SCENE VI
A T A L I D E , ROXANH.
A T A l i n E , se jetlant aux pieds de Roxane .
J F. ne viens plus , Madame, à feindre disposée , Tromper votre bonté , si long-tems abusée.
Confuse, et digne objet de vos inimitiés.
Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos pieds.
go bajazet
Oui, Madame, il est vrai que je vous ai trompée. Pu soin de mon amour seulement occupée.
Quand j’ai vu Bajazet, loin de vous obéir.
Je n’ai , dans mes discours, songé qu’à vous trahir.
Je l’aimai, dès l’enfance; et, dèscctems. Madame, J’avois, par mille soins , su prévenir son ame.
La Sultane sa mere , ignorant l’avenir ,
Hélas ! pour son malheur, sc plut à nous unir!... Vous l’aimâtes depuis. Plus heureux l’un et l’autre. Si connoissant mon cœur, ou me cachant le vôtre. Votre amour de la mienne eût su se défier!
Je ne me noircis point pour le justifier.
Je jure par le Ciel , qui me voit confondue,
Tar ces grands Ottomans dont je suis descendue,
Et qui tous , avec moi , vous parlent , à genoux. Pour le plus pur du sang qu’ils ont transmis en nous ! Bajazet à vos soins , tôt ou tard plus sensible. Madame , à tant d’attraits n’étoit pas invincible. Jalouse, et toujours prête à lui représenter Tout ce que je croyois digne de l’arrêter,
Je n’ai rien négligé, plaintes, larmes, colère; Quelquefois attestant les mânes de sa mere....
Ce jour même , des jours le plus infortuné !
Lui reprochant l’espoir qu’il vous avoit donné ;
Et de ma mort enfin le prenant à partie.
Mon importune ardeur ne s’est point rallentie Qu arrachant, malgré lui, des gages de sa foi.
Je ne sois parvenue à le perdre avec moi.
Mais pourquoi vos bontés scroicnt-clles lassées?
C vous art ® tcx point à ses froideurs passées.
TRAGÉDIE, ffr
C’est moi qui l’y forçai. I.cs noeuds que j’ai rompus. Se rejoindront bientôt, quand je ne serai plus. Quelque peine pourtant qui soie duc à mon crime, ï5’ordonnez-pas vous-même une mort légitime»
ït ne vous montrez point à son cœur éperdu Couverte de mon sang par vos mains répandu.
D’un cœur trop tendre encore épargnez la foiblessc. Vous pouvez de mon sort me laisser la maîtresse, Madame; mon trépas n’en sera pas moins prompt. Jouissez d’un bonheur dont ma mort vous répond. Couronnez un Héros dont vous serez chérie.
J’aurai soin de ma mort, prenez soin de sa vie.
Allez , Madame , allez. Avant votre retour ,
J’aurai d’une rivale affranchi votre amour,
Je ne mérite pas un si grand sacrifice.
Je me connois , Madame; et je me fais justice.
Loin de vous séparer, je prétends aujourd’hui.
Par des nœuds éternels , vous unir avec lui.
Vous jouirez bientôt de son aimable vue.
{ Atalide se releve. )
Levez-vous,... Mais que veut Zatime toute émue?
U BAJAZET