A. Br., I, p. 331 s
5. Son discours d'adieu à ses élèves Ott et J. R. Grebel, le 16 mai 1759, publié d'abord dans Viertjhr.schr. f. Litgesch., II, p. 585 ss. A IV, p. 645 ss.
d'être dans l'esprit des autres »; et il leur recommande les Caractères de La Bruyère, l' Esprit des lois, Y Ami des hommes, Y Histoire naturelle, de Buffon; et aussi le traité de /' Esprit » d'Helvétius, « un ouvrage dont la lecture ne peut nuire qu'à des esprits mal tournés ». Ils devront apprendre en France « le secret d'allier le bon sens à l'esprit, la modestie au savoir, la vertu aux qualités agréables, la noble simplicité aux belles manières, le langage d'un républicain aux mœurs douces et faciles ».
Quatre ans plus tôt, Wieland avait eu l'occasion de confirmer ses principes pédagogiques à propos de la réforme du gymnase illustre de Carlsruhe, pour laquelle le conseiller badois Beinhard lui avait demandé un projet 1. Pour les futurs fonctionnaires qui y seraient élevés, il n'avait préconisé rien moins qu'une formation de virtuose, telle que l'a définie Shaftesbury : « une éducation qui consiste à apprendre ce qui est raisonnable dans la société et beau dans l'art 2. » Se réclamant de la Grèce, comme il la voit à travers Winckelmann, Wieland voulait, « encore que la liberté politique n'existe plus », développer « toutes les aptitudes et tous les talents qui élèvent et ennoblissent l'homme, et le mettent en mesure de jouer un rôle dans la vie »; en somme concilier la culture de l'esprit avec celle du goût, de façon à permettre de « discerner partout ce qui est juste et beau », d'être un bon citoyen en même temps qu'un honnête homme qui verae numéros modosque vitae dedicit et sua vivendi ratione exprima 3. Prenant exemple sur le Carolinum de Brunswick, où Jérusalem, à l'instigation du baron de Miïnchhausen, avait dix ans plus tôt entrepris une réforme de ce genre 4,
1. Plan einer Académie der schônen und nùtzlichen Wissensch. zur Bildung des Verslandes und Wilzes junger Leute. Ce travail, achevé pour le conseiller Reinhard en 1756, a pu utiliser les études faites en vue du Plan einer Privat-Unteriveisung. 11 ne fut publié qu'en 1758, avec quelques retouches, dans les Gedanken ûber den palriotischen Traurn von einem Millel, die verallele Eidgenossenschaft tvieder zii verj&ngen et dans les Prosaisehe Schriften 111. Il se trouve dans Hempel, 40, p. 72'J ss. (A IV, p. 183-206). Cf. H. FuNCK : Beitrâge zur Wieland-Biographie, »'l l'art, de Seuffert, Arch. f. Litfresch., XII, p. 595 s.
2. Miscellaneous Réfactions, III. ch. I. :;. A IV, p. 185, 188.
4. Cf. l'r. KoLDEWEY, Gesch. des Schulwesens im Herzoglum Bram 1891, <■! A. Heubaum, Gesch. d. d. BUdungswesens, I (1905). Jérusalem, qui avait connu en Angleterre Desraai eaux, ■< reçu la tradition humaniste de Shaftesbury e( de Locke, il avait cherché à organiser une académie moderne destinée
Y Académie de Carisruhe devait être fondée « sur le vrai bon sens et la nature humaine ». L'enseignement, inspiré surtout des méthodes de Port-Royal, des traités de Rollin x et de l'abbé Fleury, exigeait des maîtres « une tête claire, de l'esprit philosophique, de l'esprit de justesse avec du bel esprit » 2. A défaut d'auteurs allemands 3, il serait basé sur l'étude de nos classiques, avec, en outre, pour la morale le Spectateur et le Traité sur la vertu de Shaftesbury. Si les beaux arts y trouvaient place, la religion avait à se plier aux fins de l'éducation : dégagée de toutes subtilités théologiques, elle en était essentiellement réduite « aux lumières naturelles », sauf à admettre la révélation, rendue nécessaire par la « perversité actuelle »; encore fallait-il se garder d'y ajouter « des commentaires, des inventions humaines, des distinctions ». N'étaitce pas pour dérouter ceux qui, d'après la dédicace à Sack des Sentiments d'un chrétien, se faisaient de Wieland l'idée d'un zélote hostile aux grâces de l'esprit? 4
Lessing était fondé à s'étonner de cet humanisme, plus qu'à le chicaner de l'interprétation de la calocagathie hellénique. Que Wieland connût les Grecs ou non, il se recommandait ouvertement de Shaftesbury, « le plus dangereux ennemi de la religion, parce que le plus subtil ». Gomment concevoir chez le même homme à la fois ce fanatisme et ce culte esthétique de la vie, ce détachement et la revendication d'une éducation « qui apprenne à penser juste et à vivre pour être heureux?5 ». Lessing n'avait certes pas tort d'objecter « que le grand secret de l'éducation est de tenir l'esprit en haleine, afin de l'obliger à chercher la vérité, et que ses ressorts sont l'ambition, la curiosité; que sa récompense est le plaisir de
;i l'aristocratie et à la haute bourgeoisie. Reinhard considère son établissement comme le meilleur collège de ce genre (Funck, Beitrage, p. 9). Pourtant Sulzer, dès 1754, le trouvait en décadence.
1. Cf. H. Ferté : Rollin, sa vie et ses œuvres. W. semble s'être inspiré directement du Traité des Études, notamment 111, ch. 2 (vol. 4, p. 143 ss.).