CHAPITRE II
LES RACES INDIENNES DE L'AMÉRIQUE DU SUD LEURS ORIGINES, LEURS LANGUES, LEUR AVENIR
La question générale de la première origine des peuples d'un continent est en dehors des limites prescrites à l'histoire; elle offre un intérêt de curiosité plutôt que vraiment philosophique. Cette opinion, émise par Humboldt, s'applique exactement aux nations, tribus ou familles qui à une époque trèsreculée ont peuplé le continent sud>américain. Elles ont eu, dès le début, à lutter contre des difQcultés locales de sol et de climat, à s'adapter à une nature vierge, à modifier jusqu'à leur alimentation, à s'habituer à des productions et à des travaux inconnus, et ont subi par cela même une transformation assez complète dans leurs mœurs, leur langage et leur physionomie, pour que le peuple qui s'est formé des débris
d*une nation ainsi transplantée, soit un peuple tout à fait nouveau. 11 est plus intéressant dlétudier la civilisation qu'il a édifiée, que de rechercher de quels matériaux elle est faite et de quelle carrière ils sont extraits.
Lés événements modernes que nous connaissons peuvent, au reste, nous servir de terme de comparaison. Supposons, en effet, qu'un grand nombre de siècles se soient écoulés depuis la découverte et la conquête de l'Amérique par les Européens, que le nom de Colomb et celui de ses contemporains se soient effacés de la mémoire des hommes, et qu'un historien parvienne, par des procédés savants, à retrouver les noms des conquérants, l'origine des peuples et des individus : quel intérêt philosophique pourra-t-il tirer de la généalogie des aventuriers de la conquête ou de ceux de la civilisation, gens grossiers, ignorants, ravageant au hasard, foulant aux pieds institutions, religions, sciences indigènes, dérobant et jetant au creuset les preuves de l'esprit industrieux de plusieurs générations; puis, disparaissant, enlevés par une mort obscure ou rentrant dans leurs foyers sans avoir rien fondé, laissant avec dédain quelques gouttes de leur sang dans les veines des nouveau-nés ? Il y a là peut-être des éléments dramatiques à recueillir, mais l'histoire ne peut sur ces données établir aucun système philosophique.
C'est sur le sol même qu'il faut étudier l'homme nouveau qu'il a formé, chercher l'histoire des allian-
vGooQle
igl
ces, des premiers établissements stables ; l'influence du climat, du milieu, de l'entourage sur le déyeloppement d'une civilisation indépendante, sans se préoccuper des hasards qui ont poussé les colons sur cette terre.
L'histoire de chaque nation qui se constitue ainsi par un travail particulier offre un réel intérêt. A ce point de vue, sans rechercher au delà des limites de l'histoire quelle est l'origine des peuples du continent américain avant la conquête, il n'est pas inutile A résumer ce que les recherches de la science mo( ont révélé sur la vie, la civilisation des peupl ont mêlé leur sang à celui des Européens pour fdîhn( les races actuelles. Il y a là, croyons-nous, un des é^ ments les plus importants de l'histoire des orig des sociétés sud-américaines. ; -^