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tout. Elle avait un amant qui s'appelait Maurice, qui était mauvais et qui la giflait à pleines mains.
— Je ne sais pas si je l'aime : il m'a tellement battue que je ne me le suis iamais demandé.
11 était fou. Un'soir il la battait et il sentit qu'il allait la tuer. Il eut le, temps ae prendre un oi"tiller, le lui jeta sur la tête et là-dessus il donna du poing jusqu'à ce qu'il fût épuisé. Elle en eut le visage tout bleu,. Mais, à présent, il était en prison.
Et Pierre le voyait. Il vit ces choses • à vingt ans et baissait la tête comme Adam lorsqu'il vit qu'il y avait du mal au monde. Seigneur, il y a beaucoup"^ de mal au monde. Il y a des femmes qui sont sous vos yeux et qui sont vos enfants. Vous les avez créées, vous les avez mises à nos côtés pour notre faim comme un joli gâteau. Elles nous semblaient si délicates que nous n'osions pas y mettre la main, Seigneur, Seigneur 1 II y a pourtant des o 190 O
de r.'or.t parna' SG O
femmes sons vos vcurrcv.i |-oi'<cnt des croix de fer, Sei<2;r.cur, LSerthe : un homme s'est planté sur ses épaules.
Il la tient avec ses griffes et les lui enfonce dans la peau pour qu'elle ne puisse pas s'échapper. Il la force à marcher. De tout son poids, il la courbe vers la terre pour qu'elle soit lasse comme une bête rendue, pour qu'elle ne puisse ni vous voir ni vous entendre.
Pierre regardait Berthe. Il ne disait rien. Il lui prit la main et la tenait entre
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ses doigts pour y faire passer de la pitié, tout simplement, — comme ceci, — pour lui faire un peu de bien. Puis ils partirent. Il l'emmena chez lui, et dans la rue il lui gardait la main pour que personne ne vint la toucher. Il se penchait vers elle, il y joignait deux mots pour qu'elle sentit bien que c'était comme cela :
— Ma chère petite amie, ma chère petite amie !
Parfois Louis Buisson venait les rejoindre au calé. Il s'asse}'ait de l'autre côté de Berthe et, tous trois, les coudes sur la table, buvant leur café, ils semblaient trois jeunes gens unis et qui causent. L'un était un pauvre enfant, de ceux qui ne savent pas comment vous faire du bien, mais qui vous mettent un peu de clarté parce que vous sentez qu'ils en ont un grand désir.
L'autre connaissait beaucoup mieux votre mal et, lorsqu'il le touchait du doigt, vous sentiez un doigt électrique et doux qui vous touchait pour la o 192 o
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bonne cause et qui vous sonûait parce qu'il faut sonder les plaies avant de les guérir.
C'est en ce temps-là que Louis racontait à Pierre :
■ — Je lis les Évangiles. Une nuit, oJC^^^^^
Jésus au jardin des Olives monta avec les siens. C'était une nuit comme — i celles de Paris où nous savons que le plaisir est__mauvais^jgarce que les llojîLnms-Ji^ nietteilL^as d'amour. Il ^ dominait Jérusalem où les filles publiques et la débauche se heurtaient comme de mauvaises armes qui vous tuent pour vous faire oublier. Il se rappelait que le monde est plein d'argent, que les princes des prêtres et les soldats y jettent de la haine et des coups. Il montait au Jardin des Olives pour dire à ses apôtres : a Je suis l'Amour, Recueillons-nous là-haut et veillons, à la veille de ma mort. Nous prierons Celui qui m'a conduit sur votre voie pour qu'il m'y garde encore. Et demain, *iuand je serai mort pur l'arbre, vous 9 193 • "'
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VOUS en irez par le monde et vous direz : L'Amour est né, nous venons vous l'apprendre, » Use tint à Técart et il pria longtemps. Puis il voulut encore leur parler. Alors il se détourna et il les vit tous endormis. Pierre et Jean et Jude et Thomas et les autres, les coudes sous la tête, dormaient comme s'ils n'avaient eu qu'à dormir. Alors Jésus sentit que la nuit terrestre l'avait couvert : « Il y a des années que je répands mon âme sur le monde pour l'animer. Pardonnez-moi, mon Père, mais je vois que tout a manqué.
Ceux-là dorment aujourd'hui, au dernier jour que vous m'avez donné. Si les meilleurs succombent, si les bons sont trop faibles pour la Bonne Parole, pourquoi m'avez-vous envoyé? JL-»^ a Das^assez de chaleur humaine. J'ai prêché l'amour brûlant et mon pauvre amour va mourir. »
- Et je pensais à Berthe, mon Pierre, à cause de Jésus au Jardin des Olives. Le Chri.st, en son dernier jour, a f u o 194 o
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pleurer, mais îa Bonne Parole n'est pas morte. Les dormeurs l'avaient gardée, car l'Esprit est fort si la Chair est faible. Ils ont sauvé plusieurs âmes ; saint François d'Assise et saiiU Vin- • iC?'-^
cent de Paul. Et nous, mon arr.i, uiie /p i C^ V . o^^ fille publique nous a trouvés. Nous lui,^ i ^- v~^ \
apprendrons que sa vie n'est pas \)^ \>^ ç^y
bonne et nous mettrons un peu plus de Ici/^^^^'^^ ^^^ ' • b-^
bonté dans la nôtre pour qu'elle la com- / NW^'vf^A>>^^ prenne et pour qu'elle l'aime. Je no. , '^ sais pas si nous pourrons la sauverJ ^ mais je sais qu'il n'y a pas de limites 4 la Bonne Parole. Si nous échouons, mon frère, consolons-nous en pensant que nous aurons mis un peu de lumière en son âme et que nous Igtioî'ons si nous ne sommes.- pas au commencement de son salut.
Et plus tard, lorsqu'il vint s'asseoir auprès de Berthe, il lui demanda :
— Voyons, ma petite, pourquoi faites-vous encore ce métier?
Elle avait un sourire niais comme les enfants qui savent bien, mais qui o 195 o
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n'osent pas répondre. Elle le promena quelque temps par sa face en baissant les yeux, puis elle ne dit rien. Autre part elle eût dit : < Oh! là là, ne lais donc pas du chichi ! » Elle eût dit cela parce que ceux qui s'intéressent à la, j[nis£re-eii profitent d'abord et ensuite ne pensent plus àJasoulager.
Mais Pierre la regardait avec un air : Voyons ma petite amie, tu sais bien que c'est moi avec tout ce que je possède. Et tout ce qu'il possédait rayonnait autour de sa face comme un foyer où l'on voit de belles lumières et où l'on sent de la chaleur qui va venir. Alors elle dit :
— Vous croyez que l'on fait ce que l'on veut.
Ils la questionnèrent : Et combien gagnait-elle autrefois dans la fleur?
Elle répondit que l'on pouvait bien vivre puisqu'on gagnait vingt-cinq francs par semaine. On prend une petite chambre de cinq francs et puis le soir on fait la cuisine chez soi. Une 6 196 0
femme, ce n'estplus comme un homme, car on arrange soi-même se? affaires.
— Mais voyons, ma petite, pourquoi faites-vous encore ce métier?
Voilà. Quand Maurice aurait un peu d'argent, elle s'établirait entrepreneuse fleuriste. Elle aurait deux ouvrièresqu'elle paierait vingt ou vingt-cinq sous par jour et qui lui gagneraient trois fois autant. Elle partit ensuite dans toutes ses histoires : Elle avait rencontré un monsieur qui devait l'emmener en Russie. Elle connaissait un © 197 o
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jeune homme qui lui donnait des leçons de danse, après quoi elle entrerait au Moulin-Rouge où l'on est pa3'ée pour danser dans les quadrilles. Elle a'.lait chanter dans un café-concert où elle serait décolletée comme ceci, avec un corsage de soie bleue. Maurice voulait acheter un phonographe et iaire, tous deux, les fêtes des environs de Paris. Elle aurait bien aimé être serveuse dans un bureau de tabac :
< Les demi-londrès, voilà, monsieur 1 > et l'on sourit en disant ces mots.
Elle partit dans toutes ses histoires de pauvre petite putain trotteuse. Leur imagination fait bien des pas, et c'est bon de marcher comme cela et de réussir dans toute? ses entreprises. Les iiommes se disent : On tourne la manivelle et ensuite on les regarde causer.
Quand on connaît le monde, véritablement on se repose de son tracas en écoutant les enfants.
Mais Louis Buisson dit :
— Ma petite, quand vous ne serez
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pas heureuse, il faudra venirnous voir.
Vous nous raconterez vos histoires et je sais que cela vous fera plaisir.
Puis, comme il voulait travailler, il les quitta. Alors Pierre disait :
— Tu viendras. Les jours où tu seras tristC; tu viendras. Tu diras : Oh! que je- m'ennuie, que je m'ennuie! Je te regarderai dans les j-eux pour te répondre : Moi, il y a des jours où mon cœur en claque. Tu dois savoir combien l'homme et la femme sont heureux de souffrir ensemble. Je suis ( ^ f j "T *-^^ / tout seul et, quand un ami vient me ^ ^jbvX-
voir, il me semble que jamais plus je ne serai tout seul. Le soir, on me trouve avant de dîner et l'on dîne avec moi. Après cela l'on me trouve encore.
Tu deviendras mon petit cœur, et c'est toi qui me manquais. Ne crains rien. Les femmes s'imaginent toujours que l'on veut abuser d'elles.
C'est ainsi qu'il causait et tout au fond de lui-même il pensait : « Il est si bon d'avoir une femme à son côté 1 »
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Elle vint bien des fois. Les premiers teÎTips, elle n'osait pas et frappait à la porte avec des gestes retenus, un petit grattement de pattes de fourmi.
— Je suis venue te voir. J'avais une course à faire par ici. Alors je me suis dit : Tiens, allons voir Pierre.
Ce fut d'abord avant dîner et par^e que la faim fait sortir le loup des bois.
Au restaurant elle avait des excuses :
f Je te demande pardon, je me sers du sel avant toi. » Il y a beaucoup de timi- |- '^dité dans nos cœurs et, si l'on est une fe> fille publique avec un cœur en danse, on est quand même une femme parmi les hommes avec des douceurs et des hésitations.
Un peu plus tard, elle disait :
— Je suis venue te voir et je sais que ça ne t'ennuiera pas.
Elle vint bien des fois. Elle vint les jours où elle était triste, ayant un reste de noce dans ses jupes et les brutalités des mai'lous. Elle vint les jours où elle était malade, remuant ses souffrances dans sa tête comme un désespoir constant. Elle ne vint jamais lorsqu'elle était gaie parce qu'alors il y a les rues où l'on est folle, les souteneurs où la joie est plus épaisse et l'argent des putains que l'on jette sur tous les comptoirs. Elle vint surtout les soirs de paye av€c son métier et son besoin da gagner son pain.
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— Et comment vas-tu?
• — Regarde!
Elle lui montrait sa langue et 5on palais qui étaient pleins de mal, qui, tout le long des soirs, donnaient leurs baisers aux passants et glissaient leur bave dans les bouches comme un plaisir... Elle eut mal à la gorge et sa voix raclait en passant quelque chose qui était plaqué là. Elle eut aussi des douleurs dans les os de son corps, qui semblaient venir du fond d'elle-même comme d'un réservoir de douleur. Du reste, elle ne voulait pas prendre des pilules de mercure parce qu'elle avait entendu dire que le mercure fait sortir le mal. o
Elle vint certains soirs, n'ayant pas mangé depuis la veille. Cela ne paraissait pas, et le malheur a la figure de tout le monde. Elle se raidissait d'abord, par une sorte de fierté; au restaurant elle ne mangeait pas davantage : « Il ne faut pas tout de même que je lui fasse faire de là dépense, »
mais, après le repas, lu tête et le corps gonflés, elle ne pouvait passe retenir:
« Tu sais, ce n'est pas ce que j'ai mangé à midi qui a pu me faire mal au ventre. >
Pierre disait :
— Ma chère amie, tu me fais mal.
Tu sais bien que je suis au monde, à tes côtés. Viens donc, viens donc. Véritablement, il est bon de faire du bien aux pauvres iemmes. Ona££c[;G r-£la ^soulager l'hnmnnité snnffraiiL^ Quand tu n'as pas de quoi manger, pense à moi. Tu ne me diras rien, tu viendras et je saurai comprendre.
Elle répondit doucement.
«- Ça ne lait rien. Je me suis levée
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ce soir à trois lienres et, comme ceci, la faim ne m'a pas paru du tout.
Un soir, on était en décembre. Un décembre mauvais qui marchait dajis les rues avec la glace et le vent, comme un maître, par-dessus nos sentiments d'hommes, allait aux moelles et restait là, plus fort que tous les bonheurs et que tous les chagrins.
Un décembre de Paris où les filles publiques rentrent leurs épaules dans leur corps, diminuent leur surface et llottent au vent avec les flammes des réverbères.
Pierre travaillait dans sa chambre. Le poêle faisait ron-ron comme un bon vieux chat fidèle et qui semble dire :
« Reste là, mon maître, puisque j'y suis. »
Pierre pensait :
« C'est une maladie honteuse et qui rayonne comme le mal rayonne. »
11 pensait encore :
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« C'est le ioiir de l'an qui s'avance. Les jours de l'an sont .bien changés.
Je demanderai huit jours au chet de bureau pour aller dans mon pa3-s. Maman dira : « Voilà mon Parisien 1 » Les vieilles femmes diront : « A présent nous ^
n'osons plus te tut03-er, » 'Il y aura mes J o ^P^
deux sœurs jet ma^jetite.iiièce. Tous. \l. €,
les soirsjeserai Jà, dans cette bûnne
chaleur des proyiE£es qui .entre dans nos coeurs et couve nos idées comme des petits poussins. C'est la première année que j'ai la syphilis. J'embrasseràTtout le monde et je boirai dans des verres. Elles diront à Juliette : « Allons, gourmande, bois-en un peu dans le verre de ton oncle.» Je les embrasserai tout près des cheveux où les lèvres appuient moins. Mais ensuite je ne saurai pas quoi dire pour mon verre.
Maman dirait : « Il a bien tallu qu'il aille à Paris pour attraper ses maladies de pourriture. » Mon père dirait :
« C'est une jolie compagnie pour ses sœurs. » Et tous ceux qui n'ont pas o 20g d
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des places à Paris seraient bien cor< tents.
Il pensait aussi :
« Il faut que je sois reçu à mon exa« men de conducteur des ponts et chaussées. On s'imaginerait tout da suite que je n'aime plus le travail. Et je travaille en mangeant du mercure et j'ignore, quand viendra le temps des accidents tertiaires, si la vie me sera permise. »
Au milieu de tout cela quelqu'un frappa à la porte. Pierre se levait et oubliait déjà ses chagrins parce que c'était Berthe et parce qu'une femme est toujours ce qu'il nous faut.
C'était Berthe.
Comme elle entra, l'hiver entrait dans ses jupes qui sentaient froid.
Elle dit :
— C'est moi. Il fait bon chez toi.
Puis :
— Oh! écoute donc, tu ne sais
* «de Montparnasoes ^
pas : ma sœur Blanche qui est à Saint- Lazare I
Il y avait un manège de vélocipèdes.
Blanche, avec ses manies de faire toujours à sa tête, chahutait là-dessus en montrant ses mollets et tout.
On lui avait dit :
« Ne fais donc pas ça ; tu verras qu'un jour ou l'autre tu te feras ramasser. » Ça y était : qu'est-ce que j'avais dit !
Au Dépôt, il y a la visite, elle n'avait pas passé saine et on l'avait envoyée se soigner à Saint-Lazare.
Berthe ajoutait :
— Et, à présent, il faut que ce soit moi qui paye la chambre.
Elle s'assit et ne dit plus rien.
Elle s'approcha bien près du poêle, si près qu'on eût cru à de l'insensibilité ou à de la folie, et, les deuK mains croisées sur le genou, se tenait, bas la tête.
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Sous ses bandeaux, elle semblait une pauvre petite femme en farine, quelque pauvre petite forme lassée qui se perd et qui penche.
Elle soufflait encore :
— Et puis non, non. 11 y a trop
longtemps que ça dure.
Cela faisait beaucoup de mal, de la voir ainsi.
On n'en comprenait pas toutes
o de Montparnfttïtee •
les causes parce que les causes débordent et suspendent sur nos têtes leurs cent mille poings de fer où les poids se mêlent et pèsent ensemble avec les jours, avec les chagrins. ?»vec les coups reçus, avec le mai que l'on a fait, avec la vadrouille des nuits. Il vient un soir où c'est fini, où tant de gueules nous ont mordues qu'il ne reste plus de force pour nous garder debout et que notre viande pend dans notre corps comme si toutes les gueules l'avaient mâchée. Il vient un soir où l'homme pleure, où la femme est vidée.
'Elle était venue se jeter enfin chez ce garçon par un instinct qu'elle allait crever et qu'il fallait qu'elle crevât au meilleur endroit.
Et c'est ici que, couchée sur sa chaise, elle était une . bête abattue qui sent un dernier souffle dans ses flancs, qui s'en vide à jamais et regarde encore la tanière avant d'y laisser ses débris.
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eile dît aîors :
— Laîsf^e-mol i^. coucher ici. Je ne puis pas sortir. Je te le demande parce ^- <£-,î-"s^^ que c'est bien
/^ \. ''__^- 1 <5 de l'ennui que
causer.
^Une fille publique dît cela, dont les nuits sont précieuses comme un métier, qui les estime à dix francs, et pour qui les nuits perdues sont des jours sans pain. Elle demande une .grâce, elle qui sait le prix des grâces
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que l'on accorde, qui sait anssî qu'un corps humain se pa3'e et que l'on reçoit de l'argent de ceux que l'on soulage.
Il se coucha à son côté. Il la mit dans ses bras où elle était froide, de la tête aux pieds, comme une tempête de glace, comme un champ de cailloux où les récoltes sont brisées. Il la mit sur son cœur et la tenait chaude bien longtemps avec des dévotions brûlantes, une petite plainte de pitié qui sortait comme une flamme.
Il ne disait rien, il ne pensait pas à la femme, il s'entourait lui-même de cette douleur et îî avait bien envie de crier :
— Pauvrepetite sainte 1 pauvre petite sainte 1
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