‹ Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarquesChapitre 1 sur 87 · Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarques · texte numérisé non relu

Britannicus, tragédie. Avec commentaires choisis des meilleurs commentateurs français. Augmentés de remarques

Tous serez peut-être étonné de voir votre nom à la tête de cet ouvrage, et si je vous avais demandé la permission de vous l’offrir, je doute si je l’aurais obtenue. Mais ce serait être en quelque sorte ingrat, que de cacher plus longtemps au monde les bontés dont vous ni’avez toujours honoré. Quelle apparence qu’un homme qui ne travaille que pour la gloire se puisse taire d’une protection aussi glorieuse que la vôtre?

Non, Monseigneur, il m’est trop avantageux que l’on sache que mes amis mêmes ne vous sont pas indifférents, que vous prenez part à tous mes ouvrages, et que vous m’avez procuré l’honneur de lire celui-ci devant un homme dont toutes les heures sont précieuses 2). Vous fûtes témoin avec quelle pénétration d’esprit il jugea de l’économie de la pièce, et combien l’idée qu’il s’est formée d’une excellente tragédie est au delà de tout ce que j’en ai pu concevoir.

!) Charles-H onoré d’Albert, duc de Luynes, de Chevreuse et de Chaulnes, pair de France, connu sous le nom de duc de Chevreuse, fils de la fameuse duchesse de Chevreuse; il naquit en 1620, et mourut en 1690. Ecrivain ascétique, il se lia avec les solitaires de Port Royal , et a laissé plusieurs ouvrages sous le nom de Laval.

2) Le grand Colbert, beau-père du duc de Chevreuse.

Ne craignez pas, Monseigneur, que je m’engage plus avant, et que, n’osant le louer en face, je m’adresse à vous pour le louer avec plus de liberté. Je sais qu’il serait dangereux de le fatiguer de ses louanges ; et j’ose dire que cette même modestie, qui vous est commune avec lui, n’est pas un des moindres liens qui vous attachent l’un à l’autre.

La modération n’est qu’une vertu ordinaire quand elle ne se rencontre qu’avec des qualités ordinaires. Mais qu’avec toutes les qualités et du cœur et de l’esprit, qu’avec un jugement qui, ce semble, ne devrait être le fruit que de l’expérience de plusieurs années, qu’avec mille belles connaissances que vous ne sauriez cacher à vos amis particuliers, vous ayez encore cette sage retenue que tout le monde admire en vous, c’est sans doute une vertu rare en un siècle où l’on fait vanité des moindres choses. Mais je me laisse emporter insensiblement à la tentation de parler de vous; il faut qu’elle soit bien violente, puisque je n’ai pu y résister dans une lettre où je n’avais autre dessein que de vous témoigner avec combien de respect je suis,

Monseigneur,

Votre très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur,

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