ACTE PREMIER. — SCENE PREMIERE
Dans le tranquille gynécée, Auprès des bons rouets chargés
De lins légers, Tu dors, Briséïs, fiancée !
Ces lauriers frissonnent encore D'avoir frôlé tes voiles blancs,
Ces lys tremblants T'attendent comme une autre aurore ;
Et les colombes endormies, Là-bas, dans notre colombier,
Sous le sorbier, Rêvent à tes lèvres amies.
Viens! n'entends-tu pas qu'une voix éprise Se mêle aux rumeurs de la vaine brise ?
Briséïs apparaît sur la terrasse, une lampe à la main.
C'est elle!
Pendant qu'elle regarde au dehors, en se penchant, Hylas se dérobe derrière les buissons, cueille des rieurs, les assemble, et, rapproché de la fenêtre, les jette à Briséïs, en disant :
Viens !
Hylas! ô joie ! encore ici !
Mélancoliquement et comme prise d'un remords :
L'âme pleine d'un noir souci, Je veillais Thanastô, ma mère, maîtrisée Par un mal sans merci.
Elle soulève la tenture et regarde dans la maison.
Mais un Dieu la secourt : elle dort, apaisée. Ardente et joyeuse :
Et tu m'appelles ! Me voici !