‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 32 sur 117 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

NÉRON, Bl'RRHIIS.

Burrhus.

ut cette paix , Seigneur, et ces embrassemens Vont offrir à mes yeux des spectacles charmans! Vous savez si jamais ma voue lui fut contraire ,

Si de son amitié j’ai voulu vous distraire Et si j’ai mérité cet injuste courroux?

Néron.

Je ne vous flatte point ; je me plaignoisdc vous, Burrhus. Je vous ai cru tous deux d’intelligence;

Mais son inimitié vous rend ma confiance.

Elle sc hâte trop , Burrhus , de triompher.

J’embrasse mon rival ; mais c’est pour l’étouffer! Burrhus.

Quoi ! Seigneur ?...

Néron, l’interrompant.

C’en est trop. Il faut que sa ruine Mc délivre à jamais des fureurs d’Agrippine.

Tant qu’il respirera je ne vis qu’à demi.

Elle m’a fatigué de ce nom ennemi;

Et je ne prétends pas que sa coupable audace Une seconde fois lui promette ma place! 1 Bürriius.

Elle va donc bientôt pleurer Britannicus?

Néron.

Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.

Burrhus.

Et qui de ce dessein vous inspire l’envie?

Néron.

Ma gloire , mon amour , ma sûreté , ma vie.

Burrhus.

Non , quoi que vous disiez, cet horrible dessein Ne fut jamais , Seigneur , conçu dans votre sein!

Burrhus?

Néron.

F iîj

fit pour vos ennemis compter tous vos sujets.

A ii ! de vos premiers ans l’heureuse expérience Vous fait-elle , Seigneur, haïr votre innocence? Songez-vous au bonheur qui les a signalés?

Dans quel repos, ô Ciel ! les avez-vous coulés?

Quel plaisir de penser et de dire , en vous-même :

« Far-tout , en ce moment , on me bénit , on m’aime ! w On ne voir point le peuple à mon nom s’alarmer ; mLc Ciel dans tous leurs pleurs ne m’entend point nommer i

»» Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage;

« Je vois voler par-tout les cœurs à mon passage! ». Tels étoîent vos plaisirs. Quel changement, ô Dieux I.c sang le pius ab’cct vous étoir précieux,

L ! n jour-, il m en soutient , le Sénat équitable Vous pressoir de souscrire à la mort d’un coupable. Vous résistiez. Seigneur, à leur sévérité.

V oti e cœur s accusoit de trop de cruauté;

Et, plaignant les malheurs attachés i l’Empire,

ci Je voudrois , disiez-vous , ne savoir pas écrire.'.,.

Non , ou vous me croirez , ou bien de ce malheur Ma mort m’épa>-gnera la vue et la douleur.

On ne me verra point survivre à votre gloire.

Si vous allez commettre un action si noire....

■ $ e j* ttant aux pieds de Néron. )

Me voi’à prêt , Seigneur. Avant que de partir*

Faites pcrcei ce cœur qui n’y peut consentir.

Appeliez les cruels qui vous l’ont inspirée;

Qu’ils viennent essayer leur main mal assurée....

Mais » je vois que mes pleurs touchent mon Empereur i:

BRIT ANNICUS,

Je vois que sa vertu frémit de leur fureur!

Ne perdez, point de tems , nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides. Appeliez votie frere; oubliez dans scs bras....

Néron, l’interrompant.

Ah! que demandez-vous?

• Non , il ne vous hait pas.

Seigneur. On le trahit; je sais son innocence.

Je vous réponds oour lui de son obéissance.

J’y cours. Je vais presser un entretien si doux.

Dans mon appartement qu’il m’attende avec vous.

( Burrhis son. )

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