‹ Bretonneau et ses correspondantsChapitre 24 sur 95 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

DU MÊME

« Paris, le 10 novembre 1814.

« Mon cher ami, j'ai le plaisir de vous annoncer que l'affaire de votre réception a été arrangée hier au conseil, où j'ai assisté. Il a été arrêté que vous seriez exempté des trois premiers examens, de sorte que vous n'aurez à soutenir que le quatrième examen sur la Médecine légale, l'Hygiène, la Physique; le cinquième sur la Médecine et la Chirurgie cliniques, en latin, et la thèse. Descots fils, qui était venu déjeuner la veille chez moi, avait parfaitement préparé les voies. Vous pourrez venir maintenant quand vous voudrez, vous serez bientôt libéré. J'espère que vous ne vous tourmenterez pas de ces deux examens, car je ne compte pas la thèse. Soyez tranquille, vous aurez les examinateurs que vous désirerez.

« Je suis de retour ici depuis le 2 dans la nuit. J'ai continué d'être malade pendant tout le voyage, que par des circonstances bizarres je n'ai pu abréger.

« Depuis mon retour j'ai repris de l'appétit, et je suis beaucoup mieux. Je me suis beaucoup tranquillisé, j'ai peu parlé, je suis resté longtemps au lit, je ne suis sorti qu'en voiture et bien couvert; mais comme je tousse toujours quand je fais des mouvements; que les accès, lorsqu'ils sont un peu forts, amènent des nausées; enfin que j'ai une sorte de coqueluche, nous avons décidé, Guer-

224 CORRESPONNANCE. — ANNÉE 1814

sant et moi, que je m'appliquerais sur l'épigastre un emplâtre d'émétique retenu par la poix de Bourgogne, ce que j'ai fait hier soir.

« Dans deux jours j'aurai là cinq ou six boutons analogues à ceux du vaccin, et de l'irritation desquels nous attendons quelque bien. J'espère qu'à votre arrivée vous me trouverez tout à fait bien; au reste je suis décidé à ne reprendre mes occupations que lorsque je serai tout à fait guéri.

« Veuillez, je vous prie, présenter mes amitiés respectueuses à Mme Bretonneau. Je vous remercie de vos offres obligeantes auprès de M. Chaptal; il paraît décidé que Latreille sera nommé1. Je ne ferai aucune démarche.

« Guersant, qui est près de moi, se rappelle à votre amitié ; il me charge de vous dire que s'il ne vous a pas écrit, c'est qu'il savait que j'en avais l'intention. Cloquet est très bien.

« Votre tout dévoué et sincère ami. »

1 Latreille ( Pierre- André ) , un des plus remarquables naturalistes de l'époque, né en 1762, mort en 1833. Long-temps attaché au Muséum, il publia, au cours de ses modestes fonctions dans cet établissement, de nombreux et importants travaux, et mérita d'être appelé le « législateur de l'entomologie ». Succéda dans sa chaire à Lamarck, dont il était l'ami. — T.

LETTRE XVIIIe

DU MEME

« Paris, le 23 novembre 1814.

« Nous sommes étonnes, mon cher ami, de n'avoir pas de vos nouvelles, et nous pensions, Guersant et moi, que votre silence annonçait votre arrivée. Mais enfin, puisque vous ne venez pas, et que dans votre dernière vous paraissiez hésiter encore et disposé à retarder votre voyage, il faut que je vous presse et que je vous dise que nous voulons vous doctorifier malgré vous. Vous saurez donc que vous devez paraître le 5 décembre devant MM. Sue1, Bourdier2 et A. Leroy3, qui sont les meilleurs gens du monde, et qui savent moins de physique, d'hygiène et peut-être moins de médecine légale que vous.

1 Sue, professeur de Médecine légale et d'histoire de la Médecine à la Faculté. Né en 1739, mort en 1816. Il avait été membre de l'ancienne Académie royale de chirurgie et de l'ancien Collège des chirurgiens. — T.

2 Bourdier (Joseph-François), né en 1757, mort en 1820. Avait été docteur régent et professeur de l'ancienne Faculté, devint plus tard médecin de l'Hôtel- Dieu et titulaire de la chaire de clinique de perfectionnement. — T.

3 Leroy (Alphonse), professeur d'Accouchement à la Faculté, né en 1742. Très connu encore de nos jours par des travaux qui contiennent, malgré

leur prolixité, quelques observations ingénieuses et quelque faits intéressants, Leroy n'était pas très estimé de ses contemporains. On lui a reproché son manque de bonne foi dans les questions scientifiques et des actes de charlatanisme que la haute situation qu'il occupait à la Faculté eût dû l'empêcher de commettre.

Il fut assassiné en 1816 par un domestique qu'il avait renvoyé. — T.

Hâtez -vous, le temps presse; on craint de nouveaux changements dans toute l'instruction publique. C'est à qui s'enrégimentera. Les jours d'examen sont pris trois semaines d'avance; il vous faudra toute la puissance de notre protection pour vous débarrasser dans le mois qui datera de votre arrivée. Je suis à peu près remis : je mange maintenant comme à mon ordinaire , et cela depuis cinq à six jours; je dors parfaitement, je n'ai plus la moindre fièvre; mais, comme je tousse encore un peu, je n'ai pas repris mes occupations , et je ne m'y remettrai que lorsque je serai tout à fait bien depuis quelque temps. Mes leçons à la Faculté m'auraient trop fatigué.

« Je n'ai pas besoin de vous redire combien je vous ai d'obligations pour les soins amicaux que j'ai reçus de vous à Tours , ni de vous exprimer de nouveau les regrets que j'ai éprouvés de ne pas aller vous retrouver, vous et Madame, à Ghenonceaux. Veuillez me rappeler à son souvenir amical et continuer de croire à mon entière et absolue amitié.

« P. -S. H. Cloquet veut aussi être docteur de 1814. Il travaille beaucoup à sa thèse; s'il savait que je vous écris, il me chargerait de beaucoup d'amitiés; tenez-vousle pour dit comme de sa part. »

Page 1