Ces campos, qui s'étendent jusqu'au Rio San-Francisco, jusqu'à Pernambuco , à Goyaz et au delà, sont coupés dans différentes directions par des vallées où naissent des rivières qui, de ce plateau élevé, descendent vers la mer.
La plus remarquable est le Rio San- Francisco; il prend sa source dans la Serra da Canastra, que l'on peut regarder comme formant la limite entre les capitaineries de Minas-Geraes et de Goyaz. Dans les vallées qui coupent cette chaîne et ces plateaux nus, les bords des rivières et des ruisseaux sont garnis de forêts; des bois isolés se trouvent aussi cachés dans ces enfoncements , surtout en approchant des frontières de Minas-Geraes. Ce genre de forêts est un des principaux traits caractéristiques de ces campagnes
(*) Voyez les Scènes de la nature sous les tropiques, et de leur influence sur la poésie. Voyez aussi , relativement au génie poétique des Brésiliens, notre Résumé de l'histoire littéraire du Portugal et du Brésil,
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découvertes. On s'imagine quelquefois avoir devant soi une piaine continue, et tout à coup on se trouve sur les bords d'une vallée étroite profondément escarpée , l'on entend un ruisseau murmurer au fond, et l'œil plonge sur les cimes d'une forêt dont les arbres, embellis par des fleurs variées, garnissent ses rives. Ici , dans la saison froide, le ciel est constamment couvert, le vent continuel; dans la saison sèche, la chaleur est d'une ardeur étouffante, toute l'herbe est desséchée, le sol brûlant, l'eau manque entièrement. Cette description prouve que les Campos - Geraes du Brésil oriental, quoique dépourvus de forêts et généralement unis , diffèrent cependant des steppes de l'ancien et du nouveau monde, dont M. de Humboldt a fait une peinture si belle et si fidèle.»
Population des Campos-Geraes.
La population des Campos-Geraes offre , on le pense bien , une grande analogie avec celle du sertâo de Minas. Comme elle , elle s'occupe de l'agriculture, et elle se livre presque exclusivement à l'éducation des bestiaux.
Les habitants des Campos ont adopté plus spécialement le nom de Vaqueiros.
De même que les pasteurs dont nous avons déjà parlé , ils vont vêtus de cuir, et ils nourrissent peut-être un plus grand nombre de chevaux que dans le voisinage de Minas. S'il donne une idée assez favorable des soins qu'ils apportent à ce genre d'occupation, et du courage qu'ils déploient dans les occasions où il est nécessaire de garantir leurs troupeaux de l'atteinte des bêtes féroces, le prince de Neuwied ne fait pas , il faut en convenir , un tableau bien attrayant de leurs qualités intellectuelles. Sans doute, et nous aimons à le croire, quelques heureux changements se sont opérés à cet égard ; mais1, en 1816, le voyageur dont nous reproduisons ici le témoignage ne pouvait pas trouver d'expressions assez énergiques pour peindre l'état moral des Vaqueiros. « La nature animée , écrivait -il, toujours belle, toujours active et variée , offre ici un contraste frappent avec la grande masse des ha-
bitants, qui sont aussi grossiers et aussi ignorants que le bétail auquel ils donnent leurs soins assidus, et qui est l'unique objet de leurs pensées. »
Grâce à l'innombrable quantité d'animaux et d'oiseaux de toute espèce qu'ils renferment , les Campos-Geraes seront longtemps encore le lieu de promission des naturalistes. Sans doute les Vagueiros ont eu le temps de se familiariser, par la vue du moins, avec les étrangers que l'amour de la science entraîne dans leurs déserts; mais rien ne saurait exprimer la surprise que leur firent éprouver les premiers savants qui y pénétrèrent. Ils les accablèrent des questions les plus étranges; et, si la vue des livres et des armes donnèrent promptement une idée assez avantageuse de l'industrie européenne , ils ne purent s'empêcher d'observer d'une voix unanime , qu'il fallait nécessairement qu'il y eût en ce monde inconnu , bien des hommes étranges, puisqu'il s'en trouvait d'assez singuliers pour aller affronter des périls réels, dans le seul but de trouver « de petits insectes , que l'on maudit dans les Campos , et de petites plantes bonnes tout au plus à donner aux vaches. »
Bestiaux. Manière dont ils sont utilisés. Bien que les Campos-Geraes soient fort éloignés d'offrir les nombreux troupeaux sauvages que l'on rencontre dans lesLlanos et les Pampas, le prince de Neuwied trace encore un tableau curieux de leur aspect. « C'est, ditil , un coup d'œil intéressant que celui de ces pâturages immenses, couverts de bœufs et de chevaux, entre lesquels se promènent tranquillement toutes sortes de gros oiseaux. Les taureaux , pleins du sentiment de leur force , exercent leur domination sur les troupeaux. Chacun a son terrain, qu'il défend en mugissant. La tête baissée, et frappant la terre du pied, il appelle au combat son voisin, qui est son rival.
Quelquefois, ces fiers animaux se rencontrent , se battent pendant des heures entières. Le vaincu cède le champ au vainqueur. Le bétail du sertao est de grosseur médiocre , charnu et robuste.
Les taureaux ont les cornes plus gros-
ses que ceux d'Europe, et le flocon du bout de la queue extrêmement touffu ; leur couleur est brun-noir ou gris -jaunâtre sale. » Un autre voyageur fait remarquer que le pis des vaches du sertâo est infiniment plus petit que celui des bêtes à cornes de la même espèce que nous élevons; elles donnent aussi un lait moins abondant.
On fait rarement du beurre dans le sertâo ; mais on prépare des fromages analogues à ceux de Hollande, qui commencent à être recherchés, et qui sans doute seraient plus communs , si le sel devenait plus abondant. Quant à la carne secca, ou viande sèche du sertâo, elle se prépare sans sel, et après qu'elle a été coupée par lanières ; c'est sans doute la raison pour laquelle elle prend à la longue un goût si nauséabond ; son plus ou moins de qualité dépend de la manière dont elle a été exposée à l'air. Quelques personnes prétendent que la dessiccation développe, dans ces viandes de bœuf, de l'acide prussique , et que l'usage peut en être dangereux. Les nombreuses populations qui s'en nourrissent ne paraissent pas en être incommodées.
Les sécheresses , au surplus , en ont singulièrement diminué l'exportation; et , comme nous l'avons fait voir en citant le voyage de M. Arsène Isabelle , presque tout le tassau que l'on consomme sur le littoral est expédié des charqueadas de Rio-Grande do Sul. Tous les ans encore néanmoins, on voit partir des Campos -Geraes de nombreuses troupes de bœufs qui se dirigent principalement sur la capitale de Bahia; ces nombreux troupeaux, ces boiadas sans fin , que dirigent d'habiles pasteurs, offrent souvent des profits considérables ; car il n'est pas rare d'acheter dix à douze francs chaque tête de bétail, et de la revendre, rendue à sa destination , cinquante-six à soixante francs. Les cavalhadas , les troupeaux de chevaux, offrent encore des résultats plus importants.
Nations indiennes habitant les confins de mlnas. les camacans-Mongoyos. Rien n'est plus commun , dans l'histoire du Brésil, que de
voir un peuple qui a dominé jadis un pays, forcé à abandonner cette contrée, pour se réfugier dans des forêts souvent fort éloignées des lieux qu'il occupait jadis: c'est ce qui est arrivé aux Camacans-Mongoyos. Bien que cette nation n'appartînt pas à la race dominatrice desTupis, elle poussait, dit-on, ses incursions jusqu'à quatorze lieues de San-Salvador , dans les belles plaines de Cachoeira. Vaincue par un conquistador, elle vint se réfugier dans un lieu que l'on désignait sous le nom d'arrayal da Conquista. Là, elle vivait en apparence sous la protection des Portugais ; mais une tragédie sanglante, qui allait achever la ruine des tribus, ne tarda pas à se tramer en silence. La vérité nous oblige à dire que , cette fois, les premiers actes de violence furent exercés par les Indiens. De temps à autre , on s'apercevait que quelques soldatsdu détachement disparaissaient.
On était néanmoins bien loin d'accuser les Camacans de ces fréquentes désertions ; une circonstance nouvelle vint tout expliquer. Un soldat portugais, qui avait suivi un de ces sauvages dans la forêt , se vit à l'improviste assailli par son perfide compagnon ; et il eût indubitablement péri, s'il ne se fût senti capable d'opposer une force et une adresse peu communes aux tentatives de l'assassin. Dès lors le sort des prétendus déserteurs ne fut plus douteux ; et la représailîe qu'on tira du crime des Mongoyos fut terrible. On peut même dire que , venant de descendants d'Européens, elle surpassa en cruauté l'action des sauvages euxmêmes. Invités par le chef du quartel à une fête, iis s'y rendirent avec une sécurité complète, et la plupart d'entre eux furent impitoyablement massacrés.
Après cet acte sanglant , qui confondait l'innocent avec le coupable, les restes de la tribu prirent la résolution de fuir encore plus avant dans l'intérieur. Il existe , au fond de ces forêts profondes, un lieu solitaire que les Portugais ont nommé la montagne du Nouveau Monde {serra do Mondo Novo) : ce fut là, dans un coin de la foret que l'on appelle Giboya, du nom
de quelque serpent gigantesque, que les Camacans formèrent un village, où ils espéraient trouver l'indépendance, et où bientôt on sut les découvrir.
Reste d'une nation puissante , cette peuplade conserve, à l'abri de ses antiques forêts , quelques-uns des traits originaux qui caractérisaient la sousrace des Tapuyas; mais elle semble aussi s'être tansmis traditionnellement quelques-unes des habitudes des Tupis. De nomade qu'elle était, une nécessité impérieuse l'a contrainte à se tixer dans un lieu fort circonscrit , et là elle se livre à l'agriculture; son temps se passe dans les travaux qu'exige la vie des forêts, et dans les fêtes que les anciens usages avaient consacrées. C'est ainsi que l'on voit persister, parmi ces Indiens , une coutume que nous avons signalée parmi les Tapuyas, et qui consistait à porter un tronc d'arbre énorme, en courant vers un but désigné, et en se défendant contre une foule d'assaillants.
LesCamacans-Mongoyosont adopté, en partie du moins, l'usage des vêtements; mais il en est encore peu qui joignent cette espèce de luxe aux ornements bizarres que l'usage a consacrés. Les femmes sont d'une habileté extrême à filer le coton; elles ont pour vêtement journalier une espèce de jupe due à leur industrie et qui , sans couvrir complètement leur nudité, sert au moins à la voiler. C'est une ceinture d'où pendent une multitude de cordelettes colorées , assez semblables aux filets dont on fait usage en Europe pour garantir les chevaux de la piqûre des insectes. Ce léger vêtement tombe jusqu'aux genoux, et n'empêche point qu'on ne distingue les peintures dont les femmes ainient encore à s'orner, ainsi que les hommes , surtout dans les jours de solennité. La teinte bleuâtre du genipa , le rouge orangé du rocou, ne sont pas les seules couleurs qu'elles emploient dans ces occasions ; elles obtiennent de l'écorce d'un arbre dont le nom nous est inconnu, une teinture d'un beau brun rouge, qu'elles appellent catua, et qui sert à* varier les peintures sans lesquelles une
fête serait , à leurs yeux , incomplète.
Industrie des Camacans. Flèches de parure. Sceptre des chefs. Bonnets en plumes. Les Camacans-Mongoyos ne dorment pas dans des hamacs, à la manière des Puris et de tant d'autres nations ; ils s'étendent nus sur des espèces de lits grossiers, recouverts de morceaux d'étoupe, et ils se reposent réunis aatour d'un feu qui brûle toujours dans la cabane. Cela ne veut pas dire néanmoins qu'ils soient moins industrieux que les descendants dégénérés des peuples Tupis. Leur poterie d'argile grise est faite avec assez d'habileté. Les femmes tissent avec une rare adresse des espèces de sacs ou de filets, que les hommes portent toujours à la chasse , et qu'elles teignent de plusieurs couleurs. Les armes des guerriers ont plus d'élégance que l'on n'en remarque d'ordinaire chez les autres tribus de Tapuyas. Leur arc (couang) , fait avec le bois du brauna, est d'une, belle teinte foncée , et reçoit un poli admirable ; leurs flèches sont travaillées avec le plus grand soin , et il y en a même une espèce que l'on nomme^c^.s de parure, qui offrent une telle délicatesse dans le travail , un soin si minutieux dans la manière dont les différentes parties sont ajustées , que celui qui a décrit ces armes pour la première fois ne trouve point facilement d'expressions pour peindre l'étonnement que lui causa leur perfection.
Mais où se déploie encore tout le luxe industrieux des Camacans, c'est dans le sceptre si bien poli que l'on remettait jadis entre les mains du capitâo , c'est dans le charo, ce bonnet de plumes qui forme une espèce de couronne dont les chefs se parent encore durant les jours de fêtes, et qui rappelle les plus beaux ouvrages que l'on ait recueillis , en ce genre, sur les bords de l'Amazone.
Danses des Camacans - Mongoyos. Il faut bien l'avouer, chez ces pauvres sauvages décimés par les guerres, chez cette nation jadis puissante , toute prête à s'anéantir, et qui sent bien que ses forêts ne la préser-
veront pas longtemps du sort que les blancs lui réservent , une insouciance toute caractéristique préside à la plupart des actions de la vie. Les fêtes jouent encore le plus grand rôle parmi eux , c'est peut-être même tout ce qui reste de leurs vieilles idées religieuses; c'est du moins ce qui leur fait sentir encore leur nationalité prête à s'éteindre. Chez les Camacans, comme jadis chez les Tupinambas , on prépare le caouin par l'opération dégoûtante de la mastication ; mais , au lieu de le laisser fermenter dans ces longues jarres dont parle Lery, et que l'on désignait sous le nom de cunarins, c'est dans un tronc de barrigudo, creusé exprès pour cet usage, que la précieuse liqueur est déposée ; et ce qu'il y a de remarquable sans doute, c'est que la nature du vase ne suppose pas à ce que le caouin soit chauffé. Sa partie inférieure est fixée dans un trou creusé en terre, et le feu est allumé par-dessous.
On s'est paré de brillantes peintures, les hommes sont sillonnés de longues raies noires , les femmes se sont tracé au-dessus du sein des demilunes destinées sans doute à rappeler ces espèces de hausse-cols en os , dont parle Lery ; les trous qu'on s'est faits aux oreilles ont reçu de longues plumes bariolées; ceux qui doivent conduire la danse se sont orné la tête de leurs diadèmes de plumes. Tout à coup le son du maraca (*) se fait entendre, et un bruit retentissant lui répond :
c'est Yherenehedioca qui marque la mesure, et peut-être n'existe-t-il pas, parmi les nations américaines, d'instrument plus bizarre. Il se compose de sabots de tapir attachés en deux paquets à des cordons qui permettent de l'agiter, et il pourrait bien être destiné , par la nature même des sons
(*) L'idole des Tupinambas, ou , si on l'aime mieux, l'instrument religieux de ces peuples , existe chez les Mongoyos , mais on le désigne parmi eux sous le nom de kekkiekh. Celle onomatopée se reproduisait dans une autre partie de l'Amérique, chez les habitants de la Floride, par exemple, dans la dénomination du chichi koueh, qui n'était autre chose que le maraca.
qu'il doit rendre , à remplacer ces jambières de graines retentissantes iVhaouai, dont, au rapport de Thevet et de Lery, les anciens peuples de la côte animaient toujours leurs fêtes.
Si la musique des Mongoyos est bizarre, leur danse ne l'est pas moins, et elle n'a de commun avec celle des Tupis que son étrange monotonie.
C'est cependant celle que l'on, remarque parmi les Coroados de Minas , avec lesquels ce peuple a plus d'une analogie. « Quatre individus , se tenant un peu penchés, s'avancent, et, à pas mesurés, décrivent un cercle en se tenant les uns derrière les autres.
Tous répètent avec peu démodulations :
Hoi, hoï, hé, hé, hé, et l'un d'eux accompagne ce cri du bruit de son instrument, qui est alternativement plus fort et plus doux, selon sa fantaisie, ou plutôt selon le mode que l'usage a consacré. Il paraît que c'est a la suite de ces danses générales , où l'on doit s'enivrer fréquemment , que l'on voit commencer ces luttes difficiles , mais conservées d'âge en âge par la tradition durant lesquelles un tronc d'arbre est porté avec effort jusqu'à ce que l'on succombe à la fatigue, ou bien que l'on arrive à un but désigné où les femmes attendent le vainqueur. Ces courses finissent quelquefois d'une manière funeste. Les guerriers qui ont couru n'hésitent pas , quoique tout en sueur, à se précipiter dans quelque lac du voisinage , ou dans un lleuve , et il s'ensuit des pleurésies mortelles, auxquelles ils sont bien loin de pouvoir remédier, car leur moyen curatif le plus efficace consiste , comme chez les Tupis , en fumigations de tabac. Si l'on ajoute à ce prétendu remède les paroles sacramentelles que prononce le Piaye de la tribu , et dont lui seul se réserve l'intelligence, on aura une idée complète de leurs pratiques médicales.
Dans le cas où la maladie résiste à ces étranges remèdes , le patient reste absolument dépourvu de tout secours. Sa mort n'en est pas moins accompagnée d'un deuil général , durant lequel on pousse d'horribles lamentations. Cette
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douleur officielle se termine par des funérailles analogues à celles que Ton remarque chez une foule de tribus.
Ce qui caractérise celle des Mongoyos, c'est que le guerrier le plus regretté est celui que l'on pleure dans sa cabane , jusqu'à ce que les membres tombent en putréfaction. Confié enfin à la terre, et toujours environné des armes et des ustensiles qui doivent l'aider à faire le voyage du pays des âmes, un bûcher s'élève sur sa tombe, et on l'allume pour chasser les mauvais génies.
A-t-on des idées bien nettes sur la mythologie des Camacans-Mongoyos?
Est-il vrai qu'ils déifient les âmes des morts , et qu'ils en fassent des divinités tutélaires ou redoutables ? C'est ce que plusieurs ouvrages s'accordent à dire. Par une croyance assez analogue à celle des Araucans , qui , durant les tempêtes, croient voir les âmes des morts combattre dans le ciel , ils pensent que Ton doit attribuer les orages, et probablement l'apparition des'météores terribles , aux mânes des guerriers irrités , et ils sont convaincus qu'un homme qui emporte avec lui quelque idée de haine peut venir se venger sous la forme du jaguar.
Cette idée grossière de métempsycose n'appartient pas à eux seuls en Amérique , et on la retrouve sur les bords de l'Orénoque. Connus de tout temps par leur bravoure , les Camacans sont employés aujourd'hui avec succès contre les hordes de Botocoudos que l'on n'a pas pu faire entrer dans une voie de civilisation, et on les fait marcher également contre les Patachos , leurs ennemis invétérés.
Au rapport de M. Debret, qui a donné une excellente figure d'un des chefs de tribu , les Camacans-Mongoyos déploient une rare habileté et une vigueur peu commune dans la manière dont ils se servent de nos haches de fer; et ce serait à eux qu'il faudrait appliquer ce que dit M. Azeredo Coutinho de l'habileté des Indiens employés dans l'exploitation des forêts.
Mkniens. Il ne faut pas confondre avec les vrais Camacans-Mongoyos,
une tribu hybride qui erre sur les bords du Belmonte , et qui porte aujourd'hui le nom de Meniens. Elle descend en effet de cette nation puissante; mais ses alliances fréquentes avec les noirs des plantations d'alentour, ont changé chez elle jusqu'aux caractères physiques de la race.
Les Coroados. Voici encore une nation importante dont on ne peut plus étudîer que les débris disséminés sui différentes parties delà province, et jusque dans les contrées du sud.
Les Coroados , auxquels ce nom a été impose à cause de la manière dont quelques-uns d'entre eux rasent leur chevelure, les Coroados ne sont autre chose que les descendants de ces fameux Goaytakazes , dont nous avons parlé à propos du riche territoire de Campos , et qui jouent un rôle si important sur la côte orientale durant le dix-septième siècle. C'est dans les anciens auteurs , dans Lery , dans Vasconcellos , dans le manuscrit de Paulo do Porto, que l'on doit étudier l'origine de ces Indiens , dont l'histoire est si curieuse. Les Goaytakazes ou Ouctacazes, dont on a si fréquemment altéré le nom véritable, appartenaient, selon toute probabilité, et d'après des caractères physiologiques, à la sous -race des Tapnyas; mais , par les habitudes , par les coutumes qui leur étaient propres , ces sauvages différaient essentiellement desTapuyas proprement dits. On pourrait même supposer qu'ils formaient un grand peuple intermédiaire entre les Tupis et leurs ennemis naturels.
Ce qu'il y a de positif, c'est qu'ils se subdivisaient eux-mêmes en plusieurs tribus, qui ne cessèrent, même après l'arrivée des Européens, de se faire une guerre implacable. Le territoire qu'occupaient ces Indiens, les campos d'Ouctakazes, si fertiles aujourd'hui et qui présentent une population agricole si active, devaient, par leur configuration naturelle, donner un caractère particulier aux habitudes de ces Indiens. N'étant jamais arrêtés dans leurs marches par les grandes forêts, et ne pouvant pas faire cette guerre de ruses et d'embû-
ches, qu'on remarque chez tous les sauvages, ils s'étaient accoutumés à combattre en rase campagne; et tel était l'acharnement qu'ils mettaient dans ces espèces de batailles rangées , que les expressions semblent manquer aux anciens historiens pour donner une juste idée des grandes mêlées où des hordes entières s'anéantissaient. Au rapport de ces anciennes relations, lors même qu'on se trouvait hors des temps de guerre, l'aspect du Goaytakaz était redoutable. L'homme appartenant à cette race était d'une taille élevée, sa l'orce musculaire paraissait prodigieuse; des circonstances toutes locales imprimaient à sa manière d'être un caractère particulier. Ne craignant pas comme les autres Indiens les accidents continuels qui se succèdent au milieu des grands bois, il laissait croître ses cheveux , et il est probable qu'il attachait quelque idée de suprématie à la longueur de sa chevelure.
Si ce que l'on en raconte est vrai, les habitudes d'anthropophagie de ce peuple , sa coutume de dévorer les chairs saignantes et de boire le sang de ses ennemis, devaient le rendre redoutable aux nations qui l'environnaient (*). On n'a que des idées fdrt confuses sur les traditions mythologiques de ces Indiens , mais il est probable qu'elles étaient analogues à celles des autres Tapuyas. Une coutume toutefois distinguait les Goaytakazes des autres tribus, c'était le genre de sépulture qu'ils donnaient à leurs guerriers. Aujourd'hui encore, lorsque Ton rencontre dans les campos quelques-unes de ces grandes urnes funéraires qui portaient le nom de camucis et qui renferment toujours la momie d'un guerrier revêtu de ses ornements et environné de ses armes,
(*) Yoy.Vasconcellos, A'o^/cioj do Brazil. |j Le récit de l'écrivain jésuite est fort adouci
dans cette notice: on sera tenté néanmoins 1. de croire à l'exagération. Cependant , I'aa- I teur avait été à même de bien étudier le
caractère des bordes tapuyas , puisqu'il vii vait au milieu d'elles.
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on est assuré qu'on a devant soi la tombe d'un ancien guerrier goaytakaz. Au rapport de M. Debret, qui a reproduit avec bonheur l'aspect d'un de ces anciens monuments, l'urne qui renfermait ces restes vénérés , était enfouie profondément au pied de quelque grand arbre , et c'est toujours là que le hasard peut encore les faire découvrir.
Avec des voisins aussi redoutables que les Goaytakazes , toute chance d'établissement devait être difficile; c'est ce qu'éprouvèrent cruellement les premiers concessionnaires, Pedro deGoes da Silva, et Gil de Goes qu'on vit lui succéder. Longtemps toute, espérance de paix durable parut impossible , et une grande bataille fut livrée à ces Indiens vers 1630. Les plus intrépides succombèrent; les autres espérèrent trouver un asile dans les forêts de Minas. Ce fut là qu'ils se réfugièrent ; ils s'incorporèrent les Coropos, qu'ils parvinrent à subjuguer; mais, perdant sans doute l'espoir de retourner dans leurs belles campagnes , et contraints de vivre dans des bois épais, ils coupèrent la longue chevelure qui les avait distingués des autres nations , et bien qu'ils eussent conservé scrupuleusement leur ancien nom , ce fut alors que les Portugais leur imposèrent celui de Coroados, ou d'Indiens couronnés.
Les Coroados ont certainement perdu de leur férocité primitive; mais ils ont perdu aussi de leur valeur et de l'intelligence que l'on remarquait jadis en eux. Tous les voyageurs qui les ont visités sont unanimes dans la description qu'ils nous font de leur hébétement farouche et de leur sombre indifférence pour tout ce qui les environne. « Il est difficile d'imaginer, disent MM. Spix et Martius, en parlant des Coroados du pays de Minas, que cette nation si guerrière et si entreprenante, ait pu être, en si peu d'années , réduite à un si petit nombre d'individus. Elle est parvenue à un tel degré de dégénération et d'insignifiance , qu'elle est devenue bien plutôt un objet de pitié que d'intérêt historique. »
L'UNIVERS
Quoi qu'il en soit, de grands efforts ont été faits dans le ^ix-huitième siècle pour civiliser les vjoaytakazes ; il en est qui parmi eux se sont fondus dans .a population deCampos, et l'honneur de leur pacification appartient à un prêtre courageux. En 1757, l'abbé Angelo Passanha ne craignit pas d'aller les trouver dans leurs forêts, où aucun descendant des colons n'avait pénétré, et l'année suivante une paix durable fut conclue. Les Coroados devinrent assez franchement les alliés des Brésiliens pour les aider dans leurs guerres contre les Botocoudos.
Dispersés sur différents points, tels que San-Fidelis, Aldea da Pedra, le Rio-Bonito, Minas, Saint-Paul même, les Coroados ne sont plus nullement à craindre pour les descendants des Européens ; mais il ne faut pas croire que leur abaissement les empêche de comprendre l'excès de leur misère. En 1818, M. de Saint-Hilaire ayant été visiter la tribu du Rio-Bonito, qui s'est alliée avec les Tampruns et les Gasaricons, l'un d'entre eux, nommé Buré, s'avança vers M. d'Almeida qui accompagnait le voyageur, et il lui parla ainsi : « Cette terre est à nous, et « ce sont les blancs qui la couvrent.
« Depuis la mort de notre grand capi- '< taine , on nous chasse de tous côtés, « et nous n'avons pas même assez de «place pour pouvoir reposer notre « tête. Dites au roi que les blancs « nous traitent comme des chiens, et « priez-le de nous faire donner du ter- « rain pour que nous y puissions bâtir « un village. »
Ce discours d'un pauvre sauvage n'est que l'expression trop réelle des misères d'une race entière.
Pueis. Parmi les nations indiennes qui ont cherché un asile dans les solitudes de Minas-Geraes, il en est une qui appartient à la race antique des Tapuyas, et que l'on considère, avec juste raison, comme une des peuplades les plus sauvages de l'Amérique méridionale. Néanmoins il y apeut-être quelque exagération dans l'opinion des écrivains qui regardent ces Indiens comme Jes plus barbares des indigènes, après
les Botocoudos. Les Puris,quel'ancîen voyageur Knivet désignait sous la dénomination de Portes, erraient jadis à cent lieues des côtes. On prétend que le nom qu'ils portent signifie littéralement brigand, et qu'il leur a été imposé par les Coroados, auxquels ils 'appliquent à leur tour. Aujourd'hui, ils forment plusieurs tribus, dont les unes sont errantes, tandis que les autres se sont converties. Il y a une vingtaine d'années seulement, la nation entière pouvait se monter à quatre mille individus. Au commencement du siècle, ces sauvages étaient encore des ennemis fort redoutables pour les Brésiliens; on ne comptait pas moins de cent quarante-quatre fazendas qui avaient été dévastées par eux. Le Rio- Doce, les rives septentrionales du Parahyba, San-Fidelis, le territoire arrosé par le Rio-Pomba, dans Minas, sont les principaux endroits exposés à leurs incursions.
-M. Martius fait observer avec raison que, lorsqu'on demande à un Indien du Brésil le nom de sa tribu, ii ne manque pas, en vous répondant, de citer le nom de la peuplade avec laquelle il est en guerre. Les belliqueux Puris sont , sous ce rapport , encore plus implacables que bien d'autres Indiens; non-seulement ils se sont déclarés les ennemis irréconciliables des Botocoudos, mais ils attaquent sans cesse les descendants des Goaytakazes; et, avec les années, leur haine s'est si peu adoucie, qu'on les a accusés, naguère encore, d'être anthropophages. Ceci, toutefois , ne saurait excuser les horribles traitements dont ils furent jadis les victimes. On peut consulter à ce sujet M. d'Eschwege, qui s'exprime de la manière la plus énergique. Selon toutes probabilités, ceux des Puris qui ne s'étaient pas encore réunis en aldeas vers 1818, se sont aujourd'hui beaucoup modifiés, et il est à croire que leurs cérémonies caractéristiques, que leurs usages guerriers se sont éteints, en partie du moins, si ce n'est complètement.
De l'avis de tous les voyageurs qui ont observé ces tribus indiennes dans
leur décadence , ce qui persiste le plus chez elles, ce sont les danses, où, a défaut de ces grandes assemblées, qui se renouvelaient si fréquemment jadis, et des convocations guerrières qui s'y faisaient, on remet en honneur quelque antique tradition nationale, quelque vieux souvenir des dogmes sanguinaires prêts à disparaître. Lorsque" ce peuple existe à peine comme nation , les danses des Puris sont ce qu'elles étaient jadis, graves, mélancoliques, empreintes de ce caractère funèbre qui accompagne la plupart des fêtes solennelles chez les Américains.
Quant à la guerre, rien de ce qui la rendait redoutable de la part des Puris n'existe aujourd'hui. Traqués dans leurs forêts, comme les Botocoudos et les Patachos , à l'exemple des descendants des Tupiniquins, chez lesquels on retrouverait peut-être leurs anciens vainqueurs, ils se verront obligés d'embrasser quelque grossière industrie; ils oublieront jusqu'àleurlangage.Mais avant que s'éteigne ainsi une population entière, nous avons voulu retracer par la gravure un de ses usages militaires, un de ces combats particuliers qui, bien loin de ressembler à la lutte grotesque des Botocoudos, offre comme un souvenir des temps héroïques; nous ferons observer seulement que, bien que les Puris soient fort arriérés, comparés à d'autres Indiens , dans une certaine industrie essentiellement propre au sauvage, on ne doit pas s'étonner de trouver parmi eux l'emploi du bouclier. Ce n'est pas aux Portugais des temps de la découverte qu'ils ont emprunté cette arme défensive, et Ton i^peut se convaincre dans Lery que l'usage des targes de peau de tapir était familier aux Tupinambas et aux Tamoyos. Durant leur voyage, MM. Spix et Martius ont acquis la certitude que les Puris se servaient du bouclier dans leurs combats singuliers, et c'est à leur savant voyage que nous avons emprunté la planche que nous offrons ici.
Aujourd'hui, sans doute, il ne reste plus que quelques guerriers de la nation des Puris, et ils peuvent dire comme les Coroados : « Cette terre
était à nous, et cependant nos enfants n'y trouvent pas même un asile. »
Ainsi finit ce grand drame commencé il y a plus "de trois siècles, et qui s'est accompli lentement sur toute l'étendue de l'Amérique. Disons-le cependant, le gouvernement brésilien, devenu plus paternel, s'enquiert chaque jour avec plus de sollicitude de ces nations malheureuses , dont il lui sera demandé un compte sévère dans l'histoire. Il faut bien le dire, cette pitié est trop tardive, et si la race indienne ne s'éteint pas complètement, elle a perdu son individualité, elle se confond déjà sur plusieurs points avec celle des dominateurs. Soumis à cette grande loi qui livre désormais à une race envahissante, mais civilisatrice, toute l'étendue du nouveau monde, le Brésil se couvre d'un peuple nouveau, qui , chaque jour^ tend à devenir plus homogène, et qui, ayant emprunté à chaque variété de l'espèce humaine quelques-unes de ses qualités et de ses défauts, cherche maintenant son équilibre. De nos jours, l'issue de la lutte n'est plus douteuse, et le triomphe d'une civilisation indépendante est désormais assuré.
Situation du Bkésil en 1837. Ce qu'il faut maintenant au Brésil, c'est l'échange facile de ses immenses richesses, c'est la multiplication des routes (*) , c'est l'accroissement de la po-
(*) Les Brésiliens eux-mêmes sont chaque jour plus convaincus de cet axiome d'économie politique qui regarde les routes comme le premier agent de la civilisation. Un économiste brésilien instruit. M. TorresHomem, a dit récemment :« D'innombrables entreprises d'une utilité directe, pleines de vie, ne peuvent point se réaliser parmi nous , vu que bien au delà des économies faites, monte la demande des fonds productifs. Pourquoi n'ouvrons-nous point des voies rapides de communications entre les capitales des provinces? pourquoi ne rendons-nous pas nos fleuves navigables ? pourquoi ne raccoureissons-nous pas les distances des provinces maritimes par la navigation à la vapeur ? Voy. Nitkeroy, Revista brasiiiense. Paris, i836. Selon toute apparence, cette feuille pleine d'intérêt doit être publiée par la suite à Rio,
L'UNIVERS
pulation. Qu'on jette un coup d'oeil sur la carte, et qu'on examine la direction des montagnes, l'admirable embranchement des fleuves, qu'on lise les vieux historiens et les calculs de la statistique moderne, et l'on s'assurera bientôt que , s'il n'est guère de contrées où la nature ait plus fait pour lès rapports futurs des provinces entre elles, il n'en est guère non plus aussi où les progrès deces populations naissantes aient été plus rapides et pius marqués.
De grands vices existent sans doute encore jdans l'administrationdece pays, et surtout dans certaines comarcas éloignées du foyer central de la civilisation, de grands défauts sont inhérents à certaines parties de la population , un manque d'énergie vraiment déplorable se fait sentir dans quelques-uns de ces travaux qui exigeraient le concours réuni de tous ; mais, en exceptant de nos calculs les États-Unis , nulle part on ne voit se manifester à un degré aussi remarquable le besoin de l'instruction, le louable désir des améliorations gouvernementales; nulle part peut-être, et cela grâce aux efforts soutenus de la nouvelle administration, les moyens d'instruction primaire ne sont répandus en si grand nombre. Un des voyageurs les plus estimés parmi les voyageurs modernes l'a dit : « Vous ne voyez pas à Rio de Janeiro une seule rue un peu considérable où il n'y ait quelques écoles ouvertes immédiatement à toute la population libre, et où les enfants, à quelque nuance de couleur qu'ils appartiennent, ne puissent recevoir une égale instruction. » S'il existe donc encore aujourd'hui de notables abus dans ces contrées, on pourrait en dire ce que lord Brougham disait naguère de l'obscurantisme qui règne dans certaines contrées de l'Europe : Le maître d'école y mettra bon ordre.
Mais, quelque consolantes qu'elles
Outre les réflexions sur le crédit public, dont nous donnons ici un court fragment , nous signalerons plusieurs articles de MM. Magalbaens et AraujoPorto-Alègre , qui font vivement désirer la coniinuation d'un tel recueil
soient, ce n'est pas ici le lieu de développer des théories d'avenir; l'espace nous serait refusé pour cela, ce livre est un livre de faits , et si on veut bien lui reconnaître quelque utilité, c'est à cette circonstance qu'il l'empruntera.
On ne saurait se le dissimuler, malgré la publication récente d'excellents ouvrages , malgré la disposition du public à les accueillir, ce beau pays est encore bien faiblement apprécié. Il y a plus; le Brésil est ignoré du Brésil luimême, et, comme l'a dit un savant écrivain : à Rio de Janeiro, on ne connaît que Rio , et l'on méprise un peu trop ce qui n'est point Rio.
Avant tout donc, il est de la plus haute importance que les documents qui constituent l'histoire soient enfin rassemblés. Pour que les théories journalières soient utiles , il faut leur offrir une base, ou pour mieux dire un point de départ. Que ceci nous serve d'excuse, si nous ne nous arrêtons pas plus longtemps aux brillantes considérations que pourraient nous suggérer, dès à présent, certains progrès , ou même de légitimes espérances inspirées par la nature du sol, par le caractère progressif des habitants , et par la disposition du pays. A cette tâche de l'histoire philosophique nous préférons celle qui a pour but de constater les événements accomplis pour ainsi dire sous nos yeux , et qui néanmoins sont ignorés du plus grand nombre. D'ailleurs nous osons croire que ia lecture attentive de ce travail mettra chacun à même de tirer de i'ensemble certaines déductions, qu'il serait peut-être oiseux d'offrir ici , puisqu'elles se présentent d'ellesmêmes à la pensée.
Immédiatement après l'abdication de D. Pedro, qui eut lieu le 27 avril 1821, un conseil de régence provisoire, composé de trois membres , fut constitué (*). Son administration ne dura
(*) Ce premier conseil de régence nommé par le sénat, était composé de MM. Yergueiro, Francisco de Lima et du marquis de Caravellas. Voyez à ce sujet un ouvrage fort récemment publié en Angleterre et intitulé : The history of Brazilfrom the period
pas longtemps; on vit bientôt lui succéder un autre conseil de régence, composé également de trois membres, et qui devait, disait-on , tenir les rênes du gouvernement durant toute la minorité du jeune empereur Bientôt néanmoins les deux chambres jugèrent convenable de concentrer tous les pouvoirs de la régence entre les mains d'un seul membre, auquel les fonctions seraient dévolues pour quelques années ; un autre régent devant être nommé à l'expiration de ce terme , pour gouverner encore durant quatre ans , jusqu'à ce que le jeune empereur ait atteint sa majorité. Le régent actuel est le P. Diogo Antonio Feijo , évêque de Marianna et sénateur; il occupait le ministère de la justice sous la triplé régence, mais il se trouvait absent de la capitale lors de l'abdication de D. Pedro.
Le jeune empereur est né le 2 décembre 1825. Sa tutelle a été ccn-
of the arrivai of the Braganza family in 180S, to the abdication of D. Pedro thc firstin i83i , compiled from state documents and other original sources forming a continuation to Southe y' s hislorj of thatcountrr, t by Johiî Armitage , esq. London, i836, 2 ! yoî. in-8. L'auteur a été sur les lieux, et il • a puisé, dit-on, ses documents chez un des ! hommes d'État les plus distingués du Bré- I sil. Grâce à ce livre , trop peu connu en France, et aux documents officiels publiés par M. de "Mont g! ave , sous le litre de Correspondance de D .Pedro , auxquels ondoit joindre les excellentes considérations d'Angliviel Labaumelle , l'histoire du Brésil, durant les dix dernières années, peut être facilement éclaircie. Bien qu'il ait paru en i836, le livre de M. Armitage s'arrête à l'abdication de D. Pedro. Il nous a donc faliu recourir à d'autres sources pour conduire notre travail jusqu'à l'époque actuelle , et c'est à des nationaux remplis d'instruction et d'obligeance , ainsi qu'au savant auteur de la Notice sur Amerigo Vespuci, que nous devons les documents présentés dans ces dernières pages. Pour ne point trop multiplier ici les détails arides , nous renvoyons, pour tout ce qui est relatif aux monnaies actuelles , aux poids et mesures , etc. , etc. , à noire Histoire géographique du Brésil, 2 vol. in-18, faisant partie de la Bibliothèque populaire.
fiée au marquis d'Itanhaem; mais il était question naguère au Brésil de l'émanciper à l'âge de douze ans, et de '' -lonner une part active aux affaire 'anmoins, d'après la constituti siîienne il n'aura atteint sa
qu'à dix-huit ans. Le soin de nation a été remis entre les d'un homme fort respectable , F. Pedro, célèbre au Brésil connaissances spéciales en maries, qui lui avaient valu une l'académie militaire de Rio de Janti . Sons sa direction le jeune emneeur reçoit, dit-on , l'instruction la .;s libérale, et, outre ses études ciaooiques , on lui fait suivre des cours d\. liais et de français. L'étude du de, in et de la musique fait aussi pai le de son éducation. Les deux jeune à-incesses sont également élevées a-. . ie plus grand soin (*).
■us avons déjà dit plus haut, que uvoir législatif se composait de s : chambres , le sénat et la chambre V députés. Les sénateurs sont élus rie par les provinces, et ils sont au btmbre de cinquante - quatre. Trois places auxquelles il n'a pas encore été pourvu , se trouvent vacantes. La chambre des députés se compose de cinq cent quarante-huit membres ;
(*) Dcna Januaria est née le x i mars 1822, et elle a été reconnue princesse héritière le 3i mai i836. Dona Fraucisca est née le 2 août 1824.
En 1837, l'aristocratie brésilienne se compose ainsi qu'il suit : il y a dans toute l'étendue de l'empire 16 marquis , 6 comtes, 19 vicomtes, 20 barons, et i3 dames qui conservent les titres de leurs maris décédés. La noblesse n'est point héréditaire. La maison de l'empereur se compose de 2 55 employés. Le corps diplomatique est composé de la manière suivaute : il y a deux envoyés extraordinaires, un résidant près la cour de France, l'autre près la cour d'Angleterre ; vienneat ensuite un résident en Autriche, et de simples chargés d'affaires en Portugal, en Espagne, en Belgique, près des villes anséaîiques, en Prusse, à Rome, à Naples, à Florence, etc. Dans le nouveau monde, on en eompte trois, résidant aux Etats-Unis, à Buénos-Ayres et à Mon te -Video. Les secrétaires et les attachés sont au nombre de ï8.
niais, s'il faut encore en croire les dernières nouvelles qui nous soient parvenues , il y aurait une telle langueur dans les travaux législatifs, que, iaute de la présence des membres , aucune question importante , aucun projet de loi, n'auraient pu être discutés en 1838.
Le pouvoir exécutif est confié à six ministres qui ont, dans leurs attributions, l'intérieur, les affaires étrangères, la justice, la marine, et enfin les lin an ces.
Le pouvoir judiciaire a subi d'importantes modifications; il se compose aujourd'hui de sept cours de justice divisées ainsi qu'il suit : le tribunal suprême de justice compte seize membres et un président, le conseil de guerre trois membres et un président, le tribunal de la relacào de Rio de Janeiro 22 membres et un président , puis le nombre des juges va ensuite diminuant selon l'importance des provinces ; c'est ainsi que les relacôes de Bahia , de Pernambuco et de Maranhào, n'ont plus que seize, douze et huit membres, avec chacune un président. On trouve en général une amélioration réelle dans l'exécution des lois.
Le jury brésilien ne compte pas moins de mille quatre cent quatre- Tingts membres.
Les dix-huit provinces de l'empire sont administrées par autant de présidents qui ont le titre de présidentes de provincias.
Nous avons déjà parlé de l'extrême difficulté qu'il y avait à établir d'une manière positive le total de la population brésilienne; cependant, si l'on s'en rapporte à M. Armitage qui cite à ce propos le journal V Aurore, elle s'élèverait aujourd'hui à un peu plus de cinq millions d'habitants , sur lesquels il faudrait compter environ deux millions d'esclaves. Ce chiffre, comme on le voit, est trop peu différent de celui que nous avions adopté autre part, pour ne point l'admettre ici (*).
(*) Rien n'est étrange comme jadis les opinions qui ont été émises à ce sujet. Les éditeurs d'un Dictionnaire de Delan
Grâce à une disposition naturelle, dont plusieurs voyageurs ont constaté les heureux effets, le nombre des habitants semble augmenter au Brésil, en raison de lâ solitude de certaines localités , et l'on a remarqué que la fécondité des femmes de l'intérieur promettait à ces lieux reculés un futur accroissement de population plus rapide que sur le littoral (*).
C'est en examinant, dans nos archives de la marine, le plan de Rio de Janeiro, que dressa un ingénieur français, précisément dans la première année du dix-huitième siècle (**), qu'on peut
dine , publié il y a une vingtaine d'années, ont été jusqu'à donner libéralement 3o,5oo,ooo habitants au Brésil. VAurora, que nous avons citée, procède par province, et elle fait monter par approximation le total de la population libre à 3,o35,ooo habitants. Depuis l'exécution des lois répressives , l'introduction des noirs est nécessairement moins considérable. Quant à l'émigration, elle est toujours active, et nous sommes assez heureux pour pouvoir présenter ici la liste de ceux des étrangers qui sont entrés à Rio de Janeiro seulement de i835 à i836.
Portugais 19*8
Français 3i5
Espagnols 147
Piéinontais 27
Anglais 71
Américains-Espagn. 16
De Malte 18
Allemands 00
Italiens
Génois
Suisses
Américains. . . .
Prussiens
Autrichiens. . .
De Brème
Danois.
Hambourgeois
Ecossais
Russes
Habitants de Maroc.
Belges
Hanovriens
Hongrois
Romains
Napolitains
Hollandais
Irlandais
Total.
Brésiliens qui se sont présentés à la police avec des passe-ports, 702.
(*) Le Brésil, considéré dans sa totalité, compte près de trente habitants par mille carré. S'il en avait cent par mille carré , il renfermerait 14 millions; s'il arrivait à en avoir mille par mille carré, sa population serait de 140 millions.
Or, les États-Unis dans leur totalité ont actuellement près de cent habitants par mille carré; et les provinces de la Nouvelle- Angleterre en ont bien plus de mille.
(**) Voyage manuscrit de ReauchêneGouin, î vol. iu-fol. Cette précieuse relation, à peine
se convaincre du prodigieux accroissement que cette ville importante a subi.
En 1830, le nombre des maisons habitées ne s'élevait pas à moins de quinze mille six cent vingt-trois, et ce chiffre présente d'autant plus d'exactitude, que M. Walsh avait pris la peine de les compter. On évalue à cent quatre-vingt mille le nombre des habitants (*), et sur cette population, malheureusement peu en rapport avec le reste de l'empire , il ne faudrait compter que vingt-quatre mille trois cents esclaves. Le nombre des magasins et des boutiques s'est augmenté dans une règle proportionnelle : il se monte aujourd'hui à trois mille deux cents, tandis que l'on ne compte pas moins de trois cent soixante-deux voitures, et quatre cent vingt bateaux destinés au service du port et des habitants.
Quoique nous ne possédions qu'un nombre assez restreint de documents sur la consommation annuelle , nous savons qu'en 1835 on pouvait évaluer à trente mille trois cent soixante le nombre de bœufs qui avaient été abattus dans la ville.
Les revenus de la Camara sont assez considérables , puisqu'ils s'élèvent à 883,101,738 reis; mais, comme nous l'avons déjà fait observer, ce qui a singulièrement accru le degré d'importance auquel est parvenue cette ville durant les dernières années, ce sont les établissements d'instruction publique que l'on y a multipliés. Les écoles , désignées sous le nom de primeiras letras , sont aujourd'hui au nombre de onze à Rio, et elles étaient fréquentées, il y a un ou deux ans, par neuf ^ cent quarante et un élèves.
Nous avons décrit 1« Musée; nous avons fait connaître la Bibliothèque (**);
connue , existe à la bibliothèque de la marine à Paris. Il y a de nombreuses figures, et le texte a été rédigé par l'ingénieur Duplessis.
(*) Et non deux cent soixante mille , comme ou nous l'a fait dire dans la première partie, par une faute d'impression, facile du reste à corriger.
(**) Son administration se compose au-
nous avons essayé de donner une idée du Jardin botanique; nous ajouterons qu'il existe une Académie de marine, où les cours de mathématiques sont faits par quatre professeurs et leurs substituts.L'Académie militaire continue également à poursuivre ses enseignements; mais, en 1836, ils étaient fort peu suivis. L'Académie de médecine prend, au contraire , un certain accroissement; administrée par un directeur spécial, l'enseignement y est confié à quatorze professeurs, et l'année dernière on n'y comptait pas moins de cent quaranteneuf élèves (*). C'est à Saint-Paul, comme nous l'avons déjà dit, qu'a été établie l'École de droit; elle compte un directeur, et neuf professeurs pour les cinq chaires qui y ont été instituées , et la durée des cours est de cinq ans. Jusqu'à présent, la totalité des élèves qui y ont pris leurs grades , s'est élevée à cent soixante-dix-sept, sur lesquels l'année dernière en a fourni quarante et un. On fait également un cours de droit à Olinda; mais cinq professeurs et un directeur seulement y sont entretenus, et, comme à Rio de Janeiro, les cours durent cinq ans. Nous avons déjà parlé de cette École des Beaux- Arts, qui emprunte son origine à la France. C'est naturellement à Rio de Janeiro qu'elle doit avoir son siège : elle compte neuf professeurs et un directeur. En 1835, soixante-quinze élèves suivaient ses cours. Nous ne parlerons ici ni de la littérature , ni de l'étude de la musique, trop peu d'espace nous est réservé. Toutefois l'impulsion a été rapide, les œuvres se sont multipliées, et nous nous voyons contraints de réserver, pour un ouvrage spécial, l'appréciation du mouvement intellectuel:
qu'il nous suffise de dire que nos pieces modernes, traduites habilement, sont jouées aujourd'hui à Rio de Janeiro, et qu'un jeune poète, M. Magalhaens , qui a déjà réalisé parmi
jourd'hui d'un conservateur et de neuf employés.
(*) La faculté de Baliia se compose également d'un directeur et de quatorze professeurs.
L'UNIVERS
nous bien des espérances , promet de donner une impulsion toute originale à la poésie dramatique de son pays.
Nous avons déjà fait remarquer combien en peu d'années la presse périodique avait acquis de puissance dans cette partie du nouveau monde. Ce qu'on peut lui reprocher sans doute, c'est un étrange abus de l'attaque personnelle dans la discussion; mais des noms, tels que ceux des Evaïista Ferreira da Veiga, des Vasconcellos , des Januario, sont un sûr garant du talent qui y est déployé.
Si ce livre n'était pas avant tout destiné à faire connaître le Brésil sous son aspect historique. et pittoresque, si nous ne craignions de fatiguer l'esprit de nos lecteurs par l'accumulation de chiffres déjà trop nombreux , nous dirions, qu'à part les fluctuations politiques, dont l'influence n'est que passagère , le commerce du Brésil a toujours été croissant; de Î835 à 1836 seulement, le nombre des bâtiments qui sont venus mouiller dans le port de Rio de Janeiro, ne s'est pas élevé à moins de seize cent dix-huit. Sur ce nombre, il n'y en avait que trente-six appartenant â la France ; mais l'Angleterre en comptait cent soixantequatorze , et les Etats-Unis cent vingtdeux. Une preuve positive que les mouvements politiques qui ont séparé
violemment le Brésil de la mère patrie, ne doivent pas avoir de suites graves dans les relations déjà amicales des deux pays, c'est que le nombre de navires portugais montait au moins à cent soixante-treize. Quant à ce qui touche spécialement notre commerce, on peut dire aujourd'hui, que les exportations de la France pour le Brésil ne s'élèvent pas à moins de 27,000,000, tandis que les importations de ce pays sont un peu moins considérables, puisqu'elles ne montent qu'à 20,000,000 de francs.
Tout en annonçant la pacification définitive des provinces, les dernières nouvelles qui nous sont parvenues, ne cessent de signaler des troubles sérieux, qui se manifestent dans Rio- Grande do Sul, et qui semblent attester un désir croissant de séparation.
Placés si loin du théâtre des nouveaux événements, il nous est bien difficile, sans doute , d'en apprécier les causes et d'en signaler les conséquences : néanmoins, nous ne saurions trop le répéter, aujourd'hui, l'union pour le Brésil, c'est la force : tenter de s'éloigner de ce principe politique, qui n'aura peutêtre point toujours la même signification et la même importance, c'est retarder une ère de prospérité et d'industrie dont les Brésiliens saluent déjà l'aurore.