ANTIOCHUS, A R S A C E
Antiochvs.
H É bien , voilà l’espoir que tu m’avois renilu! % Et tu vois le triomphe où j’étois attendu!
Bérénice partoit , justement irritée ,
Pour ne la plus revoir , Titus l’avoit quittée !...
( A part. )
Qu’anc donc fait, grands Dieux! quel cours infortuné A tna funeste vie aviex-vous destiné ?
Tous ses momens ne sont qu’un éternel passage De la crainte à l’espoir, de l’espoir à la rage;
Et je respire encor !... Bérénice!... Titus !...
Dieux cruels ! de mes pleurs vous ne vous rirex plus!
( Il sort , avec Arsace. )
TITUS, BÉRÉNICE, PIIÉNICE.
BÉRÉNICE, à Titus.
Ion, je n’écoute rien. Me voilà résolue:
Je veux partir.... Pourquoi vous montrer à ma vue ? Pourquoi venir encore aigrir mon désespoir?
N’etes-vous pas content ?... Je ne veux plus vous voir.
Titus.
. ; TRAGÉDIE;- t?
• Titus.
&ïaîs , de grâce ! écoutez.
Bérénice.
Il n’est plus rems.
Titus.
Madame, '
Cn mot !
# Bérénice.
Xon.
Titus, à part.
Dans q\iel trouble clic jette mon amc
( A Bérénice. )
Ma Princesse , d’ou vient ce changement soudain ?
C’en est fait.... Vous voulez que je parte demain;
Et moi f j’ai résolu de partir tout-à-l’heutc.
Et je pars.
Titus.
Demeurez!
Bérénice.
Ingrat ! que je demeure !
Eh! pourquoi? Tour entendre un peuple injurieux Qui fait de mon malheur retentir tous ces lieux i Xe l’entendez-vous pas cette cruelle joie ,
Tandis que dans les pleurs moi seule je me noie ?
Quel crime, quelle offense a pu les anitner ?
Hélas ! et qu’ai-jc fait que de vous trop aimer ?
Titus,
ïcoutcz-vous , Madame , une foule insensée-?
Bérénice.
Je ne vois rien ici dont je ne sois blessée*
Tout cet appartement , préparé par vos soins.
Ces lieux , de mon amour si long tetris les témoins. Qui sembloicnt , pour jamais , me répondre du vôtre. Ces feston», où nos noms , cn'acés l’un dans l’autre,
A mes tristes regards viennent par-tout s'offrir.
Sont autant d'imposteurs , que je ne puis souffrir...» * ( A Ph/nice. )
Allons, Phénicc.
Titus.
O Ciel I que vous êtes injuste i Bérénice,
Retournez , retournez vers ce sénat auguste.
Qui vient vous applaudit de votte cruauté.
Hé bien, avec plaisir , l'avez-vous écouté?
Etes-vous pleinement content de votre gloire? Avez-vous bien promis d oublier ma mémoire ?
Mais ce n’est pas assez expier vos amours :
Avez-vous bien promis de me haïr toujours ?
Titus.
Kon , je n’ai rien promis ... Moi , que je vous haïsse! Que je puisse tamais oublier Bérénice !...
( A pii rt, )
Ah ! Dieux! dans quel moment son injuste rigueur * De ce etuel soupçon vient atHiger mon cœur!...
( A Bérénice. )
Connoisscz moi , Madame ; et depuis cinq années Comptez tous les momens et toutes les tournées Où par plus de transports et par plus de soupirs
7e vous ai de mon coeur exprimé les désirs.
Ce jour surpaie tout. Jamais, je le confesse,
Vous ne fûtes aimée avec tant de tendresse.
Et jamais...
BÉRÉNICE, l'interrompant.
Vous m’aimez, vous me le soutenez.
Et cependant , je pars , et vous trie l’ordonnez ?
Quoi I dans mon désespoir trouvez-vous tant de char» mes ? ■
Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes ?
Que me sert de ce coeur l’inutile retour 5 ...
Ah ! cruel.' par pitié, montre-moi moins d’amour !...
Ne me rappeliez point une trop chere idée.
Et laissez-moi , du moins , partir persuadée Que, déjà de votre aine exilée en secret,
J’abandonne un ingrat qui me perd sans regret..,,
( Titus lit une Lettre. )
Vous m’avez arraché ce que ie viens d’écrire.
Voilà de votre amour tout ce que je desire.
Usez , ingrat ! lisez , et me laissez sortir.
Titus.
Vous ne sortit çz point , |c n’v pu's consentir.
Quoi! ce départ n’est donc qu’un cruel stratagème? *
Vous cherchez à mourir, et de touc ce que j’aime Il ne restera plus qu’un triste souvenir !...
( A Phenire. )
Qu’on cherche Antiochus, qu’on le fasse venir.
( P hé me e son , et Bérénice se laisse tomber sur un siège. )
GÜ .
7* Bérénice;