‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 235 sur 289 · LA RUPTURE EST-ELLE INEVITABLE · texte numérisé non relu

LA RUPTURE EST-ELLE INEVITABLE

Mais, disent les impérialistes, si nous ne faisons rien, l'empire va se démembrer quand même.

C'est possible. Mais si vous laissez la Providence et l'instinct des peuples nous diriger, comme ils ont dirigé les autres peuples; si vous laissez le Canada, comme le reste de l'empire, se développer dans sa tradition nationale et ethnique, la séparation sera lointaine, elle sera harmonieuse. Nous resterons les meilleurs alliés de l 'Angleterre, et l 'Angleterre, comme les autres nations de l'Europe, trouvera avantageux de sauvegarder, sur ce territoire de l'Amérique du Nord, l'indépendance d'un pays qui fera contre-poids à l'envahissement américain.

Tandis que la conséquence de votre politique, c'est la rupture à brève échéance; c'est la rupture dans la haine, c'est la rupture dans la dispute des intérêts en conflit, c'est la rupture à la suite de la destruction d'un idéal trop grand.

Je dis aux impérialistes sincères: Revenez sur la terre, voyez les hommes comme ils sont: Vous ne pouvez pas du Canadien faire un Anglais, vous ne pouvez pas de l'Australien faire un Néo-Zélandais.

Je lisais dans un journal, il y a à peine quinze jours, qu'un Anglo- canadien, M. Hamar Greenwood, député à la Chambre des Communes de l'Angleterre, se présentant de nf ~eau au r»*«

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électoral dans un des quartiers de Londres, se faisait injurier dans les assemblées publiques et se faisait traiter de "foreigner ; \ Et là-dessus le correspondant d'un journal canadien, le "Globe", s'indignait au nom de l'unité impériale.

Je rencontrais, il y a un mois, un homme politique canadien — et si je vous disais son nom ce soir, il y aurait un moment de stupeur ou un vaste éclat de rire — qui me disait être allé en Angleterre Tan dernier, la première fois depuis quinze ans. C'est un impérialiste en public — et il Test au fond, avec sincérité ; seulement il croit moins à la possibilité du sytème que ses déclarations publiques ne semblent l'indiquer.

"J'ai été épouvanté, me disaitil, de constater en moi-même la largeur et la profondeur de l'abîme qui nous sépare de plus en plus du peuple anglais. Le sang anglais le plus pur coule dans mes veines ; j'avais rêvé de mourir sous le drapeau britannique ; j'admire et j'aime la constitution anglaise ; mais je ne puis me défendre de constater que chaque année, chaque mois,

chaque jour accentue les divergences de vues intellectuelles, économiques et sociales qui nous séparent du peuple de la mère-patrie, et je me demande où nous en serons dans vingt-cinq ans!"

Messieurs, je respecte et j'honore les impérialistes sincères ; mais ni eux ni moi, ni M. Laurier ni M. Borden, aucun gouvernement et aucun parti ne peuvent changer le cours de l'histoire et empêcher que deux peuples séparés par ur océan ne s'éloignent toujours l'un de l'autre et ne se dirigent chacun dnas la voie où les mènent la Providence et }*« développement de leurs instincts nouveaux.

La langue américaine nous pénètre, les idéfN américaines nous envahissent, les moeurs américaines s'introduisent chez nous, et surtout chez les Anglo- Canadiens, que la différence de langue n* préserve pas comme nous — cette différence de langue que plusieurs d'entre eux déplorent ou maudissent et qui eat cependant, pour l'Angleterre comme pour nous, la meilleure sauvegarde de l'autonomie canadienne et des institutions britanniques.

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