‹ Byzance, grandeur et décadence; l'évolution de l'histoire byzantine, les causes de la grandeur de Byzance, le causes de sa décadence, la civilisation byzantine et son influence, l'heritage de ByzanceChapitre 1 sur 41 · LIVRE I L'ÉVOLUTION DE L'HISTOIRE DE BYZANCE · texte numérisé non relu

LIVRE I L'ÉVOLUTION DE L'HISTOIRE DE BYZANCE

L'histoire de l'empire byzantin, malgré les travaux qui, en ces cinquante dernières années, l'ont presque renouvelée, demeure toujours cependant l'objet de tenaces préjugés. A beaucoup de nos contemporains elle apparaît toujours, telle qu'elle apparaissait à Montesquieu et à Gibbon, comme la continuation et la décadence de l'empire romain. En vérité Byzance fut tout autre chose. Quoiqu'elle se soit volontiers proclamée l'héritière et la continuatrice de Rome, quoique ses empereurs jusqu'au dernier jour se soient intitulés « basileis des Romains », quoique les ambitions des princes qui la gouvernèrent se soient souvent étendues au monde occidental et qu'ils n'aient jamais renoncé aux droits qu'ils réclamaient sur l'antique et glorieuse capitale de l'empire, en fait pourtant Byzance devint très vite et fut essentiellement une monarchie d'Orient. Il ne faut point la juger par comparaison avec les souvenirs écrasants de Rome : ainsi qu'on l'a dit justement, elle fut « un état du moyen âge, placé sur

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la frontière extrême de l'Europe, aux confins de la barbarie asiatique* ». Mais, tel qu'il fut, cet état fut grand.

Par ailleurs, durant les mille années qu'elle a survécu à la chute de l'empire romain, Byzance n'est point, comme on le croit trop volontiers, descendue d'une marche ininterrompue vers la ruine. Aux crises où elle a failli succomber, bien des fois ont succédé des périodes d'incomparable splendeur où, selon le mot d'un chroniqueur, « l'empire, cette vieille femme, apparaît comme une jeune fille parée d'or et de pierres précieuses». Pendant mille ans, Byzance a vécu, et pas seulement par l'effet de quelque hasard heureux: elle a vécu glorieusement. Elle a eu, pour la gouverner et conduire ses affaires, de grands empereurs, des hommes d'Etat illustres, des diplomates habiles, des généraux victorieux ; et, entre leurs mains, elle a accompli une grande œuvre dans le monde. Elle a été, avant les croisades, et avec plus de persévérance peut-être, le champion de la chrétienté en Orient contre les infidèles; elle a été, en face de la barbarie, le centre d'une civilisation admirable, la plus raffinée, la plus élégante qu'ait longtemps connue le moyen âge. Elle a été l'éducatrice de l'Orient slave et asiatique; son influence, enfin, s'est étendue jusque sur l'Occident, qui a appris infiniment à l'école de Gonstantinople. Et, sans doute, cet empire a eu ses faiblesses, ses défauts, ses vices, et il s'est finalement écroulé en 1453 sous les coups des Turcs. Pourtant, si l'on essayait, par une représentation graphique, d'exprimer l'évolution de son histoire millénaire, ce n'est point par une ligne droite, descendant sans arrêt vers l'abîme, qu'il la faudrait figurer, mais bien par une série de courbes, tour à tour ascendantes et descendantes. C'est là ce qu'il ne faut jamais perdre de

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