‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 51 sur 117 · A R S ACE · texte numérisé non relu

A R S ACE

Quoi ! ce discours pourroït-il vous troubler ? Antiochus.

Ainsi donc , sans témoins , je ne lui puis parler ?

Vous la verrez. Seigneur. Bérénice est instruite Que vous voulez ici la voir , seule et sans suite.

La Reine , d’un regard . a daigné m’avertir Qu’à votre empressement elle alloit consentir |

Et , sans doute , elle attend le moment favorable Pour disparoître aux yeux d’une Cour qui l’accable. Antio chus.

Il suffit. Cependant n’as-tu rien négligé Des ordres importans dont je t’avois chargé?

Seigneur, vous connoissez ma prompte obéissance.

Des vaisseaux , dans Ostie armés en diligence , prêts à quitter le port de momens en momens , S’attendent pour partir que vos commandemcns.., JMais qui renvoyez-vous dans votre Cotnagcne £

Auhochu s.

Arsace, il faut partir quand j’aurai vu la Reine*

Qui doit partir?

Moi.

Vous ?

Antiochus.

En sortant du Palais,

Je sors de Rome, Arsace ; et j’en sors pour jamais!

Je suis surpris , sans doute , et c’est avec justice* Quoi 1 depuis si long-tems la Reine Bérénice Vous arrache , Seigneur , du sein de vos États , Depuis trois ans dans Rome elle arrête vos pas ,

Et lorsque cette Reine, assurant sa conquête. Vous attend pour témoin de cette illustre fête , Quand l’amoureux Titus, devenant son époux ,

Lui prépare un éclat qui rejaillit sur vous....

Ami ochus, l'interrompant.

Arsace, laissc-la jouir de sa fortune.

Et quitte un entretien dont le cours m’importune*

Arsace.

Je vous entends , Seigneur. Ces mêmes dignités Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés i L’inimitié succédé à l’amitié trahie ?

Antiochus.

Koq , Arsace , jamais je ne l’ai moins haïe ?

Quoi Jonc ! de sa grandeur déjà trop prévenu ,

Le nouvel Empereur vous a-t-il méconnu ?

Quelque pressentiment de son indifférence Vous fait-il loin de Rome éviter sa présence?

Ahtiochus,

Titus n’a point pour moi paru se démentir}

J’aurois tort de me plaindre.

Arsace,

Et pourquoi donc partir?

Quel caprice vous rend ennemi de vous-même i Le Ciel met sur le tronc un Trince qui vous aime. Un Prince, qui, jadis témoin de vos combats.

Vous vit chercher la gloire et la mort sur ses pas ,

Et de qui la valeur , par vos soins secondée.

Mit enfin sous le joug la rebelle Judée.

Il se souvient du jour, illustre et douloureux ,

Qui décida du sort d’un long siège douteux.

Sur leur triple rempart les ennemis tranquilles Contcmploient , sans péril , nos assauts inutiles.

Le bélier impuissant les menaçoit en vain :

Vous seul , Seigneur , vous seul , une échelle à la main. Vous portâtes la mort jusques sur leurs murailles.

Ce jour presque éclaira vos propres funérailles }

Titus vous embrassa mourant entre mes bras ,

Et tout le camp vainqueur pleura votre trépas.

Voici le tems , Seigneur , où vous devez attendre Le fruit de tant de sang qu’ils vous ont vu répandre.

Si , pressé du désir de revoir vos États ,

Vous vous lassez de vivre où vous ne régnez pas ,

Faut-il

tragédie. „

^Faut-il que sans honneurs l’Euphrate vous revoie ? Attendez pour partir que César vous renvoie Triomphant , et changé des titres souverains Qu’ajoute encore aux Rois l'amitié des Romains.

Rien ne peut-il. Seigneur, changer votre entreprise? Vous ne répondez point.

Antiochus.

Que veux tu que je dise ?

J’attends de Bérénice un moment d’entretien.

Hé bien , Seigneur ?

Antiochus.

Son sort décidera du mien,

Comment?

Antiochus.

Sur son hymen j’attends qu’elle s’explique.

Si sa bouche s’accorde avec la voix publique ,

S’il est vrai qu'on l’éleve au trône des Césars >

Si Titus a parlé , s’il l’cpouse , je pars.

Mais qui rend à vos yeux cet hymen si funeste î Antiochus.

Quand nous serons partis, je te dirai le reste.

Dans quel trouble. Seigneur , jettez-vous mon esprit ! Antiochus

la Reine vient..,. Adieu,.,. Fais tout ce que j’ai dit,

( Aruice sort, )

ro

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