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Byron

Byron fut surtout ua lyrique. Il aimait à traîner sa robe de ctteupoète sur la neige des olympes.

SMl est parmi nous un poète qui, par son génie et la tournure de son esprit, rappelle le poète anglais, c'est Alfred de Musset. Mais autant le style de Musset est négligé, autant le poète parisien est dédaigneux de la forme, de la rime et du rythme, autant le vers de Byron est soigné, poli, ciselé pour ainsi dire ; autant Musset pêche contre les vieilles règles de la métrique, autant Byron les respecte.

Byron, comme Musset, passe sous Vinfluence du moindre capri* ce d'un genre à Taulre. Il quille la lyre pour prendre la verge de Né»

mésis et en frapper ses critiques ; il quitte le cothurne pour le brodequin, le sifflet d'Aristophane pour le sarcasme de Juvénal. Sa muse *se métamorphose comme le Protée de la fable antique ; elle se drappe de lon^s voiles de deuil et gémit sur les tombeaux ; elle embouche la trompette guerrière et anime au combat ; elle se coiile de serpents, prête à mordre : aujourd'hui vierge au sourire angélique ou femme pleine de sombre désespérance, demain bacchante échevelée ou (ille

au rire cyriiri'jr.

Elevé dans une solitude morne et triste, au milieu des montagnes de TEcosse où le vent géaiit si laoïentablement dans les pins, ayant pour toutes caresses celles que lui donnait l*amour froid d'une mère qui avait la triste habitude de s*enivrer de gin pour oublier ses chagrins^ le caractère de Byron se voila dès son enfance de cette tristesse som^ bre qui plus tard devait se changer en une misanliiropie dédaigneuse.

Issu des Stuarls par sa mère, ou retrouve dans plusieurs de ses écrits comme un écha de leurs malheurs, quelques strophes plaintives et émues comme de tristes élégies ou comme les adieux de .

Marie Stuart à la France. Il a, en eiïet, adorablement pleuré sur la tombe dè Zuléïka, la sainte et fidèle fiancée de Sélim. Il a décrit avec la plus touchante et la plus poétique mélancolie la tombe de la vierge morte dans sa beauté et son innocence, la tombe où « une rose solitaire déploie son éclat doux et paie : on la dirait plantée par les mains du désespoir tant elle est blanche et Irèle ; il semble que la brise la plus légère va disperser ses feuilles dans los airs ; et cependant c'est en vair qu'elle est assalK lie par la gelée et les orages, c'est en vain qu'une main plus impitoyable que les frimas Tarrache à sa tige, demain la voit refleurir. Un génie l'arrose avec amour de larmes célestes. Las filles d*Hellé peuvent croire qu'elle n'a rien de

terrestre ; la fleur qui brave le souffle destructeur de la tempête épanouit ses boutons sans Tabri d'un berceau, et n'a besoin pour fleurir ni des pluies printanières ni des chaleurs de Tété. Là, chante tout le long de la nuit un oiseau invisible , mais peu éloigné ; on ne voit pas ses ailes aériennes, mais doux comme la harpe qu'une houri fait vibrer résonnent ses chants ravissants et prolongés. »

Par son père, Byron descendait des conquérants normands, et on retrouve aussi dans Lara, le Corsaire et plusieurs autres de ses écrits, des caractères qui rappellent ces aventuriers de la mer, hardis et sombres comme elle.

Au sortir d'une enfance Irisle et maladive, Byron porta à Técole d'Harrow un cœur précoce, une humeur faotasquei un caractère indépendant. Il fat ensuite le scandale de l'université de Cambridge, grâce aux excentricités d'une vie désordonnée et libertine. Ce fut «lors qu'à l'âge de dix-huit ans il publia son premier recueil de poésie : Le$ Heures de Paresse^ où &e montre déjà tout le génie du poète, mais aussi son esprit dédaigneux, sa mélancolie amère, son ironie sarcaslique, son immense mépris des hommes. Ces poésies néanmoins ont parfois un ton tendre et plaintif, quelque chose de doux et de touchant comme les

souvenirs d'une jeune (ilie. On dirait des plaintes à peine murmurées et faibles comme le gémissement des saules au bord des ruisseaux. Ces vers sont comme l'écho d*une àcne tourmentée qu'envaliii déjà le remord ou la haine et qui pleure ses illusions perdues. Ses stances par exemple sur la mort de la jeune Marguerite Parkor, «celle qu'a moissonnée dans sa ileur le roi des épouvantemenls », sont d'une mélancolie ravissanto et font songer aux strophes de noire harmonieux Lamartine. Malheureusement trop souvent la satire perce déjà entre les vers. Pourtant Byron est encore Ijien jeune pour avoir pris le monde en haine !

Ces poésies premières furent vivement critiquées par la revue d'Edimbourg. Byron répondit pur

la satire des poètes anglais et des

critiques écossais, où il donna libre cours à sa verve sarcastique et se

défendit avec Tironie amère de l'orgueil blessé.

Oigitized by

Après avoir siégé quelque temp»

à la chambre haute sur les bancs de Topposilion, Byroa quitta I'Aqgleterre pour promener sa mélan* colie et ses vices à travers le Portugal, l'Espagne, TAIbanie, la Grèce et la Turquie. Ce sont ses propres impressions et ses propres aventures qu'il reproduit dans Le PéU'rinage de Childe Harold. Personne peut-être avant lui n a parlé avec autant d*enthousiasme et de poésie des lieux qu'il a visités* Personne n^a fait revivre plus fortement les souvenirs du passé, remué pins profondément la cendre des héros endormis. On trouverait difficilement dans les poètes anciens ou modernes une prosopopée plus

magnifique et plus hardie que celleci : « Eveillez vous, fils de l'Espagne ! Eveillez-voup I Aux armes !

N*entendez-vou8 pas résonner la terre sous les pas des coursiers?

N'est-ce pas le bruit du combat qui arrive à notre oreille ? Ne voyezvous pas ceux que frappe le sabre ensanglanté ? Courez ! courez sau* ver vos frères avant qu'ils tombent sous les coups des tyrans et de leurs esclaves . L'air est sillonné des feux redoutables du trépas; chaque décharge, répercutée de roc en roc, annonce que des milliers d'hommes ont cessé de vivre. La mort v-ole sur un aiguillon de soufre; le génie des batailles, rouge de sang, frappe du pied la terre, et les peuples ont ressenti la commotion.

Voyez-vous le géant debout sur la montagne, étalant au soleil sa

sanglanle chevelure? Les foudres

de la mort élincellcnt dans ses mains ardentes et à ses pieds d'ai* rain est couchée la Destruction observant les oalamités qui s'accomplissent. »

Tyrtée n'a. pas appelé les Grecs avec plus d'éloquence au combat et le pœan n'a pas retenti plus sublime sur ses lèvres. C'est sans doute ce qui a fait dire à sir Ëgerlon Brydges : « Byron parle son propre langage et non le langage d'autrui. n

Ce fut alors que Byron publia un touchant épisode ; Le Gîaour, a ce collier de perles orientales eufilées sans ordre 2>, comme dit Thomas Moore. Ces fragments, empreints d'une profonde mélanco- MiCy rappellent sous plus d'un rapport le Saule de Muiset* Malheu*

NttMoieiil il arrive souvent qu'en tre deux sanglols se gUs&e, froide comme une vipère, une aoière el

douloureuse réflexion.

Il publia ensuite La Fiancée

dWhydos oLis'exhale toute la poésie

de la Grèce moderne. Là, le poète

donne libre carrière à son amour passionné pour l'Orient, « celte

terre du ciel, le pays du cèdre et de la vigne, où sont des fleurs toujours nouvelles, un ciel toujours brillant^ où un pourpre plus foncé colore rOcéan, où les vierges sont suaves comoie les roses de leurs guirlandes. »

Et puis quelle pure et ravissante conception que cette douce et ai* mante Zuléïka, belle comme ces visions ineflables accordées au sommeil de la douleur, suave comme le souvenir d'un amour sur

leqael la tombe s'eal refermée.

Vinrent ensuite le Corsaire et Lara, deux épisodes qui mirent le comble ù la renommée du poète.

Quelles lugubres et fantastiques conceptions que ce sombre et énigmatique Lara, ce hardi Conrad, moitié pirate, moitié brigand et aussi moitié génie, ce bandit fidèle dans son amour jusqu'à repousser la douce Guinare, celle que les orientaux appelaient Fleur-de-Grenadier, Guinare pour lui souillée du sang de son premier amant, ce brigand acceptant la défaite et les tortures avec un dédain superbe, refusant même le pardon que lui envoie la miséricorde divine.

< Là, dit sir Egerton Bridges, Byron donne libre carrière à son imagination; il montre celte éloquence naturelle, cottlantdesouroe,

celle rapidité darïs la narralion, cette puissance d'images saisissante et qui cependant n*a rien de forcé, celle vigueur d'émotions et cette sublimité de pensée qui le caractérisent. »

Et, chose singulière, Byron aime à peindre ses héros, même les brig^ands et les pirates, avec ses propres traits. Non seulement il fait gronder dans leur sein ces orages intérieurs qui grondaient en lui et éclataient quelquefois si terribles, non seulement il leur met aux lèvres l*amertume de sa désespérance, mais encore il les fait à sa taille et à sa ressemblance physique. « Cela peul venir, dit sir Walter Scott, d'un tempérament qu une mélancolie native et radicale, comme Hamlet, par exemple^ prédispose à s'idenlilier avec ces

scènes si saisissantes^ si palliéliques, où la conscience inquiète lutte contre l'orgueil et se réjouit de se. trouver dans les positions coupables et dangereuses, de même que quelques hommes aiment, sans savoir pourquoi, à marcher sur le bord d'un précipice ou sur un pont fragile, à contempler Tabîme dans lequel s'engloutit avec fracas le torrent. » Ne serait-ce pas plutôt simplement de l'orgueil?

Le Siège de Corynt/ie qui suivit presque immédiatement est une composition qui, bien que d'ordre inférieur, ne manque ni de grandeur ni d'inspiration. « La misanthropie de l'auteur s'y laisse moins apercevoir, dit Jeflrey, et rinlérêt est puissamment éveillé par le mélange habile des scènes passionnées et du tumulte de la guerre. »

Ce fut alors qu'une jeune fille

belle et intelligente, miss Milbank, s'éprit de Byron et Tépousa. Jamais peut-être il ne se fit union plus mal assortie. Autant Byron était plein

de fantaisie, de spontanéité, de passion, autant miss Milbank était

pleine (Je froideur, de régularité et même de sots préjugés. Elle lui donna un fils. Mais le ménage fut promplement désuni ; et Byron, au bout d'une année, refusa de voir sa iemme. La Société anglaise mit tous les torts de son cnlé, ce qui accentua encore sa misanthropie.

Il publia ensuite ParUina, Beppo^ Mazeppa^ nouvelles comme Musset savait ea écrire, sujets empreints d*une amère mélancolie. Bientôt suivis de Les Das-lileus, La Vision du jiujement dernier et VAge de bronze^ satires mordantes et sévères, la série se termine par Ulle, aventures de mer racontées avec une énergie puissante et colorée.

Byron se plait aux aventures de mer. Son esprit aime à se promener sur les Ilots immensesi immense comme eux. « Sur les ondes joyeuses de la mer sombre et bleue^ eomme elles nos pensées sont sans bornes et nos ùmes libres comme elles ; aussi loin que la brise peut porter, partout où les vagues écu-

ment, voilà notre enripire, voilà notre pairie. Ce sont là nos royaumes où notre puissance n'a point de limites ».

Abandonné de sa femmei couvert d'anathèmes, Byron s'exile de nouveau pour un voyage sans retour.

En Belgique, Waterloo lui inspire une de ses plus belles odes.

En Suisse, l^amitié de Tathéo Sheliey Tenfonce de plus en plus dans le seplicisme. Là, cependant, le speclacle de Tazur calme des lacs, la contemplation des neiges éternelles sur les sommets, la solitude des vallées silencieuses, le chant monotone des patres, les souvenirs, tout se réunissait pour le tenir dans une sorte d'éveil douloureux, pour remplir son âme d'une agitation tourmentée. 11 avait espéré que Miss Milbank pardonnerait un jour ; mais Tépouse oflensée, crai-

gnant une seconde humiliation, en voulut point faire les premières avances el la réconciliation n*eut pa? lieu.

Une élégie adressée à celte époque par Byron à sa sœur prouve combien son cœur était douloureusement meurtri. « En vain, il s'est couché le soleil de mon sort, dit-il ; en vain Tétoile de ma destinée a p&li ton cœur indulgent refusa de voir les torts que les autres découvraient en moi ; tu connaissais ma douleur, et pourtant tu n'hésitas pas à la partager... Il est pour moi une source au désert ; dans mou domaine inculte, un arbre reste ; un oiseau chante dans une solitude et son ehant me parle de toi ».

Néanmoins Byron ne reslail pas juaclif. A Veniso, il composait La lamenlalion du Tasse^CQ chef d'œuvre en quelques vers, ce poème si durèrent de tous ses autres écrits.

Au lieu de ceite amertume qui éclate en paroles ironiques, on trouve ici une résignation tranquille, une urne sur qui la douleur no peut plus rien, comme ces grands chênee dont la foudre a frappé le faite et contre qui les orages sont impuissants. Le poêle s'est faitdesidolesde lanatureetdes objets inanimés. Au milieu des fleurs sauvages et solitaires, parmi les roches au pied desquels elles croissent, il s'est créé un paradis où il se repose et rêve sans compter les

heure8.<( Toute la lerre m'abandonne, s*écrie-t-il, le ciel m'oublie; en l'absence de toute proteclion, les

puissances du mal peuvent essayer sur mol leur pouvoir et triompher de la créature épuisée qu'elles allaquent. Pourquoi mon âme est-elle éprouvée dans cette fournaise con»me Tacier dans le feu ? »

Du fond de son cachot. Le Tasse écoute la voix de son cœur qui parle de Tamour passé, la nature qui fleurit au dehors, le vent sonore qui chante dans les arbres, et le poêle est presque consolé. « G est, dit Wilson, une lamentation douce, mélancolique, plaintive, pleine de résignation, tempérée par les souvenirs d'un bonheur qui ne doitplus revenir et soutenue par Tespoir d'une réputation immortelle. A force de s'être nourri de sa douleur,

la soufTraDce a perdu sur lui toute prise ».

Quelque temps après, à Ravenne, au bord des ilols adrialiques, aux pieds de celle quMI appelait sa Guic* cioli, Byron composa La prophétie du Dante,

De rclour à Venise, il mena une vie facile et même libertine. Il scandalisa la ville par son amour avec la Fornarina, femme du peuple, violente et jalouse, cpii voulut un jour se noyer de dépit. En cherchant la mort, elle ne trouva que la guérison radicale de son amoar.

11 se lia alors d*une façon plus durable et plus sérieuse avec la belle comtesse Guiccioli qui abandonna son mari pour le suivre à Havenne.

Et puis le poète aimait 1 Italie, ce

jardin du inonde, celte patrie da

beau dans les ails et la nature, comme il Toppelle. Pour lui, celte terre est comme le paradis, l'Eve des nations. « 0 beauté italienne, s'écrie-lil, nas-tu pas inspiré Raphaël qui mourut dans tes bras, et qui, dans les œuvres que nous légua son pinceau, rivalise avec loul ce que nous connaissons du ciel ou pouvons désirer »!

Il n'est pas jusqu'au doux parler de celte terre bénie qui ne soit cher

au poète, ces syllabes sonores et brillantes comme son ciel bleu, ces

désinences harmonieuses qui font

d'elle le rossignol de l'Europe.

Toute langue doit s'avouer barbare

auprès de celle du barde Toscan,

du gibelin proscrit, et paraître

comme « le gazouillement d'oiseaux

inférieurs ».

Du haut des Alpes couronnées de

neiges élernelles, de leurs rocs, de rombre toufTuo des pins, amanls du désert qui balancer«t au souffle de l'orage leur verdoyant panache, le poète aime à contempler amoureusennent ces plaines qu'éclaire un chaud soleil et qu'embaument les orangers.

Venise, en particulier, lui élait chère, soit à cause de la Fornarina . et de la Guiccioli, soit a cause de ses féériques splendeurs, et il n*a pas dé Jaigné de lui adresser une ode et de pleurer sur les ruines politique de cette grande république.

Entrons maintenant avec Byron dans la carrière dramatique.

Le premier de ses drames fut commencé en Suisse, en face des glaciers de TUberland. Aussi il est sombre et grandiose comme ces soliludes.

Manfred, selon Tauteur luimôme, est un drame « très métaphysique, très bizarre, presque incompréhensible ».

Le héros du drame, le sombre Manfred, est une sorte de Faust qui a épuisé tous les secrets des sciences permises et occultes sans arriver au bonheur. Aussi Gœlhe a-t-il accusé Byron de « s'être approprié son Faust et d'en avoir tiré une puissante nourriture pour

son amour hypocondriaque.» Mai^, outre le vide de son cœur, ce Manfred maudit a un crime sur la conscience, car il a fait mourir celle qu'il aimait, la paie et belle Aslarté qui, revenue de la tombe, plane un moment sur ces horreurs et fait entrevoir la possibilité du pardoo«

Bien inférieurs à la conception grandiose du poète allemand, ces actes dialogues où circulent, pales fantômes, les génies des montagnes et des airs, ne sont qu'une fantaisie d'un esprit tourmenté parlamélan* coiie et peut-être aussi par le remords. C'est une àme qui, serafipelant la beauté qu'elle a souillée, fixe un moment ses regards sur réternilé dont l'aube va |)oindre demain peut-être et, dans sa désespérance dernière, ne trouve que la

mort, le retour au néant» pour lou consolation.

A Manfred succéda Marina Fulieri inspiré par un épisode de l'histoire des doges de Venise. Malgré certaines qualités qui suffiraient certes pour illustrer un débutant, ce drame a de graves défauts.

D'abord rintérôtlanguit en des discours d'une éloquence élevée et pleine de poésie» il est vrai, mais inutiles et fatiguants. Et puis le ciuaclère étrange de ce Marine Faliéri toujours en contra* diction avec lui-même, critiquant ses propres actes en de longues périodes, est presque incompréhensible ou tout au moins difficile à accepter. Seule, labelle Annunziata, lajeune épouse du doge, a une grandeur presque romaine et parle comme une Pauline.

Suivit un mystère : Le ciel el la terre dont Tidée première se trouve dans ce passage de la genèse (chap. VI) : « Et il arriva que les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles ; et ils pri* rent pour femmes, celles d'entre elles qui leur plurent d. Byron a voulu peindre dans leur primitive simplicité les amours des premières femmes, cet amour grandi par Famour céleste des anges Samiata et Ozariel .

Cet épisode est loin d'atteindre la grandeur mystique, la poésie biblique dont Lamartine a su orner La chu le (^1111 amjc, Daïdha est une vierge autrement belle, autrement passionnée et captivante que

Anali et Aliolibamath ; Cédar, raoge déchu préférant les misères la terre avec de Tamour de Daidha aux voluptés éternelles, est autrement beau et grand que le timide Ozariel tremblant à la voix de l'archange Raphaël qui rappelle le Très «Haut irrité et le vase de colère prêt à s'épancher.

Néanmoins la description du délug'c csi faite de main de maître et on croirait avoir devant les yeux un tableau du Poussin, « avec le ciel suspendu comme une couverture de plomb au-dessus des eaux, le soleil pâle et éteint, les rochers et les arbres qui disparaissent sous les eaux et quelques ligures luttant en vain contre les vagues envahissantes » (Jeffrey).

« Sur tout ce poème, dit encore Campbell, plane je ne sais quelle

fatalité terrible, cl celte teinte sombre que le Poussin a jelée sur son

inimitable tableau du déluge ».

Sardampale est par contre ud

des meilleurs drames de Byron.

L intérét s> soutient d*un bout à 1 autre et croil a/ec chaque scène jusqu'à la catastroplie.

Sans doute le poôte a imaginé un

Sardanapale de convention. Mais que serait le théâtre sans la convention ! Il a fait du descendant de Bélus un héros plein de noblesse et en même temps de courage, plein de grâce et de légèreté, n*aimant pas à répandre le sang; inutilement et cependant ne craignant pas les périls des combats et la mort, préférant à la gloire Tamour d'une belle esclave ou les danses et les Joies d'un festin bien illuminé. Ën

an mot, il lui a donné un caractère byronien.

« Aucune création de lord Byron, dit Trelawaey, ne nous semble prouver chez l'auteur plus de vigueur de conception, plus de délicatesse de touche, plus de richesse et de coloris dans le style » .

ààààààMààààààà

Le drame Les deux Foscari, autre sujet emprunté à Thistoire des doges de Venise, n*eut pas plus de succès que Mariuo Falieri. Ici encore les caractères sont difficiles à accepter. Ce père qui assiste impassible et froid au supplice de son tiis, prononce lui-même sa sentence de mort, tant il tremble devant le redoutable Conseil des dix, et pleure en secret, ne peut guère nous intéresser^ pas plus que ce Foscari, son fils, qui, dans son amour insensé pour une patrie qui le répudie et le torture injustement, préfère la mort à lexil. Seul le traître Loredano, sombre personnage, implacable dans ses vengeances, et la jeune et touchante Marina qui^ dans

son désespoir, trouve des imprécations dignes de figurer à côté de celles de Camille, pourraient nous intéresser. Enfin Tintrigue est insuffisante, ou plutôt il n'y a pas d'intrigue.

Selon Jeffrey, c'est un drame « lourdt verbeux, manquant de passion et d'énergie ».

Le difforme transformé^ drame iaachevéy est uo nouveau sujet emprunté au Faust de Gœthe.

Oa a voulu voir, peut-être à torty dans le bossu Arnold, le malheureux déshérité de la nature à qui sa mère même refuse ses baisers, une peinture de Tenidnce malheureuse de Byron alors que sa mère ivre rappelait u vilain enfant boiteux » et le repoussait durement.

Ce drame est rempli d'incantulions magiques et d'apparitions d*esprits et de génies. Byron, comme Shakespeare, se piait à ces évocations, voix terribles d'en haut ou d'en bas qui clament ou vaticinent. Et puis cela tient peut-être aussi au pays où Byron et Shalcespeare sont nés.

Le soleil clair, le ciel bleu qui illuminent et éclaircissent tout^ sont rares en Angleterre ; les brouillards, au contraire, sont épais et sombres ; les brumes donnent aux objets un caractère indéfini, vague, et quelquefois des formes étranges.

Les nuées deviennent les filles de lair et de la mer ; les arbres paraissent des g*éants, leurs rameaux des bras étendus pour bénir ou pour maudire, et le souffle du vent dans leurs feuilles des paroles ou redoutables ou douces comme la voix des oiseaux. Tout alors se transforme et prend dans l'imagination du poète des formes fantastiques, comme tout devient fantôme ou génie au crépuscule ou ù la lueur p&Ie de la lune pour Tœil peureux du paysan attardé dans son champ.

Ces évocations, ces chœurs d'an-

ges ou d'esprits infernaux, tiennent une grande place dans les drames de Byron.

A Ravenne, Byron publia le plus admiré peut-être et en môme temps le plus critiqué de ses drames :

Catn.

Les doutes du premier fratricide sont exprimés avec énergie, et les visions oùTentraine Tesprit maudit, celui qu'on a appelé Lucifer ou l'Etoile de Taurore, sont quelquefois grandioses. Néanmoins ce Lucifer est inférieur à celui de Milton, à Tarchange tombé avec son orgueil indomptable. « Le Satan de Milton, dit Blacwood, n'est pas un être moitié démon et moitié homme, ayant assez d'éléments terrestres pour servir de type au sceptique malin^ et assez de nature

céleste pour jeter un caractère divin sur sa malignité ; le Lucifer de Byron n'est ni un noble, ni un lâche démon ; il n'agit point, il n'a point en lui de poésie ; c'est un pauvre diable incertain, bavard, mauvais métaphysicien, n'ayant point assez d'esprit pour échapper au moins à la damnation des critiques, il ne parle ni en poète, ni en homme de sens. Thomas d*Aquin l'aurait fouetlé plutôt à cause, de sa mauvaise logique qu'à cause de son impiété, et Saint ûunstan Teut pris par le nez avant que le malheureux ait eu le temps de s'en apercevoir. »

Cette critique est certaioement trop sévère, et si le Lucifer de Byron est de beaucoup inférieur à celui de Miltoo, il n'en a pas moins une certaine grandeur poétique mêlée d'ironié, de colères hai-

neuses, de mépris hautain de celui

qui l a fait tomber. C*est peut-être pour cela qu*on a accusé ce drame

de n^élre qu'une déclamation contre la Providence. Cependant l'ange du mal et Cciin dont le cœur est déjà troublé de pensées mauvaises, dont le cerveau obscur cherche à comprendre ce que c'est que la mort après la vie, ne pouvaient pourtant pas parier comme des pères de ri^glise.

Le doux et aogélique Abel et ZiUah, celle qui fut son épouse et sa sœur, restent un peu dans l'ombre et leur caractère est à peine esquissé. Combien les prières et les louanges qu'ils adressent au Très- Haut sont inférieures en grâce poétique à celles qu'ils chantent dans la pastorale de Gessner ? Cœurs purs où le péché n'a pas mis une souil-

lure, âmes candides que l'ennemi de Dieu n'a point tentées ni obscur* oies par le mensonge, ils savent tout tourner à la louang-e du Créa* leur. « C'est pour le louer, disentil, que les fleurs naissantes exhalent, dès le point du jour, leurs parfums odorants ; c'est pour lui que les cœurs divers des oiseaux chantent du haut des airs ou du sommet des arbres, à la vue du soleil levant ; c'est pour Thonorer que le lion sort de sa caverne et fait retentir le désert de ses rugissements ». Tout pour eux est prétexte à adoration et actions de grâces : la rose qui s'ouvre à l'aurore, le lis fané qui se penche au crépuscule, les chanls de la fauvette dans la haie, les rugissements des fauves qui saluent le lever du soleil. I/Abel de Byron est plus froid et moins

expansif ; il a quelque chose de la gourme anglaise.

Quant à la douce Adah, la compagne malheureuse de Caïn, elle accepte son sort avec une résignation triste, ne maudissant ni son fatal époux dont elle partage la malédiction et qu'elle aime encore, ni Jehovah devant qui elle se prosterne adorante et soumise.

En somme le drame manque d'action, car le côté passionné de Gaïn est laissé de côté ; il agit toujours sous rinfluence d'une puissance surnaturelle.

« Cette pièce, dit Campbell, n'est guère qu'un cadre où viennent se placer de puissantes abslraclions sur la vie, la mort, Téternité et le temps, de vastes mais obscures descriptions des abimes infinis et

des doutes hardis sur le grand problème de Torigine du mal ».

Moore cependant n'hésite pas à reconnaître, et avec raison, des qualités de premier ordre dans ce drame. « Gain est plein de merveilleux et de terreur, dit-il ; il y a là vraiment le cachet du poète et du diable ».

Le dernier des drames de Byron

fut celui qui obtint le plus de succès à la scèoe 0U| pour mieux dire, le seul qui en obtint. C'est sans doute parce que c'est celui où Taction tient le plus de place, celui où les coups de théâtre sont le plus précipités, où le pathétique atteint son maximum d'intensité, où les caractères sont les plus variés et en même temps les plus nettement tracés.

Werner^ on ne sait trop pourquoi, a cependant été très sévèrement .critiqué, et, si on se reporte aux revues de l'époque, on ne trouve pas un éloge pour ce chef-d'œuvre.

Et dire qu'on lui a reproché jusqu'à Toriginalité de caractère des personnages I

Ce fut au sein des voluptés faciles de la vie vénitienne que Byron écrivit son chef d'œuvre, ^* l'épopée sérieuse et bouiïorme, enthousiaste et cynique de don Juan

Moins canaille et plus moderne que le héros de Molière, le Don Juan de Bvron est mobile et railleur, passionné et aventureux, ne trouvant rien de mieux que de suivre tous ses penchants, d'obéir à toutes ses passions.

A cùlé de pages pleines de touchantes tendresses, à coté de strophes d'une poésie magnifique, se trouvent des plaisanteries tantôt amères, tantôt grossières, qui nous cassent les ailes que le poète nous avait données et nous précipitent

brulalement du haut de notre réve étoilé dans la boue. Ainsi, par exemple, le récit des amours de Don Juan el dliaïdéô est plein de déli* catesses infinies qui leraient presque penser aux ingénuités exquises des amoureux de Bernaiilin de Saint-Pierre. Mais tout à coup le poète chang-e de ton et va jusqu'à douter de cet amour même, blas* phémant comme Musset a blas|iliémé par lu bouche de Timpie avocat Desgenais. « 0 amour, s'écriet-il^ pourquoi dans le monde est-il si fatal d*être aimé ? Pourquoi à tes berceaux entrelaces-tu des branches de cyprès ? Pourquoi ton plus fidèle interprète est-il un soupir ?

La femme qui aime les parfums, cueille des lleurs et les place sur son sein où elles vont mourir.

Ainsi ces frêles créatures, objet

de notre adoration, ne sont pressées sur notre sein que pour y trouver la mort. »

Et ailleurs : « Dans sa première |KLSsion, la femme aime son amant , dans toutes les autres ce n'est que l'amour qu'elle aime ; Tamour devient une habitude dont elle ne peut se défaire, qu'elle quitte et reprend à volonté comme un gant souple ».

Il n'est pas jusqu'au mariage qu'il n'ait ridiculisé et maudit : « Le mariage vient de l'amour comme le vinaigre du vin ; c'est un breuvage de nfférance peu agréable et âpre à qui le temps a fait perdre son céleste bouquet, pour le transformer en boisson de ménage, insipide et commune ».

Ce mélange de sérieux et de plaisant, ces strophes souvent élevées

et soulignées d'un sarcasme, attirèrent au poète plus d'une critique sévère et méritée. « Combien il eut été facile à Byron de se préserver de toute souillure, dit Blackwood.

Quelle cruelle barbarie de créer des êtres aussi parfaits pour les flétrir et les déshonorer 1 C'est vraiment le suicide du génie ».

Lamartine lui-même qui voyait dans la poésie une vierge ineffable dont on doit être jaloux comme un amant d'une chaste beauté et qu'on emporte dans les solitudes pour la préserver des souillures de la terre, gur le front de laquelle on met des étoiles et devant qui l'on se met à ' genoux, Lamartine, dis-je, ne lui a point pardonné ce sacrilège, a On ne ravale pas ainsi, a-t-il dit, la poésie, le plus beau don que Dieu ait fait aux hommes. On ne boit pas

le vin de Torgie dans le calice des sacrifices; on ne couronne pas la

coupe de l'autel des roses des festins ».

Ce poème qui contient seize chants, resta inachevé.

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La mobilité d'àme de Byron le poussa vers d'autres roules. Par un besoin de secousses violentes, par générosité, peut-être aussi par dégoût de la vie, il se jeta dans la politique, ij^aud le carbonarisme eut été battu en Romagne, il renonça au rêve de rémancipation italienne, et il alla

...chercher sur les mers quelq^ue plage

(lointaine

Où finir en héros son immorlei ennui.

Il tourna les yeux vers la Grèce et résolut de consacrer les restes délabrés de sa vie et de sa fortune à la liberté liellénique. La lutte des Grecs contre les Turcs était dans toute sa violence ; Byron pensa que c'était là le calvaire où ii pourrait

racheter son passé et se sauver de

la damnation à laquelle les hommes l'avaient condamné. « Jusqu'alors rame de Byron, occupée de rêves sublimes, était demeurée en suspens entre le ciel et la terre, et avait été un objet d*admiration plutôt que de sympathie. Le poète sentit ses ailes faiblir ; il chercha des yeux quelque cime lumineuse sur laquelle il put reposer son voU Lui aussi, après avoir tout essayé pour se séparer de la foule et se faire dieu« aspirait ù descendre et avait soif de la vie humaine. > (Ë. Souvestre.)

Général sans armée, héros sans illusions, il se sacrifie avec un dé-vouement calme au succès improbable d*une cause dont il meurt martyr à Missolonghi. Sa mort fut un vrai désastre pour la Qrèce. Le jour de Pâques (jour où il expira),

des milliers d'habitants de Misse* loDghi se rassemblèrent sur la grande place qui est hors de la ville^ poar se donner, selon une vieille coutume, le salut du matin ; mais, au lieu de s*aborder par ces paroles : « Christ est ressuscité », ils disaient : « Byron est mort. »

tt La mort de lord Byron sur une terre étrangère, dit encore Ë. Sottvestre, entre un valet et un médecin, et au milieu des souveniis de sa fille qu'il pleure, de sa femme qu'il appelle, nous apparaît comme une terrible satisfaction donnée à la religion de la famille qu'il avait - trop longtemps méconnue. »

Si Byron a eu des erreurs, s'il a été sacrilège, peut-être est-il en plus d'un point pardonnable. Il avait cette mélancolie native, cette susceptibilité ombrageuse et maladive

qui rendit tant de poètes malheureux et dûsuoil les ménages de Dante, de Sliakespeare et de Milton.

L*œuvre de Byron est une œuvre

de génie et d'un grand génie.

Son imagination, bien que sombre, était magnifique et a enfanté des conceptions sublimes, dignes de figurer à côté de celles des plus {grands poètes.

Les héros qu'on a appelés byroniens, sont diaboliques et sublimes.

Il fait gronder de terribles orages dans leur cœur, et, bien que pirates ou bandits, il leur met des étoiles au front et en fait presque des dieux tant ils sont grands dans leur honte et leur abjection. Il met dans leur unie ces amours forcenées et violentes, ce mépris hautain de l'humanité et des hommes qu'il avait lui-môme, et sur leurs lèvres

ces sarcasmes et ces blasphèmes qui pleuvant dans ses vers. Néanmoins tous ses héros se ressemblent plus ou moins; ce sont presque tous des Chiide-Harold ; depuis Conrad le corsaire jusqu'au renégat Aip, jusqu'au sceptique don Juan. Tous ont le sens précis et élevé du bien et font le mal. Une connaissance prématurée du néant de la vie a flétri leurs illusions premières et mis une coupe remplie de fiel dans leur cœur que ronge Tamertume.

Byron fait ses héroïnes divinement belles. Il met sur leur visage toutes les grâces de la beauté féminine, dans leur cœur tous les feux et toutes les auda,ces de Tamour, sur leurs lèvres, roses entr'ou vertes, les paroles de coasolation et d'espérance. Il est impossible de trou-

ver de plus suaves conceptions que celles de Leïla, Zuléïka, Médora^ Gulnare.

Le sLyle de Byron est correct, soigné et d'une rare harmonie. Les strophes sont d une richesse d'images éblouissante : on dirait des perles qu'il jelte avec une prodigalité royale.

« Si les sentiments et les idées sont souvent sujets à la critique, dit M. llalberg dans son cours de littérature étrangère, on no peut s'empêcher d'admirer sans cesse la perfection du style, Tharmoaie des vers autant que l'éloquence et la vérité de la passion, d

On ne peut, en effet, trouver rien de supérieur à sa description du déluge, à la prédiction de Marine Falieri annonçant que le jour est proche où la cité qui éleva un rem-

part contre Attila courbera la téte

lâchement et sans coaibat devant un Attila bâtard, où Venise ne sera plus que le pire et le dernier des ' déserts peuplés, le refuge de la débauche grossière, du libertinage sans passion, de Timpudicilé froide et com|»asséef la Sodonie do Tocéan ! Qu'on trouve dans les anciens ou les modernes quelque chose de plus poétique et de plus merveilleusement beau que les adieux de Manfred au soleil, Tastre glorieux qui réjouit au somniet de leurs montagnes le cœur des berg-ers clialdcuns,l'cloile souvertiine centre d'un grand nombre d'étoiles !

ti. Merlet résume aussi son appréciation sur Byron : « 13yron eut du génie, njuis une imagination mal réglée. Son vers précis, correct et plein de feu, ex-

prime trop souvent un doute désespérant, une mélancolie contagieuse et presque Tadmiration du crime.

Grand et d'une belle figure^ Byron était né boiteux. Sa poésie lui ressemble : elle a une infirmité qui lui donne un air maladif ; il manque à sa beauté pour être parfaite Téquilibre moral. »

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