G U Y AN ES
vent consistent en flèches empoisonnées, en boutons , massues de bois dur taillées quadrangulairement , en tomahauks et en couteaux. Leurs arcs ont quelquefois une longueur de six pieds.
L'adresse et la ruse suppléent à f imperfection de ces moyens de destruction. Lorsqu'une tribù sauvage fait une expédition militaire, l'autorité du chef devient une suprématie illimitée ; celui qui tenterait de s'y soustraire serait aussitôt mis à mort", et sa chevelure ornerait la ceinture du grand chef. La troupe voyage habituellement de nuit ; elle descend "en silence la déclivité des collines, ou glisse furtivement sous les hautes herbes de la plaine. Les bois -, les rivières ni les marais ne sont un obstacle à sa marche, elle a des ressources pour tout. Quand elle s'arrête, des sentinelles avancées veillent à sa sûreté avec un instinct qui surpasse les prévisions de l'homme civilisé-.
Tantôt grimpant à la cime des arbres les plus élevés, les gardiens jettent de longs regards sur l'horizon lointain , et rien ne saurait échapper à leur vue perçante et exercée ; tantôt , l'oreille appliquée contre la terre, ils consultent les plus légers frôlements de l'air et devinent ainsi la distance et la force de l'ennemi qui s'avancê. Alors un cri perçant se fait entendre , il fend les airs et'pénètre jusqu'aux solitudes les plus reculées. L'alarme est au camp, la troupe se lève, elle arrive par sauts et par bonds , sans ordre apparent, mais non pas sans tactique, et cherche à s'animer au carnage par des cris assourdissants ou des chansons belliqueuses.
Au retour de l'expédition , les vainqueurs seront reçus en dehors du village par les femmes et les enfants qui s'empareront des prisonniers et les accableront d'outrages jusqu'au moment peut-être où on les fera servir à un horrible festin. Cependant les guerriers procèdent au partage du butin , et ce n'est pas sans de vives altercations qui , quelquefois , se terminent par des combats singuliers ; mais le plus souvent, les contestations particulières s'éteignent dans
l'ivresse d'un banquet solennel où le vicou, le cachiri et d'autres liqueurs coulent à grands flots. Les danses succèdent au repas, car il est à remarquer que cet exercice a toujours été cher aux guerriers de tous les temps et de toutes les nations. Ils aiment également à entendre chanter leurs exploits , et les sauvages euxmêmes n'abandonnent pas ce privilège. Ici , ils accompagnent leurs chants monotones et tristes avec des tambours , de grossières mandolines , des flûtes en roseau imitant le syrmx des anciens, des cornets, des trompettes et des instruments à grelots.
Le lendemain , la peuplade reprend son apathie habituelle. Les hommes fument le courimari, et se balancent mollement* dans leurs hamacs; quelques femmes pétrissent le manioc , préparent la cassave , polissent des dents de tigres , de caïmans , des graines sauvages , et autres bijoux de leurs modestes éciïns. D'autres font leur toilette et se teignent la peau avec le suc du rocouier."
Les Waraones. , qui vivent à l'embouchure de l'Orénoque sur des îlots couverts de mangliers , construisent leurs carbets sur les arbres; usage commun à plusieurs peuplades du nord qui échappent ainsi aux inondations.
La langue des Galibis a le privilège d'être la plus répandue sur le sol de "la Guyane. C'est elle dont se servent entre eux les Indiens sauvages qui appartiennent à différentes familles, ou les missionnaires qui veulent communiquer avec eux. Les Galibis forment , en effet, la nation la plus voyageuse : on la trouve généralement sur les bords du Surinam, du Maroni, de' l'Essequebo et de tous les courants d'eau jusqu'à l'Orénoque.
La vie nomade est chère à ces enfants du désert. Le prétexte le plus frivole leur suffit pour abandonner leurs villages. Les vieillards, les femmes et les enfants voyagent gaiement sous la tutelle des guerriers. La troupe vagabonde marche sans but jusqu'à ce qu'elle ait trouvé une localité convenable pour y construire ses carbets
L'UNIVERS
que bientôt, peut-être, elle ne tardera pas à abandonner de nouveau.
Les Indiens qui avoisinent Cayenne y viennent souvent dans des pirogues, pour y échanger des oiseaux rares, des perroquets , des fourrures et quelques produits de leur grossière industrie , contre du tafia, des haches, des couteaux et de la verroterie. Le commerce étant le premier élément de la civilisation , il semble que ces commerçants du nouveau monde devraient se ployer bientôt aux usages de l'ancien;* mais la vie indépendante est un bien tellement précieux que l'on voit clairement , par leur exemple , combien il est pénible d'y renoncer. A peine leurs opérations sont terminées , qu'ils s'empressent de regagner leurs forêts et d'y reprendre leurs sauvages habitudes , en manifestant le plus profond dédain pour les usages de notre vieille civilisation.
Les colons forment ici une classe curieuse à observer. L'ardeur du climat et le zèle des esclaves nègres augmentent singulièrement leur indolence naturelle. Les plus petits détails du ménage seraient pour eux des fatigues intolérables; un oiseau, une fleur , un singe , peuvent remplir toute la journée des dames du pays. Voyez ce planteur se promener sur sa propriété, vêtu d'étoffes légères, et la tête ombragée du large chapeau-parasol !
(pl. 8 , n° 5 ). Dix esclaves veillent sur ses moindres mouvements. Il vit au milieu d'eux comme un despote de l'Orient au milieu de son harem ; il est aisé de reconnaître, parmi les plus jeunes femmes de couleur, celles qu'il a daigné distinguer. A peine sorties de la première enfance , elles tombent au pouvoir du maître, qui leur prodigue les colliers de pierres fines, les anneaux et les bracelets d'or , les robes diaphanes,
les étoffes à couleur éclatante, et tout l'attirail de la coquetterie américaine.
Les blancs de Cayenne ont montré une grande humanité à l'époque sinistre de la déportation ; mais il n'est que trop vrai , cependant , que selon le préjugé enraciné parmi les colons des Guyanes, la race esclave veut être traitée avec une grande sévérité.
Le fouet qui sillonne les chairs et couvre de zones sanglantes le sein des jeunes filles comme le dos des vieillards ; le croc qui sert à les suspendre à une potence par la peau des hanches et par les côtes , la cangue , les colliers de fer, et vingt autres supplices infligés aux esclaves coupables , sont les affreux moyens que les colons jugent indispensables à la conservation de leur autorité. ( Yoy.pl. 8, n° 2 et 9. )
On a également exagéré les avantages et les inconvénients de la colonisation guyannaise. Il résulte, toutefois , de ces débats , auxquels des hommes de talent, MM. Noyer, Catineau-Laroche , Lescalier et autres , ont pris une part digne d'éloges, que le climat de la Guyane-Française n'est point aussi nuisible aux Européens qu'on l'avait supposé; ils peuvent même , sans inconvénient , s'y livrer, comme les hommes de couleur, aux travaux de l'agriculture. La débauche, l'intempérance, les privations de toute nature, les préjuges des anciens colons , les tâtonnements de l'administration , et les vues personnelles de quelques agents de l'autorité, ont été , jusqu'ici , les véritables fléaux qui ont décimé la colonie. Des hommes probes et intelligents y ont pourtant laissé les plus honorables souvenirs :
tels sont , entre autres , les La Barre, les Malouet, les Cara Saint-Cyr, les Milius, les Missiessy et les Freycinet.