BRODERIE AUX POINTS DE TRAIT
De beaucoup la plus connue à Fès, la broderie dite ter'z del ghorza, soit littéralement « broderie au point », sè compose essentiellement de points de trait. Elle ce fait sans tracé préalable mais à points comptés, sur toile blanche plus ou moins fine, sur cotonnade ou sur linon tendus sur un mélier. |
Le Métier
| Le métier est appelé mremma (pl. mräim). Le terme mremma désigne aussi les bras en bois de cet appareil (fig. 167) longs de 0"80 à 1 mètre, montés sur pieds de 30 à 50 centimètres de hauteur. Vers leurs extrémités, les bras sont percés de
mortaises destinées à recevoir des traverses mobiles, yiddin, à section rectangulaire et percées de
petits trous.
ET L’étoffe est cousue à même sur les bras ou sur des sortes de manchettes qui les enveloppent. Ne La tension transversale est réalisée par l’écarte- | ment des bras rendus fixes au moyen de petites chevilles enfoncées dans les trous des traverses ; la tension vers les extrémités s’obtient par des fils passant alternativement dans les bords du tissu à broder et autour des traverses. En somme, le métier marocain ne diffère pas sensiblement du métier
européen li.
! | Les Points
Dans un même ouvrage, les points se répartissent toujours sur le même nombre de fils. Ce nombre est généralement quatre, il est quelquefois trois, rarement deux, surtout dans les ouvrages de fabrication récente. La dimension des points varie ainsi d’un à deux millimètres. | | | En raison même de sa finesse et de sa complication, la broderie de Fès est difficile à étudier dans sa texture 2, A Salé, j'ai déjà remarqué qu'un certain nombre de motifs s’exécutent par un aller et retour de l'aiguille sur le même trajet (fig. 80). Ici j'observe souvent la superposition d'une ligne de points diagonaux dans une ligne de points carrés (fig. 63 et 65) ; l’ouvrière est ainsi amenée à effectuer sur un même parcours, deux allers et retours successifs : l'aiguille, qui pénètre par conséquent quatre fois en certains endroits, a piqué souvent aussi dans ja soie, d’où la difficulté extrême de défaire les fils dans toute leur longueur, d’en étudier le parcours et d’en rétablir, la marche. Les observations cidessous consignées constituent, toutefois, une bonne initiation aux broderies de Fès ; elles m'ont aidé à en comprendre l'exécution, à l’entreprendre même dans ses moindres détails, (1) Th. de DizLzMonr, loc. cil., P. 50, fig. 92. ‘
(2) Mes recherches ont été facilitées par celles qu'avait précédemment faites une de mes meilleures collaboratrices, Mie Quetteville, directrice de l’École de filles indigènes d'Alger, qui enseigne dans son ouvroir plusieurs points de broderies marocaines.
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sinon d’une manière aveugle et servile, au moins d’une facon exacte quant au but à poursuivre. ..
Les points de traits divers déjà étudiés : horizontal, vertical, diagonal, sont la base du terz del ghorza. Leurs combinaisons les plus courantes sont : le point serpentant simple ou renforcé et le point étoilé. |
Le point piqué ou meliwi (fig. 74) sert en outre de base à certains ornements; par ailleurs, il les sépare.
Le point serpentant a été étudié plus haut (fig. 80). Il était autrefois seul connu à Fès.
Le point serpentant renforcé est analogue au précédent, mais avec un point de trait supplémentaire qui ferme () le triangle (fig. 168). A l'aller, le fil parcourt, pour chaque
élément, le trajet 1-2-3, 3-4-5, 5-6-7...; aù retour : 13-14-15-16-17, 17-18-19-20 21, etc. DER SS- ee Le point serpentant doublement ren- x 3 3 f 3 4 4 ÿ % A ÿ 13
Jorcé est une variante du précédent. Il a l'avantage de faire disparaître l'effet sinueux de la ligne de points qui gagne dès lors en largeur et s’affirme avec plus de netteté. Il s'emploie surtout sur une seule ligne (fig. 169). Quand il concourt au remplissage de surfaces entières, on ne le rencontre que sur la première ligne ; les lignes suivantes
F1G. 168. — Point serpentant renforcé
se traitent au point renforcé une seule fois (fig. 170).
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FIG. 169 et 170. — Point serpentant doublement renforcé
Dans les pièces qui m'ont révélé ce point, le. fil de soie est relativement serré ; Sa dimension reste toutefois assez grande pour cacher le tissu de fond, mais assez réduite pour ne pas produire un effet matelassé. Le fil de soie est en outre tiré assez fortement pour serrer les uns contre les autres les fils de chaine ou de trame embrassés par le point et réaliser un effet de quadrillage qui rend la broderie très légère et lui donne un aspect
nouveau 2.
(1) Nos figures dans le texte représentent, en un trait fort, le fil de soie qui se trouve. à l'endroit du tissu, et en un trait faible le fil de soie qui se trouve à l’envers. |
(2) J'ai en ma possession un petit morceau de toile de quelques décimètres carrés de surface seulement, brodé de rouge, dont le quadrillage est obtenu par une autre méthode. C'est encore le point serpentant qui est utilisé, mais celui-ci, au lieu d’être renforcé sur les bords, est renforcé sur les traits
perpendiculaires à la direction des lignes | IXLZ IX" 1 de points. La surface à broder est d’abord , dd 444 b c PIXIZIXI] complètement remplie de lignes parallèles , 1X PIVIZ1 et juxtaposées de points serpentants renfor- | | XIPIXI 1 cés comme il vient d’être dit, et de manière Fic. 171
que les points diagonaux changent alternativement de sens (fig. 171, A;. La seconde phase du travail consiste à exécuter une opération identique à la précédente, dans une direction perpendiculaire à la première (fig. 171, B). Il s’agit, en somme d'une superposition de deux couches de points. L'ensemble, représenté par le schéma C de la mème figure donne, lorsque les fils sont de dimension convenable et très tendus, un quadrillage peu différent de celui de Fès
Le morceau en question m'a été donnée par M° Gnaoui, directrice d’ouvoir indigène, à Rabat et comme étant un spécimen d’une très vieille broderie de la localité (*?).
Le point étoilé n’est qu’un See dé de 8 points de trait rayonnant autour d un même
point (fig. 172). | L'intérêt que présente l'exécution des héodartis de Fès réside pourtant moins dans
la distinction des points que dans leurs cb Homes Ceux-ci varient à l'infini, non
seulement selon l'effet à produire,
Ÿ\N Ny NZ, NZ Ne NK mais encore avec les ouvrières. | >) UV AA Un examen attentif m'a permis
FIG. 1%. — Confection de point étoilé d' établir quelques grandes règles générales mises en évidence dans les exercices qui suivent : 1° L'exécution d'une hampe horizontale ou verticale, sur une seule ligne de points,
ne nécessite qu’un voyage aller el relour de mème parcours au Pr serpentant simple
(lig. 173), INT | | | ù ANS
FIG. 173 FiG. 174 : FIG. 15 FiG. 176 FIG. 177 |
> L'exécution d’une hampe horizontale ou verticale sur deux lignes contiguës de points peut se faire comme deux hampes successives, mais en utilisant, pour la deuxième hampe, le point serpentant renforcé (fig. 174 et fig. 175) :
. 3° On procède à l'exécution d’une nappe comme à celle d'une hampe sur deux lignes de points (fig. 176). Dans les feuilles, on cherche à réaliser un ensemble symétrique ; il suffit pour cela de changer le sens des points à partir de l’axe (fig. 177); |
4 Une hampe oblique composée d’une seule ligne de carrés s'exécute en traçant, à l'aller, le contour extérieur (fig. 178, A); en achevant, au retour, ce contour et en
remplissant les carrés par des points de trait diagonaux (fig. 178, B).
Si des appendices doivent se greffer sur le périmètre extérieur de la hampe, ils se font dès le premier voyage d'aller (fig. 179, sh ; au retour. on ne procède pe qu’au di os à intérieur (fig. 179, B):