‹ Ça et la (volume 2)Chapitre 69 sur 100 · REVENEZ · texte numérisé non relu

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Quelquefois Dieu se sert de la maladie et des approches de la mort pour convertir un pécheur. Frappé, humilié, prêt à paraître devant son Juge, il se reconnaît, il se repent, il ressuscite en même temps qu’il guérit et devient un autre homme. On a vu les sociétés mettre à profit les révolutions, qui sont les suites de leurs péchés, et rentrer dans l’ordre par ces grandes catastrophes qui les menaçaient de destruction. Aurons-nous ce bonheur? Nos convulsions sont-elles les efforts que fait un corps robuste pour vomir le poison qu’il a pris ? Sont-elles les spasmes précurseurs d’une irrémédiable fin? Il y a lieu d’espérer, lieu de craindre. Il y a lieu d’espérer, car la foi n’est pas morte, et la foi produit pour tous les combats des docteurs ou des martyrs que Dieu récompense par des miracles. Il y a lieu de craindre, carie crime de cette société a été immense : elle a

péché par les sens, elle a péché par l’esprit, et pour ces deux caüses elle est tombée en une défaillance affreuse. On voit à son péché et à sa punition des caractères qui consternent : c’est le péché, c’est l’abattement des vieillards.

Ses fautes anciennes paraissent comme des fautes de jeunesse; elles ont la fougue des sens, la fougue de l’âge; une certaine ignorance y justifie le pardon. C’est plutôt un emportement qu’un dessein formé ; il s’y mêle je ne sais quoi de généreux. La société pécheresse éclate en repentirs, court aux expiations. Que sont les croisades sinon les expiations de l’Occident, jeune encore et regrettant d’avoir péché? Dans la haute pensée des Papes, les croisades n’étaient pas une expiation seulement : ils voyaient se former en Orient un orage capable de submerger toute la chrétienté; ils voulurent le dissoudre, et ils y parvinrent. Mais les peuples n’avaient pas cette politique. Nobles et manants prenaient la croix pour racheter leurs péchés, pour aller au tombeau du Christ acquitter leur rançon. On se confessait, on se réconciliait à Dieu et aux hommes, on restituait le bien mal acquis, on abandonnait tout pour se rendre digne de mourir. Quels torrents de miséricorde durent pleuvoir sur ces pécheurs! L’Europe chrétienne, après avoir arrosé de son meilleur sang les champs de la Terre sainte, revint plus forte, plus unie, plus savante, plus catholique. Elle fit une ample moisson de bénédiction, de gloire, de paix.

Mais, tandis que tout se régénérait, s’affermissait, grandissait dans ces combats, et l'Allemagne, et la France

318 E n l’honneur du progrès.

et l’Espagne, et l’Angleterre, et l’Italie; pendant ce printemps, l’empire sophistique de Byzance croulait misérablement et k jamais. Là il y avait eu un péché savant, prémédité, pacifique en quelque sorte, sans repentir. Il y avait eu des philosophes et point de saints ; de la science et point de foi; des arts, des plaisirs, point de vertus. Depuis longtemps la société s’appliquait à corrompre la multitude, à la détacher de Dieu : elle y avait réussi. Quand l’ennemi vint, il trouva dans Byzance un peuple qui ne se souciait ni de Dieu ni de ses maîtres. Ce peuple était bien en état d’apprécier le mérite d’un cocher et la dextérité d’un rhéteur, mais non pas de se faire tuer sur le seuil de ses temples» L’empire s’abîma dans un océan de fange.

Nous ressemblons de bien près à Byzance. Nous prenons bien plaisir à sophistiquer, nous sommes bien connaisseurs en histrions, nous aimons bien à mépriser Dieu et nous avons fait d’étranges efforts pour l’arracher du cœur des peuples. Quand nous saurons par l’efiet à quel point nous avons réussi, nous saurons où nous sommes.

Nous n’attendrons pas longtemps.

Un homme qui meurt ne détruit pas une famille, une famille qui s’éteint ne détruit pas une nation, une nation qui disparaît ne fait pas crouler l’humanité. Dieu s’est servi de la France, elle ne lui est point nécessaire. La France peut tomber et le monde entier rester debout, averti par une des plus formidables leçons qu’il ait jamais reçues. Depuis Lucifer, qui était un ange, rien de si grand ne sera tombé du ciel. .. Mais quoi! la France,

la nation des croisades, est aussi le pays où, soulevant d’indignes applaudissements, d’indignes sophistes ont entrepris de montrer comment les dogmes finissent ... Si Dieu s’est irrité de cet orgueil et de cette joie insolente, les sophistes et leurs imbéciles auditeurs apprendront comment finissent les sociétés.

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