CLOVIS HUGUES
pirer un peu trop de Victor Hugo. Ce reproche, il est vrai, est loin d’être immérité. Mais quel est le ; oète, qui en jetant sa gourme, ne procède pas d’une école? Nous connaissons, du reste, un Clovis Hugues satirique, frondeur, léger, d’une saveur toute personnelle. Pendant plusieurs mois, il a publié dans un grand journal de Paris des vers politiques qni sont de petits chefs-d’œuvres de verve ironique et que Paul-Louis Courier aurait volontiers signés, si le célèbre pamphlétaire eût écrit dans la langue des Dieux. Car le jeune député de la deuxième circonscription a de l’esprit et du meilleur et du plus aiguisé. Ce côté du talent de Clovis Hugues, bien que peu connu encore, n’en mérite pas moins d’être noté. Ce que nous prisons moins en lui, ce sont les grandes déclamations, les éclats de voix , les ritournelles humanitaires et sociales , les poésies à revendications, les chants enfin qui nous rappellent trop toute la friperie poétique des bardes du prolétariat, bardes qui auraient dû disparaître une fois pour toutes avec la République de 1848. Non, nous ne voulons dégager de Clovis Hugues que l’artiste délicieux et l’écrivain spirituel qu’il y a en lui. Cela nous suffit pour approuver pleinement sa nomination de député. Il nous importe peu de savoir s’il montera à la tribune, s’il prononcera des discours d’affaires, s’il se révélera économiste : ce que nous n’ignorons pas, c’est qu’en donnant es suffrages à Clovis Hugues, le corps électoral a envoyé au parlement un garçon d’espnl et de talent.
BARNE
ja face heureuse, large, sympathique, un peu lépaisse, au nez puissant, au menton charnu et au sourire en coup de sabre. C’est un avocat que la politique a enlevé à la barre pour en faire un sénateur. L’avocat est bien provençal, et par le geste et par l’accent et par la superfluité de parole. On dirait même, à certains moments, que Me Barne va se noyer dans sa phrase ; mais à y regarder de près, cette éloquence parfois redondante n’exclut
pas une réelle science du droit, et il est peu d’avocats qui, notamment en matière administrative, soient aussi instruits et aussi exercés. Républicain de vieille date, d’une grande fidélité et d’une grande probité politiques, ayant rendu maints services à son parti comme avocat, Me Barne, d’abord membre du Conseil général où il s’était acquis un juste renom, a été enfin nommé sénateur. A la Chambre haute, il tient un rang fort estimable et chacun y apprécie son excellent jugement, sa pratique des questions d’affaires et d’administration. Un détail qui étonnera peutêtre quelques lecteurs, c’est que sous les dehors fort simples et même bourgeois de l’honorable sénateur se trouve un vrai délicat, un artiste qui a le culte de l’originalité et de l’exquis, un lettré des plus fins et des plus rares. Il y a même chez Me Barne un causeur d’une gaieté étourdissante, d’un tour d’esprit des plus aimables et des plus captivants.