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d’une pièce carrée ayant environ 1 mètre de côté
A signaler encore, dans certaines pièces quelque peu anciennes, des superpositions et des juxtapositions d’une même nuance de soie dans des tons assez voisins. La raison en est due sans doute à des teintures successives de soie, différemment dosées, pour le même objet. Prémédité ou involontaire, l’effet produit est des plus heureux.
L’'Apprentissage et la Production
L'existence de marquettes, appelées à Fès qli‘a (fig. 166) est l'indice d’un apprentissage organisé. Ïl y a, m'a-t-on déclaré, beaucoup de m‘ällmät dans la capitale marocaine. Ces dernières ne seraient pas, au sens propre du mot, des ouvrières, mais plutôt des femmes expertes dans l’art de la broderie et reconnues telles par leu rs congénères. |
L'apprentissage se fait entre familles voisines, amies ou parentes. Le nombre des élèves, âgées de 7à 9 ans, très restreint pour chaque maîtresse, dépasse rarement quatre. Les leçons durent plusieurs heures par jour pendant quelques années. Plus tard, les apprenties travaillent seules chez elles, mais reviennent assez fréquemment auprès de leurs monitrices, en cas ‘d'embarras. |
La maîtresse ne se fait pas payer ses bons. En revanche elle accepte, de temps à
autre, quelques cadeaux. Le jour de la première leçon on lui offre un peu de miel, du beurre et deux pains qui ont pour vertu d’adoucir le caractère de l’élève et d’amoindrir les difficultés d'apprentissage. La veille de l'échoura, les fillettes apportent chacune un beau cierge, chem‘a, avec un peu d'argent, un réal (5 francs) ou un noss rial (2 fr. 50). Tous les cierges sont allumés, on travaille une demi-heure seulement ce jour-là et l’on s’en va. Les trois jours qui suivent sont également consacrés au repos. En d’autres temps, le travail ne chôme qu’un jour par semaine : le vendredi. Lorsque l'apprentissage est terminé, les jeunes ouvrières travaillent pour elles-mêmes si elles appartiennent à des familles riches, et à façon, pour d’autres, si leur condition est moins aisée. Dans ce cas, elles reçoivent un salaire de 95 francs pour la mise en œuvre de 6 onces de soie, soit 180 grammes ; les matières premières, tissus et soies teintes sont fournies par ceux qui font exécuter des travaux.
Les jeunes filles qui ont des loisirs préparent leur trousseau de mariage, choûra, qui renferme, entre autres objets brodés : des draps destinés à recevoir les matelas, telmita (pl. lämi et tlâmet) ; des coussins de toutes dimensions : carrés, mnkhedda (pl mkhäid), khdtdia (pl. khdiyät et khdädi) ou longs mesned (pl. msäned); des mouchoirs de tête, mendil (pl. nnädel) ; des mouchoirs, derra (pl: drer ; on entend aussi deghgha, pl. dghegh); des serviettes servant à recouvrir les matelas, guelsa (pl. gles ; diminutif : : glisa ; pl. glisät ); des manchons pour coussihs, gholäf (pl. sb au à des ceintures, tekka (pl. tkek), etc.
Les ouvrières ne font pas de broderies pour la vente. Les ban du Morgtän ou souq des broderies sont approvisionnées à peu près de la même façon que celles de Rabat par la voie d’intermédiaires femmes appelées belghäza (pl. belghäzdt). Ces boutiques ne renferment donc que des PIÈGE usagées provenant généralement de propriétaires à court d'argent.
Broderies au point plat A l'exemple de la broderie au point plat d'Alger et de Rabat, la broderie de Fès au
même point, Lerz mcherçÇt, n’a pas d’envers et s'exécute avec de la soie floche, un peu grosse, mais de bonne qualité, sur un tissu clair et léger. Elle orne les extrémités ou les
angles de ceintures ({e/:ka), de mouchoirs {mendil), de voiles de visage (l{äm, pl. ltoùm), de bandes frontales {harräz, pl. hrärez).
Les points se font à droit fil ou à fil biaisé à 45° et l'échelle en est très variable. Ils - courent sur un espace de 1 à 15 et même 20 fils el sont espacés, selon les tissus, de 1 à 2
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ont … FIG. 248
Motifs divers de broderie de Fès au point plat
fils. Aucune solution de continuité n’existe entre eux : la broderie s’accuse par un relief d'une épaisseur uniforme. |
Les fig. 244 à 248 représentent quelques motifs couramment employés. On remar-
quera leur forme plus particulièrement géométrique. Marrakech, Tanger, Oudjda connais-
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F1G. 249 à 253. — Motifs de broderie ancienne de Fès exécutés au point serpentant et au point plat
sent aussi le point plat, mais les motifs, pas plus que les composilions, ne m'ont pas paru très distincts de ceux que je signale ici. A remarquer, toutefois, que la facture èn est généralement moins soignée, notamment dans les ouvrages récents qui deviennent moins réguliers, multicolores et s’inspirent de motifs plus naturistes : mains, fleurs, oiseaux, bizarrement trailés. |
La marquette de Fès représentée plus haut (fig. 166) porte enfin une série d’orne-
ments traités mi-partie au point serpentant simple, mi-partie au point plat ou lancé. Dans
les groupes ayant une apparence végétale, les tiges sont au point serpentlant simple et les feuillages au point plat (fig. 249 à 253). C’est en vain que j'ai cherché des ouvrages de broderie ancienne ou moderne ornés de motifs ainsi traités. Si j'en crois les quelques renseignements recueillis à ce sujet, cette marquette aurait 50 à 60 ans de date et donnerait une idée assez exacte de l’état de la broderie à Fès, il y a un demi-siècle. La comparaison
des motifs qu'elle représente avec les motifs modernes est assez suggestive. Actuellement .
le point plat n’est plus employé concurremment avec les divers points de trait dans une même broderie, le point serpentant simple persiste, mais fait surtout place au point serpentant renforcé dans les surfaces larges de plus d’un point.
BRODERIÈ TISSÉE A L’AIGUILLE
Dans les manuels français qui traitent des ouvrages de dames, on parle, au chapitre s Raccommodage », des reprises diverses qu’en des périodes plus calmes nos aïeules exécutaient avec une patience et un fini dignes d'admiration. Selon la nature des tissus à réparer, on distinguait la modeste reprise toile, la plus jolie reprise satinée, la savante reprise damassée, l’invisible reprise perdue. Or, c’est aux reprises damassées de dessins si divers
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que nous fait songer la broderie tissée de Fès.
Opérant sur un tissu“neuf et en bon état, les ouvrières
ne tendent pas de nouveaux fils de chaine, elles se contentent PIE #07 de disposer, parallèlement et dans un certain ordre, des fils de soie de couleur qui produisent sur a l’étoffe l'effet voulu.
Le support est de l’étamine ou du linon; les fils
en sont comptés et servent de canevas.
D à Dans les dessins d'échelle très réduite, l'élément de base est formé d’un brin Lisseur passant alternativement au-dessus et au-dessous des fils de chaîne de base. Une seule duite de trame est laissée entre deux brins lisseurs (fig. 254).
une seule duite de lissu de fond (fig. 255).
Exécution de la broderie : . tissée à l'aiguille Les dessins de plus grande échelle ont encore à leur
.. base deux brins de soie, mais ceux-ci courent sur quatre ou cinq fils de chaine et sont séparés par deux duites de fond (fig. 256). La soie, très grosse, déborde assez sur les fils voisins pour donner l'impression que les deux brins n’en font qu’un. D'ailleurs les faibles intervalles existant entre les deux brins lisseurs ne nuisent pas à la qualité de l’ouvrage.
Des éléments de proportions intermédiaires se rencontrent : des brins de soie, séparés chacun par une seule duite, coureut parfois sur trois fils (fig. 257).
Dans d’aulres motifs très fins encore, cet élément est formé: de deux brins courant sur deux fils de chaîne, séparés par
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En résumé, les intervalles réservés entre les brins de soie se comptent par une et deux duites ; c’est par 1-2-3-4-5... ou multiples de 1-2-3-4-5... que sont enlevés les fils sur l’aiguille ou qu’ils sont Léon sous l'aiguille tisseuse. Je dis : par multiples, car selon * les besoins du décor, l'ouvrière fait flotter les brins lisseurs, à l'endroit ou à l'envers du support, sur un nombre très variable d'éléments. Les fig. 254 à 275 en fournissent des exemples. | |
L'examen de la marquette de Fès (fig. 166) qui porte ces ornements me suggère, en outre, les réflexions suivantes au point de vue du choix des matières premières
a) la soie se prête, mieux que le coton, aux exercices de broderie tissée ;
b) le brin tisseur doit être d’une dimension proportionnée à la grosseur des fils du support el à l'échelle du dessin ;
C) il faut que la soie soit floche pour que le brin s'étale bien :
d) il oRRenl d'employer une aiguille à chas profond Lu ne cause pas la torsion du brin tisseur ;
e) les brins, qui ont atteint la lisière, se retournent sur un fil seulement, c'est-à-dire avec le minimum de visibilité : | L | |
J) les brins tisseurs sont plutôt lâches que tendus ;. une tension exagérée ferait en effet froncer le tissu de fond. on. | ne
La plupart des motifs de broderie tissée figurés page 93 ne comptent que des ornements courants. Leur largeur est restreinte et n’excède guère 4 à o centimètres. Les bordures, rarement limitées par des filets, sont ornées d’une répétition de motifs géométriques : groupes de points et de lignes verticales et obliques, chevrons, zigzags, croisillons, damiers, carrés, losanges, hexagones, etc. | |
La présente documentation a été entièrement relevée sur ma vieille éiauätié de Fès. ce = Les mendils ou sortes d’écharpes et quelques grands mouchoirs sont les seuls ouvrages qui recourent aujourd’hui à la broderie tissée, qu’on voit sur les lisières seulement ; les
“extrémités portent par contre des motifs au point de trait. L'usage de ce genre de travail
semble se restreindre de jeur en jour.
BRODERIES « ALEUJ »
Mon ami P. Pallary, naturaliste à Oran, et M°° Chabert, institutrice à Mogador, .m'ont envoyé du Maroc quelques spécimens d’un genre de broderie tout différent de PE ER dé = Ceux qui sont étudiés ici et dont ils n'avaient | pu, malgré leurs instigations, découvrir l'origine. | & BSDTE & Lorsque je montrai les échantillons à Le ee une fâsia résidant à Oran, elle me déclara | Q 09900 2, | qu'il s’en faisait autrefois à Fès il y a environ ae © une centaine d'années, que la confection en est totalement oubliée aujourd’hui et qu'on la désignait sous le nom d’élou ou d'éleuj.
On sait que « âleuj » ou « euld) » veut dire :
F1G. 276. — Fragments de broderie « leu »
renégal. Cette dénomination indiquerait-elle ‘que la technique en a été apportée par les chrétiens qui adoptèrent l'islamisme aux xvi et xvnr° siècles ? Ce serait une question intéressante à étudier.
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FiG. 277 ei 278. — Fragments de broderie « dleuj »
Les fig. 276, 277 et 278 donnent une idée de ces broderies dont les caractéristiques sont les suivantes :
1° Les masses sont exécutées au point biais, tantôt assez allongé, tantôt plus court. Dans le premier cas (fig. 279) les file de soie sont également obliques par rapport à la chaîne
Pa
-se retrouve d'ailleurs dans une broderie moins ancienne de Fès,
__ bande qu’arrêtent des lignes de points nattés et qu'enjolivent dans
ou à la trame à l'envers du tissu. Dans le second (fig. 280), ils sont parallèles, soit à la chaîne, soit à la trame ; | | |
2° Les masses sont limitées par un serti exécuté, après coup, tantôt par un point de trait, lantôt par un point de tige. Ce procédé de serlissage
qui aurait environ 80 ans de daté, présentée plus haut dans Îles figures 241 el 249 ‘: NN | | |
æ Quoique rectilinéaires et géométriques, les motifs se res- sentent encore, notamment dans la partie haute et dentelée fig. 281 à 284) d’une inspiration florale d’un style assez voisin de celui des fig. 241 et 242; | |
4 Suivant la formule générale, le décor se masse aux extré-
mités des coussins qu’il orne. Il se développe dans une plate- | . | | FIG. 279 FIG. 289
Deux modes d'exécution
le bas une série de très petits ornements et dans le haut une ligne de motifs plus importante, tels des fleurons stylisés ; | 9° La monochromie et les tons puissants et riches sont la règle générale : rouge puissant, marron chaüd, vieil or, violet rabattu, bleu de roi. |
«le broderie dite dleuj
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