‹ Britannicus, tragedie de RacineChapitre 58 sur 117 · BÉRÉNICE , PHÉNICE , TITUS , PAULIN · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE , PHÉNICE , TITUS , PAULIN

Bérénice, à Titus.

E vous offensez pas si mon zèle indiscret De votre solitude interrompt le secret.

Tandis qu’autour de moi votre Cour assemblée Retentit des bienfaits dont vous m’avez comblée ,

Est-il juste. Seigneur, que seule, en ce moment.

Je demeure sans voix , et sans ressentiment ?

Mais, Seigneur, < car je sais que cet ami sinccre Du secret de nos coeurs connoît tout le mystère)

Votre deuil est fini , rien n’arrête vos pas;

Vous êtes seul , enfin , et ne me cherchez pas.

J’entends que vous m’offrez un nouveau diadème.

Et ne puis, cependant, vous entendre vous même. Hélas ! plus de repos , Seigneur, et moins d’éclat 1 Votre amour ne peut-il pavoître qu’au Sénat?

Ah î Titus, ( car enfin l’amour fuit la contiainte De tous ces noms que suit le respect et la crainte )

De quel soin votre amour va-t-il s’importuner ?

N’a-t-il que des États qu'il me puisse donner ?

Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche? Un soupir, un regard, un mot de votre bouche.

Voilà l’ambition d’un cœur comme le mien.

Voyez-moi plus souvent et ne me donnez rien.

Tous vos momens sent-iîs dévoués à l'Empire)

Ce cctur , après huit jours, n’a-t-il rien à me dire?... Qu’un mot va rassurer mes timides esprits!.,.

Ma's parliez-vous de moi quand je vous ai surpris? Dans vos secrets discours étois-je intéressée ,

Seigneur ? Étois-jc , au moins , présente à la pensée ?

N’en doutez point. Madame; et j’atteste les Dieux Que toujours Bérén ce est préseme à mes yeux! L’absence , ni !c tems , je vous le jure encore ,

Ne vous peuvent ravir ce coeur qui vous adore! Bérénice.

Eh ! quoi , vous me jurez une éternelle ardeur.

Et vous me la jurez avec cette froideur!

Pourquoi meme du Ciel attester la puissance?

faut il par des scrmens vamcrc ma d. fiance?

Mon coeur ne prétend point, Seigneur, vous démentir. Et je vous en croirai sur un simple soupir.

Madame ..

Titus.

Bérénice.

Hé bien. Seigneur?.. Mais, quoi ! sans merépondre. Vous détournez les yeux , et sembler vous confondre ! Ne m 'offrirez- vous plus qu’un visage interdit? Toujours la mort d’un pere occupe votre esprit.

Rien ne peut-il charmer l’ennui qui vous dévore^

Titus.

Plut aux Dieux que mon pere, hélas! vécût encore!

Que je vivrois heureux!

Bérénice.

Seigneur , tous ces regret*

De votre piété sont de justes effets ;

Mais vos pleurs ont assez honoté sa mémoire.

Vous devez d’autres soins à nome, à votre gloire.

De mon propre intérêt je n’ose vous parler.

Bérénice autrefois pouvoir vous consoler.

Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée.

De combien de malheurs , pour vous persécutée.

Vous ai- je, pour un mot, sacutté mes pleurs ?

Vous- regrettez un pere,.,. Hélas] foiblcs douleurs]

Et moi , ce souvenir me fait f émir encore! )

On vouloit m'atrachcr de tour ce que j'adore !

Moi , dont vous connoisstz le trouble et le tourment. Quand vous ne me quittez que pour quelque moment. Moi , qui mourrois le jour qu’on voudroit m’interdire De vous...

Titus, l'interrompant.

Madame, hélas! que me venez-vous dire?

Quel tems choisissez-vous?... Ah; de grâce, arrêtez] C’est trop , pour un ingrat, prodiguer vos bontés î Bérénice.

Pour un ingrat. Seigneur Eh; le pouvez-vous être ?J Ainsi donc mes boutés vous fariguent , peut-être i

Non , Madame. Jamais , puisqu’il faut vous parler, Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler;

Mais...

Bérénice,

Achevez ?

Titus,

Hélas î

Patlez ?

Titus.

Rome... l’Empire..;

Bérénice.

Hé bien ?

Titus, à Paulin.

Sortons , Paulin , je ne lui puis rien dire.

( Il sort, avec Paulin. )

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