A. Br., II, p
que la conscience se dérobe à son tour dans le caprice des instincts et le faux-fuyant de la vanité. Les formes se brisent, laissant échapper leur contenu de raison. Il n'est plus rien d'immobile ni de lié; le monde est une fantasmagorie ouverte à l'esprit.
Aussi le poète règne-t-il en maître sur ces ombres falotes. A sa guise, il mène le jeu, accompagnant la licence de l'imagination d'une égale désinvolture du goût, donnant au ridicule la saveur de l'expression enjouée.
Dans un poème de ce genre, déclare Wieland, il faut laisser à l'esprit « capriccio » l'espace et la liberté de mouvement, pour ses cabrioles et ses écarts. Une versification monotone entraverait la démarche, et contrarierait singulièrement le caractère folâtre, le badinage et la naïveté du récit, faisant contraste avec le ridicule et le burlesque de la matière, bref avec la nature d'un ouvrage qui tient plus du jeu de l'imagination, de l'épanchement d'une veine abondante d'humour, que de la réflexion et de l'art l.
L'allure dégagée qui convient à la grâce, et non pas le laisseraller de l'humour. Il faut que l'art se dépouille et se fasse oublier, tout en exerçant son pouvoir idéalisateur.
Cette aisance, qui doit tromper le lecteur, c'est le triomphe de l'ironie poétique. La truculence de l'imagination appelle la sobriété de l'expression. Aussi l'auteur prévient-il les imitateurs qu'ils s'apercevront de ce que cache de virtuosité et d'effort cette apparence de légèreté. Comme elle ne relève que de l'oreille, la versification exige le sens le plus subtil du nombre, de l'harmonie 2. Si, pour réagir, à la fin du siècle, contre le « sans-culottisme poétique » qui prétendait s'en prévaloir, Wieland a discipliné cette licence, autant que le supportait la ligne sinueuse de la grâce 3, il avait, à la veille de la révolution littéraire, donné l'exemple d'une franchise retenue,