A II, p 415 s
cœurs s'est éteinte la flamme de « l'amour universel » 1. Mais elle peut se rallumer chez qui, aux heures de recueillement, laisserait dans sa conscience « le monde se mirer comme sur un lac profond et immobile qu'aucun souffle ne ride » 2. Peu importe une réalité amère, si l'imagination peut s'enchanter d'une vision de beauté et de concorde, qui nous persuade de rebâtir « le temple de Dieu » 3. Le destin n'est pas si sombre qu'il ne laisse envisager une glorieuse issue.
C'est ainsi qu'au réquisitoire pathétique de Rousseau répond le chant d'une flûte pastorale, évocatrice de paix et de joie dans un cadre d'idylle. Est-ce dans l'atelier de Gessner que YVieland a déjà compris la grâce d'un paysage stylisé par la poésie du bonheur? Car, pour ses heureux, « tous les mouvements sont légers et retenus; l'inclination suit l'impulsion de la nature et se laisse guider par la raison, comme un enfant débile, trop faible pour se conduire, par une tendre mère »4. Aucun charme, aucun agrément qui ne soit savouré; « la jouissance toujours nouvelle de la beauté plonge l'âme dans le ravissement ». Aussi le seul culte est-il celui de la lumière :
Que tu es beau, soleil du soir, sur les collines de l'Occident, quand tes rayons flamboyants allument la forêt ! que de douceur dans les reflets projetés sur les champs déjà plongés dans la pénombre! Hâtetoi, source de lumière, vers nos frères de l'autre hémisphère! que bientôt se colorent pour eux les cimes, et que s'éveille leur paradis dans la vapeur irisée de la rosée B.
La transfiguration de la vie s'achève dans le fragment de Théages 6, plus directement inspiré des Moralistes. Bien que publié