‹ Brumes de fjordsChapitre 13 sur 17 · LA SIRÈNE MUETTE · texte numérisé non relu

LA SIRÈNE MUETTE

« Et, inclinée vers la mer, elle offrit à l'Aphrodità cruelle et consolante sa dernière lamentation :

« Immortelle Aphrodita, fille de Zeus, tisseuse de ruses, toi dont le trône est de mille couleurs, je te supplie de ne pas briser mon âme dans la détresse et dans l'angoisse, ô Souveraine .' »

« Car, même au désespoir suprême, elle ne pouvait maudire la Déesse qui lui versa jadis tant d'amères félicités.

« Elle s'est jetée éperdûment dans la mer, et je vis la pâleur lointaine de son corps emportée par les vagues...

k Et c'est pourquoi, ô mes sœurs, je ne chanterai plus... »

Elle pleura, et ses larmes avaient la transparence glauque des flots de la mer.

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Conte du Deux Novembre

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CONJE VU VEUX U^OVEmcBcRE

1 armi le charme atténué des meubles anciens, rêvait celui qui les avait si avidement, si obstinément acquis.

Sa collection de raretés antiques était peut-être sans rivale. Et, songeant aux années d'études et de fouilles, il se glorifia de sa longue patience et de la victoire consommée.

Une vieille horloge sonna lentement, doucement, d'un timbre comme alourdi par le poids du passé... Minuit...

Un nouveau jour éclosait dans les ténèbres.

Au fond des chambres ensommeillées, frissonna un léger bruit, léger comme un pas de femme, sinistre pourtant comme le craquement du bois d'un cercueil...

Et le vieil amateur, soudain réveillé de la paresse qui le berçait, sentit l'horreur de l'Inconnu le saisir dans la nuit.

Le bruit s'accentua, s'approfondit, se rapprocha, les coins d'ombre s'emplirent de mystère, et le silence se peupla de visions.

Tout un peuple de fantômes remua autour du vieillard pétrifié : spectres étranges et disparates, de toutes les époques, et de tous les pays.

Puisant enfin un peu de courage dans son épouvante, le savant parvint à distinguer parmi la foule d'ombres des formes et des visages. Son regard presque éteint s'arrêta sur un vieux noble anglais, dont le costume pittoresque évoquait le temps de la'reine Anne... Le ventre replet faisait saillir le gilet de soie bleue semée de fleurs gracieusement roses. Le nez s'allumait, ardent, au milieu du visage congestionné... Le jovial revenant symbolisait la paix, l'ordre, le bien-être, la bonne chère, l'importance et la dignité. Et les lèvres sensuelles s'agitaient...

CONTE DU DEUX NOVEMBRE Qf

« Qui es-tu? » interrogeait un écho de voix où perçait une inflexion de courroux.

« Comment usurpes-tu le bureau où, laborieusement, pendant de longues années, j'écrivis mes mémoires, souvenirs palis d'une jeunesse d'aventures et d'héroïques débauches?

« Tu n'as même pas su découvrir le tiroir secret, si ingénieusement dissimulé, où dort, dans un éternel parfum d'amertume et de douceur, la dernière lettre que m'envoya la Bien-Aimée! Car, de toutes les femmes qui passèrent dans mon existence, je n'aimai qu'une vierge.

« Elle avait des yeux de la couleur de l'eau de mer, des yeux doux comme un reflet; de son corsage, à peine entr'ouvert, montait une odeur d'aubépine et de feuillages; et jamais je ne la possédai... Mais que sais-tu de ces choses, toi qui dédaignes les étreintes et laisses couler les quelques heures de ton existence parmi l'ombre apaisée de l'Autrefois?

— « Toi dont le sang placide n'a jamais brûlé de la fièvre des combats, qui n'as jamais aspiré comme la fumée des vins la vapeur rouge du sang versé, que fais-tu de mon épée glorieuse? » gronda la voix profonde d'un

Croisé dont l'armure blanchissait sous les rayons des étoiles.

« Lorsque je revins, rassasié de carnages, vers ma blanche châtelaine dont la tendresse était mêlée d'effroi, mes caresses avaient le relent âpre et voluptueux de la Mort... »

Un Chinois, dont le masque se tordait en d'affreuses grimaces et qui jetait avec volubilité d'incompréhensibles paroles, tournait autour du gong de bataille. Il semblait se lamenter de n'entendre plus le retentissement prolongé qui l'invitait aux massacres...

Une vieille ménagère hollandaise, à la ruche immaculée, pareille à un portrait de Rembrandt, cherchait en vain dans une commode pansue le linge délicat et doux au toucher qu'autrefois elle y rangeait avec tant d'ordre méticuleux...

Un jeune Florentin, aux yeux de fille perverse, éphèbe étrange, dont le corps avait des souplesses féminines, remettait à son doigt l'anneau dont l'émeraude creuse recelait jadis un poison secret et mortel...

Des pirates portugais se disputaient à coups de dague le butin payé de leur sang...

CONTE DU DEUX NOVEMBRE Q)~j

Des seigneurs de la cour de Louis XIII discutaient le mérite d'une pointe du Cavalier Marin...

Le vieil érudit sentait vaciller sa raison, lorsque ses yeux errants furent captivés par une délicate et poétique vision de marquise... La pâleur des cheveux poudrés atténuait la gaîté du jeune visage. Les impatientes lèvres semblaient brûler sous des baisers invisibles. Les mains avaient la douceur du velours. Les paupières palpitaient, et les prunelles s'embrumaient d'inexprimables langueurs.

Dans la voix, chantait l'écho des anciens aveux :

« Je m'attriste, disait-elle, à la pensée que ton lourd sommeil se vautre dans ce lit, enguirlandé de roses d'or, où j'ai si merveilleusement aimé!... Que sais-tu de l'amour, toi qui dors solitaire? C'est sur un oreiller sans repos que jadis j'ai répandu la neige odorante de ma chevelure... Mes lèvres avaient le parfum d'une fleur et la saveur d'un fruit... Les instants de la nuit passaient ardents et brefs comme les éclairs d'été, et, lorsque je m'endormais enfin, brûlante et lassée, c'était pour rêver encore d'enlacements et d'étreintes...

« Le goût de l'amour me consume dans la mort, et je suis revenue, insatiable amante, afin de chercher l'ombre

des baisers dont le souvenir me tourmente dans l'audelà.

« Car rien de l'infini ne vaut l'heure d'incertaine volupté... »

Une lueur de crépuscule l'interrompit :

C'était l'aurore... La clarté grise s'élargit, se rapprocha, et, devant le jour qui dissipe les illusions et ramène la vérité, les fantômes se dissipèrent.

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Undine

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The Water-Lily

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Légende du Saule

LÉGENDE VU SoiULE

es premiers souffles du printemps s'attiédissaient.

Les forêts étaient lourdes de la vie intarissable des plantes et du rut des animaux.

Les Nymphes violées s'évanouissaient de leurs amoureuses blessures et les Hamadryades elles-mêmes, dans leurs temples d'écorce et de feuillages, n'étaient plus à l'abri de l'attaque des Faunes.

Lasse de l'universel accouplement, infiniment lasse de contempler la brutalité des étreintes, la plus jeune parmi

les Hamadryades avait élu comme retraite un arbre aux feuilles presque blanches et mélancoliquement tombantes qui prolongeaient sur le fleuve leurs reflets d'argent.

Assoiffée de la limpidité, de l'innocence de l'eau, elle se pencha avidement vers la clarté mouvante et sonore des ondes. Et elle supplia les Divinités du Fleuve de lui accorder la fraîcheur du repos et l'oubli des caresses.

Comme elle s'inclinait, elle crut apercevoir une chevelure aux blondeurs pâles flottant à la surface de l'eau avec des fluidités d'algues.

Et, se rapprochant davantage de cet éclair humide, elle crut voir des yeux, d'un bleu subtil comme le bleu des flots, un regard mobile et fuyant comme le flux et le reflux de la rivière elle-même...

Divinement et terriblement éblouie, elle vit la Naïade lui sourire d'un sourire qui semblait attirer et promettre, et elle eut le pressentiment des mortelles amours...

Revenue à la conscience d'elle-même, elle chercha de nouveau, mais en vain, l'illusion mystérieuse de ce visage.

Le songe avait disparu.

LEGENDE DU SAULE IOf

Un frémissement de l'eau marquait seul la place où tremblait l'ondoyant sourire limpide.

Elle s'inclina davantage, toujours plus éprise de cette ombre de Naïade, de ce rêve de beauté fugitive et d'amour incertain.

Ses cheveux, d'un vert argenté, trempèrent dans le fleuve et se mêlèrent aux roseaux et aux iris blancs.

Un frisson d'épouvante et de désir fit tressaillir jusqu'aux racines de l'être son long corps flexible et frêle...

Elle attendit... — Par un clair de lune d'hiver, elle crut avoir retrouvé la chevelure pâle, lumineusement répandue, mais ce n'était qu'un étincellement de l'eau frissonnante d'étoiles... Alors, elle désespéra...

Les nénuphars, ces lys étranges des lacs et des rivières, jaillis du sommeil de l'onde, chastes et froids comme elle, les nénuphars semblaient les fronts noyés des vierges amoureuses qui, jadis, avaient cherché l'oubli dans la profondeur du lit fluvial.

Les iris blancs avaient la mélancolie des délaissés... Tout pleurait la tristesse et l'abandon...

Dans un élan de passion et de prière, l'Hamadryade jeta un dernier appel vers les remous nocturnes...

ce O Forme éclose du frémissement des ondes, ô Toi qui incarnes en ton corps ondoyant toutes les grâces du fleuve, ô Beauté qui glisses entre les bras, qui fuis les étreintes, qui échappes aux baisers, ne reviendras-tu jamais m'accabler et me ravir de ton charme à demi révélé? »

Nul souffle ne frôla le sommeil des flots, et l'Hamadryade amie du Saule comprit que l'attente de l'amour est vaine comme le sourire de l'eau qui lui fit entrevoir l'image perfide d'une Naïade.

Mais, possédant la vie immortelle de toutes les Divinités de l'impérissable Hellas, elle ne put oublier sa douleur... Elle est l'Affligée, elle est l'Inconsolable et pleure éternellement dans les fleuves ses longues larmes vertes.

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L'Impossible Perfection

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n homme, soucieux de développer son âme jusqu'à la perfection, méditait longuement les paroles des Saints et des Prophètes.

« Le Christ, songea-t-il, ne fut point l'Être parfait. Il versa le pardon sur les abominations commises mais l'abîme du péché lui était inconnu. Ce Dieu qui s'est fait homme a ignoré la moitié des joies et des douleurs humaines...

« Il fut étranger à l'éblouissement du désir et aux angoisses magnifiques du remords.

« Celui qui n'a point péché n'est point l'Être parfait. »

Et l'homme qui aspirait à la beauté absolue de son âme décida de connaître toutes les défaillances et toutes les luxures qui damnent et qui sauvent les hommes.

Il voulut savoir le charme du meurtre.

Et, sachant que la vie moderne n'offre qu'un sol appauvri où s'étiole la fleur sanglante du crime, il s'enfuit vers les ardents et libres espaces.

Parmi l'or des coupes renversées et dans le souffle des roses, il ordonna de brûler des femmes nues.

Il inventa de raffinés supplices où l'amour épousait la mort.

Avant de les crucifier, il s'enivra de la passivité des éphèbes, de l'a pollution des enfants.

Un soir, il incarna Héliogabale, une nuit, il ressuscita Néron.

Puis, lassé, il revint vers l'incomplète civilisation. 11 fut le Joueur dont la marche triomphale sème des milliers de ruines.

Autour de sa demeure, grimaçaient des visages de faim et de désespoir.

11 avait entendu l'appel des détresses et le râle des suicidés.

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