‹ Brochures diverses (volume 2)Chapitre 49 sur 289 · A LIVERPOOL, 12 JUIN · texte numérisé non relu

A LIVERPOOL, 12 JUIN

Dès leur arrivée sur le sol britannique, les délégués coloniaux subirent l'assaut des hommes politiques de la Grande Bretagne. Comme pour mieux indiquer la pensée qui avait présidé à l'organisation des fêtes jubilaires, la première réception fut celle de la Ligue de V Empire Britannique, à L,iverpool, le 12 juin 1897. ^e duc de DEVONSHIRB, L,ord Président du Conseil, et président général de la Ligue, fit le discours d'inauguration.

Cette ligue, dit-il, a été fondée pour remplacer la Ligue de la Fédération Impériale, dans le but général de faire tout en son pouvoir pour resserrer les liens commerciaux et les autres relations qui nous unissent aux colonies, mais en s' appuyant sur un principe qui élimine complètement toute tentative d'opérer, à l'heure actuelle, un changement politique ou organique dans ces relations

Nous avons aujourd'hui la bonne fortune de pouvoir être les premiers à recevoir, sur notre sol, le Premier-Ministre du Canada, qui ne représente pas seulement l'une de nos colonies autonomes mais une fédération de huit colonies autonomes — un homme d'Etat qui, accepté par toute la polulation canadienne, anglaise et française, protestante et catholique, est le symbole vivant de la vitalité réelle de l'idée fédérative. Nous l'accueillons avec d'autant plus de bonheur que la première mesure qu'il a soumise à son parlement a été une démarche, — et, croyons-nous, «ne démarche importante,— dans la voie d'un rapprochement commercial vers notre pays. Nous avons là une preuve du désir qu1 éprouvent les hommes d' Etat canadiens appuyés par le peuple canadien, d'unir à notre propre puissance la force qu'ils ont puisée dans leur fédération, et de rendre plus intimes et, espérons-le, plus permanents, les liens qui nous unissent.

Sir GEORGE TURNER, premier-ministre de Victoria : Nous n'oublions

pas les nombreux bénéfices, privilèges et avantages que nos colonies ont reçus ; et s'il devait venir un moment où, par malheur, le peuple anglais d'ici eût besoin d'une preuve distincte et déterminée du sentiment d'amour envers la mère-patrie qui anime encore ces fils établis dans les régions lointaines, nous ferons notre devoir comme il

convient en secourant cette mère-patrie Je puis affirmer en toute sincérité que si

jamais les colonies abandonnent l'empire ce ne sera pas la faute des colonies..

L,e soir, la Chambre de Commerce de L/iverpool donna un banquet aux délégués des colonies.

Le duc de DEVONSHIRE : Nous avons en ce moment une occasion opportune, qui ne se présentera peut-être pas de nouveau d'ici longtemps, d'entendre ce que nous devons connaître des sentiments, des besoins, des désirs et des opinions de nos concitoyens des colonies ; et nous ne saurions mieux profiter de cette occasion qu'en nous efforçant de nous renseigner auprès d' eux plutôt que de leur communiquer nos propres vues. Quelque intimes que soient les relations qui existent actuellement entre nos colonies et nous-mêmes, et bien que le temps puisse venir où ces relations seront encore beaucoup plus intimes, il est manifeste que nos colonies doivent nous connaître beaucoup mieux que nous ne les connaissons nous-mêmes

Les manifestations des quelques semaines à venir permettront à nousmêmes et à nos hôtes, d'entendre et de dire beaucoup de choses qui fortifieront en nous tous la conviction que l'union continue et accrue de notre empire profitera égale-

ment aux intérêts matériels du Royaume-Uni et des colonies Il est impossible, je

crois, que nos masses populaires restent indifférentes en présence des hommes d'Etat qui dirigent ces grandes agglomérations coloniales dont les proportions leur ont jusqu'ici à peu près échappé, surtout lorsqu'elles les verront entourés de représentants de forces armées dont elles soupçonnaient à peine l'existence. Et je ne pense pas non plus que V imagination de nos hôtes puissent échapper à V effet que produira sur eux, mardi de la semaine prochaine, les acclamations qui accueilleront notre Reine, en leur présence, dans les rues encombrées de Londres. Je ne crois pas davantage qu'aucun de nos hôtes des colonies qui contemplera, le samedi suivant, le déploiement de la puissance navale de la Grande Bretagne, reste un spectateur indifférent de cette manifestation. Et je crois que chacun d'eux sentira, plus fortement qu'il ne l'a jamais éprouvé jusqu'ici peut-être, que ce n'est pas un avantage à dédaigner que d'être citoyen d'un Etat possédant une puissance navale unique et sans rivale, telle qu'elle se manifestera à Spithead

Ayant fait une revue générale de l'histoire politique du Canada, M. LAURIER dit :

Les pensées de sécession disparaissant, l'idée de l'union, d'une union plus intime, prend'place. Aujourd'hui, il existe au Canada un sentiment en faveur d'une union

plus intime avec la mère-patrie Quel sera l'avenir de ces colonies — quel sera

l'avenir de l'Empire Britannique ? Le moment peut venir — le moment arrive probablement où les citoyens des colonies, tout satisfaits qu'ils soient de leur situation actuelle, la trouveront bientôt insuffisante. Le moment peut venir où la croissance de la population développera des sentiments et des aspirations vers une union plus intime, et il faudra accueillir, reconnaître et satisfaire ces aspirations. Qu'arrivera-t-il alors ? Messieurs, j'ose à peine donner mon opinion ; mais peut-être me permettra-t-on de dire qu'à mon avis, qui est partagé par beaucoup de citoyens de la colonie d'où je viens, on pourra, sans faire violence à la constitution de ces Etats, sans révolutionner leur condition actuelle, trouver une solution dans l'application de l'antique principe

anglais de la représentation Ceci peut se présenter dans un avenir plus ou moins

lointain ; mais il est une question qui s'impose à notre attention immédiate. L'union politique peut être plus ou moins déterminée ; mais il est un devoir qui incombe à toutes les parties de l'Empire Britannique,, c'est celui d'activer les relations commerciales. Je réclame pour le gouvernement actuel le mérite d'avoir adopté une proposition qui va permettre aux produits de la Grande Bretagne de pénétrer chez nous sous un tarif réduit dans la proportion de 12^ pour cent et, l'an prochain, de 25 pour cent. Ceci, nous l'avons fait sans demander aucune compensation. Un certain élément de notre population demande que toutes ces concessions comportent un quid pro quo. Le gouvernement canadien n'a pas obéi à ce sentiment. Nous Pavons fait parce que nous avons une dette de reconnaissance à acquitter envers la Grande Bretagne

Sir H. M. NELSON, premier-ministre de Queensland : Je partage les sentiments que le noble duc a manifestés après-midi au sujet du commerce de l'empire. Je suis de ceux qui croient que le libre-échange est préférable pour le monde entier ; mais

il y faut une condition très importante : c'est que le monde entier l'accepte En

nous voyant nous-mêmes entourés d'autres nations qui ne veulent pas entretenir avec nous des relations faciles, nous devons agir de manière à nous protéger et à nous obtenir un commerce équitable et légitime

M. KINGSTON, premier-ministre de l'Australie du Sud : S'il était possible

de préparer un projet commun permettant à la mère-patrie et à ses colonies d'atteindre ce but, nous, de l'Australie du Sud, n'en serions que trop heureux. On nous a dit que notre devoir était de nourrir ceux qui ont faim : nous ne serions que trop contents d'accomplir ce devoir à l'aide des viandes de l'Australie. On nous a dit que nous devions donner à boire à ceux qui ont soif : pouvons-nous entretenir le pieux désir qu'un jour vienne bientôt où la soif de la Grande Bretagne puisse s'étancher plus largement à l'aide des vins australiens ?

Le contraste est frappant entre l'amour sentime?ttal du Canada et V amitié pratique de l'Australie.

En commentant ces discours, le Times, de Londres, à qui j'emprunte ce compte-rendu, disait :

La note dominante des discours de M. Laurier, de sir Georges Turner, de M. Seddon, de sir H. Nelson et de M. Kingston, c'est la conviction sincère et inébranlable que, dans l'intérêt mutuel des colonies et de la mère-patrie, le lien impérial ne doit £ as être affaibli; mais qu'au contraire, on doit faire tous les efforts possibles

pour le maintenir et le fortifier Ils ne veulent pas être traités en étrangers mais

s'asseoir comme des fils à la table paternelle, prêts à se lever aux côtés de leur Souveraine qui est la nôtre, si jamais l'honneur ou les intérêts de l'Empire sont assaillis Il serait étrange et décevant, lorsque ces sentiments ardents et généreux

dominent partout, de ne pouvoir trouver moyen de resserrer les liens qui unissent la mère-patrie et les nations ses filles {Times, 14 juin, 1897).

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