LE FOU
Le soleil couché, Félix s'assied par terre, près de la cheminée sans feu. Il n'allume pas sa chandelle. Il laisse la nuit Tenvelopper et, comme une servante soigneuse, couvrir la huche, les chaises et le lit. Bientôt il ne dislingue plus que le balancier de cuivre qui va et vient dans Thorloge invisible.
Et voici que la lune se lève.
Félix la devine et sent qu'elle monte, légère, parmi les arbres. Ils vont la toucher du bout de leurs pointes, l'accrocher au passage. Mais elle glisse, leur échappe, et verse devant elle, pour annoncer sa venue, une lueur claire comme un flot de petit-lait.
Félix remue les lè\Teset tend les mains. Il
la prie de venir plus près. Elle touche au bord du toit. Elle s'approche encore, se colle à la fenêtre et semble s'immobiliser un instant.
Aussitôt, la face blanche et dilatée, tandis que rémotion fait dans son coeur un bruit de source, Félix joue à la lune, sur son bras gauche comme violon, avec son bras droit comme archet, un doux air de musique qui n'en finit plus.