CLOTAIRE, THIERRY
■THIERRY
Clotaire en mon palais se décide à paraître !
Et quel est son dessein?
CLOTAIRE
Thierry va le connaître :
Un combat se prépare et va fixer ton sort ;
Mais je voudrais enfin, par un heureux accord.
Quand la terre, de sang n’est point encor trempée,- Dérober ton pays aux fureurs de l’épée.
Soyons unis.
, THIERRY
Unis ! qui nous a divisés?
Si ton père et le mien, de vengeance embrasés, f - i‘ Déchirèrent l’état par leurs débats Rmestes, Devons-nous, de la France exterminant les restes, Recueillir l’un et l’autre , en nos fougueux excès ,
Un héritage affreux de sang et de forfaits? '
Que me reproches-tu? T'ai-je fait quelque outrage? Ai-je porté chez toi le deuil et le ravage?
Par quels emportemens t’ai-je pu provoquer, ’
Et pourquoi ta fureur me vient-elle attaquer ? < ‘m • :
Qui m’a fait d’un parent l’ennemi? • ^ il
3o BRUNEHAUT./
CLOTAIRE
Ta faiblesse.
Brunehaut t'asservit sous un joug qui me blesse ;
Tu t’es Élit son esclave, et moi, je ne veux pas ^ un jour elle t’entraîne au sein de mes Etats.
( Thierry veut parler. )
Thierry, jusqu’à" la fin, permets que je m’explique.'
Ton intérêt s’accorde avec ma politique.
SouiTre qu’à tes regards un moment retracé.
Dans toutes ses horreurs revive le passé.
Je ne rappelle point cette lutte fatale ,
Que contre FrWégondè engagea sa rivale ;
Je sentirais moi-même, à ces affreux récits,
La rougeur quelquefois couvrir le front d’un fils;
Mats je veux, il êsrtems que la vérité brille,
Te montrer Brunehaut dans sa propre fiunille.
Que le malbear des tien» t'instruise enfin, Thierty*
EKi nom de Fainéant vois ton père flétri
Aux mains d’une marâtre abàndonner l’empire (i^; .
Et, lorsque de sa honte en secret il soupire,!.'
Lorsque, pour l’effacer, il fait un. noble effort,
Le jour de son réveil est celui de sa mort.
Ton frère.», mais, vengeant l'honneur du rang suprême, 11 a brise ses fers-.et ceint le diadèmes i
Quoi! leur exemple parle , et parle vainement!
Bruneimut règne, encor par ton aveuglement!
Comment s’est signalé son pouvoii-. exécrable 7^. •
EJle a contre, ton frère, armé ta main coupable ,
Et , s’il eût succombé , c’était sur mes Etats Qu’allait $e diriger la fureur des combats. i
Je n’ai point. oublié que' jadis cette femme.
Des champs austrasieD&, .poita chez moL la flamme, ■
ACTE III, SCENE IL Et mon fils au berceau, par son ordre immoléy Se fait toujours entendi'e à mon cœur désolé.
Notre intérêt commun , je te le dis encore ,
Est d'abattre un pouvoir que tout l’empire abhorre.
Du passé qui t’éclaire écoutant les leçons,
Exile , auprès de mpf, Brune haut dans Soissons; , Quelle y vive.... honorée, et non toute-puissante. Pour mes droits, pour 1^ ^ens,. sa. force m’épouvante; Satisfais à ma crainte , et né prolonge, plus Le triomphe du crime et l’affront d’un refus.
THIERRY
Clotaire , sois mon juge , et que ton coeur dôcùl^
Si je suis, en effet, un monarque timide.
Sous un pouvoir fatal , oui , mon front s’est courbé ;
Un voile m’aveuglait, ihais le voile est tombé.
Celle que tu poursuis d’une ardente colère.
Se montre à moi perfide, impie et sanguinaire ;
J’ai tout à redouter de ses noirs attentats....
CLQTAIRE.
Eh! bien?' ’
THIERRY
A fa fureur je ne la livre pas.
Elle, honorée aux lieux- où conSmande 'Clôturai ' Combien triompherait ta haine héréditaire,
Si je la remettais en ton cruel pouvoir?
De te la refuser tout me fait un devoir:
Tout la protège ici; la pitié, la nat^ra',
saints nœuds des sermens, l'opprojbre dn p^rjitra.f • Et les touchantes .lois de l’hospitalité.... (ao) . •
Et l’orgueü'de.tnn camp menaçant ma cité. . . , ; : '
Quoi! jiisqu’enrnpn palais, ta fierté téméraire . %
Vient, le ^ve àrla inain,fl>©.4ewwd?.f
Sa BftUNEHAUT.
Je ne la livre point; je veux à ses excès Faire grâce ou justice, au gré de mes souhaits.
Hâte-toi cependant de prévenir ta perte ;
A ton année encor la retraite est ouverte.
Pars aujourd’hui ; mon peuple et son prince irrité Demain te puniraient de ta témérifé.
CLOTAIRE
A son aveuglement, Thierry joint la menace-!
C'est moi qui vais confondre un tel excès d'audace.'
{^Revenant sur ses pas.) ‘ !
Mais, si de Brunehaut les horribles forfaits Etaient dévoilés tous.... souscrirais-tu ?...
’ THIERRY
Jamais.
CLOTAIRE
C’en est trop ; la pitié fait place; à la colère.
C’est la foudre à la main qu’il faut que je t’éclaire.
Il est , je le vois bien , de ces cœurs obstinés ,
Par un sort déplorable à leur perte entraînés.
Thierry , tu veux la guerre , et je te la déclare.
Trop tard tu gémiras de l’erreur qui t’égare ;
Tu connaîtras enhn qui tu veux ménager ;
Tu connaîtras sur-tout qui tu viens d’outrager.
' , ' {Il sort.) j