‹ Bretonneau et ses correspondants, ouvrage comprenant la correspondance de Trousseau et de Velpeau avec BretonneauChapitre 75 sur 94 · LETTRE CCCIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCCIV

« 21 mai 1848.

« Cher Maître,

« Mon Georges s’est levé hier deux fois deux heures. Il a mangé avec appétit, le pouls est descendu à cin-

1 On voit par ces simples mots, — confidence adressée à un ami et qui n’était pas destinée à être divulguée, — quel était le désintéressement de Bretonneau. Mais ce qu’il ne dit pas et ce que nous tenons de témoins oculaires survivants , c’est que le plus souvent il oubliait sa bourse chez ses malades pauvres. — T.

quante-huit et soixante. Il est transparent de maigreur; nous sommes aujourd’hui au vingt -deuxième jour, et je ne comprendrais plus d’autre danger que celui des indigestions. Je suis bien heureux d’avoir tiré ce bon numéro à cette terrible loterie.

« Vous avez vu que le numéro aurait pu être mauvais à la loterie représentative. Quel gâchis ! Je crois que Béranger s'en est retiré par dégoût. Décidément je ne descendrai plus à la cuisine quand je voudrai dîner avec appétit.

« J’ai appris hier une nouvelle qui vous affligera. Ce pauvre Guersant a été pris d’une pneumonie avec accidents nerveux graves. Il était mourant hier au soir, je crains qu’il n’ait succombé cette nuit. J’ignore de quelle façon cette maladie a été conduite par Chomel. Vous vous rappelez qu’en 1825 il avait failli mourir de la même manière, vingt-trois ans de plus compliquent cruellement un pareil mal h

« Pensez donc à nous quand vous vous exposez si imprudemment à toutes les intempéries. Je suis bien convaincu que vous vous aguerrissez; mais je suis encore plus convaincu qu’un jour ou un autre la cause du mal sera plus forte que votre cuirasse ne sera résistante.

« Adieu, cher Maître, mille tendresses de la part de tous. »

Guersant succomba en effet peu de jours après. — T.

BÉRANGER A BRETONNEAU

LETTRE CCCVe

DE BÉRANGER

« Passy, 6 juin 1848.

« Cher docteur,

« Avez -vous lu dans les journaux mon mariage avec ma servante Judith? concevez-vous qu’on écrive de pareilles sottises? Il m’en a coûté une lettre qui va paraître, pour tirer la pauvre Judith de la position fausse que les feuilletonistes malveillants lui faisaient par cette fable. Je n’aime pas à entretenir le public de moi; mais il s’agissait d’une vieille amie, je n’ai pas dû hésiter. Je l’aurais fait plus tôt, si on ne m’eût caché cette attaque sournoise pendant plus de cinq jours h Jusqu’à présent la république ne vaut pas mieux que les règnes précédents ; mais patience I

« Mes amitiés à Marchais quand vous le verrez.

« Tout à vous et aux vôtres, cher docteur. Votre ami. »

1 Béranger écrivit en effet une lettre à la presse , dans laquelle il démentait le bruit de ce prétendu mariage et établissait que Judith, désignée comme sa servante, était une amie de sa jeunesse qui donnait à sa pauvreté depuis cinquante ans l’asile et la sécurité du foyer. — T.

LETTRE GCCVI*

« De l’Assemblée, quatre heures.

<r Dimanche. — Un seul mot. Paris est toujours dans un épouvantable état; c’est la guerre servile. L’insurrection perd du terrain, mais il faut au moins deux jours encore pour en triompher.

<r Je vous embrasse. »

LETTRE CCCVIP

DU MÊME

u Mercredi, 28 juin 1848.

« Cher Maître,

« Je vous écrivais dimanche matin pour vous dire que je n’étais pas mort , mais seulement profondément affligé de toute cette boucherie. Tout est fini en apparence, l’Assemblée est tranquille; mais la guerre des Spartacus n’est que commencée, la verrons -nous finir? Tout mon monde est à Bonneveau. Voilà qu’ils me reviennent au-

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