C'en est fait de nous
J K le sais , ma tête est à prix, par les coquins qui sont au timon des affaires de l’état; cinq cents espions me cherchent jour et nuit : hé bien ! s’ils me découvrent et s’ils me tiennent, iis m’égorgeront ,et je mourrai martyr de la liberté; il ne sera pas dit que la patrie périra, et que l’Ami du Peuple aura gardé un lâche silence.
M. Massot-Grand’Maison a déclaré au comité des recherches de la municipalité de Paris , avoir copié sur récriture, de M . Maiilebois même, le projet de Contre-révolution suivant :
» Un militaire éclairé offre à M. le comte d’Artois ses services pour le faire rentrer en France d’une maniéré convenable à sa dignité (au cas que le prince n’eut pas d’autres vues ). Ce militaire , qui Croit la chose possible, propose d’engager le roi de Sardaigne à prêter vingt-cinq mille hommes de troupes, et à faire une avance de huit millions ; #
De tâter l’empereur , pour savoir s’il seroit aussi dans l’intention de fournir des secours de
l’une ou de l’autre espece.
On paroît sûr que les ducs des Deux-Ponts , margrave de Bâden , landgrave de Hesse , appuyeront de toutes leurs forces le plan , puisqu’ils sont décidés à soutenir leurs droits en Alsace.
Cette confédération formée , il est question de fabriquer un manifeste dans le cabinet du prince,
1H8NEWBERRY
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rédigé par MM. Mounier et Lally-Tolendall, et fondé sur la déclaration du mois de juin.
Ce manifeste après avoir été revu par le militaire , seroit pubiie avant d’entrer en campagne.
On commenceroit par marcher vers Lyon , où Ton n’espere éprouver que peu de difficultés, par les privilèges qu’on accorderoit d’abord à cette ville pour son commerce*
Un autre corps d’armée seroit dirigé par le Brabant.
Et le troisième marcheroit par la Lorraine.
On compte que ces trois corps dJarmée se grossiroient infiniment par tous les gens du parti anti-patriotique.
On gagneroitj par les menées d’agens adroits, et à force d’argent, les troupes qui sont sur les frontières.
Les trois corps d’armée s’avanceroient jusqu’à Ccrbeil , Senlis et Meaux désarmeroient , sur leur passage et aux environs, toutes les municipalités, leur feraient prêter serment au roi, et les forceroient à rappeler leurs députés , au cas que les états-généraux tinssent ençore.leurs séances.
Paris seroit bloqué, et on espere par ce moy^| faire venir la nation à récipisçence.
Dénonciation' très -grave contre le comité municipal des recherches.
Les dangers imminens, auxquels la patrie paroi t exposée , m’arrachent une dénonciation qui pese sur mon cœur, et que je n’ai différée jusqu’à ce jour que dans la crainte de ne-pas éventer le moyen de saisir le fil de tous les noirs complots des ennemis de la révolution.
Je déclare donc hautement à la face des cieux
et de la terre ^ que j’ai pleine et entière connoissance d’une dénonciation remise, il y a environ six semaines au comité national des recherches » portant réquisition de saisir les papiers de deûx particuliers plus que suspects qui avoient des correspondances directes avec le ci-devant comte d’Artois et divers commandans des troupes de ligne ; de même qi^e de plusieurs autres particuliers plus qu’équivoques, qui dévoient avoir le fil de toutes les traînes otfrdies parles traîtres à a nation.
Je déclare encore hautement , que j’ai pleine et entière connoissance , que pour assurer le succès d’une opération aussi importante, cette dénonciation a été faite personellemer.t au sieur Garran de Coulon , qui a eu à cé sujet uue conférence avec un membre distingué de l’assemblée nationale., trè instruit de l’affaire. Enfin je déclare hautement à la face des cieux et de la terre , que j’ai pleine et entière connoissance , que le comité national des recherches a donné des ordres po-sitifs au comité municipal des recherches de faire les perquisitions et saisies nécessaires ; ordres qui ont été méprisés avec audace. J’interpelle ici le comité municipal des recherchft , de sortir des ténèbres où il s’enfonce , et d’entendre ma dénonciation. Il ne peut avoir désobéi aux ordres exprès de l’assemblée nationale , que parce qu’il craignoit de déplaire aux ministres , au maire et au commandant de la milice Parisienne, dont les liaisons avec la cour ne sont malheureusement que trop aliarmantes, ou parce ee qu’il est vendu au cabinet (i). Dans le pre-
(ij. C’est en vain que pour se disculper il alléguera la crainte de violer l’asyîe des citoyens , lui qui a tant de fois violé sans scrupule celui des meilleurs patriotes ^ lui qui
ra’a Fait enlever de nuit de l’asyle où mes amis m'avoient dérobé au fer des assassins; lui qui a si indignement recherché 'es bons citoyens qui ont puni les gardes-ducoros conjurés & conspirateurs : au demeurant , les individus dénoncés sont des citoyens tarés , connus pour avoir des relations avec le ci-devant comte d’Artois , et la plupart flétris par l’opiîlion publique.
mier cas , il est coupable d’une lâcheté criminelle; dans le dernier cas , il est coupable de prévarication;, et dans les deux cas, il est indigne de la confiance publique. Je le dénonce comme traître à la patrie.
Lorsque le salut public est en danger, c’est au peuple à retirer ses pouvoirs mains des indignes auxquelles il les a confiés : car le salut public est la loi suprême devant laquelle toutes les autres doivent se taire. J’invite donc tous les bons citoyens à s’assembler immédiatement, à se transporter au comité national des recherches, à demander communication des ordres donnés au comité municipal des recherches, puis de se transporter à la maison de ville, de se saisir des registres de ce. comité, de lui demander le procèsverbal des perquifitions faites en conséquence de ces ordres , et sur son refus , de s’assurer de tous ses membres, et de leé tenir sous bonne garde.
Nouvelles récentes.
« Dans la séance d’hier soir, M. de Crancé a donn# lecture d’une lettre de M. de Bouille à M. Colson , apportée par un courier extraordinaire , envoyé par le département des Ardennes. Elle annonce que M. de Mersy , ambassadeur de la cour de Vienne en France , a demandé au roi ç libre passage pour les troupes Autrichiennes
le territoire de France , pâr le territoire de Luxembourg , pour se rendre dans les provinces Belgiqües adjacentes.
M, de Craacé a rapporté que sur la frontière qui s’étend jusqu'à Metz, des hommes couroient» la semaine derniere , pendant les nuits , en criant aux armes , l’ennemi est aux portes. — Qu’on a fait partir de Charleville le régiment de BerchU gny * qui montroit le plus pur patriotisme.
M..... député des Ardennes a dit qu’il s’étoit transporté , il y a quinze jours , avec un député extraordinaire , chez le ministre de la guerre , pour lui demander le remplacement du régiment de Serchigny ; qu’il le leur avoit promis , &. que dans ce moment il n’étoit point encore fait.
M. Voidel , président du comité des recherches , a dit à son tour , qu’il se faisoit un rassemblement de troupes' sur les frontières de la Savoie , que des princes de l’Allemagne s*agitoient , & que s’ils n’avoient point encore fait de rassemblement de troupes , c’est qu’ils n’avoient pu en trouver suffisamment.
Qu’il y a actuellement à Chamberry 13,000 hommes armés , et qu’on y attend 6,000 jfiémontois.
L’assemblée a nommé six commissaires , savoir MM. Fréteau , de Crancé , Emery d’André, Menou et Delbek, pour aller sur le champ au secrétariat de la guerre ^ à l'effet de prendre connoissance des ordres donnés aux comm andans des places de livrer le passage aux troupes étrangères sur les frontières de France , et de ceux donnés aux troupes de ligne dé’vacuer les frontières , et qui de-là iroient demander au ministre communication des trairas qui lient la France aux puissances étrangères,.
M. Cjjabroust avoir demandé que les ministres de la guerre et des affaires étrangères fussent mandés sur le champ à la barre, pour rendre compte de leur conduite. Sa demande n’a pas été accueillie.
Adresse à tous les citoyens.
Citoyens,, les ennemis sont à nos portes, les ministres leur ont fait ouvrir nos barrières sous prétexte de leur accorder libre passage sur notre territoire ; peut - être dans ce moment s’avancent-ils à grands pas contre nous , le roi va se rendre à compiègne où l’on prépare les appartenons pour le recevoir, de Compiègne â Toul ou à Metz : la route peut se faire incognito; qui l’empêchera d’aller joindre l’armée Autrichienne et les troupes de ligne qui lui sont restées fidèles? Bientôt accoureront vers lui de tous côtés les officiers de l’armée, les mécontens et sur-tout les féaux de Besenval d’Autichamp , Lambesc , de Broglio. Déjà l’un des ministres dont j’avois demandé qu’on s’assurât, l’infâme Guignare, dénoncé comme le chef des conÿûrateurs , . vient de prendre la fuite : ses collègues ne tarderont pas à imiter son exemple , et à se rendre dans quelque ville de la Lorraine pour former le conseil d’état, le pouvoir exécutif. Le roi , ce bon roi , qui a dédaigné de vous jurer fidélité sur l’autel de la patrie , a gardé le plus profond silence sur toutes ces horreurs. Le comité nationale des recherches n’a ouvert la bouche qu’au moment où la mine étoit évantée; le comité municipal des recherches, vendu à la cour, a refusé de saisir le fil de ces complots infernaux; le chef de votre municipalité, et le chef de votre milice *
instruit de tout ce qui se passe , au lieu de s’assurer des ministres , comme il étoit de leur devoir, ont fait échapper des prisons le traître Bonne de Savardin , pour vous enlever les pièces de conviction de la perfidie du ministère, et peut-être de leur propre perfidie.
Pour vous empêcher de réfléchir aux dangers qui vous menacent , ils ne cessent de vous étour-* dir par des fêtes , et de vous tenir dans l’ivresse pour vous empêcher de voir les malheurs prêts à fondre sur vous. L’auriez vous cru , votre gé-^ néral qui n’a négligé aucun moyen de séduction , vient de former , contre le vœu de tous les districts un parc d’artillerie destiné à vous foudroyer: l’état major de votre garde , n’est composé que de vos ennemis , aux gages du prince , vos chefs de bataillon sont presque tous gagnés ; et pour comble d’horreur , la milice parisienne n’est presque plus composée que d’hommes vains ou aveugles qui ont oublié la patrie pour les cajoleries du général.
Citoyens de tout âge et de tout rang les mesures prises par l'assemblée nationale ne sauraient vous empêcher de périr : c’en est fait de vous pour toujours , si vous ne courez aux armes, si vous ne retrouvez cette valeur héroïque, qui le 14 juillet et le $ octobre sauf^rent deux fois la France. Volez à Saint-Cloud, s’il en est encore temps , ramenez le Roi et le Dauphin dans vos mnrs , tenez les sous bonne garde , et qu’ils vous répondent des événemens ; renfermez l’autrichienne et son beau-frere, qu’ils, ne puissent plus conspirer; saisissez- vous de tous les ministres et de leurs commis ; mettez les aux fers , assurez-vous du chef de la municipalité et des lieutenans de maire : .gardez à vue le géné-
ral ; arrêtez l'état major , enlevez le parc d’ârtih leriede la rue Verte, emparez-vous de tous les magazins et moulins à poudre ; que les canons soient répartis entre tous les districs, que tous les districts se rétablissent et restent à jamais permanens , qu’ils fassent révoquer les funestes dé^ crets. Courrez, courrez , s’il en est encore temps , ou bientôt de nombreuses légions ennemies fondront sur vous : bientôt vous verrez les ordres privilégiés se Relever, le despotisme, l’affreux despotisme reparoîtra plus formidable que jamais. . . ,
Cinq à fîix cents têtes abattues vous auroient assuré repos , liberté et bonheur ; une fausse humanité a retenu vos bras, et suspendu vos coups : elle va coûter la vie à des millions de vos freres (i) : que vos ennemis triomphent un instant, et le sang coulera à grands flots ; ils vous égorgeront sans pitié., ils éventreront vosfearïmesj et pour éteindre à jamais parmi vous l’amour de la liberté, leurs mains sanguinaires chercheront le cœur dans les entrailles de vos enfans.
(1) Les soldats de la garde nationale n’échapperont pas , plus que les autres : les ci-devant gardes-françohes et toute la garde soldée qui a quitté les drapeaux du roi pour se ra^er ïous ceux de la patrie , seront les premiers sacrifiés ; en dépit des sermens d’assurance que pourroit leur faire le général.
(2) Des milliers d’espions seront bientôt mis en campagne pour enlever tous les exemplaires de cette feuille ; je supplie tous les écrivains patriotiques de la conserver dans leurs écrits , les patriotes aisés de la remettre sous presse, et de la faire circuler dans les provinces par des mains sûres.
MARAT, U ami du Peuple .
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De l’imprimprie de Marat.