NICETTE, RÉMY
RÉMY
Dites donc, Nicette, vous ne savez pas ?
NICETTE
Quoi ?
RÉMY
Il nous arrive un événement bien fameux pour moi et pour vous... Nous allons avoir une dot superbe... une dot de roi... deux cents t’écus?
NICETTE
Vraiment ?
RÉMY
C'est comme je vous dis. J’ai trouvé tout à l’heure au Canard Amoureux quelques officiers des ennemis au tambour. Comme je leur ai conté qu’il était ici , ils m’ont dit que les gardesfrançaises devaient partir aujourd’hui, et que si nous pouvions savoir par le tapin en question le chemin qu’ils prendriont, eux autres pourriont préparer une petite emmuscade. Tout ce que j’ai à faire, c’est de leur y donner le renseignement,
NICETTE
Oh! ce serait affreux!
Comment, affreux! deux cents t’écus! un fameux sac!... je les refuserais?... Oh! que non pas ? C’est-à-dire que je vas
BRIN-D’AMOOR.
tout de suite aller à la rencontre du garde-française, pour lui
80Utirer la ChOSe. (il monte h scène.)
NICETTE
Attendez ! (A part, comme saisie d'une idée.) Oui, c’est le Seul
moyen d’empêcher une pareille trahison ! (nanti Rémy.) Voyons, réfléchissez encore.
RÉMY
C’est tout réfléchi : deux cents t’écus !
NICETTE, feignant de se laisser convaincre.
Je ne dis pas !... c’est un beau denier.
RÉMY
Ça vaut du bien au soleil, (a pan.) Elle y viendra. .. On est fin ou on ne l’est pas.
NICETTE
Après tout, nous ne sommes d’aucun parti dans cette guerre. . .
Absolument d’aucun.
NICETTE
Et pour une petite trahison
RÉMY
Oh! mon Dieu, une toute petite trahison de rien du tout.
NICETTE
Nous serions heureux !
RÉMY
Comme des coqs sans pattes!
NICETTE
Comment ?
RÉMY
Comme des coqs sans pattes... je n’en ai jamais vu, mais c’est un mot qui se dit... Je vas ben vite trouver le tapin.
NICETTE, l'arrêtant.
Vous ne réussirez pas?
RÉMY
Tiens, pourquoi donc?
NICETTE
Parce qu’avec vous, ben sûr que M. Brin-d’Amour se défiera Vous avez l’air fin naturellement...
RÉMY
Ça, c’est vrai.
Et puis, il sait que vous êtes allé à l’auberge où sont les officiers ennemis...
20 BftIN-D’AMOUR.
RÉMY
C’est encore vrai.
NICETTE
Au lieu qu’il n’aurait pas tant de motifs de soupçon si un autre lui demandait
RÉMY
Mais, oui dit... vous, par exemple.
NICETTE
Il est certain qu'il ne se défierait pas du tout d’une femme.
RÉMY
Eh ben! c’est entendu. M. Brin d’Amour reviendra sûrement : vous lui demanderez , hein? (Nicette rait un signe affirmatif. a pan.) J’en fais tout ce que je veux... (naui.) Moi , je vas me retirer à l’écart ; vous me ferez signe dès lors qu’il vous aura dit la chose, pour que j’aille avertir à l’auberge.
NICETTE
Quel signe faudra-t-il faire?
RÉMY
Mon Dieu ! la première chose venue, (n réfléchit.) Ah ! vous savez qu’il n’y a que deux chemins pour partir de ce village :
(Montrant la droite.) Celui de BlaVOSy, (Moutrant la gauche.) et Celui
de Chantillac. Vous viendrez par ici. (n »a vers le fond de ta «cène.) S’ils doivent aller à Blavosy, vous tiendrez votre mouchoir de la main droite, (indiquant avec son mouchoir.) de cette manière : — Ça , c’est la main droite. S’ils passent par Chantillac, vous le tiendrez de la main gauche, ainsi : (Montrant sa main gauche.) Ça c’est la main gauche , parce que l’autre c’est la main droite. Alors, j’irai de suite à l’auberge pour donner la nouvelle.
NICETTE
C’est entendu.
RÉMY
Et je vous apporterai lesdeux cents t’écus; de manière qu’en m’épousant, Nicette, vous pourrez vous vanter d’avoir un joli magot, (a part.) On est fin! (u son.)