SCENE XL
te v’ià rue de Grenelle!... A moins que tu ne prennes la rue de Yarennes, parce qu’alors tu arrives sur les quais... tu longes le...
ISIDORE
Pourquoi mentez-vous, mon oncle?...
CHAMPEIN
Moi ?...
ISIDORE
Vous voulez que je m’en aille parce que vous attendez M. Vergeot... pour vous battre.
CHAMPEIN, passant à gauche.
Eh bien!... quand ça serait?...
ISIDORE *
Vous le détestez ?...
CHAMPEIN
Ouil...
ISIDORE
Vous le haïssez bien fort ?...
CHAMPEIN
Oui!
ISIDORE
Ah !... tant mieux !...
CHAMPEIN
Pourquoi que tu dis tant mieux?... (silence d’Isidore.) Pourquoi que tu dis tant mieux ?...
Je dis que c’est tant mieux maintenant, parce que...
CHAMPEIN
Parce que quoi?...
ISIDORE
Parce qu’il ne viendra pas.
CHAMPEIN
Il ne viendra pas?... Alors, je veux des excuses!...
ISIDORE
Des excuses ?... Ah 1 tenez, mon oncle, j’aime mieux laisser le soin aux autres de vous dire ça... Adieu I (Fausse sortie.)
CHAMPEIN
Isidore !... Ah çà, parleras-tu, à la fin?...
ISIDORE
Eh bien, quoi! on peut bien vous le dire, au fait, puisque vous le détestez!... 11 y a que, tout à l’heure, le père Vergeot courait pour aller chercher des armes; moi, je courais après lui pour l’empêcher... et, ma foi, le pauvre bonhomme... il est tombé dans un fossé!...
S CHAMPEIN
Il est blessé?...
* Chant. Isid.
ISIDORE
Mon oncle, vous m’avez dit que vous le détestiez... voilà pourquoi je...
CHAMPEIN
Parle... 11 est blessé ?...
ISIDORE
Mieux que ça.
CHAMPEIN
11 est?...
ISIDORE
Oui.
CHAMPEIN
Ail !.. ^ (il passe sa main sur son front et chancelle tout à coup.)
ISIDORE, le soutenant.
Mon oncle !...
CHAMPEIN, allant s’asseoir sur le banc.
Quoi!... qu’esl-ce que tu as?..'.' qu’est-ce que tu veux?... On a beau délester un homme... Tu as servi, tu sais ce que c’est... C’était le dernier de la 12 e du 24*!... 11 y a deux ans, c’était Evrard qu’ouvrait la marche... aujourd’hui, c’est Vergeot... demain, ca sera mon tour de rejoindre les camarades... C’est la v;e de ce monde, mon garçon, c’est la vie de ce monde !...
ISIDORE
Vous ne lui en voulez plus, j’espère ?...
CHAMPEIN, se levant.
Si !... il m’a pris ma place !...
ISIDORE
Oh !... tenez, je comprends qu’on en veuille à un vivant, mai 3 à un pauvre bonhomme qui n’est plus, ça n’est pas bien!... non, ça n’est pas bien !... ^avez-vous seulement pourquoi il avait pris votre place ?... Vous étiez blessé au bras gauche...
CHAMPEIN
Et ben, quoi?... J’avais l’autre... puisque je les ai encore tous les deux !...
ISIDORE
Et puis, il s’était dit : « Cette affaire-là, on n’en reviendra pas... Moi, je suis orphelin, tandis que Champein a une sœur qui n’est pas mariée... » ma mère à moi... « Par ainsi, puisqu’il y a des prunes à recevoir, prenons sa place... Il reviendra au pays... il mariera sa sœur... et j’aurai fait une bonne action... » Voilà ce qu’il vous aurait dit, si vous aviez voulu l’écouter... Mais quoi... vous n’avez rien voulu entendre... et lui, par fierté, il n’a plus voulu se justiiier, parce qu’il avait la conscience tranquille, et que c’était dur pour lui d’être soupçonné par vous qu’il aimait... comme on aime un frère...
11 aurait pu m’écrire ça...