‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 26 sur 58 · PL XXXIV, en bas (deux vues). H. 6o. Basse Egypte · texte numérisé non relu

PL XXXIV, en bas (deux vues). H. 6o. Basse Egypte

Tète d’Alexandrie, ou de l’Afrique, coiffée de la peau de tête d’éléphant ( exuviae elephantis). Pour cet attribut, cf. les monuments cités par Waille, Note sur V éléphant , symbole de l’Afrique, dans Rev . Archéol., iSgi, I, p. 380; Sacken, p. 89, pl. XIII, 11 ; Héron de Villefosse, dans les Monuments Piot, t. V, p. 178, note 1 ; Roscher, Lexicon, t. II, col. 2039-2041 ; Furtwângler, Antike Gemmen, description du numéro 47 de la pl. XLI.

Les plus anciens monuments où figurent des exuviae elephantis sont des monnaies de la fin du IVe siècle, frappées par Séleucos, comme satrape de Babylone (Babelon, Les Rois de Syrie, p. V), et par Ptolémée, comme satrape d’Égypte (Svoronos, Tà vc[uaiua'ca xùv nxckepaùov, pl. IL 17-27, p. vS'), qui en coiffent la tête d’Alexandre divinisé. Alexandre y avait bien droit : n’était-il pas le premier chef grec qui eût vaincu des armées à éléphants ? Il avait pris les éléphants de Darius, il avait vaincu Porus et Taxile. Aussi des éléphants de guerre avaient-ils été figurés sur son char funèbre (Diodore, XVIII, 27).

Vers 310-306, Agathocle, en Afrique, frappe une monnaie d’or, où il est coiffé des exuviae elephantis (Hill, Coins of ancient Sicily, pl. IX, 12 ; Svoronos, op. laud., t. I, p. £y'). Non que les

Carthaginois, qu’ Agathocle avait vaincus, eussent déjà à cette époque des éléphants de guerre. Agathocle a souhaité être coiffé des exuviae elephantis pour ressembler à Alexandre.

Nous disions tantôt (n° 5i) qu’ Alexandre fut l’objet, à Alexandrie, d’un véritable culte, et que ce culte a produit toute une imagerie pieuse. Il semble que les imagiers d’Alexandrie aient gardé au dieu Alexandre le privilège de la dépouille éléphantine, je veux dire qu’ils ne l’aient prêtée à aucun autre souverain. L’Alexandre Dattari est coiffé de cette dépouille (Rev. Archéol., 1906, II, p. 2, pl. IV). Au contraire, les rois hellénistiques ne semblent pas l’avoir portée. La chose mérite d’être dite, car le temps où ils ont régné est précisément celui de l’emploi militaire des éléphants ; ils ont possédé des éléphants de guerre, ils leur ont dû des victoires, ils tenaient beaucoup à en posséder de grandes troupes. Une statuette d’Égypte, en bronze, qui représente un héros nu coiffé de la dépouille éléphantine, serait, d’après Edgar (JHS, 1906, p. 281, pl. XVIII) le portrait idéalisé d’un Ptolémée (duquel ?). Admettons que cette hypothèse soit vraie : la statuette en question n’en resterait pas moins un fait unique ; et l’on aurait quand même le droit de croire que les Ptolémées n’ont pas osé s’arroger la dépouille éléphantine. Ils ne l’ont pas osé, pas plus que les Séleucides, parce que cette dépouille insigne était réservée au dieu Alexandre. Ils n’avaient pas, comme le conquérant, vaincu la plus profonde Asie, triomphé des rois Indiens. L’éléphant symbolisait les victoires indiennes (Botho Graef, De Bacchi expeditione indica monumentis expressa, Berlin, 1886). Vaincre l’Inde 11’avait été accordé qu’à deux demi-dieux, à Bacchos et à Alexandre. Dans la fameuse procession qui, en 280 avant notre ère, déroula ses splendeurs dans Alexandrie, Bacchos figurait monté sur un éléphant, et la statue d’Alexandre était traînée sur un char par des éléphants.

Plus tard, la déesse Afrique et la déesse Alexandrie (Poole, pl. XXIV) ont été gratifiées, elles aussi, des exuviae elephantis : l’une, parce que les profondeurs de la terre africaine produisaient des éléphants ; l’autre, parce que les

Alexandrins vendaient et ouvraient l’ivoire (Lumbroso, L’Egitto2, p. 126), et sans doute aussi parce qu’ Alexandrie devait l’existence à Alexandre : la dépouille éléphantine a fini par passer d’Alexandre à Alexandrie. Étant donné la provenance égyptienne du bronze Fouquet, il est vraisemblable qu’il représente la déesse Alexandrie, plutôt que la déesse Afrique ; on en dira autant des bronzes

analogues du Musée du Caire (Edgar, pl. XVII, 27843 et 27844). Je ne puis croire que Héron de Villefosse et S. Reinacli ( Recueil de reliefs, t. I, p. 84) aient raison de reconnaître la personnification de l’Afrique dans l’£[xëX-»}(j.a de la fameuse phiale de Boscoreale : la déesse qu’il représente tient une uræus, il ne peut s’agir que de la déesse Alexandrie. 1

Page 1