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faute, en vérité, si certains, ne sachant voir, ne remarquent pas la beauté de notre organisme. » Que Rousseau soit tombé dans le pathos religieux, l'ironie de Wieland ne doit pas faire le jeu de ses détracteurs1.
Aussi bien Wieland n'était-il pas tenté de se mettre en frais pour Voltaire. L'esprit, la diplomatie retorse, la superbe de la raison, il admirait et s'était approprié le plus possible de tout cela; toutefois il ne possédait pas la passion intellectuelle, le courage combatif, le tempérament vibrant de l'auteur de Candide. Contre son pessimisme cinglant, Wieland en appelait à son cœur 2. De la même façon qu'il se gardait de la ferveur prédicante de Rousseau par l'ironie esthétique, il se défendait de la satire amère de Voltaire par son goût du naïf. Il philosophait sous l'égide des Grâces, cherchant à unir plus qu'à séparer, à concilier la sagesse et le bonheur. A la vertu il voulait « d'aimables faiblesses » pour qu'elle pût prétendre, mieux qu'au respect, à l'adhésion du goût 3. Pour Wieland, le cœur avait sa logique, qui n'a rien de commun avec « les ballons de vent » de la spéculation; il ne se donnait pas par raison, pas plus que l'esprit ne cédait par enthousiasme. Il ne séparait pas la pensée de sa forme, et la valeur morale des inclinations. Tout le prestige de la royauté intellectuelle de Voltaire ne lui faisait pas renier sa foi dans la beauté morale, l'amour du vrai et du bien, bref le fond d'idéalisme religieux qui l'attirait vers « l'Epictète » de Paris, dédaigneux des succès faciles que lui auraient procurés plus de complaisance pour les mœurs du siècle et une plus grande peur du ridicule 4. A distance respectueuse, obligé lui aussi de se débattre contre un milieu hostile, de « resserrer ses désirs », faute de pouvoir arranger sa vie selon ses idées
1. G. D. Hartmann écrit à Bodmer, en 1773 : « Dem Rousseau hat es viel geschadet, dass Wieland wider ihn ist. » (Stàudlin : Briefe beriihmter und edler Deutschen an Bodmer, 1794, p. 308). Cf. Klein, art. c, p. 464.
2. Cf. H. A. Kobff : Voltaire im literarischen Deulsrhland des XV III. Jahrh., en particulier : I, p. 317 s., 423, 492 ss.; Herder (Suphan, XVIII, p. 119) : « Die Muse unsers Landsmanns ist ein reinerer Genius, der in jeder Gestalt, die er annimmt, gewiss einen edleren Zweck natte, als uns bloss witzig zu amiisieren. »
3. H. XXXI, p. 92. {Betrachtungen iiber J. J. Rousseaus ursprùnglichcn Zusland des Menschen.)
4. Merkur 1780, II : Uber eine Anekdote von J. J. Rousseim ; H. XXXII, p. 67 ss.
a l'université d'erfiirt 437
et ses goûts » 1, Wieland soutenait également « sa singularité et sa vérité », à la fois contre les sophistes et les moralistes, qui remettent en circulation « des lieux communs rebattus et usés » 2, les « gymnosophistes », qui s'attaquent à la raison elle-même. Pascal n'efïrayait-il pas déjà par l'infini qui nous enveloppe? Mais il s'agit d'abord de vivre, et pour cela d'interroger l'oracle de la nature, non pas de chercher a priori le point de départ et le point d'arrivée de notre destinée.
Les Contributions prennent ainsi position contre les finalistes à la manière d'Iselin, non moins que contre les contempteurs du progrès 3. A la philosophie de l'histoire, qui envisage le passé comme une éducation du genre humain, dans laquelle les révolutions ne seraient que les crises de croissance de la raison 4, Wieland oppose son sentiment sceptique de la nature. Il n'est pas dupe de l'illusion optimiste qui s'est substituée à la foi naïve. Que n'a-t-il fallu lutter contre la « barbarie » encore toute proche; que n'est -il nécessaire de défendre encore, contre le fanatisme et l'oppression, les conquêtes de l'esprit! Qu'Iselin annonce l'affranchissement prochain et l'avènement « de la véritable moralité, que l'antiquité n'a fait qu'entrevoir et le christianisme que préparer », et que des monarques éclairés, comme il espère, voudront instaurer 5, c'est le vœu d'un philanthrope, et non pas le « langage des faits ». Ne doit-il pas reconnaître que l'évolution s'opère dans un lointain ténébreux?6 Accordant cette consolante perspective aux femmes et aux enfants 7, un philosophe comme Diogène répugne « aux vérités louches » 8. Sa raison nourrie de Y Esprit des Lois, de Y Essai sur les Mœurs et du positivisme d'Helvétius ne saurait se satisfaire