Byzance
Il y a quarante et un ans paraissait, en 1919, Byzance : Grandeur et décadence. Cette brillante synthèse, écrite en un style d’une sobre élégance et reposant sur une information aussi ample et précise que discrète, est rapidement devenue un ouvrage classique. Dès 1926, une seconde édition en était publiée.
Byzance : Grandeur et décadence n'est pas, à proprement parler, une histoire de l'Empire byzantin, mais la philosophie de cette histoire, accompagnée d'une description à larges traits de la civilisation byzantine. L'ouvrage est divisé en quatre livres. Le premier, L'évolution de l'histoire de Byzance, expose en un rapide tableau toute Fhistoire de l'Empire byzantin, de 330 à 1453: le second, Les éléments de puissance, présente le pouvoir impérial, l'armée et la marine, la diplomatie, l'administration, la puissance économique, la ville de Constantinople, l'Asie, force de l'Empire ; le troisième andlyse Les éléments de faïblesse : la démoralisation politique, Ia démoralisation sociale, le péril féodal et la lutte des classes, le péril religieux, la politique impérialiste des empereurs, la décadence économique, la décadence militaire et l’émiettement territorial de l'Empire, l'antagonisme religieux et économique avec l'Occident ; le quatrième énumère Les services rendus par Byzance : Ja civilisation byzantine dans le domaine des sciences et des
arts, la diffusion de l’orthodoxie byzantine et la fornration du monde slave, la diffusion de la civilisation byzantine en Occident et, en conclusion, l'héritage de Byzance. Byzance fut très vite traduit en roumain, preuve éloquente de la valeur de ce magistral tableau d’une civilisation plus que millénaire.
Sans doute, certains jugements, certaines généralisations sur les hommes, sur les événements et sur les institutions sont discutables. Des recherches nouvelles, faites depuis une vingtaine d'années, ne permettent plus de ma@ntenir des jugements, regardés, en 1919, comme solidement fondés, par exemple en ce qui concerne certains aspects de la politique religieuse ou de la politique financière et économique. Mais ce ne sont là que détails, qui ne diminuent en rien la valeur intrinsèque de cette magistrale synthèse.
Deux ouvrages semblables à Byzance ont paru depuis 1919 : La Civilisation byzantine, par St. Runciman, en 1933, et Le monde de Byzance, par ]-M. Hussey, en 1957, deux ouvrages bien informés, bien présentés et donnant une idée générale exacte de Byzance et de sa civilisation. Cependant, cette même année 1957, était publiée une traduction américaine de Byzance. C'est que, comme l'ont pensé les éditeurs amnéricæans, l'ouvrage de Charles Diehl reste aujourd’hui encore, malgré quelques rectifications de détail, l'exposé le plus riche et le plus clair, grâce à l'exceptionnel don de synthèse de l'auteur et à sa profonde et vivante connaissance du monde byzantin. Byzance a largement contribué à répandre ‘la connaissance de l'Orient byzantin et a inspiré à plus d’un travailleur le goût des études byzantines. Toutefois, malgré les nombreux et savants travaux publiés depuis une dizaine d'années, la civilisation byzantine est encore loin d’être parfaitement connue : l'histoire sociale, l'histoire économique, les institutions, les antiquités privées, les rapports sociaux, intellectuals et artistiques entre Byzance et l'Occident, d’une part, entre Byzance et ses voisins orientaux, Arabes, Arméniens, Slaves et Turcs, d'autre part, réclament aujourd'hui encore de longues et