L'ORATEUR
On m'objecte un fait plus personnel. "Vous avez, vous-même, approuvé le règlement Laurier-Greenway ; vous auriez mauvaise grâce à attaquer le ministère actuel, même s'il règle mal la question du Kéwatin."
J'ai rencontré cette objection, pour la première fois, l'autre jour, dans les colonnes d'un journal "indépendant' de Montréal, où se glissent parfois, sous de très habiles déguisements, certains "communiqués" officieux, cer-
POUR LA JUSTICE
taines inspirations parties de haut lieu (1).
Cet argument appartient au même genre de logique que le précédent.
Supposons que le fait fût vrai, tel qu'on l'affirme, que prouverait-il dans la bouche de gens qui ont dénoncé comme un crime le "règlement Laurier-Greenway"? S'en trouveraient-ils plus justifiables d'en faire autant?
Mais je vous dois peut-être quelques explications, à vous, jeunes gens qui avez foi en moi. (Applaudissements).
En 1897, j'étais comme vous, jeune, naïf, plein d'enthousiasme, d'espérance et d'illusions. Je croyais en Laurier; la désillusion est venue lentement — mais le jour où j'ai cru qu'il n'avait plus d'autre culte que le succès, je l'ai quitté, au prix de sacrifices que je n'ai racontés à personne.
Jeunes gens, profitez de mon eremple: n'accordez à personne une confiance aveuglé! Et le jour où je manquerais au devoir, n'hésitez pas \ me châtier, car je ne mérite que vous me suiviez que si je vous guide toujours dans la voie de l'honneur.
Je ne veux pas, je le répète, "ressusciter la question manitobaine" à propos de celle de Kéwatin — et en ceci, je répondrai plus fidèlement au voeu de M. Monk que son collègue, le ministre des Postes, ne l'a fait.
Mais M. Pelletier en a trop parlé pour que je n'ajoute pas un mot de justification pour ceux qui ont, de bonne foi, accepté ou appuyé l'attitude de M. Laurier à ce sujet.
Je ne reviendrai pas sur la lutte de 1896 elt toutes les pérépéties qui l'ont précédée ou accompagnée. C'est une histoire à faire. M. Pelletier en a rappeio, l'autre soir, avec beaucoup de bonheur, plusieurs éléments er3entiels.
Je rends hommage à tous les conservateurs convaincus qui ont fait la lutte avec sir Charles Tupper, croyant sin-
(1) Ceci est une allusion à un article de la "Patrie", du 29 février. Dans son zèle, l'inspirateur de la "Patrie" va même jusqu'à parler de mon attitude, en Chambre, sur la motion de M. Laurier, proposant le renvoi à six mois du Bill remédiateur. "M. Bourassa vota pour cet amendement". Or, à ce moment, je n'étais pas même député ! La véracité du monsieur est à la hauteur de sa logique.
cèrement qu'il avait adopté le meilleur moyen de régler la question; mais je demande à ces mêmes conservateur»
convaincus quelque indulgence pour leslibéraux honnêtes qui crurenjt qu'en présence des deux décisions du Conseil Privé, il y avait plus d'avantages à rechercher un règlement à l'amiableque de t.nter la rigoureuse exécution, d'une loi singulièrement dépourvue de sanction.