Bustes & masques
Sous ce titre de Bustes et Masques, nous avons essayé de portraiturer la plupart des Marseillais qui marquent aujourd’hui dans les lettres, au théâtre, dans les arts, dans la presse, dans le barreau et dans la politique.
cNj)us avons également fait figurer dans cette petite galerie certains acteurs ou actrices de Paris qui ont en quelque sorte acquis droit de cité dans notre ville.
‘Bien des gens, nous nous y attendons, estimeront que parmi ces légers médaillons, les uns sont beaucoup trop flattés et les autres un peu trop sévères. Njnis acceptons d’avance le reproche. ‘Notre seule
ambition est que l'on puisse dire de ces portraits ce que Montaigne disait de ses Essais : « C’est un livre de bonne foy. »
Aux lecteurs qui , en feuilletant notre petit volume, y voudront voir trop de grands hommes de Province j fions nous contenterons de répondre que tous les trains de chemins de fer qui se dirigent vers Paris ne sont pas composés que d’hommes d’esprit. Mous avons même la coquetterie de croire que la Capitale nous enlève chaque année plus d’un imbécile.
Et pour revenir à ces modestes portraits, nous ajouterons que la galerie est loin d’en être complète. Marseille , on n’en doute point est plus riche que ne pourrait le faire supposer une aussi mince plaquette. M bientôt, par conséquent , la nouvelle série des Bustes et Masques Marseillais.
Horace EF.RTIN.
Marseille, le ier Octobre 1SS1.
ROUFFE
) 'est loin des Philistins de l’orchestre, perdu dans [un coin de la galerie, au milieu des titis du faubourg Saint-Lazare, des marmitons du voisinage coiffés de leurs tourtes et des rouliers de la Porte d’Aix, que nous voulûmes voir pour la première fois la face du nouvel enfariné. Cette apparition fît lever en nous tout un essaim de charmants souvenirs. Pendant un instant, il nous revint à l’esprit Y Histoire du théâtre à quatre sous , le chaleureux petit livre de Jules Janin sur Gaspard
ROUFFE
Deburau ; les créations de Charles, son fils regretté, qui, même sous la casaque blanche à gros boutons, savait garder toute l’élégance d’un talon rouge, toute la distinction d’un Brummel; le masque si caricaturalement attendri de Paul Legrand et les merveilleux coups de batte de l’arlequin Deruder. Dès ce soir-là, le populaire ne s’y trompa point; il comprit, avec nous, que si la tragédie était bien morte avec Talma et Rachel, la pantomime, par contre, n’avait pas été inexorablement enfermée dans le cercueil de Deburau, ainsi qu’on avait pu le craindre tout d’abord. Elle revivait plus jeune, plus souriante, plus alerte, plus triomphante que jamais sous les traits du nouveau Pierrot de l’Alcazar. Ce visage allongé, dont la farine moule si finement les méplats, aux yeux si expressifs et au rictus si large et si puissant, devait trouver bientôt un public de fanatiques admirateurs. Tout en gardant le culte le plus fervent pour le Pierrot de la tradition, pour le Gilles des anciens jours, Rouffe, hâtons-nous de le dire, aura eu le rare mérite d’entrer résolûment dans la voie de l’observation humaine, d’arborer son masque blafard en pleine comédie et en plein drame contemporains. Mais pour dégager la pantomime de son caractère de convention, de ses naïves oiigines, il fallait un comédien d’une étonnante souplesse comme le jeune artiste de la salle Belsunce. Comédien, en effet, d’un esprit endiablé ou d’une émotion péné. trante, il faut voir, le dimanche, avec quel art il sait remuer, électriser ce public en blouse et en casquette. Je
ROUFFE
ne parle pas des gourmets qui, tous les soirs, vont régulièrement subir le charme de cette voix muette mais si éloquente, de ce jeu si net et si brillant, de cette physionomie si adorablement mobile du disciple déjà célèbre de Deburau. De ceux-là, j’en suis et il m’est doux d’en faire ici publiquement l’aveu.
ÉMILE SUMIEN
[ne tête fièrement plantée sur un col vigoureux. Si pla bouche est parfois souriante, le regard a je ne sais quoi de vainqueur et d’assuré qui annonce un athlète. La politique légitimiste ne s’accommode que médiocrement, surtout à cette heure, de soldats grêles, délicats et de courte haleine. Elle a besoin de combattants robustes, vaillants, fiévreux, actifs, qui soient pleins de confiance en eux-mêmes et qui sachent au besoin se multiplier. Emile Sumien a précisément apporté un vrai tem-
EMILE SUMIEN
pérament de lutteur dans la défense de la cause royaliste. Ses premiers articles de la Galette du Midi semblaient battre la charge et monter à l’assaut. Bien de respectables abonnées, depuis longtemps déshabituées de la politique d’action, durent ce jour-là ouvrir leurs fenêtres pour voir si le Roy n’apparaissait pas à l’extrémité de la rue. Mais si Emile Sumien a modéré quelque peu son enthousiasme d’antan, il n’en a pas moins conservé une fougue, une verve et une fécondité extraordinaires. On dirait parfois que notre sympathique confrère prend h Galette pour le Môle et y improvise avec toute l’abondance et toute la facilité d’un Napolitain. N’oublions pas seulement que les improvisateurs de la presse quotidienne ne peuvent l’être qu’à la condition d’être admirablement instruits, d’avoir un cerveau merveilleusement meublé. Et, à ce propos, il serait injuste de ne point signaler l’érudit, l’homme laborieux, le piocheur, c’est le mot, qui se cache chez le successeur du regretté Henri Olive.